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COTE D’IVOIRE: Retour progressif à la normale malgré l’insécurité préoccupante

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 19 avr (IPS) – Le Premier ministre de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, a réuni son premier Conseil des ministres hors de l'Hôtel du Golf ce mardi à la Primature au Plateau d’Abidjan. Ce conseil est symbolique, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Patrick Achi, sur les antennes de la télévision 'TVCI'.

    Ce Conseil des ministres marque un retour progressif à la normale dans cette ville qui a vécu des bombardements massifs du 30 mars au 11 avril, date de la chute du régime du président Laurent Gbagbo.Abidjan, la capitale économique ivoirienne, et certaines villes de l’intérieur du pays ont déjà commencé lundi à retrouver la normalité. Mais les incessants ballets d’hommes en armes, dont certains en tenue civile, troublent encore sérieusement la quiétude des populations, a constaté IPS.

    Avec l’appel à la reprise lancé par le gouvernement, des fonctionnaires ont retrouvé leurs lieux de travail. La circulation avait timidement repris, certaines stations service avaient rouvert malgré les assauts des pilleurs. Cependant, de nombreuses personnes restaient encore terrées chez elles, n’étant pas toujours rassurées pour leur sécurité.

    Les premiers fonctionnaires interrogés par IPS ont évoqué une simple visite dans leurs services administratifs, notamment au ministère des Affaires étrangères où ils ont été surpris de voir que tous les bureaux ont été saccagés et pillés. Ce qui ne devrait pas permettre à ce ministère de reprendre ses activités avant cinq semaines, selon eux.

    De leur côté, les marchés dans les communes d’Abidjan ont commencé à être approvisionnés à grande échelle. Mais, les coûts des produits alimentaires ne connaissent toujours pas de baisse après la hausse observée il y a trois semaines. La raison, selon les commerçants, est liée aux nombreux barrages routiers où les hommes en armes rackettent les transporteurs.

    "Il faut être prudent. Nous ne sommes qu’au premier jour de la reprise. Nous allons observer la situation jusqu’à la fin de la semaine avant de reprendre les activités à plein régime", indique pour sa part à IPS, Marc Tagny, restaurateur dans le quartier chic de Cocody (centre-ouest d’Abidjan).

    Félicienne Tohou, esthéticienne à Yopougon (nord-est d’Abidjan) partage le même sentiment. "Pour le moment, nous ne savons pas qui fait quoi, alors nous relançons nos activités avec beaucoup de mesure. Car au moindre bruit, il faut être capable de baisser pavillon à temps et se mettre à l’abri".

    En fait, depuis plus d’une semaine et avec la chute du régime de Gbagbo, les nouvelles autorités tentent de remettre sur pied les forces de l’ordre. Mais les postes de police et de gendarmerie ayant été incendiés pendant la crise, ces différents services ne sont pas encore opérationnels. Ce qui oblige les soldats français de l’opération Licorne et les casques bleus de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) à effectuer des patrouilles dans la ville d’Abidjan.

    Dans les quartiers, des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara en patrouilles sont visibles et tentent de rassurer les populations. Seulement, les gens hésitent à se laisser convaincre. Ils remarquent en effet la présence, parmi ces forces, de nombreux individus armés, qui avant l’arrivée des FRCI, étaient pour la plupart des mécaniciens, des chauffeurs de transport en commun ou encore des sans emplois.

    "Il y a beaucoup d’armes dans le quartier et ceux qui les détiennent ne sont pas très rassurants", souligne Frédéric Koffi, gérant de cabine téléphonique et résidant à Abobo (nord d’Abidjan). "Il y en a qui en usent pour dépouiller les populations. Et comme les forces de l’ordre sont absentes, il y a d’autres personnes en armes qui se chargent d’exécuter des présumés voleurs", ajoute-t-il.

    Entre le 7 et le 8 avril, indique Koffi, quatre personnes avaient été exécutées devant des populations à un barrage routier à Abobo-Baoulé (un sous-quartier d’Abobo). Trois d’entre elles avaient été accusées d’être des mercenaires pro-Gbagbo et le dernier serait un évadé de la prison d’Abidjan.

    "Il avait dépouillé une dame de 25.000 francs CFA (environ 55 dollars). C’est à la suite de la plainte de cette femme qu’il a été tué à petit feu", affirme Koffi qui serait témoin des faits. "Aujourd’hui, ce sont les nuits qui sont très rythmées. Et malgré l’instauration du couvre-feu, ces hommes en armes font la fête et ne cessent de tirer des rafales. Ce qui trouble parfois le sommeil".

    A l’intérieur du pays, la situation est différente. Cependant, le racket et les intimidations sont devenus le lot quotidien des populations. Lundi matin, 18 barrages routiers ont été dénombrés par IPS entre Adzopé et Abidjan (environ 60 kilomètres), tenus par des hommes en armes contre cinq par le passé.

    A chacun de barrages, chaque voyageur paie entre 200 FCFA (environ 44 cents) et 1.000 FCFA (deux dollars). "Celui qui refuse, descend de la voiture. Celui qui s’amuse on l’abat", lance aux passagers un homme en arme. Sa kalachnikov neuve en main, la mine serrée avec une veste treillis en haut et un pantalon jean.

    "Cette frange de soldats en arme est à risque", relève Damien Kouadio, un politologue résidant à Abidjan. "Il y a urgence à relancer les forces sécuritaires et trouver une solution aux combattants, car ils pourraient constituer une équation difficile pour les autorités".

    Kouadio prévient: "Il n’y aura pas de désarmement total avec ces jeunes. Les armes qu’ils vont cacher leur serviront toujours. C’est dire qu’en deux mois, il serait difficile de pacifier le pays comme l’a promis le président Ouattara".

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    COTE D’IVOIRE: Le pays si proche du chaos!

      By Fulgence Zamblé

      ABIDJAN, 4 avr (IPS) – Des habitants apeurés encore enfermés dans leurs maisons, des scènes de pillages, des domiciles saccagés et des attaques contre des civils à Abidjan, ajoutés aux affrontements interethniques dans l'ouest du pays, donnent l’image d’une Côte d’Ivoire qui bascule progressivement dans le chaos.

      A Abidjan, les forces de l’ordre ont déserté les commissariats et postes de gendarmerie, créant un vide sécuritaire dans la ville. Des commerces ont été donc saccagés et pillés dans les communes de Marcory, Koumassi, deux communes du sud de la capitale économique ivoirienne.Cloîtrées dans les maisons depuis bientôt cinq jours, les populations commencent à voir leurs provisions s’épuiser. Aussi, la fourniture d’eau est interrompue dans plusieurs quartiers d’Abidjan, dont Cocody-Anono (ouest), Treichville (sud) et Adjamé (centre) ces deux derniers jours.

      Lundi matin (4 avril), ce sont des charretiers qui s’employaient, avec de gros bidons et des barriques, à trouver de l’eau dans les communes de Deux Plateaux, Cocody (centre-est) pour approvisionner des foyers, ont rapporté des témoins à IPS. "Un bidon de 20 litres d’eau à 500 francs CFA (environ 1,2 dollar): c’est à prendre où à laisser et nous n’avons pas le choix", souligne à IPS, Fabrice Kokora, un agent de mairie à Cocody.

      Dans le quartier de Cocody-II Plateaux où IPS s’est rendu ce lundi, l’un des supermarchés, qui a ouvert ses portes, a été pris d’assaut par de longues files d’attente. Les populations ont bravé les coups de canons entre les combattants pro-Gbagbo et pro-Ouattara pour se trouver de quoi à manger. Certains clients portaient des sacs de riz au dos, d’autres leurs colis sur la tête. Aucun véhicule de transport en commun n’étant disponible.

      Le couvre-feu commence à 12 heures locales pour s’achever à 6 heures du matin.

      A la boulangerie, la baguette de pain de 150 FCFA (32 cents) coûte désormais 400 FCFA (64 cents). Et chaque client n’a droit qu’à deux baguettes. "Il faut que tout le monde ait au moins quelque chose à manger. Ce n’est pas méchant, mais la situation actuelle prouve que nous sommes tous vulnérables", confie tristement Souleymane Sanogo, un cadre de banque à Abidjan.

      Les marchés fermés, des commerçantes occupent désormais certains trottoirs et carrefours pour écouler quelques marchandises qu’elles avaient en stocks. Ainsi, une boule d’attiéké (semoule de manioc très consommée dans le pays) revient à 400 FCFA (64 cents) voire 500 FCFA (1,2 dollar), contre 100 FCFA (16 cents) en temps normal. Les autres produits ont vu leurs prix tripler ou quadrupler.

      "Nous sommes au bord du chaos", commente sèchement au téléphone avec IPS, Gervais Boka Sako, président de la Fondation ivoirienne pour les droits de l’Homme et la vie politique, basée à Abidjan.

      "Le pays a certainement atteint le point du non retour", ajoute, de son côté, Marcelline Guéï, restauratrice dans le quartier chic de Cocody-II Plateaux. Après avoir fermé les portes de son restaurant, elle cherche désormais à quitter la capitale économique comme bon nombre d’habitants qui résident non loin des zones de combats.

      Seulement, "on ne sait pas vraiment où aller. L’insécurité est partout", renchérit Rolande Touré, une couturière anciennement domiciliée à Abobo – soumis aux violents combats armés depuis longtemps – et qui avait trouvé refuge à Cocody.

      Par ailleurs, Touré dénonce des règlements de compte et autres affrontements interethniques ou intercommunautaires qui ont actuellement cours un peu partout dans le pays. C’est le cas notamment dans la région Akyé (fief de Gbagbo), dans le sud-est du pays.

      "Depuis l’arrivée, il y a cinq jours, des forces pro-Ouattara, les autochtones et allogènes s’accusent mutuellement de destructions des biens et d’agressions physiques", raconte à IPS, Stéphane Abouo, enseignant à N’douci (environ 85 kilomètres au nord d’Abidjan). "La tension est vive et les premiers affrontements intercommunautaires se profilent chaque soir à l’horizon après l’assassinat du chef du village".

      Ce chef traditionnel, dénoncé par des allogènes, selon Abouo, a été tué en raison de son présumé soutien au candidat Laurent Gbagbo, lors de l’élection présidentielle de novembre 2010.

      Le sous-quartier Port-Bouët II de Yopougon (Abidjan) d’environ 3.000 habitants favorables à Alassane Ouattara, accusé de constituer un nid des forces pro-Ouattara, a été pratiquement détruit samedi (2 avril) par des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS), fidèles à Gbagbo).

      "A la première intervention des forces pro-Gbagbo fin-mars, certains habitants ont eu la vie sauve en quittant les lieux. Mais, cette fois-ci (le 2 avril au matin), il a eu un vrai massacre de combattants rebelles et de civils", confie à IPS au téléphone, Bertin Konan, informaticien résidant dans le secteur de Siporex (près de Port-Bouët II).

      Konan soutient que le secteur est fortement désert avec quelques rares habitants encore restés sur place, tandis qu’un grand nombre s’est enfui hors d’Abidjan.

      En outre, dans le département de Duékoué, dans l’ouest du pays, quatre jours après l’occupation de la ville par des soldats des Forces républicaines (pro-Ouattara), la région continue de connaître l’horreur. Selon un communiqué de Médecins sans frontières (MSF) dont IPS a reçu copie dimanche (3 avril), des blessés affluent à Man, Bangolo et Danané (extrême ouest du pays).

      "Le nombre de nouveaux blessés est inquiétant et indique que des violences continuent. Les tensions intercommunautaires sont extrêmement vives", souligne le document.

      Le communiqué affirme que 195 personnes souffrant de blessures par balles ou machettes ont eu besoin de soins d’urgence. La situation sanitaire se dégrade davantage au moment où les hôpitaux du pays ont du mal à faire face à l’afflux des blessés et autres malades, en raison d’un embargo sur les médicaments imposés contre la Côte d’Ivoire par l’Union européenne depuis deux mois.

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      COTE D’IVOIRE: Le Ghana tente de s’adapter au flux des réfugiés ivoiriens

        By Fulgence Zamblé

        ELUBO, Ghana, 24 mars (IPS) – Sur le pont de deux kilomètres séparant la Côte d’Ivoire du Ghana, une petite affluence humaine était visible le 18 mars. Ces dernières semaines, de nombreuses personnes venues de Côte d’Ivoire migrent vers Elubo, la première ville ghanéenne, à l’ouest, a constaté IPS sur place.

        "C’est au lendemain du deuxième tour du scrutin ivoirien (28 novembre 2010) que nous avons commencé à observer l’arrivée de nos frères de Côte d’Ivoire", indique à IPS, Mike Appiah, chauffeur de taxi entre Noé (dernière localité ivoirienne) et Elubo, une ville commerciale. "Aujourd’hui, les arrivées sont importantes et nous effectuons régulièrement les va et vient à la frontière pour amener les arrivants vers d’autres villes du Ghana", ajoute-t-il.

        Rencontré à une centaine de mètres du poste de contrôle frontalier ivoirien de Noé, Barthélémy Konin, fonctionnaire à Aboisso (sud-est de la Côte d’Ivoire), déclare à IPS: "Par mesure de précaution, j’ai décidé de partir avec mes deux enfants et mon épouse. Alors que les voisins recevaient leurs parents venus d’Abidjan, moi j’ai décidé de partir hors du pays".

        "Si la situation venait à se généraliser en Côte d’Ivoire, j’aurai déjà pris des dispositions à Elubo pour éviter d’être reçu dans un centre de réfugiés", affirme Konin, avant de se soumettre aux formalités administratives pour traverser la frontière.

        A cette porte d’entrée plus connue, comme sur d’autres d’Oseikro, Wharf et New Town, le 'Ghana Refugee Board' (Office ghanéen pour les réfugiés – GRB) annonce avoir noté que plus de 2.000 Ivoiriens ont franchi la frontière, dont 548 enregistrés par leurs services d’accueil à Elubo, entre le début des affrontements armés à Abidjan, à la mi-décembre, et début-mars.

