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CONGO: Réaliser de bonnes affaires agricoles grâce au téléphone portable

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 6 déc (IPS) – Un téléphone portable collé à l'oreille, Jules Mbouesse, un jeune commerçant, crie en plein marché de PK M'filou, un quartier ouest de Brazzaville, la capitale congolaise: "Ne laisse rien, embarque tout le gingembre dans le train, ici le terrain est vide et les prix sont bons".

    Depuis un certain temps, les commerçants de produits agricoles agissent ainsi. Ils ne font venir leurs marchandises des villages que quand ils sont assurés que les prix leur sont favorables. "Il y a une semaine, il y avait surabondance de gingembre ici, il ne fallait pas risquer de faire venir la marchandise. Là, je récolte le fruit de ma patience", déclare Mbouesse à IPS, satisfait."Le téléphone est venu arranger beaucoup de choses, les mots comme 'mévente' ou 'perte' n'existent presque plus chez nous", affirme à IPS, Germain Kombo Gala, un autre commerçant et producteur agricole à Mouyondzi, dans le sud-ouest du Congo.

    Cet instrument ne fait pas seulement le bonheur des commerçants. Des producteurs agricoles sont également heureux. "Souvent, j'appelle mon fils qui est à Brazzaville pour savoir si le produit est rare sur le marché. Et je décide ou pas de vendre, l'objectif étant de gagner plus", indique Albert Kikouama, producteur d'arachide dans le bassin agricole de Bouansa, dans le sud."Des commerçants me proposent un dollar pour un kilogramme de haricot, mais avec mon téléphone, je me suis d’abord renseigné auprès des amis, avant de leur répondre: j'ai alors vendu à 1,5 dollar", témoigne Anatole Mboungou-Kimpé, producteur de haricot à Bouansa."Avant, les commerçants venaient dans nos champs avec les billets de banque, et on leur cédait un sac d'arachide de 30 kilogrammes à 10 dollars. Maintenant, ça varie entre 15 et 25 dollars, selon les prix des villes", souligne Pierre Mavinda, de Ngouha II, dans le sud. "Nous laissons toujours au moins 10 dollars de marge aux commerçants", ajoute-t-il.

    Kinga Mouaka, un autre producteur de Ngouha II déclare à IPS : "Avant d’aller vendre mon manioc roui à Pointe-Noire, je dois m’assurer, grâce à mon téléphone, que les prix sont au dessus de 100 dollars pour un sac de 60 kilos, et qu’il n’y a pas assez de ce produit sur le marché".

    Des pratiques ont même changé dans certaines localités. "C'est grâce au téléphone qu'on a su vendre les courges dans un sac de 30 kilogrammes à 80 dollars. Avant, on le vendait par petits paniers à deux dollars, et on était très perdant", explique Mavinda à IPS.Les producteurs et les commerçants agricoles disent avoir juste su exploiter le téléphone. "Nous n'avons été informés ou guidés par aucune autorité quelconque, c'est juste notre imagination, et ça marche. Maintenant, on ne peut plus aller avec des produits au marché, sans connaître à l'avance les prix, et si ça va s’écouler rapidement", déclare Kombo Gala.

    "Nous n'avons pas promu cette pratique, mais c'est à encourager, car les paysans n'ont plus à subir les prix", indique à IPS, Antoine Ngoma-Bakana, directeur de recherche, encadrement et vulgarisation au ministère de l'Agriculture.

    "Nous ne pouvons faire plus que les encourager, d'autant plus que nous n'aurions pas de téléphones portables à donner à chaque paysan ou groupement agricole s'ils nous le demandaient. Nous admirons de loin leur imagination", ajoute-t-il.

    "J’ai été surprise de constater que certains producteurs d’arachide de plus de 60 ans se renseignaient d’abord au téléphone sur les prix avant de vendre. Et pourtant, je ne leur ai rien dit sur cette pratique. C'est d'abord leur propre idée", avoue Lydie Nsoko, une animatrice agricole à Bouansa.

    Selon Kombo Gala,"Nombre de paysans ont acquis un téléphone portable juste pour se renseigner sur les prix et savoir négocier avec les commerçants".

    Mais, certains commerçants revendeurs déplorent l'usage abusif du téléphone dans la fixation des prix. "Le téléphone est venu tout gâcher, notre marge bénéficiaire est très maigre maintenant", regrette Frédéric Saou, un commerçant de Mouyondzi.

    "Grâce au téléphone, les agriculteurs imposent leurs prix, mais cela cause aussi des fluctuations sur le marché, on fait de la spéculation, ce n'est pas bien", déplore Jean Claude Elombila, inspecteur général des techniques agricoles au Congo.D'après le gouvernement, quelque 1,7 million de personnes sur plus de quatre millions d'habitants au Congo possèdent un téléphone portable. La société de téléphonie mobile Airtel dit être présente dans 825 localités du pays sur environ 1.600, touchant la plupart des paysans.

    "Nous achetons un téléphone chez Airtel à 20 dollars. Ce n'est rien par rapport à un sac de gingembre vendu à 240 dollars", confie Kombo Gala.Les agriculteurs utilisent généralement leurs téléphones le matin et le soir, pour ne pas vite épuiser les batteries. Ils payent environ 0,4 dollar pour les recharger chez des personnes possédant des groupes électrogènes. "Surtout en ce moment de récolte, on ne badine pas avec ça. Quand on a fini de parler, on éteint", souligne Kikouama.

    Selon le gouvernement sur les 230.000 exploitants agricoles congolais, 74 pour cent sont les femmes. Elles consommaient les trois quarts de leur production, le reste étant vendu pour acquérir quelques biens. "Avant, c'était juste pour acheter le savon et le sel. Maintenant, avec ces prix intéressants, on peut s'habiller et varier les repas", affirme Flore Moupiha, cultivatrice de manioc à Bouansa.

    "La vente de nos récoltes nous aide à vivre mieux, nombreux se décourageaient parce qu’on ne gagnait rien", explique Mboungou-Kimpé à IPS.

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