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CONGO: La population attend les fruits de la transparence reconnue par l’ITIE

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 16 juil (IPS) – Les églises et la société civile du Congo Brazzaville, parlant au nom des populations, attendent les fruits de la transparence depuis que le Congo a été jugé cette année pays conforme à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).

    Selon Florent Michel Okoko, président du Comité exécutif de l’ITIE Congo, les retombées de la transparence pétrolière sont progressivement perceptibles au niveau de la population. Ce comité est un organe officiel qui comprend aussi des membres de la société civile.

    "C’est un processus, donc ce n’est pas du jour au lendemain que tout va changer. Mais déjà, l’eau commence à être accessible dans tous les quartiers de Brazzaville (la capitale), et avec une forte pression. C’est un signe important des retombées de la transparence", déclare Okoko, satisfait.

    Okoko ajoute: "On peut parler de transparence, mais la grande question aujourd’hui, c’est transformer cette transparence dans l’amélioration des conditions de vie des citoyens. C’est un nouveau combat après la conformité à l’ITIE".

    Mais, les populations attendent plus de cette transparence reconnue par l’ITIE. Les Nations Unies indiquent que 49 pour cent des 4,2 millions de Congolais ont accès à l’eau potable et 46 pour cent à l’électricité. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance estime que 26 pour cent des enfants congolais de moins de cinq ans sont touchés par la malnutrition chronique.

    Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, le taux de chômage des jeunes était de 34,2 pour cent en 2011. Et dans le classement 'Doing Business' 2012 de la Banque mondiale, le Congo est 135e sur 183 pays classés dans le domaine des affaires.

    Pour l’instant, explique Okoko à IPS, l’ITIE concentre ses actions sur l’entreprise pétrolière. Les minerais solides sont encore en phase d’exploration. Le Congo est le quatrième producteur de pétrole en Afrique noire. Cette ressource contribue pour 80 pour cent au budget national, estimé cette année à plus de huit milliards de dollars.

    La production de pétrole a été de 263.000 barils/jour en 2012. Elle devrait augmenter en 2015 avec l’entrée en exploitation du gisement de Moho-Nord (140.000 b/j) par Total, dans les eaux territoriales du Congo dans le sud.

    Cependant, la société civile et les églises se montrent insatisfaites de la redistribution des richesses nationales, et sont exigeantes. "Il est temps que nous aussi puissions bénéficier des richesses que Dieu nous a données… dans ce pays", a déclaré le pasteur Sage Mabika au cours d’un échange avec l’ITIE, en juin dernier.

    Un autre pasteur, Prosper Ngoma, s’exclame: "Où est le sérieux quand les comptes de l’Etat sont certifiés par des juges nommés par le gouvernement? C’est entre eux, ils trompent le peuple!"

    Pour certains Congolais, cette conformité à l’ITIE ne règle pas la question de la gestion transparente des revenus de l’Etat. "Il ne faut pas faire cette confusion. Le Congo est encore dans la corruption et une gestion opaque. Ce qu’on commence à savoir, c’est juste ce que les compagnies pétrolières payent à l’Etat, mais pas l’utilisation de cet argent par le gouvernement", souligne Clément Mierassa, un opposant politique.

    Dans un rapport publié en 2011, l’Association pour les droits de l’Homme et l’univers carcéral (ADHUC) dénonce des écarts entre les inscriptions budgétaires et les décaissements. "Cela ne profite pas aux populations. Tout ce qui est déclaré gratuit comme le traitement du paludisme ou la césarienne, reste payant et coûte très cher pour le citoyen moyen", affirme Kévin Mviri, secrétaire général de l’ADHUC.

    "Le budget de l’Etat n'est pas accessible à tout le monde. Or, la transparence c’est laisser contrôler l'exécution du budget et rendre compte. Mais, ce que fait le gouvernement est encore loin de la transparence souhaitée par tous", ajoute Mviri à IPS.

    L’ITIE est le processus par lequel toutes les recettes et les dépenses de l’Etat sont publiées. Le Congo a fait certifier et publié tous ses comptes de 2004 à 2011. Malgré quelques écarts de 300 millions de dollars relevés en 2006 et 2007 sur les comptes de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), le pays s’est efforcé de rendre public ce que payent les compagnies pétrolières à l’Etat. La SNPC publie désormais ses comptes sur son site Internet. La Cour des comptes certifie également tous les comptes de l’Etat au Trésor public.

    Christian Mounzéo, président de la Rencontre pour la paix et les droits de l’Homme, une ONG locale, parle d’une victoire. "Avant, le fait même de parler du pétrole sur la place publique vous ouvrait les portes de la prison. Maintenant, on peut en parler librement avec les autorités", déclare-t-il à IPS.

    Après un rejet en 2010, le Congo a été jugé conforme en février 2013 à l’ITIE suite à des indices de transparence. Les marchés publics obéissent aujourd’hui aux procédures d’appel d’offres agréées par la Banque mondiale. "Il ne suffit pas de déclarer ce que le gouvernement reçoit, mais il faut le prouver par des quittances. C’est ce que fait le Congo", affirme Séraphin Ndzion, secrétaire permanent de l’ITIE Congo.

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