        "Mais, avec la dégradation du climat sociopolitique en Côte d’Ivoire, depuis le début de ce mois, nous sommes passés de 10 à 20 réfugiés par jour à 50, voire 60 arrivées dans nos locaux", relève Kelly Forson, le responsable du camp de réfugiés d’Ampain, à une dizaine de kilomètres d’Elubo.

        "Tous les réfugiés d’Elubo sont transférés après deux jours de transit au camp d’Ampain et sur d’autres sites afin d’éviter un engorgement", explique Marvis Abo, du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) au Ghana, encore loin des projecteurs de la presse comme c’est le cas de leur bureau du Libéria, à l’ouest de la Côte d’Ivoire.

        L’Office international des migrations, de son côté, continue les opérations de transfert des nouveaux venus vers les camps de réfugiés qui n’existent pas à Elubo même.

        Compte tenu de la faible capacité d’accueil des différents camps de réfugiés – entre 150 et 200 personnes, selon le GRB -, les sites pourraient être débordés d’ici peu, a constaté IPS. En effet, outre les Ivoiriens, les services d’accueil du GRB doivent également s’occuper des réfugiés béninois, togolais et ghanéens.

        "Le dispositif en place est à même de faire face pour l’accueil des réfugiés en transit. Mais il faut maintenant songer aux éventuels besoins de ceux qui vont rester sur place", soulignent les humanitaires.

        "Pour le moment, nous avons évité ces structures humanitaires. A quatre (des amis et moi), nous avons choisi de nous associer pour louer une maison", indique Ferdinand Koffi, un maçon. Koffi et ses compagnons, dont deux revendent des jus de fruits, sont arrivés à Elubo depuis un mois et demi. "Chacun s’est trouvé un petit job pour avoir un revenu", dit-il à IPS.

        Outre les réfugiés qui affluent quotidiennement dans leurs localités, les populations ghanéennes sont de plus en plus habituées avec d’autres mouvements de personnes venues de Côte d’Ivoire pour réceptionner ou expédier de l’argent vers l’extérieur.

        Devant une agence de transfert d’argent, en plein cœur de la ville d’Elubo, se trouve une longue file d’attente, en majorité des Ivoiriens. "J’attends au moins 400.000 francs CFA (environ 870 dollars) en provenance de Milan (Italie). Après le retrait, je retourne à Abidjan où l’argent doit servir à assurer le quotidien de trois familles", affirme Roland Zézé, sans emploi.

        De son côté, Lamine Camara, qui est revendeur de pièces détachées de voitures à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, est à Elubo dans le cadre de ces activités. "Les banques étrangères sont fermées au pays et les structures de transfert d’argent inexistantes. Il faut donc venir jusqu’ici pour envoyer ou recevoir de l’argent afin de commander mes pièces qui doivent arriver par un port du Ghana", explique-t-il à IPS.

        Sur les lieux, s’il reste difficile de se frayer un chemin pour les vendeurs locaux, ils ne s’en plaignent toutefois pas. "Nous savons que c’est un phénomène inhabituel, alors on évite les querelles", déclare à IPS, Mattew Kablan, gérant d’un magasin de tissus devant lequel se trouve la queue de la file d’attente des clients de l’agence de transfert d’argent.

        "Nous prions pour que ce pays (la Côte d’Ivoire) retrouve une paix définitive. De nombreux immigrés y ont fait fortune. Il serait donc injuste de le laisser sombrer dans le chaos", prie Kablan.

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        COTE D’IVOIRE: La situation humanitaire est de plus en plus inquiétante

          By Fulgence Zamblé

          ABIDJAN, 5 mars (IPS) – La situation humanitaire se dégrade de jour en jour en Côte d'Ivoire alors que les deux parties rivales dans la crise postélectorale sont engagées dans une escalade de la violence et une stratégie d'affrontement dans le pays.

          Le jeudi, 3 mars, une marche de femmes demandant le départ du président sortant Laurent Gbagbo, a été violemment réprimée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, par des tirs venant d’une artillerie lourde dans le quartier d’Abobo, favorable au président élu Alassane Ouattara. Au moins six femmes ont trouvé la mort, selon plusieurs sources.

          Pendant ce temps, l'Union africaine proroge d'un mois le mandat du panel des chefs d'Etat chargé de proposer une solution contraignante aux deux protagonistes de la crise. Mais, les Nations Unies estiment que le pays est au bord d'une guerre civile. Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés a dû réduire ses activités dans l’ouest du pays et rapatrier une partie de son personnel international.

          L’ONU a annoncé jeudi que quelque 200.000 personnes avaient déjà fui le quartier populaire d’Abobo (nord d’Abidjan). Chaque matin, depuis maintenant une semaine, des sacs de voyage au dos, des balluchons sur la tête, des malades dans les brouettes, des nouveau-nés en main, des milliers de personnes quittent Abobo à pied. Elles cherchent refuge soit chez des parents ou amis dans d’autres quartiers plus paisibles, soit dans des églises ou des temples, pour un temps, avant de poursuivre le chemin de l’exode forcé, a constaté IPS.

          Quant aux populations restées sur place, dans ce quartier, elles sont toujours privées de denrées alimentaires du fait de la fermeture des marchés, mais aussi d’eau courante et d’électricité. Les écoles, elles, sont pratiquement fermées sur l’ensemble du territoire.

          Pendant ce temps, dans l’ouest du pays, selon des organisations humanitaires internationales, environ 65.000 réfugiés ivoiriens ont traversé la frontière et ont été enregistrés au Libéria voisin en deux semaines.

          Toutes ces personnes fuient l’escalade de la violence et les affrontements engagés au cours de ces deux derniers mois entre les parties rivales qui revendiquent la victoire de l’élection présidentielle de novembre 2010 en Côte d’Ivoire. Gbagbo a été proclamé élu par le Conseil constitutionnel, tandis que Ouattara a été déclaré élu par la Commission électorale indépendante et il est reconnu par la communauté internationale.

          "Nous avons passé trois nuits blanches pendant les combats. Impossible de s’alimenter", raconte à IPS, Adrienne Tohoua, 35 ans, mère de quatre enfants, après avoir abandonné sa maison à Abobo PK 18, un sous-quartier précaire du nord de la capitale qui abrite environ 50.000 habitants.

          "Nous avons laissé derrière nous des personnes qui ne savent pas où aller et elles étaient exposées aux combats. Des obus sont tombés dans des maisons et n’ont épargné personne", ajoute-t-elle, les larmes aux yeux.

          A la paroisse Saint-Ambroise de Cocody-Angré (nord-est d’Abidjan), ce sont 300 réfugiés qui sont installés. Quelque 500 autres y sont déjà passés en transit pour d’autres destinations. Sur la route menant à cette église, d’autres déplacés défilent tous les jours vers ce site religieux, a constaté IPS.

          "J’ai parcouru huit kilomètres pour arriver ici (à la paroisse). Je vais effectuer une pause avant de reprendre la route et rejoindre mon grand-frère qui accueille déjà 13 personnes chez lui", explique, exténué, Séraphin Téty, tenant son père sexagénaire par la main. "Il souffre d’hypertension, alors il faut surtout se rapprocher d’un centre hospitalier pour qu’on puisse y faire face au cas où", dit-il à IPS.

          En outre, nombreux sont les déplacés qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour faire face à leurs dépenses pendant l’exode. "J’ai un peu d’argent à la banque, mais elle est fermée. Je dois faire partir toute la famille au village et je me trouve dans l’incapacité de les évacuer", indique Marcellin Tanoh, un agent du secteur privé.

          Selon Tanoh, son quartier d’Anyama (sortie nord-est d’Abidjan) manque aussi cruellement d’eau, au point où sa famille n’a pu prendre une douche depuis quatre jours. La réserve de trois bidons, qui est réservée pour la consommation, est presque épuisée.

          Cette situation inquiète considérablement les organisations humanitaires et les organisations de défense des droits de l’Homme dans ce pays de l’Afrique de l’ouest plongé dans une crise depuis la rébellion de septembre 2002, aggravée par la crise postélectorale.

          Le 1er mars, le Comité international de la Croix-Rouge à Abidjan s’est dit "préoccupé par l’exode massif des habitants, majoritairement des femmes et des enfants". L’organisation révèle que des familles sont toujours bloquées chez elles et ne sont autorisées à quitter la zone des affrontements qu'après avoir payé ou donné des biens personnels à des groupes armés.

          Pendant ce temps, des personnes âgées, des malades et des femmes enceintes sont dans l’incapacité de bouger, souligne la Croix-Rouge.

          Le chef adjoint de la délégation régionale de l’organisation, Philippe Beauverd, note qu’à la suite des affrontements qui se sont produits, dans la dernière semaine de février, à Abidjan, entre les Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales au président Gbagbo, et un groupe de personnes armées non identifiées, les volontaires de la Croix-Rouge ont soigné 34 personnes et évacué 19 blessés graves.

          "La situation est d’autant plus que déplorable que ce sont les populations innocentes qui paient le lourd tribut d’un contentieux électoral", déclare Gervais Boga, président de la Fondation ivoirienne pour les droits de l’Homme et de la vie politique, une organisation non gouvernementale basée à Abidjan.

          "Nous sommes au bord d’une grave crise humanitaire, et les différents embargos imposés au pays, dont celui portant sur les médicaments, constituent un crime contre l’humanité", affirme-t-il à IPS.

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          COTE D’IVOIRE: Les producteurs de cacao, victimes des sanctions européennes

            By Fulgence Zamblé

            ABIDJAN, 22 fév (IPS) – La crise postélectorale, que traverse la Côte d’Ivoire depuis bientôt trois mois ainsi que la décision de l’Union européenne (UE) de suspendre les importations du cacao ivoirien, font subir de lourdes pertes aux producteurs de ce pays d’Afrique de l’ouest.

            Selon les producteurs de cacao, cet la crise politique et les sanctions européennes ont également favorisé une fuite de leurs récoltes vers des pays frontaliers, même ceux qui ne sont pas producteurs.

            A la date du 15 février 2011, selon la Bourse café-cacao (BCC), ce sont 400.000 tonnes de fèves de cacao qui étaient bloquées dans les deux ports du pays – Abidjan et San-Pedro – en attente d’exportation vers les pays européens.

            "Chaque jour qui passe expose cette production à la pourriture. C’est donc un énorme manque à gagner de près de 40 milliards francs CFA (environ 80 millions de dollars) qui se profile à l’horizon pour nos producteurs", affirme Adrien Kouamé, exportateur du regroupement des coopératives de l’ouest de Côte d’Ivoire.

            Kouamé ajoute à IPS que quelque 500.000 autres tonnes de cacao sont également en attente d’évacuation dans les zones productrices et pourraient connaître le même sort.

            "Moi qui suis une simple productrice à Duékoué (ouest du pays), qu’ai-je à avoir avec la politique pour qu’on refuse de m’acheter mes 35 tonnes?", demande Blandine Gloudoueu. "Je n’ai que ce revenu annuel de 25 millions FCFA (environ 50.000 dollars) pour faire vivre ma famille de 20 membres. Alors comment vais-je me sortir d’une telle situation de blocage?", ajoute-t-elle.

            En plus de faire les frais des sanctions européennes, les producteurs ivoiriens de cacao s’insurgent également contre la fuite de leurs produits vers les pays limitrophes, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Togo.

            "Nous avons mal à entendre que des pays comme le Mali déclare une production de 100.000 tonnes de cacao, alors qu’il n’était qu’à 8.000 tonnes en 2004. Que le Mali annonce une production de 100.000 tonnes est ahurissant", fustige Joseph Kouamé Yao, président du syndicat agricole des producteurs individuels et coopératives de Côte d’Ivoire.

            La BCC estime que 170.000 tonnes de cacao sortent illégalement du territoire ivoirien pour être vendues à partir des pays limitrophes, ce qui représente une perte estimée à 17 milliards FCFA (environ 34 millions de dollars).

            Selon Yao, "des pisteurs véreux" parcourent ces dernières semaines les zones de production pour acheter à "vil prix" avant de s’enfuir par des voies détournées et vendre les produits dans ces pays frontaliers.

            Mais, la situation profite aussi au Ghana, le voisin de l’est et principal concurrent de la Côte d’Ivoire, avec une production annuelle de 800.000 tonnes de cacao, explique Yao. Les producteurs ivoiriens soutiennent que quelque 29.000 tonnes de cacao ont pu atteindre frauduleusement le Ghana.

            "Avec la crise, ils (les acheteurs) proposent de nous acheter le kilogramme à 500 FCFA (environ un dollar) voire 450 FCFA (0,9 dollar), alors que le prix bord champ annoncé par le gouvernement pour la campagne actuelle est de 1.100 FCFA (2,2 dollars)", relève à IPS, Arouna Singo, producteur à Vavoua (centre-ouest). "Certains d’entre nous cèdent sous la pression, alors que c’est quasiment deux fois en dessous la valeur".

            Pour Karim Soumahoro, acheteur à San-Pedro (sud-ouest), "nous sommes dans un contexte où il y a des risques de perdre son investissement. Ceux qui grugent les producteurs se disent qu’ils ne peuvent pas acheter au prix normal, car il peut arriver que leurs achats soient arrêtés par la douane au moment de sortir du pays, ou qu’ils ne trouvent même pas de repreneurs (exportateurs)".

            Soumahoro ajoute à IPS que "tant que la situation sociopolitique ne s’améliore pas, les risques de fuite de cacao seront énormes parce que des producteurs ont énormément besoin d’argent et livreront leurs récoltes au premier venu".

