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CONGO: Environ 200 personnes tuées dans les explosions d’un dépôt d’armements à Brazzaville

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 6 mars (IPS) – L’explosion d’un dépôt d’armements et de munitions dimanche dans un camp militaire du régiment blindé de Brazzaville, la capitale congolaise, a causé la mort d’au moins 180 personnes et provoqué plus de 1.340 blessés, selon un bilan provisoire fourni mardi par les autorités du pays.

    Le gouvernement congolais a décrété mardi «un deuil national jusqu’au jour des obsèques».Trois formations sanitaires de Brazzaville, l’Hôpital de Makélékélé, l’Hôpital central des armées et le Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville accueillent principalement les blessés dont certains ont des fractures des bras ou des jambes tandis que d’autres sont brûlés.

    Selon les témoignages recueillis par IPS sur le terrain, de nombreuses personnes ont succombé de leurs blessures faute de secours. «Mon fils de 15 ans est mort après avoir reçu un projectile à la tête. Nous l’avons conduit dans une clinique de fortune et il y a rendu l’âme», a affirmé à IPS, le capitaine Jules Ignace Okombi du régiment blindé.A Makélékélé, le personnel médical est débordé par les quelque 150 blessés graves reçus. «Nous sommes dépassés par le niveau des blessures. Il y en a qui ont perdu les bras, et nous avons même été obligés d’amputer un pied sans anesthésie», a expliqué à IPS, Dr Jean Likibi. «Nous sommes obligés d’être courageux car on n’a jamais vu de tel», a-t-il ajouté.

    Les blessés qui arrivent au CHU remplissent le hall. Pas de place au triage. Les pleurs provoqués par les douleurs des blessures et la non-assistance expresse suscitent des vociférations des parents des victimes. «Ils n’ont rien ici: pas de produits, pas de matériel de radio pour examiner les blessés. Nous ne savons pas à quel saint nous vouer», s’est plaint Donatien, 40 ans, un habitant de Mplia, le quartier frappé de plein fouet par les explosions.

    «Mon frère est encore au bloc opératoire, nous ne savons pas quand on va réellement s’occuper de lui, car les médecins nous disent qu’il manque de médicaments», a indiqué Moussa, un commerçant sénégalais.Suzanne, une femme sinistrée du quartier Yoro, voisin du camp des blindés, est accueillie avec son enfant de cinq ans au site de la Cathédrale de Brazzaville. «Voilà deux jours que nous sommes ici, l’enfant n’a pas de soins médicaux, nous attendons toujours. J’ai pu lui faire un premier pansement dans une clinique privée», explique-t-elle à IPS.Les autorités ont pourtant mobilisé les ressources pour «sauver le plus de vies possibles». Dans une déclaration à l’issue d’une visite aux blessés, le président Denis Sassou Nguesso a annoncé la réquisition des médicaments dans toutes les pharmacies privées de Brazzaville. «Nous payerons après», a-t-il dit.Entre-temps, le CHU qui a officiellement reçu 286 blessés a déjà procédé à 80 opérations chirurgicales sur des cas graves, selon Ignace Ngakala, directeur de cet établissement hospitalier.Tout le personnel médical présent à Brazzaville a aussi été appelé à rejoindre d’urgence les hôpitaux où affluent les malades. Dès les premières explosions, le personnel et les malades de l’hôpital de Talangaï, situé à moins d’un kilomètre du lieu de l’accident, avaient déserté l’établissement hospitalier. «Nous ne pouvons pas y rester car le souffle venait sur nous et soulevait les plafonds et brisaient les vitrines des salles», a raconté à IPS, Clarisse Ebara, mère d’un enfant paludéen.

    Trois missions médicales étrangères sont arrivées lundi à Brazzaville. Les Marocains ont déjà installé leur hôpital de campagne près du stade d’Ornano au centre-ville. «Il y a beaucoup de travail à faire, nous sommes venus avec du matériel nécessaire pour assister les blessés», a expliqué Dr Abderrahmane Yacine, un médecin marocain.

    De leur côté, les médecins français, qui sont venus aussi avec une équipe d’intervention, ont commencé par visiter les blessés du CHU pour se rendre compte de la réalité. «D’après notre évaluation, il nous faut faire une centaine d’opérations chirurgicales dès que nous nous serons installés», a déclaré Dr Jean Cass, l’un des médecins français.Pour sa part, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a annoncé lundi avoir mis à la disposition des hôpitaux congolais un lot de kits médicaux basics, et qu’elle «est en train d’organiser l’acheminement de matériel de première nécessité pour répondre aux besoins potentiels de 10.000 personnes…»Concernant le nombre de victimes, le gouvernement avançait encore lundi un chiffre provisoire de 146 morts. Mais d’après les sources hospitalières, plus de 150 cadavres avaient été déposés à la morgue municipale de Brazzaville qui est déjà débordé. «Nous sommes débordés ici, on entasse les corps trois par trois dans un casier», a souligné à IPS, Ferdinand Malonga Milandou, directeur de cette morgue.Selon les chauffeurs des corbillards qui assurent le transport des cadavres à la morgue, bien d’autres corps sont encore enfuis sous les décombres provoqués par les explosions. Les fouilles se poursuivent, mais les forces armées ne disposent pas d’assez de moyens pour accélérer le travail.

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