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CONFLITS-BRÉSIL: Les Indiens du Brésil déclarent la guerre aux agriculteurs

    Alice Marcondes

    SAO PAULO, 06 septembre (IPS) – Le conflit territorial entre les Indiens Guarani-Kaiowá et les grands propriétaires fonciers du sud-ouest de l'Etat brésilien du Mato Grosso do Sul est une poudrière qui menace d'exploser prochainement, mettent en garde certains observateurs locaux.

    D'après les statistiques du Conseil missionnaire indigène (CIMI), qui a été fondée en 1972 par la Conférence nationale épiscopale brésilienne, il apparaît que les conflits entre les Indiens et les propriétaires fonciers ont déjà coûté la vie à 279 Indiens depuis 2003.

    L'événement le plus récent est la disparition le 10 août dernier d'Eduardo Pires. Il n'a plus été revu depuis une attaque armée contre les Indiens Kaiowá campant près de la réserve d'Arroio Kora, dans la municipalité de Paranhos à la frontière avec le Paraguay.

    Arroio Kora, qui a une superficie de 7.000 hectares, a été officiellement reconnu en décembre 2009 comme un territoire indigène par l'ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Une semaine plus tard, la Haute Cour fédérale saisi par un propriétaire foncier a déclaré qu'une section de 184 acres n'était pas soumise à ce nouveau statut.

    « Les autorités n'avaient pas prévu que le reste des terres allait pratiquement être totalement occupé par des Indiens Guarani-Kaiowá », explique Flavio Machado, le coordinateur régional du CIMI dans la région du Mato Grosso do Sul. Cette communauté, qui compte environ six cents membres, occupe actuellement environ 700 hectares de terres dans cette région. « Quand les Indiens ont décidé de récupérer leurs terres, il y a eu de violents affrontements », précise-t-il.

    Harcèlement

    Selon Eliseu, un chef Kaiowá qui était présent lors de l'attaque du 10 août, environ quatre cents Indiens avaient établi leur camp dans un ranch qui se trouvait sur les terres qui leur étaient officiellement allouées. Peu de temps après, des hommes armés arrivèrent sur les lieux. « J'ai entendu des coups de feu et on a commencé à courir. Nous sommes un peuple pacifique. Nous n'avons pas d'armes, mais cela ne veut pas dire que nous n'allons pas nous battre pour notre terre », a déclaré Eliseu. « Et si nous mourrons, ce sera au moins sur nos propres terres », ajoute-t-il.

    Depuis cette attaque, Eduardo Pires est porté disparu. « Je crois qu'il est mort », déclare Eliseu. La Police Fédérale du Mato Grosso do Sul est en train d'enquêter sur l'affaire.

    Une semaine après l'attentat, la police a expulsé un certain nombre d'éleveurs en compagnie de leur bétail de la région. Depuis lors, les Indiens Kaiowá doivent faire face aux menaces. La menace la plus explicite est exprimée dans une vidéo publiée sur YouTube (http://www.youtube.com/watch?v=1tvfASuar4M).

    « Nous nous préparons à une confrontation. C'est clairement du harcèlement », déclare Luis Carlos da Silva Vieira dans le film. « Nous avons des armes. S'ils veulent la guerre, ils vont l'avoir ».

    Ethnocide

    La communauté Kaiowá a publié une lettre de réponse dans laquelle elle invite le gouvernement à prêter attention à ce conflit. « Les propriétaires fonciers ont lancé une menace de mort collective dans les médias et nous exigeons une enquête ainsi que des sanctions sévères pour ceux qui incitent à perpétrer un génocide ou un ethnocide », précisent-ils.

    « Nous réitérons le fait que notre lutte pour récupérer notre terre ancestrale est purement destinés à protéger la vie humaine, la flore et la faune sur cette planète. Nous n'avons pas l'intention d'assassiner des personnes. »

    Le procureur mène actuellement une enquête sur cette affaire et a visité la région le 28 août dernier. Dans un message sur le site internet du parquet, on précise que cinq coups de tirs ont été entendus durant cette inspection avec probablement pour but l'intimidation.

    Les Indiens Guarani-Kaiowá ont toujours vécu grâce à l'agriculture de subsistance. Cela devenait de plus en plus difficile car ils n'avaient plus accès à leurs terres ancestrales, mais ils bénéficiaient du soutien de la Fondation nationale des autochtones créée par le gouvernement.

    La terre des Indiens a été utilisé pendant des décennies par des éleveurs et des colons. Le Cerrado, une savane tropicale qui est typique au Mato Grosso do Sul, s'est transformé progressivement en une zone de plantations de soja et d'élevage du bétail. Cette région est également célèbre pour sa production de canne à sucre pour l'éthanol.

    Occupation légalisée

    Cette décision d'occuper la zone d'Arroio Kora a été prise par les dirigeants de la communauté indienne au cours d'une réunion appelée Aty Guasu. Suite aux récentes attaques, la communauté ne compte plus sur l'action du gouvernement. Les Indiens veulent rapidement reprendre le contrôle de leurs terres.

    « Etant donné que tout prend du temps, des gens continueront de mourir. Nous allons donc occupés nos propres terres même si la sécurité n'est pas garantie et qu'on risque d'y perdre la vie », précise le chef indien Tonico.

    La décision d'occuper les terres a été prise en réaction à un décret du 17 juillet émis par procureur général de l'Etat. Selon ce décret, les terres indiennes peuvent être occupées pour développer des projets hydroélectriques, de communications, de transport et d'installations militaires sans consultation préalable avec la population indigène.

    (FIN/IPS/2012)

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