            Le 17 février, Singo, Gloudoueu, Kouamé et une centaine d’autres producteurs étaient à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Ils ont manifesté, en brûlant du cacao devant les locaux de la délégation de l’UE, pour demander la levée des sanctions prises contre la Côte d’Ivoire et la fin de "l’esclavage économique dans lequel les paysans sont contraints".

            "Nous nous inquiétons d’un génocide voilé. Cela pourrait emporter les populations du pays dans la mesure où le cacao constitue le maillon essentiel et vital de l’économie ivoirienne", déclare Georges Bléhoué Aka, président du Conseil national des sages de la filière café-cacao (CNS).

            Bléhoué et les producteurs dénoncent par ailleurs la "discrimination de la communauté internationale entre le nord ivoirien qui produit le coton et l’anacarde et qui ne connaît pas de restrictions, alors que le sud, pour le café et le cacao, subit des sanctions économiques".

            Interrogée au téléphone lundi après-midi et mardi matin, 22 février, la délégation de l’UE à Abidjan n’a pas fait de commentaires par rapport à ces accusations.

            La Côte d’Ivoire produit quelque 1,2 million de tonnes de cacao par an. Avec le café, le binôme – qui représente 48 pour cent des recettes d’exploitation du pays, selon la douane ivoirienne – fait vivre directement ou indirectement six millions de personnes sur environ 17 millions d’habitants.

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            COTE D’IVOIRE: Le recours aux nouvelles techniques agricoles

              By Fulgence Zamblé

              ABIDJAN, 18 jan (IPS) – La production nationale de légumes couvre moins de 60 pour cent des besoins en Côte d’Ivoire à cause d’une seule offre saisonnière. Les producteurs entendent combler le déficit en variant les techniques agricoles capables de produire plusieurs fois dans l’année, selon des chercheurs.

              Dans son bas-fond de 5.000 mètres carrés, à proximité d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, où il a l’habitude de cultiver du chou, de l’aubergine, de la patate, de la tomate et de l’arachide sur des buttes, François Adou, 43 ans, a creusé des tranchées sur 800 m2. Depuis plus d’un an, il y fait exclusivement de la culture de tomates.

              "Il s’agit de la technique hors sol", révèle-t-il à IPS, ajoutant que les résultats sont déjà très flatteurs. "Lors des trois premiers mois (mars à mai), nous avons récolté entre quatre et cinq tonnes. Actuellement, nous procédons à une autre récolte et nous devons avoisiner les six tonnes", expliquait Adou à IPS, en août 2010, l’air satisfait.

              Pour un investissement d’un million de francs CFA (environ 2.061 dollars) pour l’achat de substrat et l’entretien des plants, il a obtenu 2,7 millions FCFA (5.567 dollars) pour la vente de sa première production de cinq tonnes et demie. Sur le marché ivoirien, le prix du kilogramme de tomates varie entre 500 FCFA (1,03 dollar) et 600 FCFA (1,23 dollar).

              Au même mois d’août, son voisin Amidou Traoré, 45 ans, entamait le projet sur 600 m2. En décembre dernier, il était parvenu à écouler 1,750 tonne de tomates à des industriels. "J’ai pu engranger 962.500 FCFA (environ 1.984 dollars). La moitié m’a servi à rembourser une partie de l’investissement de 850.000 FCFA (1.752 dollars). Dans deux mois, je dois effacer l’ardoise", affirme-t-il à IPS.

              Technique préconisée par la Maison du génie agricole (Agribusiness & Contract Farming – GenieAgro), une organisation indépendante locale basée à Abidjan, le hors sol permet d'utiliser à la place de la terre, un substrat composé de coques de cacao, résidus de scierie et déchets industriels d'origine végétale.

              Ce substrat peut être disposé dans des tranchées avec du plastique, dans des bacs en bois, ou dans des sachets. Et c'est sur cette matière (substrat) que poussent les plants, selon Agribusiness.

              "Pour une superficie de 1.000 m2, il faut un investissement de trois millions de FCFA (environ 6.185 dollars). Et le retour sur investissement est possible dès les trois premiers mois", affirme Simplice Kouassi, un généticien. "Le cycle de production étant de trois mois, à chaque échéance, le planteur peut empocher un bénéfice de 1,19 million de FCFA (2.453 dollars)".

              Seulement, à ce jour, l’entreprise de fabrication de substrat, basée à Songon, au sud-est d’Abidjan, a une faible production de 200 sacs de substrats par jour. Certains produits entrant dans la fabrication du substrat se font souvent rares.

              Ces dernières années, la production de tomates en Côte d’Ivoire a connu une baisse de plus de 50 pour cent, passant de 320.000 tonnes à 150.000 tonnes, selon les groupements de producteurs. Cette chute est due d’abord au flétrissement bactérien (maladie liée à la composition de la terre). Il y a ensuite l’abandon de la culture par des producteurs du fait du retard des pluies et de la forte concurrence de la tomate importée du Burkina Faso, du Mali et de l'Europe.

              "Il y avait une menace réelle sur la production locale de tomates qui demandait que l’on trouve une réponse rapide… dans le sud. Car le nord reste attaché à la culture traditionnelle sur terre ou encore la culture irriguée pas très productive", explique à IPS, Antoine N’Guetta, un ingénieur agronome.

              Depuis 2009, avec l’adoption de la culture hors sol par près de 200 producteurs, la production a connu une hausse d'environ 50 pour cent, soit près de 225.000 tonnes en 2010. Le pays compte quelque 3.000 producteurs de tomates.

              Dans la localité d’Aniassué (est du pays), Brou Bernard N’guessan, 42 ans, et sa femme Antoinette Ahou Koffi, 37 ans, disposent chacun d’une parcelle de 500 m2. Le premier produit du maïs et de la banane plantain, tandis que la seconde a aménagé son site pour l’aubergine, le gombo et le piment.

              Dans cette zone aride du pays où l’eau se fait rare souvent, le couple a fait le choix de l’irrigation goutte-à-goutte depuis un an comme 150 autres producteurs locaux. Cette technique est caractérisée par un apport d'eau localisé, fréquent et continu utilisant des débits réduits à de faibles pressions. Seule la fraction du sol exploitée par les racines est continuellement humectée, selon des techniciens agricoles.

              "Il n’y a pas de période définie où j’effectue des récoltes", se réjouit Ahou, formée il y a deux ans par une structure privée dénommée Initiative pour le développement agricole en Côte d’Ivoire, basée à Abidjan. "Chaque fois que l’occasion se présente, c’est la cueillette et la vente au marché", dit-elle à IPS.

              Avec l’aide d’une bonne volonté, Ahou et Nguessan ont pu réunir la somme de 600.000 FCFA (environ 1.237 dollars) pour la réalisation de leur projet. "Notre premier revenu est intervenu après trois mois avec un gain de 135.000 FCFA (278 dollars) à la vente des produits de ma femme et du maïs", ajoute N’guessan Brou à IPS. "Mais la banane a pris un peu de temps et nous avons pu en tirer 35.000 FCFA (72 dollars)".

              "Toutes les initiatives sont encore menées par des particuliers et des organisations coopératives", déplore André Coulibaly, un économiste. "Il est important que les pouvoirs publics investissent à l’installation des jeunes à ces différentes techniques agricoles. D’ici deux ans, elles peuvent garantir l’autosuffisance dans certains secteurs", souligne-t-il à IPS.

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              COTE D’IVOIRE: La souffrance des populations s’aggrave

                By Fulgence Zamblé

                ABIDJAN, 24 déc (IPS) – Pendant trois jours, Ousmane Traoré, 25 ans, a fait la clinique privée du quartier populeux d’Abobo, au nord d’Abidjan. Souffrant de blessures par balles à la tête et à l’abdomen, suite aux manifestations de l’opposition ivoirienne, il a été obligé de quitter l’hôpital principal de Treichville, au sud d’Abidjan, faute d’assistance.

                "Lorsque la police a tiré sur moi, un homme m’a emmené à l’hôpital pour le traitement. Je saignais beaucoup", déclare Traoré. Cependant, après 30 minutes d’attente, il n’avait toujours pas été soigné. Un docteur a reconnu qu’on lui avait ordonné de ne pas s’occuper des manifestants blessés.Traoré estime qu’il n’était pas le seul dans cette situation. Une douzaine d’autres manifestants blessés ont été obligés de chercher le traitement ailleurs, puisque les services de santé du gouvernement ont refusé de les traiter.Lamine Tiote a perdu un ami en raison de l’indifférence du personnel de l’hôpital local. "Le meilleur ami de mon quartier est mort le dimanche. Nous avons attendu à l’hôpital pendant des heures pour être soignés. Malheureusement, il a succombé à ses blessures dans mes bras", a–t–il expliqué. "J’ai juste crié à l’aide mais personne ne m’a entendu. C’était incroyable", a–t–il ajouté avec amertume.Ousmane Traoré et Lamine Tiote font tous deux partie des "blessés pouvant encore marcher", qui ont été touchés à la suite des protestations pour le départ du président en exercice, Laurent Gbagbo. Selon les Nations Unies, 50 personnes, jusqu’à l’heure actuelle, ont été tuées lors de ces échauffourées.L’Union africaine et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) ont exigé la démission de Gbagbo. Selon Amnesty International, des témoins oculaires ont déclaré qu’au milieu des menaces des forces de sécurité, le traitement médical a été refusé aux manifestants gravement blessés pendant les manifestations de masse de la veille à Abidjan."Cela n’est pas juste. Nous avons déjà reçu des vingtaines de blessés parmi les membres des forces de sécurité. Malgré nos services limités, nous assistons tout le monde", a déclaré Gabriel Beugré, directeur de l’hôpital militaire d’Abobo, qui a également à sa charge le traitement de trois manifestants de l’opposition.Au début de cette semaine, la télévision nationale a diffusé une visite du ministre de la Santé du gouvernement de Gbagbo aux blessés de l’hôpital. Depuis les élections du 28 novembre, le pays est demeuré dans un climat tendu. Quatre jours après la tenue des élections, la Commission électorale indépendante (CEI) a publié les résultats provisoires, avec Ouattara obtenant 54 pour cent des voix et Gbagbo 46 pour cent.Le Conseil constitutionnel a contesté l’institution; pour son président, Paul Yao N'Dré, la CEI n’avait pas suivi les directives établies. Le jour suivant, N'Dré a annulé les résultats provisoires de la CEI, déclarant Gbagbo gagnant avec 51 pour cent des voix contre 49 pour cent pour Ouattara.Gbagbo et Ouattara ont prêté serment en tant que présidents, dans l’espace de quelques heures l’un après l’autre, chacun formant son gouvernement. On craint de plus en plus que la dispute entre Gbagbo et Ouattara, reconnu gagnant de l’élection au niveau international, fasse basculer à nouveau le pays dans une guerre civile.La fermeture des frontières et les affrontements internes actuels entre les partisans des deux présidents, ont entravé l’entrée des produits alimentaires dans le pays, ce qui a conduit à une augmentation des prix des denrées alimentaires.Avec l’instabilité politique actuelle, les civiles vivent non seulement avec la menace de la violence, mais aussi avec la cherté du marché. "Nous ne pouvons rien obtenir sur le marché. Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 50 à 75 pour cent", s’est plainte Catherine Kouassi, habitante de Yopougon, au nord de la capitale.On estime que la hausse des prix des produits alimentaires est due aux difficultés d’approvisionnement et d’accès aux divers marchés de la capitale économique ivoirienne. "Les camionneurs ont décidé d’augmenter les coûts de transport, ce qui entraîne une hausse des prix des produits en vente", a déclaré Rosine Tah, pendant qu’elle achetait des aubergines et des ignames.Au marché du Plateau Dokoui, un tas de dix aubergines est actuellement vendu à un dollar US contre 50 cents il y a un mois. Un kilogramme de viande coûte entre 2,50 et trois dollars. "Si nous ne faisons pas attention, les gens ne pourront pas s’offrir à manger les jours qui viennent", prévient Thomas Konan, un analyste économique d’Abidjan.Un conducteur de taxi, Raoul Kodjo, 35 ans, attend toujours que la situation redevienne normale. "Depuis une semaine, mon entreprise s’est arrêtée brutalement. Mais les ressources diminuent à la maison. Nous devons trouver une solution politique miracle pouvant nous sortir de cette crise. Autrement, les gens seront dans l’angoisse ici", a–t–il souligné.Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), aurait augmenté depuis ses fournitures de secours pour accueillir les réfugiés fuyant la crise postélectorale en Côte d’Ivoire et elle pourrait maintenant prendre en charge jusqu’à 30.000 personnes.Adrian Edwards, porte-parole du HCR a déclaré: "Au cours de ces quelques derniers jours, le HCR est en train de renforcer ses dispositions d’urgence pour la Côte d’Ivoire compte tenu de l’instabilité persistante qui y règne".Avant le week-end, nous avons transporté par avion des fournitures supplémentaires au Liberia et en Guinée, provenant de notre stock de réserve d’urgence à Copenhague. Nous sommes prêts à l’heure actuelle pour faire face aux besoins de 30.000 réfugiés au maximum", a–t–il ajouté.

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                COTE D’IVOIRE: Encadrer les ménages pour combattre la mortalité maternelle

                  By Fulgence Zamblé

                  ABIDJAN, 30 nov (IPS) – La mauvaise perception des services de maternité par de nombreuses femmes et l’ignorance de certaines d’entre elles en Côte d’Ivoire, les exposent aux risques de l’accouchement à domicile, notamment la mortalité maternelle.

                  Pour limiter ces risques, Les autorités sanitaires ivoiriennes ont choisi de faire encadrer les ménages par des agents de santé communautaires.

                  Une feuille de notes et un stylo en main, Mathurin Bréka, infirmier à Abobo, un quartier d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, fait partie des quelque 7.800 agents de santé qui rendent visite quotidiennement depuis 2008 aux différents ménages dans tout le pays. Dans chaque maison, ils s’intéressent à chaque femme enceinte avec laquelle ils ont un entretien d’environ 30 minutes.

