Home » Developpement, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Internationale, Santé »

CLIMAT-PHILIPPINES: Q&R: L’agriculture bio pour résister au changement climatique

    GENEVE, 14 avril (IPS) – (InfoSud Suisse) – Sur l’île de Mindanao, aux Philippines, des paysans allient savoir-faire traditionnel et dernières découvertes technologiques pour lutter contre le changement climatique. Promouvoir l’agriculture bio pour lutter contre le changement climatique, c’est le credo de MASIPAG, une ONG philippine convaincue que le progrès technologique est compatible avec le savoir traditionnel et que les OGM appauvrissent les paysans. Rencontre avec Bobby Pagasura, responsable de MASIPAG.

    Comment l’agriculture bio aide-t-elle à lutter contre le changement climatique ?

    De plusieurs façons. D’abord, l’agriculture bio se passe d’intrants chimiques, fabriqués par des machines qui consomment beaucoup de pétrole. Elle n’utilise pas d’engrais à base de nitrogène, ce qui réduit les nitrosyles dans l’atmosphère. Aussi, dans l’agriculture bio, ce sont les paysans qui contrôlent les semences. Ils utilisent des semences traditionnelles, plus tolérantes et résilientes aux inondations et autres conséquences néfastes du changement climatique. Par exemple, aux Philippines le changement climatique entraîne une augmentation du niveau de la mer, si bien que beaucoup de rizières sont inondées par l’eau salée. Or, nous avons développé des variétés locales de riz qui résistent à l’eau salée. Pour l’instant, ce ne sont que 12 sortes sur les 2000 cultivées, mais la recherche continue. Les semences locales sont plus résistantes que les semences importées, tandis que les nouvelles semences hybrides ne sont pas très adaptées aux conditions locales.

    Aux Philippines les terrains sont fertiles et les conditions climatiques bonnes. Mais un Philippin sur six souffre la faim. Pourquoi ?

    Il est vrai que nous pouvons subvenir à nos besoins alimentaires, mais notre gouvernement mise sur les exportations. Pour faire face aux besoins des marchés étrangers, on cultive des produits d’exportation comme l’ananas ou les bananes et on importe du riz, notre aliment de base. L’accord de l’OMC joue en cela un rôle important. Après sa ratification, dans les années 90, la pauvreté a beaucoup augmenté. Mais l’an dernier, lors de la flambée du prix du riz dû à la crise alimentaire, il est apparu clairement qu’on ne pouvait pas continuer comme ça. Nous devons changer de façon de penser.

    Qui profite de la situation actuelle ?

    Surtout les multinationales comme Monsanto et Syngenta. Une loi adoptée en 1995 leur octroie beaucoup de droits, notamment de piller les ressources naturelles presque sans limite et en payant très peu d’impôts. Tout cela aux dépend des paysans, qui sont devenus dépendants des OGM. Le maïs transgénique de Monsanto est très répandu. Les paysans doivent acheter chaque année de nouvelles semences et l’herbicide nécessaire pour ces plantes, qui est très cher. Et le riz génétique modifié est en train de pointer son nez, les essais sont déjà en cours.

    Les partisans des OGM affirment qu’ils servent à lutter contre la faim. Vous ne trouvez rien de bon à cette technique ?

    Non. Les OGM ne font qu’empirer les choses. C’est comme lors de la révolution verte : lorsque les premières semences à rendement élevé ont été introduites, on disait qu’avec le « riz magique » on pourrait vaincre la faim. C’était il y a plus de 40 ans et les gens meurent toujours de faim. Des récoltes extraordinaires qu’on nous a promises, on n’a rien vu. Au contraire : le riz a contracté une maladie qui n’existait pas auparavant aux Philippines. Les semences OGM nécessitent des quantités massives d’intrants chimiques et pesticides. Les sols et les paysans s’appauvrissent.

    Quelle est l’alternative à la chimie et aux OGM ?

    Une agriculture durable et bio, possédée par les paysans. Ils doivent retrouver le contrôle de la terre et des semences. Le principe est : diversité des cultures au lieu de monocultures, production pour ses propres besoins et non pour l’exportation. C’est ce pour quoi s’engage MASIPAG. Les gens ne doivent se plier ni aux puissances étrangères ni aux intérêts des entreprises. Les buts ultimes doivent être la sécurité et la souveraineté alimentaire.

    Que fait concrètement MASIPAG pour atteindre ces objectifs ?

    On réintroduit toutes les vieilles espèces et on en développe de nouvelles en partenariat avec les paysans et les scientifiques. Nous transmettons aux paysans le savoir nécessaire et leur montrons comment lutter contre les parasites sans moyens chimiques. Les paysans peuvent voir les résultats et choisir les semences les mieux adaptées aux conditions de leur terre. Ce sont les paysans qui contrôlent la situation, les scientifiques et les experts ne servant que de courroies de transmission.

    Les paysans sont-ils convaincus par cette approche ?

    Le MASIPAG compte aujourd’hui 35’000 membres. Mais il faut reconnaître que la plupart des paysans cultivent encore des semences Monsanto et Syngenta. Il y a aussi des paysans qui se convertissent au bio et reviennent aux cultures traditionnelles. Les agro-alimentaires leur octroient des rabais spéciaux pour les faire revenir et certains se laissent convaincre. Mais la plupart de ceux qui passent à l’agriculture bio y restent. Lorsqu’un paysans me demande pourquoi il devrait se convertir au bio, je lui dis : « Essaie ! ». Celui qui l’essaie se rend compte que financièrement il s’en sort mieux qu’avant. Les paysans ne peuvent être que gagnants.

    Peut-on chiffrer cet avantage financier ?

    Oui, nous avons mené récemment une étude exhaustive. On a examiné le revenu net agricole, à savoir le revenu total moins les coûts de production. On a montré que les paysans MASIPAG gagnent plus que les conventionnels. Ceux qui s’en sortent le mieux sont les paysans qui sont en train de se convertir à l’agriculture bio. Leur revenu net est de plus de 37’000 pesos (620 euros, 920.-) par an. Les paysans bio arrivent à 36’000 pesos, les paysans conventionnels à peine à 31’000. Avec des cultures conventionnelles on peut obtenir des récoltes importantes. Mais les coûts de production sont élevés. Si on y inclut les coûts de la vie, les paysans conventionnels sont en déficit à la fin de l’année. Tandis que les paysans MASIPAG peuvent même mettre de l’argent de côté.

    (FIN/InfoSud Suisse/IPS/2009)

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa