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COMMERCE-AFRIQUE: La France pour une extension des subventions agricoles européennes

    By Hilaire Avril

    PARIS, 31 mars (IPS) – La France a l'intention de faire campagne pour une nouvelle validation des subventions agricoles ayant des effets de distorsion sur les échanges commerciaux, lorsque Paris assurera la présidence de l'Union européenne (UE) à partir du 1er juillet.

    Malgré des amendements à la controversée Politique agricole commune (PAC) et la hausse du prix des céréales sur le marché mondial, les subventions agricoles européennes ont atteint 54,7 milliards d'euros (85 milliards de dollars) en 2007.

    Les Etats africains dénoncent depuis plusieurs années les subventions européennes et américaines à l'agriculture, car elles créent une surproduction, une distorsion des prix et favorisent également le dumping sur les marchés africains. Or, de nombreux marchés en Afrique dépendent essentiellement de l'agriculture pour leurs exportations et leurs échanges avec l'étranger.

    La France, grande bénéficiaire du régime des subventions, assurera bientôt la présidence tournante de l'UE, au 1er juillet prochain, et un "bilan de santé" de la PAC est l'une des priorités à son agenda. De nombreux observateurs s'attendent à ce que Paris perpétue les aides agricoles, et ce, bien au-delà de la date butoir de 2013 imposée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

    A l'origine, la PAC a été mise en place à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, afin de garantir à l'Europe qu'elle puisse assurer son autosuffisance alimentaire. Aujourd'hui, plusieurs Etats membres se sont déjà élevés contre cette politique, bien qu'elle absorbe toujours 42 pour cent du budget de l'UE.

    Malgré cela, le président français Nicolas Sarkozy a récemment annoncé que son administration comptait se battre pour garantir des prix élevés pour les denrées agricoles.

    Pour Hélène Brial, du ministère français de l'Agriculture, "il est simplement juste de soutenir financièrement des producteurs auxquels on impose des normes strictes et coûteuses de traçabilité et d'hygiène". Ceci est spécialement nécessaire puisque les normes sécuritaires et environnementales deviennent sans cesse des exigences du secteur agricole européen, explique-t-elle.

    "C'est la raison pour laquelle la France envisage une nouvelle PAC au-delà de 2009", a-t-elle déclaré à IPS, ajoutant que "la PAC consiste réellement à donner du cash à nos producteurs"."La France n'envisage pas qu'un simple bilan de santé de la PAC", a indiqué à IPS un haut responsable de la Commission européenne qui a requis l'anonymat. "Paris veut envisager le futur et faire des subventions de la PAC un avenir durable pour l'UE", a-t-il dit.

    "D'ici à 2050, l'humanité devra nourrir neuf milliards d'individus, ce qui signifie qu'un hectare de terre devra nourrir six personnes au lieu de quatre à l'heure actuelle. C'est la raison pour laquelle la PAC est à nouveau un sujet politique très sensible", estime ce haut responsable.

    Tous les Etats membres ne partagent cependant pas la position de la France, qui reçoit environ 20 pour cent des subventions agricoles européennes, suivie de l'Allemagne, avec 13 pour cent.

    La Grande-Bretagne et d'autres Etats membres estiment depuis longtemps que ces subventions agricoles ne sont pas nécessaires à la prospérité de l'agriculture européenne, notamment à la lumière des récents mouvements sur le marché.

    Selon un important producteur laitier en Grande-Bretagne, "le gouvernement britannique n'a jamais soutenu le système de soutien aux prix de la PAC, parce que sa vision des choses est que les fermiers sont des hommes d'affaires et doivent accepter les mêmes risques que ceux liés aux opérations commerciales".

    Les prix des produits laitiers ont doublé en 2007. "Cette explosion des prix sur le marché mondial a autorisé l'UE à supprimer les subventions sur tous les produits laitiers, et même à envisager une hausse de la production en 2008", ajoute-t-il.

    Mais de nombreux producteurs rechignent face à ces changements. L'éleveur Jean Notat, membre de la Fédération française des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), confirme que la hausse des prix des céréales a permis aux éleveurs de réaliser "leur plus important chiffre d'affaires depuis 1992".

    Mais, il estime encore qu'on ne devrait pas modifier la PAC. "Avec la hausse des prix sur le marché mondial, l'UE pourrait vouloir changer les subventions qui existent, mais le problème est le suivant : que se passera-t-il si les prix baissent à nouveau?", se demande-t-il.Quoi qu'il en soit, des prix bas ne sont pas une bonne chose, d'autant plus que la plupart des gouvernements envisagent aujourd'hui de soutenir la production de bio-carburants, ce qui n'est pas sans ajouter une pression supplémentaire sur la fourniture de céréales et d'huiles végétales au niveau mondial.

    Même s'ils restent stables, les prix des céréales représentent également un défi pour les éleveurs de bétails qui doivent nourrir leurs bêtes. Dans certaines régions françaises, comme en Bretagne, la nourriture bovine représente aujourd'hui presque 50 pour cent des coûts de production. "C'est un autre signe que l'agriculture ne peut subsister sans aide publique", affirme Notat.

    Interrogé toutefois sur l'impact des subventions de la PAC pour les producteurs non-européens comme ceux d'Afrique, Notat estime que ceux-ci "devraient être satisfaits de la hausse des prix des denrées agricoles" et que "l'UE ne peut être tenue responsable de tous les problèmes de l'Afrique".

    Après des années de pressions publiques contre la surproduction et la destruction subséquente ainsi que le dumping des cultures, la PAC a été réformée en 1999, puis en 2003. L'ancien système des subventions, basé sur des prix de soutien qui étaient jugés peu rentables, a été abandonné. La plus grande partie des aides financières sont aujourd'hui versées indépendamment des volumes de production.

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