                  "Nous établissons d’entrée une relation de confiance", explique Bréka à IPS. "Car selon la période de grossesse, nous sommes emmenés à rester en contact jusqu’à terme. C’est dire que nous avons entre un mois et six mois pour convaincre chaque cas sur la nécessité de choisir l’hôpital pour accoucher", affirme-t-il.

                  "La visite régulière à la maternité, le respect des vaccins, mais surtout le choix du centre de santé comme lieu d’accouchement sont les thèmes essentiels des échanges. Et ces derniers mois, nous notons une adhésion réelle des unes et des autres", souligne Bréka qui couvre une centaine de ménages.

                  Il en veut pour preuve qu’au mois de juillet 2010, l'hôpital général d'Abobo-sud, a dénombré seulement 11 accouchements à domicile (dont deux cas compliqués) sur les 360 enregistrés dans ses fichiers, contre 65 sur 345 accouchements à la même période en 2008, dont deux décès.

                  A Marcory (sud d’Abidjan), ce sont environ 30 accouchements à domicile (pour cinq complications) qui ont été signalés sur les 300 notifiés il y a quatre mois, contre 76 sur 289 accouchements il y a deux ans, dont trois décès.

                  "Il y a un travail de fond qui est fait. La première année a été difficile en raison de quelques réserves d’ordre culturel ou financier dans des ménages. Mais aujourd’hui, les réactions sont positives", soutient Lamine Timité, un autre agent communautaire basé à Adjamé (centre d’Abidjan).

                  Dans sa maison d’une pièce à Gobelet (quartier précaire du nord-est d’Abidjan), le frigoriste Claver Gnizako, 32 ans, ne manque pas de rappeler chaque lundi à sa compagne, Caroline Kodja, 28 ans, la visite de l’agent de santé.

                  Depuis le début de la grossesse de sa compagne, Gnizako est méticuleux sur les recommandations de l’agent concernant les vaccinations à faire pour ce mois de novembre, ainsi que le rendez-vous pour le test du groupe sanguin. "Il y a trois ans, j’avais failli perdre Caroline", se souvient-t-il encore, feuilletant un carnet de santé.

                  "Au terme de sa première grossesse, elle avait accouché à la maison. Avec mon revenu mensuel de 25.000 francs CFA (environ 53 dollars), je ne pouvais pas assurer le coût de l’accouchement qui s’élevait à 8.750 FCFA (18 dollars), car tout ce qui me restait devait assurer le trousseau", raconte Gnizako à IPS.

                  "Une hémorragie s’est déclarée subitement, elle a perdu du sang et connaissance par la suite. Il avait fallu de peu pour que le pire arrive", dit-il. Pour la nouvelle grossesse, Gnizako a choisi de suivre à la lettre les recommandations de l’agent communautaire.

                  "J’irai moi-même à l’hôpital le jour de l’accouchement. Même si les moyens ne sont pas suffisants ce jour-là, on trouvera un terrain d’entente avec les sages-femmes. La priorité sera de faire accoucher Caroline d’abord afin qu’elle soit en sécurité", souligne-t-il.

                  Mieux vaut prévenirDe son côté, pour avoir perdu sa cousine à l’accouchement, Eugène Kouamé, 36 ans, chauffeur de taxi à Yopougon-Wassakara (nord d’Abidjan), accueille à chaque visite, l’agent de santé, pour sa femme de 32 ans qui attend leur troisième enfant. "L’entêtement de ma tante à vouloir faire accoucher notre cousine à la maison, lui a coûté la vie, il y a cinq mois", révèle-t-il à IPS.

                  Kouamé explique que sa tante, qui a toujours eu une mauvaise perception des services de la maternité, "a fait venir une matrone du village qui n’a rien su maîtriser quand notre cousine a commencé à saigner abondamment".

                  "Le problème réel qui se pose aujourd’hui, c’est que de nombreuses familles adoptent un système à risque", affirme à IPS, Madiara Traoré, sage-femme à Port-Bouët (sud d’Abidjan). Selon elle, ces femmes fuient la cherté de l’accouchement à la maternité, pour accoucher à la maison. "Puis le lendemain, elles se rendent à l’hôpital pour une consultation", estimant que "cela réduirait de moitié leurs dépenses hospitalières".

                  Fabienne Kodjo, une autre sage-femme, explique à IPS: "Ces femmes ne connaissent pas en général les risques. Pourtant, elles peuvent accoucher et le problème des frais se règlera après. Malheureusement, elles s’exposent et le tableau est devenu alarmant en quatre ans seulement".

                  En effet, dans son rapport 2009 sur la situation des femmes et des enfants, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), qui forme ces agents de santé communautaire, a signalé 810 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes en Côte d’Ivoire. Ce chiffre était 690 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes en 2005, selon le Programme national de la santé de la reproduction et de la planification familiale.

                  Pour obtenir une baisse significative de ce taux à moyen terme, "il faudra poursuivre l’assistance des accouchements par du personnel qualifié afin de rétablir la confiance de base avec les femmes", souligne à IPS, Dr Geoffroy Kouadio, gynécologue à Sassandra (sud-ouest du pays).

                  Il faudra également "imposer six heures d’observation pour une femme qui vient d’accoucher", suggère-t-il. "Nos maternités observent à peine deux heures, alors que 60 pour cent des décès maternels surviennent généralement 48 heures après l’accouchement".

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                  COTE D’IVOIRE: Une première expérience difficile pour une femme candidate

                    By Fulgence Zamblé

                    ABIDJAN, 11 nov (IPS) – Jacqueline Lohouès Oble, la première femme candidate à une élection présidentielle en Côte d’Ivoire, est classée huitième – avec 0,27 pour cent des voix – sur les 14 candidats en lice au premier tour d’un scrutin censé sortir le pays d’une décennie de crise.

                    Le second tour de cette élection a été fixé au 28 novembre. Il opposera le président sortant, Laurent Gbagbo (candidat de la majorité présidentielle), à l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara (candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix – opposition).

                    Gbagbo est arrivé en tête du premier tour du scrutin du 31 octobre avec 38,04 pour cent, contre 32,07 pour cent pour Ouattara, selon les derniers résultats annoncés par la Commission électorale indépendante et validés par le Conseil constitutionnel, le 6 novembre. L’ancien président Henri Konan Bédié est le troisième, avec 25,24 pour cent des suffrages exprimés.Avec ses 0,27 pour cent, la candidate indépendante Oble est loin d’être déçue. Tout au contraire, elle affirme ne pas vouloir abandonner les idées de son programme de gouvernement qui accorde notamment une large place à la femme et à la relance du secteur de la santé et de l’éducation.

                    "Ce fut une riche expérience démocratique. Je suis prête à me rallier à un autre candidat, à condition d'en trouver un qui poursuive mon combat… On verra bien. Il faudra discuter si l’on veut mon soutien", a déclaré Oble, cette ancienne ministre de la Justice, le 5 novembre.

                    Oble avait promis, dans son programme politique et pendant sa campagne, de reformer le système éducatif et de promouvoir la recherche. Elle voulait également instaurer une assurance maladie dans le système médical pour permettre l’accès aux soins pour les plus pauvres; et promouvoir l’égalité des sexes, avec une parité de 50/50 dans l’administration publique.

                    A ce jour, la présence des femmes dans les organes de décision en Côte d’Ivoire est très faible : seulement cinq femmes sont présentes au gouvernement sur les 28 ministres. Par ailleurs, aucune femme n’a encore dirigé une institution de la République depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960.

                    "Il faudrait surtout saluer l’audace de cette femme (Oble). Elle a brisé le mythe créé par les hommes autour des élections. Sans elle, peu d’entre nous auraient toujours pensé qu’il serait impossible pour une femme en Côte d’Ivoire d’aller défier les hommes sur ce terrain", se réjouit Alphonse Kouamé, responsable du Réseau ivoirien pour l’égalité entre les genres, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

                    Pour Kouamé, il ne faudrait pas tenir compte du score obtenu par la candidate. "Nous avons eu droit à une première expérience encourageante. La sphère politique étant dominée par trois grands leaders qui règnent selon des appartenances régionalistes. L’on savait qu’il était difficile pour Oble de bousculer ces réalités fortement enracinées", explique Kouamé à IPS.

                    En effet, la cartographie des élections, publiée par la presse ivoirienne au lendemain du premier tour du scrutin, indique que Gbagbo s’impose largement dans l’ouest et le sud du pays; Ouattara dans le nord, et Bédié dans le centre.

                    "Nous tentons de sortir d’une longue crise et à mon sens, il n’était pas indiqué que cette candidature féminine se pose", estime Rolande N’da, conseillère à l’éducation dans un établissement scolaire de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan. "Son message est certes convaincant et avec un choix automatique des femmes sur sa personne, Oble devait gagner. Mais, je pense que psychologiquement, personne n’y était préparé", explique-t-elle à IPS.

                    Selon Marie-Paule Kodjo, présidente de la Coordination des femmes pour les élections et la reconstruction post-crise, une ONG basée à Abidjan, 50,81 pour cent des 5.784.490 personnes inscrites sur la liste électorale sont des femmes. Et pour le premier tour du scrutin, sur les 4.843.445 votants, 54 pour cent étaient des femmes.

                    "Il est évident que les choses ne sont pas systématiques. Oble a été une candidate surprise et il faut se demander si elle été adoptée par les femmes, qui devaient être des électrices potentielles. Sinon, son engagement méritait mieux que d’être un simple qu’un modèle de démocratie", estime Antoine Djaha, un politologue basé à Abidjan.

                    Mais Oble est formelle et déclare vouloir suivre les pas de la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf dont l’avènement à la tête de la magistrature a permis, dit-elle, de ramener la paix dans cet autre pays d’Afrique de l’ouest. "Les populations sont fatiguées de plusieurs années de crise. Il faut en sortir dans la paix et penser au développement", ajoute-t-elle.

                    "Si les femmes n’ont pas remporté le défi de la présidentielle, il faudra qu’elles se concentrent dès maintenant sur les (élections) législatives, les municipales et les conseils généraux à venir. Elles y ont beaucoup à gagner si elles veulent constituer à moyen terme une force sur l’échiquier politique", souligne Djaha à IPS.

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                    COTE D’IVOIRE: Laurent Gbagbo contraint à un second tour

                      By Michel Koffi*

                      ABIDJAN, 4 nov (IPS) – Le président sortant, Laurent Gbagbo, devance son rival, l’ancien Premier ministre et opposant, Alassane Dramane Ouattara, selon les premiers résultats provisoires du scrutin présidentiel du dimanche, 31 octobre, en Côte d’Ivoire.

                      Dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 novembre, les rues d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, étaient désertées. Jusque tard dans la nuit, la Commission électorale indépendante (CEI) a égrené sur les ondes de la Radio télévision ivoirienne (RTI) les premiers résultats provisoires d’une élection présidentielle déjà reportée à six reprises.

                      Et il y a fort à parier que la quasi-totalité des quelque 4,2 millions de votants de ce premier tour – soit 80 pour cent des inscrits, «l’un des taux les plus élevés au monde», selon le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Youn-Jin Choi – étaient tous rivés devant leur téléviseur.Selon ces résultats provisoires qui doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel, le président sortant Gbagbo arrive en tête avec 38,30 pour cent des suffrages, devant l’ancien Premier ministre Ouattara, crédité de 32,08 pour cent des voix. Quant à l’ancien président Henri Konan Bédié, il est en troisième position, avec 25,24 pour cent des suffrages. Les onze autres candidats en lice se partagent les quelque quatre pour cent restants.Longue attenteLe scénario le plus crédible verra donc Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara s’affronter lors d’un second tour prévu le 28 novembre.L’attente des résultats donnés par la CEI a été longue pour les Ivoiriens et dénoncée par les observateurs internationaux. Depuis le premier tour de dimanche, la capitale économique vit au rythme de la rumeur. Et même les discours ou les nombreux appels au calme du Premier ministre Guillaume Soro ou du chef d’état-major, le général Philippe Mangou, ne rassurent guère la rue abidjanaise. La peur, qui est aussi la conséquence de dix ans de crise politico-militaire, a envahi la ville.Repli identitairePartout, les magasins et les banques ferment plus tôt. Même les taxis, d’habitude si nombreux, ont arrêté de circuler. Seuls quelques téméraires travaillent encore. Le quartier du Plateau, celui des affaires et des ambassades, ne connaît plus son incessant ballet de grosses berlines. Et les rares piétons rencontrés assurent qu’il «vaut mieux suivre les résultats chez soi».Car ce qu’il faut craindre pour demain, au vu de la cartographie électorale, c’est le repli identitaire, un problème majeur dans le pays. Et la présence au second tour d’Alassane Ouattara, longtemps exclu de ce scrutin, ne résout rien. Victime du concept d’"ivoirité", cet homme, «à la nationalité douteuse», selon ses détracteurs, a fédéré la majorité de la région nord du pays.

                      Après le long règne des Akan, avec Félix Houphouët-Boigny puis Henri Konan Bédié, et de deux «enfants» de l’ouest, Robert Gueï et Laurent Gbagbo, la montée fulgurante de cet ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI) est vue par ses «frères du nord» comme une occasion de revanche ou leur tour de présider aux destinées de la Côte d’Ivoire.*(Michel Koffi est journaliste et a écrit pour InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

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                      COTE D’IVOIRE: L’allaitement exclusif est devenu une contrainte pour beaucoup de femmes

                        By Fulgence Zamblé

                        ABIDJAN, 11 oct (IPS) – Arrivées au pas de course à la maternité de Bécouéfin, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, pour exprimer leur désir de donner de la bouille de mil et de riz à leurs nouveau-nés de trois mois, Clotilde Achiama et ses camarades ont été toutes renvoyées par la sage-femme.

                        "Continuez à faire l’effort de ne servir que le sein à l’enfant", insiste la sage-femme à haute voix. Mais, cette recommandation ne rencontre pas l’assentiment d’Achiama, 33 ans. "Depuis une semaine, le sein ne semble plus suffire à mon bébé. Sa fréquence à la tétée est passée de quatre à huit par jour et il ne cesse de pleurer", explique-t-elle, remontée.

                        Achiama qui est commerçante à Bécouéfin, ne supporte plus de devoir revenir à la mi-journée à la maison pour satisfaire les besoins de l’enfant. "Logiquement, si je lui donne de la bouille, il va passer un long temps à dormir. Cela devrait me permettre de me concentrer sur mes activités", indique-t-elle à IPS.

                        De son côté, Pélagie Touré, 28 ans, une caissière de banque à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, voudrait aussi modifier rapidement l’alimentation de son bébé. "Je dois reprendre le service dans deux semaines. Il me faut donc trouver un complément au sein pour éviter qu’il pleure beaucoup", justifie-t-elle.

                        "Apparemment, la nourriture des bébés de moins de six mois commence à se faire rare dans nos pharmacies et les grandes surfaces commerciales, alors nous allons chercher de quoi adapter avec le biberon", ajoute Touré.

                        Si Touré et Achiama évoquent toutes des raisons professionnelles pour expliquer leur décision de ne pas soumettre leurs enfants à l’allaitement exclusif, Corine Angaman, 23 ans, elle, peint une situation plus particulière. "Ma sœur aînée a confié son bébé à notre mère afin que celle-ci poursuivre l’allaitement. Mais, il refuse le sein de maman. Alors, je suis passée à la maternité pour que la sage-femme nous propose une autre solution", dit-elle à IPS.

                        Sophie Kouamé, sage-femme au centre de santé communautaire de Koumassi, un quartier au sud d’Abidjan, explique à IPS : "En fait, de nombreuses jeunes filles refusent d’allaiter leurs enfants pour éviter de voir leurs seins perdre la forme. Pour elles, si leurs seins venaient à tomber, elles ne présenteront plus d’intérêt pour les hommes. Alors, ce sont leurs mères qui donnent à téter à leur place, quand le biberon n’est pas utilisé".

                        "La pratique est courante et nous avons l’impression que l’allaitement ressemble, non seulement à une corvée pour les femmes, mais que l’allaitement exclusif est devenu la pire de leurs contraintes", regrette Dr Rodrigue Gogoua, médecin généraliste à Abidjan. "Cela expose généralement les enfants aux infections gastro-intestinales et à d’autres maladies conduisant souvent à des cas de décès".

                        Selon Kouamé, au cours des consultations prénatales, à l’accouchement et après, les sages-femmes rappellent aux nourrices les avantages de la méthode de l’allaitement exclusif pour la santé du bébé jusqu’à six mois. Malgré cette longue sensibilisation, elle s’étonne que les femmes n’arrivent pas à faire des efforts dans cette pratique.

                        Par contre, Mariam Sékongo, 36 ans, mère de trois enfants et ménagère à Treichville, un autre quartier au sud d’Abidjan, est toujours adepte de ce qu’elle appelle la "vieille méthode efficace". "Avec mon premier gosse, j’avais éprouvé des difficultés au départ, mais avec l’aide de ma mère, je me suis habituée à n’offrir que le sein jusqu’à six mois", raconte-t-elle à IPS.

                        "Aujourd’hui, si mes enfants sont rarement malades, j’estime que c’est le résultat d’une bonne alimentation au lait maternel", se réjouit Sékongo.

                        Selon la dernière enquête nationale commandée par le gouvernement ivoirien et publiée en 2009, l’allaitement exclusif (uniquement le lait maternel au bébé, sans eau, ni autres préparations lactées) a chuté de 11,6 pour cent en 2002 à 4,3 pour cent en 2006. Ce qui expose chaque année plus de 30.000 enfants de moins de cinq ans aux maladies.

                        Menée par l'Institut national de la statistique (INS), en collaboration avec l'UNICEF, cette enquête a révélé que 94 pour cent de mères en milieu rural et 97 pour cent en milieu urbain ne pratiquent pas l'allaitement exclusif.

                        "Si la couverture passe de quatre pour cent à 50 pour cent, cela contribuera à la réduction de la mortalité des moins de cinq ans de 10 pour cent, soit environ 34.000 décès d'enfants que l'on pourrait éviter", avait estimé, en août dernier, Maarit Hirvonen, représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), lors de la semaine mondiale de l’allaitement.

                        Pour inciter à l’allaitement exclusif, l’épouse du président ivoirien, Simone Gbagbo, avait alors souhaité la révision du congé de maternité de la femme, pour le faire passer de trois à près de neuf mois. Ce qui devait permettre aussi de réduire les cas de mortalité infantile pour accélérer les progrès vers la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement dans ce domaine.

                        Selon le ministère de la Santé, cette suggestion de la Première dame ivoirienne ainsi que la proposition de l’UNICEF – qui recommande un arrêté ministériel définissant un aménagement des horaires d’allaitement sur les lieux de travail – sont à l’étude pour l’instant.

                        "En plus de cela, je crois qu’il faut revenir aux méthodes de 1990, qui avaient permis une réussite de la politique de l’allaitement exclusif", suggère Dr Gogoua. "Il s’agit de reprendre les campagnes de porte à porte pour expliquer aux femmes le bien-fondé de la méthode qui protège longuement les enfants". Et les centres hospitaliers constitueront des relais de l’information, dit-il.

                        Par ailleurs, Dr Gogoua souligne que les communautés coutumières et religieuses devraient être sollicitées afin de lutter également contre les naissances trop rapprochées. "C’est aussi une pratique qui freine un meilleur allaitement des enfants", relève-t-il.

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                        COTE D’IVOIRE: Lutter ensemble contre les grossesses en milieux scolaires

                          By Fulgence Zamblé

                          ABIDJAN, 28 sep (IPS) – Parents d’élèves, enseignants et partenaires de l’école en Côte d’Ivoire veulent engager ensemble, à partir de cette année scolaire 2010-2011, une lutte contre les grossesses de jeunes filles élèves: un phénomène croissant dans le pays ces dernières années.

                          Deux semaines après la rentrée scolaire, IPS assiste à un cours d’éducation civique et morale du jour, dispensé en classe de cinquième (deuxième année du secondaire) au collège Saint-Pierre Kant de Yopougon, au nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. L’éducateur de niveau (responsable des classes de même niveau) est présent dans la classe, en plus de l’enseignant titulaire. Le sujet sur la sexualité provoque des grimaces chez certains élèves, mais les encadreurs se montrent rigoureux.

                          "Il y va de votre avenir", lance sèchement aux élèves, l’enseignant Martin Kouamé. "Autant, cette question ne doit plus être un tabou en classe, autant vous devez en discuter entre vous et même en famille", rappelle-t-il, indiquant: "Beaucoup d’entre vous n’achèvent pas généralement l’année scolaire en raison de grossesses non désirées, quand d’autres risquent leur vie avec des avortements. Voulez-vous connaître le même sort?", demande-t-il.

                          "Non!", répondent en chœur les 65 élèves de la classe, dont 27 filles.

                          "Si nous avons choisi d’appuyer l’éducation sexuelle dans les classes, c’est qu’il y a urgence", explique à IPS, l’éducateur Florent Koné, ajoutant que "Chaque année, nous enregistrons une courbe croissante des jeunes filles en grossesse, notamment au premier cycle. Et les cas d’abandons scolaires sont nombreux".

                          Selon Koné, le collège Saint-Pierre Kant a enregistré 12 cas de grossesse lors de l’année scolaire 2007-2008, avant d’atteindre 25 en 2008-2009, puis 30 en 2009-2010. Il a indiqué que 40 pour cent de tous ces cas avaient mis un terme à leur cursus scolaire.

                          "En plus de la promotion faite pour l’utilisation du préservatif, nous avons choisi cette année de sensibiliser nos élèves à la contraception d’urgence avec la 'pilule du lendemain'", affirme Koné.

                          Lors d’une réunion à la rentrée, la direction de l’établissement a pris soin d’informer les parents d’élèves. "Nous avons été instruits de cette méthode que nous avons approuvée", explique-t-il. La méthode leur a été enseignée par l’Agence ivoirienne de marketing social (AIMAS), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan."Alors, nous attendons des parents qu’ils mettent à la disposition de leurs enfants les moyens d’acheter soit des préservatifs, soit des pilules de lendemain", souligne Koné.

                          L’AIMAS est une ONG promotrice de la pilule de lendemain "Prégnon" qu’elle préconise aux jeunes élèves. D’un coût de 760 francs CFA (environ 1,5 dollar), la boîte de "Prégnon" est six fois moins chère que les pilules ordinaires qui reviennent généralement à 3.940 FCFA (près de 7,8 dollars).

                          Selon l’AIMAS, une jeune fille doit utiliser la pilule du lendemain dans les cinq jours qui suivent un rapport sexuel non ou mal protégé et à n'importe quel moment du cycle menstruel. Ou alors elle se fait insérer un dispositif intra utérin dans les sept jours qui suivent ce rapport. Ces deux méthodes en phase expérimentale ont permis de toucher 13 pour cent de la cible (jeunes filles de 15 à 24 ans) au cours de l’année scolaire 2009-2010.

                          "Le mal des grossesses en milieux scolaires prend ces racines à plusieurs niveaux de la société. Il est donc primordial que la lutte soit concertée (entre parents, élèves, éducateurs, et enseignants), mais qu’elle soit surtout très suivie à l’école comme en dehors", estime Cyril Kouamé, un sexologue à Abidjan.

                          Il soutient, par ailleurs, que les méthodes de lutte ne doivent pas être privilégiées les unes par rapport aux autres, mais qu’elles doivent plutôt se compléter afin d’aboutir à des résultats probants.

                          "Il n’y a pas de moyens de trop pour faire face à cette réalité", explique à IPS, Françoise Adom, 52 ans, mère de quatre filles. "Avec mes enfants, j’ai tenté la sensibilisation, mais les trois premières ont déjà enfanté et abandonné les bancs. S’il faut mettre la dernière sous la pilule, je n’hésiterai pas", dit-elle.

                          Plusieurs parents déclarent ne pas pouvoir expliquer les causes de l’explosion du phénomène des grossesses dans les établissements scolaires. En effet, selon la directrice du Programme national de santé scolaire et universitaire (PNSSU), Clotilde Diango, environ 5.000 cas de grossesses non désirées sont enregistrés en Côte d’Ivoire chaque année scolaire depuis trois ans. Conséquence : deux tiers de ces cas abandonnent définitivement les études.

                          Selon le PNSSU, les pics alarmants ont été signalés à Bondoukou (est du pays) en 2007 avec 239 cas dont 169 au premier cycle du secondaire, et 52 au cours primaire; à Aboisso (sud-est) en 2009 avec 99 cas; à San-Pedro (sud-ouest) en 2009 avec 87 cas; et à Bocanda (centre) et Tengréla (nord) en 2010, avec respectivement 48 et 13 cas enregistrés au premier cycle.

                          A San-Pedro, 29 des 87 filles concernées ont repris leurs études cette année, soit 30 pour cent, tandis qu’à Aboisso, elles sont 53 – sur les 99 – à être revenues sur les bancs, soit 53,3 pour cent, selon le PNSSU.

                          A 16 ans, Miriam porte une grossesse de huit mois. Elle n’a pu se présenter en juillet dernier à son examen de Brevet d’études du premier cycle, en raison de complications intervenues dès le troisième mois. "J’ai des regrets, mais le mal est fait", admet Miriam.

                          "Je ne cesse de demander à mes camarades d’éviter les comportements sexuels à risque. Pour moi, même s’il y a de l’espoir à retrouver l’école dans un an, je préfère déjà penser à autre chose", déclare-t-elle à IPS, le regard perdu.

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                          COTE D’IVOIRE: Davantage d’accouchements assistés par un personnel qualifié

                            By Fulgence Zamblé

                            ABIDJAN, 31 août (IPS) – Abiba Tahoué, 32 ans, se prépare à quitter le centre de santé communautaire d’Abobo-Baoulé, une banlieue au nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, où elle vient de donner naissance à son troisième enfant, le premier né dans une maternité.

                            Son carnet de santé communautaire en main, Tahoué avait le sourire aux lèvres, ce 26 août, malgré un travail difficile et trois heures d’anxiété qui ont précédé l’accouchement.

                            Elle affiche une double satisfaction. La première, celle d’avoir profité d’une réduction de plus de la moitié du coût de l’accouchement: une facture de 4.000 francs CFA (environ huit dollars), contre 10.000 FCFA (20 dollars) ou 25.000 FCFA (45 dollars) dans les grands hôpitaux publics et les cliniques privées. La seconde est d’avoir surtout bénéficié d’une assistance médicale de qualité de la part des sages-femmes.

                            "J’avais des appréhensions en arrivant. On racontait que les sages-femmes maltraitaient les patientes lors des accouchements parce que beaucoup d’entre elles n’avaient pas le niveau", explique Tahoué à IPS. "Mes deux premiers accouchements se sont déroulés à domicile pour éviter de subir leur torture. Mais cette fois, je savais qu’il y avait des risques, alors j’ai choisi un centre de santé et je ne suis pas déçue", avoue-t-elle.

                            Dans la maternité, d’autres femmes en attente d’accouchements observent attentivement les allers et venues des sages-femmes. Certaines femmes enceintes s’inquiètent au moment de rejoindre la salle d’accouchement pendant que d’autres se montrent optimistes.

                            "J’ai respecté toutes les consignes de santé lors de la grossesse. Les visites prénatales et les vaccins sont à jour. Le suivi s’est déroulé correctement. Il n’y a pas de raison que les choses ne se passent pas normalement", affirme à IPS, Cathérine Tanoh, 34 ans, qui porte sa deuxième grossesse.

                            Cet avis est partagé par la sage-femme Monique Kouamé. "Lorsque la patiente est correctement suivie dans la période prénatale, nous n’avons aucune difficulté à la faire accoucher", dit-elle à IPS.

                            Kouamé, comme les quatre autres sages-femmes de la maternité, suit quasiment tous les trois mois, des séances de formation sur le suivi d’une grossesse et d’un accouchement. Cependant, elle reconnaît qu’il existe "des cas de décès à l’accouchement dus à des hémorragies. Mais nous n’en rencontrons pas plus de cinq dans l’année, au lieu d’une dizaine dans le passé".

                            Cela est dû au fait, selon Kouamé, "qu’il y a des femmes enceintes derrière lesquelles il faut souvent faire la police. Lorsque nous les rencontrons dans les rues du quartier, nous n’hésitons pas à leur rappeler, pour certaines, les visites à venir. Car il y en a à risque qui oublient leurs rendez-vous".

                            Dans un rapport publié le 25 août 2010 sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les autorités ont indiqué que les accouchements assistés par un personnel qualifié étaient en hausse en Côte d’Ivoire. De 45 pour cent en 1994, le taux est passé à 56 pour cent en 2009 et devrait atteindre 60 pour cent en 2014.

                            Le grand pic de cette progression se situe notamment dans le sud-ouest du pays où les sages-femmes, en service dans les différentes maternités de la région, ont réalisé en 2009, quelque 22.100 accouchements sur les 25.708 enregistrés, soit 86 pour cent contre 79 pour cent en 2007. Les 3.608 restants se sont déroulés à domicile.

                            Par ailleurs, le pays a connu une baisse du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans qui est de près de 15 pour 1.000 naissances en 2010, selon le rapport, et qui pourrait tomber en dessous de 10 pour 1.000, en 2014.

                            "Il faut aujourd’hui permettre l’accès aux hôpitaux à un plus grand nombre de personnes. Car dans des localités, soit le personnel médical est inexistant et les bâtiments tombent en ruine, soit l’état des pistes impraticables empêche le déplacement des populations", souligne Fanta Traoré, sage-femme à Soubré, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire.

                            Pour sa part, Laciné Diaby, directeur du développement au ministère du Plan et du Développement, a reconnu, lors de la présentation du rapport, que les indicateurs évoluent de manière favorable, mais non encore suffisante". Selon lui, la crise politico-militaire, que traverse le pays depuis bientôt huit ans, n’aurait pas permis un investissement important dans le secteur de la santé.

                            "Afin de pouvoir atteindre les OMD dans ce domaine, il faudrait augmenter le budget lié à la santé publique pour la formation des agents, et surtout pérenniser la gratuité de certains services", propose le rapport. Le budget de la santé s’élève actuellement à 115 milliards FCFA (environ 230 millions de dollars), soit moins de cinq pour cent du budget national, selon le ministère.

                            Ces mesures sont nécessaires en raison des risques que courent les femmes non assistées à l’accouchement. Selon Joseph Bi Vroh, directeur du Programme de la santé de la reproduction et de la planification familiale (PSRPF) au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, "la conséquence du déficit d’assistance médicale qualifiée est déjà énorme en Côte d’Ivoire".

                            Quatre-vingt pour cent des décès maternels sont dus à des causes médicales directes parmi lesquelles les hémorragies (36,1 pour cent), les dystocies (20,3 pour cent), les infections du post-partum (4,8 pour cent), les complications de l’avortement (14,8 pour cent) et l’hypertension artérielle (18,2 pour cent), selon le PSRPF.

                            Ces difficultés entraînent 543 décès maternels pour 100.000 naissances encore en 2010, tandis que 16 femmes décèdent par jour en même temps que le bébé dans le pays à cause des complications à l’accouchement, indique le PSRPF.

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                            COTE D’IVOIRE: La société civile peut-elle pousser les politiciens aux élections?

                              By Fulgence Zamblé

                              ABIDJAN, 24 août (IPS) – De petits foyers de tension se sont créés ces derniers jours à l’intérieur de la Côte d’Ivoire où des pétitionnaires du contentieux électoral – en majorité originaires du nord du pays – ont protesté vivement contre la remise en cause de leur nationalité ivoirienne.

                              Les protestataires entendent voir figurer leurs noms sur la liste électorale définitive du scrutin présidentiel prévu le 31 octobre prochain.

                              A San-Pedro, dans le sud-ouest, et à Agboville, dans le sud du pays, ils ont envahi des tribunaux et organisé des marches de protestation. Ces manifestations se sont poursuivies le 21 août à Agboville et dans d’autres localités.

                              A Abengourou, dans l’est, un affrontement a été évité le 19 août entre les jeunes du parti au pouvoir et ceux de l’opposition. Le lundi, 23 août, la situation a dégénéré au tribunal de cette ville, avec quatre blessés graves.La société civile ivoirienne juge cette situation inquiétante et craint "le chaos". "Cela commence à nous inquiéter. Il faut craindre le retour des vieux démons", avertit Hervé Gouamené, président de l’Association pour la défense des droits de l’Homme (APDH), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan. "Evidemment, il nous faut anticiper très vite pour éviter que cela ne dégénère", déclare à IPS, Gouamené, qui préside un ensemble de quatre ONG nationales de défense des droits humains.

                              Dans une déclaration publiée le 13 août, ces ONG étaient sorties de leur silence pour mettre en place une sorte de comité de veille du processus en cours. Au début du mois d’août, elles avaient appelé à une journée de deuil national fixée au 7 août (jour anniversaire de l’indépendance du pays) au cas où la date de l’élection présidentielle n’était pas connue. Et deux jours avant la célébration du cinquantenaire, la date du 31 octobre a été annoncée par le gouvernement.

                              Les quatre organisations sont la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO), le Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), la Fondation ivoirienne pour les droits de l’Homme et la vie politique (FIDHOP) et l’APDH. "Chaque fois que nous allons constater des obstacles, il y aura des marches, des sit-in, des déclarations, des pétitions pour faire bouger les choses", a affirmé Gouamené, de l’APDH. Si quelqu’un s’oppose aux élections, il sera identifié et sanctionné par des voies légales, a-t-il ajouté.

                              Critiquée et accusée d’être inactive dans la résolution crise politique que traverse le pays depuis bientôt huit ans, la société civile ivoirienne a pris l’engagement d’obtenir cette fois, par tous les moyens, la tenue d’une élection présidentielle reportée sans cesse.

                              Mais, si des observateurs saluent cette détermination de la société civile, d’aucuns se demandent encore jusqu’où elle peut aller. "Il est intéressant qu’elle fasse preuve d’un tel engagement alors que tous les observateurs sont convaincus que le pays n’a pas une société civile forte", affirme à IPS, Damien Kouadio, un politologue à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

                              Selon Kouadio, la question de la radiation des pétitionnaires constituera un véritable test pour ces organisations. "Elles interviennent à un moment crucial qui doit conduire aux élections. Il serait donc temps qu’elles montrent leur capacité à jouer un rôle important dans ce processus où les dénonciations calomnieuses peuvent jeter de l’huile sur le feu", souligne-t-il.

                              Kouadio ajoute : "En début d’année, il y a eu des violences difficilement maîtrisées par les pouvoirs publics après des radiations jugées arbitraires. Avant qu’elles (violences) ne resurgissent, la société civile aurait dû attaquer le mal à la racine par la sensibilisation des populations".

                              "Il n’y a pas de mobilisation véritable des populations autour des organisations de la société civile. Elles s’agitent chaque fois sans donner de résultats concrets. C’est dommage", regrette, pour sa part, Honorine Djédjé, une enseignante de philosophie à Abidjan. Le risque, selon elle, est que certaines d’entre elles portent des étiquettes politiques. "Dans ce cas de figure, la lutte n’a aucune chance d’aboutir", explique Djédjé à IPS.

                              De son côté, la Convention de la société civile de Côte d’Ivoire (CSCI), une autre ONG basée à Abidjan, l’objectif reste le même, mais les modes pour y parvenir diffèrent. "Nous exprimons notre inquiétude quant à l’absence d’un chronogramme clair et précis pour l’exécution des opérations électorales", déclare le président de la CSCI, Patrick N’gouan. "Il n’y pas de raisons que ces élections ne se tiennent pas le 31 octobre".

                              Toutefois, le chronogramme publié le 19 août par la Commission électorale indépendante, ne rencontre pas l'adhésion des observateurs qui soutiennent qu’il ne donne aucune précision sur les dates et les tâches à exécuter avant le scrutin du 31 octobre.

                              Le processus électoral est encore au stade du contentieux électoral. Suspendu à la suite de violentes manifestations de l’opposition en janvier et février derniers, il a repris en mai et concerne 1,03 million de pétitionnaires non retrouvés sur aucun fichier ivoirien. A ce jour, 60.000 réclamations et 28.000 demandes de radiation ont été enregistrées.

                              Cette opération doit aboutir à la publication de la liste électorale définitive, à la distribution des cartes d'identité et des cartes d'électeurs.

                              Par ailleurs, le désarmement des ex-rebelles, qui est actuellement à l’étape de l’encasernement, a démarré à Bouaké (centre) le 20 août et doit se poursuivre ce mardi 24 août à Man (ouest). Cependant, le financement de l’opération pose un gros problème, selon les Forces nouvelles (ex-rebelles) dont les combattants réclament 500.000 francs CFA (environ 1.000 dollars) par personne démobilisée.

                              La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays depuis septembre 2002. Des ex-soldats de l’armée régulière avaient pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. Après plusieurs reports, l’élection présidentielle, censée sortir le pays de la crise, est encore annoncée pour la fin-octobre.

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                              COTE D’IVOIRE: La culture du sésame s’impose dans le nord

                                By Fulgence Zamblé

                                ABIDJAN, 13 août (IPS) – Connu pour être une légumineuse dont les graines regorgent de minéraux, le sésame n’est plus, dans le nord de la Côte d’Ivoire, une simple denrée alimentaire pour assaisonner les repas. C’est désormais une culture commerciale dont les producteurs veulent tirer un meilleur profit.

                                Selon des spécialistes, le sésame contient du magnésium, du zinc et du fer. Au marché de Touba (nord-ouest de la Côte d’Ivoire), M’fa Bamba, un agriculteur de 38 ans et un acheteur discutent. Bamba explique à IPS : "Il veut ma récolte de 875 kilogrammes à 218.750 francs CFA (environ 437,5 dollars) au lieu de 240.625 FCFA (481 dollars); ce que je refuse. La demande est actuellement forte et il a intérêt à revoir sa position".

                                "Si lui ou d’autres acheteurs ne retiennent pas mon prix, je retournerai chez moi pour revenir plus tard. J’espère que cela va permettre de monter encore les enchères", confie Bamba, montrant néanmoins quelques signes d’inquiétude face au risque de ne pas voir son produit être écoulé au plus vite.

                                Producteur de riz et de coton depuis longtemps, Bamba a ajouté à sa liste depuis trois ans, la culture de sésame. "C’est une culture qui était dévolue aux femmes et inconnue de beaucoup. Mais avec le temps, nous avons compris qu’il fallait y accorder un intérêt parce que les revenus sont importants", avoue-t-il.

                                En 2008, sur une superficie d’un hectare et demi, Bamba avait produit 650 kg pour un revenu de 178.750 FCFA (environ 357,5 dollars). En 2009, il avait récolté sur la même superficie 725 kg pour 199.375 FCFA (398,75 dollars). "Chaque année, mes récoltes vont croissantes. Elles seront plus abondantes dans un an, car j’ai cultivé cinq hectares de sésame", révèle-t-il.

                                Nafissatou Koné, 43 ans, a également changé ses habitudes. "Je ne cultive plus le sésame entre les butes d’ignames ou entre les plants de maïs. Mais j’en fais une culture à part entière", dit-elle à IPS. Avec un demi-hectare, Elle s’est contentée cette année de 350 kg qu’elle doit livrer prochainement sur le marché de Touba.

                                "Mes sept sacs de 50 kg son en attente d’être vendus. J’ai besoin de trouver une offre intéressante et un démarcheur de confiance", souligne-t-elle. "Cette culture a besoin d’être encadrée et soutenue, car la production est importante tant dans la région que dans tout le nord, mais les producteurs sont le plus souvent grugés par des acheteurs véreux qui proposent des prix très bas".

                                Une opinion que partage Mianman Koné, président de l’organisation non gouvernementale (ONG) locale 'Yéya' (qui signifie espoir en langue locale Mahou). Cette ONG soutient la culture du sésame dans la région.

                                "Progressivement, nous tissons une toile dans le département puis tout le nord afin de mieux organiser la culture du sésame. Il y a eu des revenus importants ces deux dernières années. Mais du fait du cadre informel dans lequel elle évoluait, son impact n’a pu être véritablement évalué", explique-t-il à IPS.

                                Cependant, selon les coopératives agricoles, ce sont environ 5.000 tonnes de sésame qui ont pu être produites en 2008-2009 dans tout le nord de la Côte d’Ivoire. Avec un prix bord champ atteignant les 275 FCFA (0,55 dollar) le kilogramme, environ 1,375 milliard FCFA (2,750 millions de dollars) ont pu être obtenus par les producteurs et coopératives.

                                La production annuelle du pays, selon les coopératives, est estimée à 5.100 tonnes. Après la récolte, les producteurs effectuent un séchage avant de faire un décorticage traditionnel pour obtenir les graines de sésame qui sont vendues. En général, des démarcheurs appelés "pisteurs" parcourent les villages producteurs, en quête de sésame pour le revendre aux gros acheteurs en ville.

                                "Aujourd’hui, il est question que le sésame se présente comme une culture à part entière et non comme une culture intermédiaire entre le coton, le riz, le maïs, l’igname et autres", souligne Koné.

                                Son ONG a mis à la disposition des producteurs des semences de sésame d’autant plus qu’il existe désormais de grandes superficies (entre deux et cinq hectares) de cette culture. "L’objectif est de doper la production nationale pour approvisionner le marché international", affirme Koné.

                                Avec 1.670 producteurs présents dans 167 villages de la région de Touba, l’ONG Yéya entend faire progresser le rendement du sésame de 400 kg à l’hectare à 800 kg les deux prochaines années. "Nous savons que le sésame est beaucoup prisé en Chine (premier consommateur mondial avec 700.000 tonnes par an) et en Europe pour son huile aux vertus pharmaceutiques, cosmétiques et nutritionnelles", indique Koné.

                                "Alors, avec 1.400 ou 1.500 dollars la tonne sur le marché international, il nous faut non seulement doubler notre production en passant de 5.000 à 10.000 tonnes pour se positionner derrière le Mali, le Burkina Faso et le Sénégal, mais surtout offrir un excellent prix d’achat aux producteurs", souligne-t-il.

                                Mais, l’implication des autorités ivoiriennes est encore inexistante dans cette culture. Et l’Agence nationale pour le développement rural, la structure étatique d’encadrement des paysans, ne fournit que de simples conseils aux producteurs de sésame.

                                "Pourtant, cette culture est facile et les coûts de production faibles", explique à IPS, Frédéric Koffi, ingénieur agronome à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "Une fois les semences obtenues et mises en terre, la plante nécessite peu de soins… Le cycle de maturité est court (trois mois), ce qui peut permettre de faire plusieurs fois la culture…"

                                Koné ajoute : "C’est une plante qui contribue aussi à lutter contre l’érosion des sols. Elle est un excellent fertilisant permettant de réaliser une agriculture sans trop d’engrais minéral". Selon lui, "l’alternance du riz, du maïs ou d’autres plantes avec le sésame permet d’avoir de bonnes récoltes des cultures précitées".

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                                COTE D’IVOIRE: Vers l’élection présidentielle enfin?

                                  By Gilles Olakounlé Yabi*

                                  ABIDJAN, 5 août (IPS) – La Côte d’Ivoire s’apprête à fêter le cinquantenaire de son indépendance de la France, le 7 août, avec un nouvel espoir de voir le scrutin présidentiel se tenir le 31 octobre prochain, selon la commission électorale. Cette date a été confirmée le 5 août par le Premier ministre Guillaume Soro.

                                  Scrutin attendu et maintes fois repoussé depuis cinq ans, le statu quo profite surtout à une élite bien décidée à garder ses avantages.

                                  Un individu qui débarque à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan n’a pas le sentiment de fouler le sol d’un pays en situation de ni paix ni guerre depuis huit ans. L’aéroport est sobre, propre et fonctionnel. Les agents de la police aux frontières sont plutôt courtois et il n’y a point de paranoïa sécuritaire qui saute aux yeux du visiteur. L’impression de normalité peut durer au-delà du tarmac, nourrie par l’animation du quartier d’affaires du Plateau dans la journée et par l’ambiance festive des quartiers chauds une fois la nuit tombée.

                                  Pourtant, aucun des problèmes de fond de la crise ivoirienne, qui a pris la tournure d’une guerre civile intermittente de 2002 à 2003, et même d’une mini-guerre avec la France de Jacques Chirac hostile au président Laurent Gbagbo en novembre 2004, n’a été résolu par un processus de paix interminable.

                                  C’est que la majeure partie des acteurs politiques et militaires ivoiriens – ceux dont les opinions et les actes peuvent influencer le calendrier et les modalités de sortie de crise -, se sont formidablement adaptés à la situation incongrue du pays.

                                  Des dates d’élections plus qu’incertainesNombreux sont ceux à s’être enrichis de façon considérable à chacune des phases de la crise politique, et qui redoutent aujourd’hui une réelle normalisation synonyme d’organisation d’une élection présidentielle et de législatives, d’une restauration effective de l’autorité de l’État sur tout le territoire et de la disparition de toutes les pratiques malsaines que chacun justifie par «la crise».

                                  L’élection présidentielle, reportée systématiquement depuis cinq ans, vient finalement d’être programmée pour le 31 octobre prochain. Mais les réclamations actuelles concernant les listes électorales définitives, sur lesquelles de nombreux votants fictifs seraient inscrits, pourront-elles être traitées à temps? Rien n’est moins sûr, mais certains des acteurs l’espèrent.

                                  Le président Gbagbo, élu en octobre 2000, tient solidement les rênes à Abidjan et dispose de deux armes essentielles en tant que chef d’État en exercice, certes de moins en moins légitime: l’autorité sur les forces de défense et de sécurité et la puissance financière liée à la fonction présidentielle et au maintien de la capacité de l’économie ivoirienne à créer des richesses malgré tout.

                                  S’il n’est pas certain de gagner l’élection – et rien n’indique qu’il le soit -, le président n’a aucune raison de se presser d’y aller. Le Premier ministre nommé depuis 2007 en vertu d’un accord de paix à Ouagadougou, Guillaume Soro, qui a mené la rébellion armée contre Gbagbo, donne le sentiment de faire ce qu’il peut en tant que chef de gouvernement pour organiser le scrutin dès que possible, mais lui non plus n’a aucune raison de se précipiter vers un avenir incertain.

                                  Quant aux deux principaux adversaires déclarés de Gbagbo, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara et l’ancien président Henri Konan Bédié, ils sont certes davantage pressés d’aller aux urnes que le sortant, mais ils avaient peu de prise sur le calendrier. Et eux aussi, ainsi que les cadres de leurs partis politiques, font partie de cette élite dont la vie quotidienne, plus que confortable, ne pousse pas à une folle audace.

                                  Despotisme éclairé d’Houphouët-BoignyAu moment de faire le bilan du cinquantenaire de l’indépendance le 7 août, la classe politique des années 1990-2010 ne peut que méditer sur l’état lamentable dans lequel elle a collectivement mené ce pays de cocagne. Les responsabilités individuelles sont différentes d’un acteur à l’autre, mais le résultat est là: ils ont détruit avec obstination ce que le despotisme cynique, couvé par la France, mais éclairé de Félix Houphouët-Boigny, avait fait de la Côte d’Ivoire en 33 ans de pouvoir.

                                  L’essentiel des infrastructures publiques, qui placent aujourd’hui encore ce pays devant tous ses voisins francophones, date des deux premières décennies de prospérité de l’ère du «Vieux». La relative qualité des ressources humaines dans l’administration et dans le secteur privé est aussi le résultat des investissements massifs faits à l’époque dans le système éducatif, de la politique d’attraction des cadres formés dans le pays et à l’étranger, et des incitations qui ont encouragé l’enrichissement individuel par le travail.

                                  Enorme gâchis africain du dernier cinquantenaireLa déliquescence de l’économie, la remise en cause brutale du contrat qui permettait la cohabitation pacifique sur le sol ivoirien des différentes communautés ethniques nationales et de celles issues de l’immigration ouest-africaine, la montée des violences politiques au début des années 1990, l’installation de la culture de la distribution de prébendes pour acheter la tranquillité politique et sociale, ont tous commencé sous le règne d’Houphouët-Boigny.

                                  Le père de la nation a donc sa part de responsabilité dans la décadence qui a suivi son décès. Mais les nouveaux maîtres de la maison Ivoire, toujours première productrice mondiale de cacao, auraient pu et auraient dû bâtir sur les aspects positifs du bilan du «Vieux» et liquider les tares de sa gouvernance.

                                  L’impact réel de la bataille des dirigeants ivoiriens pour la présidence au cours des quinze dernières années, affleurera un jour : celui de la banalisation de la violence, de la criminalisation de l’État, de l’abandon des campus universitaires à une organisation étudiante mafieuse, du sacrifice des investissements publics, et des excès dans toutes les formes de corruption.

                                  Ce jour-là, les lumières du Plateau, les coquettes villas des quartiers huppés d’Abidjan, les boîtes de nuit délurées du secteur des expatriés français, les douzaines de bières alignées sur les tables des «maquis» et la très dansante musique ivoirienne ne suffiront plus à cacher l’un des plus énormes gâchis africains du dernier cinquantenaire.

                                  *(Gilles Olakounlé Yabi est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

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                                  COTE D’IVOIRE: Les victimes des déchets toxiques s'organisent pour s'entraider

                                    By Fulgence Zamblé

                                    ABIDJAN, 20 juil (IPS) – Une rencontre regroupe chaque samedi une quarantaine de victimes des déchets toxiques déversés il y a quatre ans dans des quartiers de la capitale économique ivoirienne, Abidjan. L’objectif des participants est de s’entraider dans leur quartier qui compte un millier de victimes vivant avec des séquelles.

                                    Les réunions hebdomadaires se tiennent au Centre social de Biabou, un quartier précaire au nord-ouest d’Abidjan, ou la salle ne désemplit pas ces dernières semaines.

                                    "Depuis trois ans, nous avons mis en place une sorte de chaîne de solidarité", explique à IPS, l’initiateur du projet, François N’Goran, 28 ans, le corps sérieusement tuméfié. "Il s’agit de participer à une cotisation mensuelle de 4.000 francs CFA (environ huit dollars) dont nous remettons les 75 pour cent à un de nos membres. Celui-ci entame alors une petite activité pour avoir un revenu". Le projet est dénommé "Yé ho nou" (qui signifie "On est ensemble" en langue baoulé).

                                    N’Goran ajoute que les 25 pour cent restants sont reversés dans une caisse pour d’autres initiatives sociales comme l’aide aux soins médicaux et à la scolarisation des enfants des adhérents.

                                    Employé dans une entreprise de fabrication de produits cosmétiques, N’Goran a été licencié en septembre 2008, deux mois après le début de sa maladie. "Je ne pouvais pas sortir de chez moi et me rendre au travail. J’ai été licencié sans préavis", explique-t-il. Depuis, il s’est reconverti en cordonnier afin de subvenir à ses besoins.

                                    "Avec les 200.000 FCFA (environ 400 dollars) que le gouvernement nous a remis comme frais de dédommagement, je n’ai pu me soigner efficacement. Il me faut au moins 50.000 FCFA (100 dollars) par mois pour suivre le traitement", indique N’Goran. "Même si par moment, ma petite occupation de cordonnier ne parvient pas à couvrir les soins, la chaîne de solidarité devient un apport important".

                                    Kassoum Traoré, 43 ans, maçon et père de deux enfants, doit inscrire son dernier fils de trois ans à l’école maternelle la rentrée prochaine. Mais, né avec une malformation à l’avant-bras droit, sa mère ayant été victime des déchets toxiques, l’enfant s’efforcera d’écrire et de mener toutes ses activités avec la main gauche.

                                    "J’ai été l’un des premiers à bénéficier du projet pour le suivi de mon épouse. Elle souffre régulièrement de douleurs au ventre à la suite d’une hémorragie à l’accouchement", souligne Traoré, ajoutant qu’il a obtenu deux fois la somme de 40.000 FCFA (environ 80 dollars) pour régler les frais d’hospitalisation dans une clinique.

                                    Le responsable de cette clinique privée, Bertin Adou, n’est pas très exigeant pour les membres du projet. "Le grand espoir qu’elles (victimes) ont entretenu m’a obligé à ne pas être pointilleux sur le règlement des factures. Elles sont soignées et payent dès qu’elles le peuvent, généralement à la fin du mois", affirme-t-il à IPS.

                                    Trois mois après le déversement des déchets toxiques, Adou dit avoir noté les premiers signes des maladies et s’attendaient au pire par la suite. "Il y avait au départ la nausée, la toux, l’ulcère et la diarrhée. Ces derniers temps, elles sont devenues chroniques avec des cas d’hémorragie à l’accouchement (deux cas sur cinq)".

                                    Adou prévient que "cette situation est récurrente dans de nombreux autres quartiers" d’Abidjan et appelle les autorités sanitaires à agir d’urgence pour y remédier.

                                    Raoul Koffi, 32 ans, est conducteur de taxi intercommunautaire dans la capitale économique ivoirienne. Il souffre d’une ulcération aiguë contractée en septembre 2009. Cela ne l’empêche pas de mener son activité, mais il a accepté de participer aux activités du projet.

                                    "Depuis huit mois, je suis membre. J’ai réalisé deux fibroscopies qui ont été prises en charge par la chaîne. Quant aux médicaments, c’est moi qui les achète", dit-il à IPS, très remonté contre les autorités gouvernementales. "Au départ, elles ont pensé que le mal des déchets toxiques serait passager. Aujourd’hui, tout le monde se rend compte du crime orchestré contre les populations, et nous sommes abandonnés, sans grand moyens".

                                    Un avis que ne semble pas partager Raoul Kadjo de la coordination des victimes des déchets toxiques, basée à Abidjan. "Nous avons obtenu vers la fin 2009 une nouvelle compensation. Et pour certaines victimes, cela est nettement mieux que la première et pouvait alléger leurs souffrances pour un bon moment", affirme-t-il à IPS.

                                    L’entreprise néerlandaise Trafigura, propriétaire des déchets toxiques, "a de nouveau versé 22,5 milliards FCFA (environ 45 millions de dollars) en octobre 2009 et chaque victime a perçu 750.000 FCFA (1.500 dollars)", rappelle Kadjo.

                                    Cependant, bon nombre de victimes n’auraient pas perçu cet argent, selon N’Goran. "Il y a eu des palabres autour de cet argent. Ensuite, les procédures étaient complexes. Finalement, nous avons été arnaqués. Mais nous allons nous battre que pour justice soit faite à notre égard", promet-il.

                                    Dans la nuit du 19 au 20 août 2006, le navire 'Probo Koala', affrété par Trafigura, avait déversé à Abidjan plus de 500 mètres cubes de déchets hautement toxiques. Des émanations du produit avaient affecté des milliers de personnes, dont une dizaine étaient mortes.

                                    Pour éviter toutes poursuites judiciaires, la société avait payé dans un premier temps, en février 2007, 100 milliards FCFA (environ 200 millions de dollars) à l’Etat ivoirien pour le dédommagement des victimes.

                                    Puis en octobre 2008, des experts commis par le tribunal de première instance d’Abidjan, avaient révélé dans un rapport qu’à moyen et long terme chez les femmes, les populations constateront un taux élevé de fausses couches.

                                    Par ailleurs, les taches sur la peau, la perte de la libido, la paralysie des extrémités et les troubles respiratoires seront des signes apparents de l’effet de l’hydrogène sulfuré contenu dans les déchets toxiques sur les victimes. Et cette situation devrait durer, selon des experts, entre 15 et 20 ans.

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                                    COTE D’IVOIRE: Les ex-rebelles refusent une démobilisation sans argent

                                      By Aly Ouattara

                                      KORHOGO, Côte d’Ivoire, 14 juil (IPS) – Un mois après le lancement de l’opération d’encasernement et de démobilisation des combattants des Forces nouvelles (ex-rébellion ivoirienne) à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ils déclarent ne plus y croire et refusent d’être "démobilisés à crédit".

                                      «J’attends de recevoir mon argent de démobilisé avant d’enlever la tenue militaire parce que j’ai été démobilisé sans argent, donc à crédit; or il me faut nourrir ma famille», a déclaré, en colère, Yessoulpa Konaté, un démobilisé de 40 ans environ. IPS l’a rencontré sur le corridor ouest de l’axe Korhogo-Boundiali (nord du pays), le 5 juillet, coiffé d’un béret vert et portant une tenue militaire décontractée.Un corridor sert à contrôler tous les usagers de la route qui entrent ou sortent d’une ville, et près d’un millier d’ex-rebelles surveillent les corridors dans leurs zones du centre-nord-ouest.

                                      «Certains VAN (volontaires de l’armée nouvelle) ont abandonné la formation militaire du camp de Kagnasso situé à 10 kilomètres de Korhogo parce qu’ils ne perçoivent rien, même pas des primes», a ajouté Arouna Bakayoko, 20 ans environ, devenu VAN, un ex-rebelle engagé dans l’armée nouvelle et qui devrait être encaserné.Ziégnongo Soro ex-combattant, 30 ans environ, habillé d’un pantalon militaire et d’un tee-shirt jaune du programme national de réinsertion communautaire, tient en main un stylo et un carnet de tickets de péage version Forces nouvelles, que IPS a rencontré sur le corridor de Ferkessedougou, dans l’extrême nord du pays. Il veut réintégrer la vie civile à condition d’obtenir un appui financier.«Je n’accepte pas une démobilisation à crédit ou sans argent car je veux des moyens matériels et financiers immédiats pour m’intégrer dans la vie communautaire, sinon gérer un corridor n’est pas une fin en soit», affirme-t-il.Un formateur du groupement d’instruction N°4 qui couvre toute la zone nord, approché par IPS à Laleraba un village frontalier avec le Burkina Faso, déclare sous anonymat désapprouver l’encasernement qu’il trouve précipité. «Je ne sais pas pourquoi en Côte d’Ivoire, on n’aime pas dire la vérité; les conditions ne sont même pas réunies et on lance l’opération».«Les 500 éléments encasernés à Korhogo, sur un total de 1.211 ex-combattants prévus, n’ont même pas de dortoirs et sont obligés de rejoindre leurs unités d’origine. Et à cela, s’ajoute la question d’argent», souligne-t-il.Vassiriki Kéita, un commissaire de police des Forces nouvelles (FN) au Centre de commandement intégré de Korhogo – constitué de la police, des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des FN, explique à IPS: «Nous ne sommes pas encore sur les corridors qui sont réservés uniquement aux militaires et nous ne sommes pas encore autonomes pour la sécurité de la ville» qui leur revient «de plein droit parce que les ex-rebelles s’en sont accaparés».

                                      Par ailleurs, la douane des FDS est absente sur les corridors et postes frontaliers, elle reste logée dans les bureaux du guichet unique à Korhogo, chargé de régulariser administrativement les motos et véhicules acquis pendant la période de guerre après la rébellion armée de 2002, a expliqué à IPS, Raymond N’da Koua, directeur du guichet unique automobile du nord de la Côte d’Ivoire. Selon lui, tant que ces ex-combattants seront sur les corridors, la douane sera limitée dans sa mission et fera très peu de recettes pour les caisses de l’Etat.Selon les autorités ivoiriennes, le processus officiel d’encasernement et de démobilisation des ex-combattants, qui a débuté le 15 juin à Korhogo, devrait se dérouler dans les villes de Bouaké, Séguéla, et Man, respectivement dans le centre, le centre-ouest et l’ouest du pays. Mais, les conditions financières et matérielles n’étant pas réunies, cela n’avance pas normalement.

                                      Barthélemy Coulibaly, de l’organisation non gouvernementale locale Ditiaba (qui signifie en langue Senoufo combattre l’ignorance), qui défend les droits humains, ne croit pas à la sincérité de l’opération de démobilisation lancée par les autorités. «Il n’y a aucune visibilité pour que les élections se tiennent si l’on veut s’en tenir au désarmement, la démobilisation et à l’encasernement de l’ensemble des ex-combattants de Côte d’Ivoire».Après la démobilisation des éléments des FN, souligne Coulibaly, «il faut plancher sur le cas des miliciens des groupes d’autodéfense du sud, ceux-ci devraient remplir les conditions semblables à celles de leurs frères d’armes des Forces nouvelles. Ainsi, l’Etat de Côte d’Ivoire devra s’attendre à débourser encore assez d’argent».Pour sa part, le général Soumaïla Bakayoko, chef d’état-major des Forces nouvelles, a évoqué, le 15 juin, le manque de moyens financiers qui risque d’hypothéquer le processus de démobilisation. «La transparence et l’honnêteté qui doivent nous animer tous, m’obligent à vous dire qu’à la minute ou je vous parle, qu’aucune ressource financière n’a été mise à notre disposition, et le succès de cette opération, qui va d’ailleurs conditionner celui des autres, nécessite le respect scrupuleux du financement du volet militaire».L’opération s’élève à quatre milliards de francs CFA (environ huit millions de dollars), et ce sont seulement 500 millions FCFA (un million de dollars) qui ont été décaissés par le ministère de la Défense, a-t-il ajouté.Approché par des journalistes, le général Philippe Mangou, chef d’état-major de l’armée ivoirienne, a souhaité l’unicité des caisses dans cette partie du pays. Selon lui, l’unicité des caisses devrait être réalisée «avant la démobilisation et l’encasernement des ex-combattants, dont la réussite nécessite des moyens financiers». Pour l’instant, les taxes prélevées par les ex-rebelles dans leurs zones ne sont pas reversées au trésor public.Les Forces nouvelles disposent de 5.000 places, dont deux généraux, dans la nouvelle armée ivoirienne. Mais, la question des grades n’est pas encore réglée définitivement puisque, selon un gradé qui a requis l’anonymat, les textes ne sont pas applicables.

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                                      COTE D’IVOIRE: Les vieux colatiers font place à de jeunes plants

                                        By Fulgence Zamblé

                                        ABIDJAN, 17 juin (IPS) – Entre les vieux colatiers géants de sa plantation de Yakassé-Mé, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, Mathurin Atsé, 64 ans, met de nouveaux plants de cola. Jusqu’à ce mois de juin, il a planté cinq hectares, et il compte atteindre huit hectares d’ici à la fin de l’année.

                                        La première opération qu’il avait effectuée en juillet 2009 lui avait permis de réaliser deux hectares. "Dans deux à trois ans, je devrais bénéficier des premières récoltes. Mais le plus important est de savoir que ma production va surtout croître, les anciens plants ne produisant plus assez comme il y a dix ans", explique-t-il à IPS.

                                        Atsé assure toutefois pouvoir survivre avec les revenus annuels de huit millions francs CFA, (environ 16.000 dollars) que lui procureront les vieux colatiers pendant cette période de transition entre anciens et nouveaux plants.

                                        En fait, d’une production moyenne de 200 tonnes de noix de cola entre 2000 et 2006 pour ses dix anciens hectares de colatiers, Atsé est passé à 125 tonnes en 2007-2008. "En deux années, j’ai connu une chute incompréhensible de ma production. Alors que depuis une décennie, les récoltes étaient très bonnes", raconte-t-il.

                                        "J’avais toujours pensé qu’un mauvais sort m’avait été lancé", indique, pour sa part, Germain N’dri, 68 ans, producteur dans la même localité. Il a vu ses 150 tonnes de cola produites annuellement depuis 1998 sur huit hectares, fondre de moitié en 2008.

                                        "Il a fallu les explications de nos conseillers agricoles, l’année dernière, pour comprendre que nos vergers étaient vieillissants", reconnaît Atsé.

                                        Depuis, ces deux importants producteurs de cola de la région d’Adzopé, dans le sud-est, ont décidé de procéder au renouvellement des plants de leurs vergers. Ceci à partir des semences sélectionnées dans les centres de pépinières de cola installés dans le pays par le Centre national de recherche agronomique et l'Association des producteurs et exportateurs de cola de Côte d'Ivoire.

                                        Pour Dramane Fondio, président de l'association, les quelque 100.000 tonnes, produites annuellement par la Côte d’Ivoire, et qui en font le deuxième producteur mondial derrière le Nigeria, restent insuffisantes. D’autant plus que la demande est forte au niveau des grands consommateurs que sont les Etats-Unis, l’Inde, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, la France, l'Allemagne et l'Italie.

                                        La filière ivoirienne de cola exporte, selon lui, environ 30 pour cent de sa production dans la sous-région, à partir du Mali où les producteurs disposent de magasins de stockage, tandis que 50 pour cent vont vers les autres continents.

                                        Fondio demande donc aux autorités locales d’avoir un regard sur cette filière qui mobilise un chiffre d’affaire annuel de plus de 140 milliards FCFA (environ 280 millions de dollars), mais qui demeure encore dans l’informel.

                                        Selon Fondio, c’est après une étude sur la filière que le ministère de l’Agriculture pourrait attribuer cette année un vrai statut à la noix de cola. Elle ne devrait plus être considérée comme une simple cueillette parce que les producteurs entretiennent désormais d’immenses plantations."Des centres de diffusion de pépinières ont été mis en place dans les zones de production (en moyenne 100 hectares), car nous voulons créer plus de 1.000 hectares de plantation par an et installer des unités de transformation en produits semi-finis ou finis (la noix de cola séchée et la cola en poudre) avant l’exportation", souligne-t-il à IPS.

                                        "La filière ivoirienne de cola a des acquis importants qui lui permettent de se maintenir face à la progression des cultures de l’hévéa et du palmier à huile", souligne Daouda Traoré, un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture.

                                        Traoré souligne toutefois à IPS que les progrès sont encore lents dans la transformation de la noix de cola en sous-produits de qualité exportables à cause de la méconnaissance des produits dérivés, mais aussi du fait que le milieu des producteurs n’est pas assaini en raison des crises récurrentes en leur sein.

                                        "Depuis deux ans, des efforts d’organisation sont néanmoins en train d’être menés pour aplanir les divergences et surtout apporter de solutions aux problèmes de transformation. Car, c’est un secteur générateur d’emplois, et qui rapporte énormément d’argent aux producteurs", affirme-t-il.

                                        Ces efforts visent notamment, selon lui, à amener les trois coopératives de producteurs de cola à accepter d’échanger des informations avec le ministère qui voudrait les aider à harmoniser leurs actions pour former un groupement d’intérêt plus fort.Ancrée dans de nombreuses traditions africaines, la noix de cola, selon Arsène Kouamé, un spécialiste en génétique cola, joue un rôle social et thérapeutique. Dans la pharmacopée traditionnelle africaine, souligne-t-il, elle soigne, entre autres, des maladies comme l’infection pulmonaire, le manque d’appétit sexuel, l’insuffisance cardiaque…

                                        "Par ailleurs, la noix de cola est utilisée lors des cérémonies de baptêmes, de mariages, et de funérailles et son usage symbolise l’hospitalité, l’amitié, le partage, l’entente et la solidarité sur le continent africain", ajoute Kouamé.

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                                        COTE D’IVOIRE: Toujours loin des élections, de plus en plus proche de la violence

                                          By Fulgence Zamblé

                                          ABIDJAN, 10 mai (IPS) – Une rencontre s’est tenue ce lundi 10 mai à Abidjan, en Côte d’Ivoire, entre le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo et l’ancien président Henri Konan Bédié, pour tenter de débloquer le processus électoral gelé depuis deux mois dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

                                          Après deux heures d’entretien, le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro a déclaré aux journalistes que les deux leaders ont passé en revue les questions de l’actualité politique nationale. Selon lui, il y a eu une convergence de vues qui permet de faire des progrès, non seulement dans le sens de l’organisation des élections, mais également dans le sens de la réunification du pays.Mais, le climat politique actuel ne favorise véritablement pas l’espoir de voir se tenir des élections en Côte d’Ivoire de si tôt, constatent les analystes. Reporté à six reprises pour des raisons diverses, le scrutin présidentiel reste toujours improbable, pendant qu’un vent de violences menace le pays.

                                          Des affrontements sont récurrents entre ex-rebelles, dont celui du 29 avril dernier à Bouaké – fief de l’ex-rébellion dans le centre – a coûté la vie à trois combattants des Forces nouvelles.

                                          De leur côté, des milices progouvernementales sont de plus en plus actives dans l’ouest du pays, avec la reprise de leurs entraînements.

                                          Par ailleurs, les autorités ivoiriennes ont annoncé qu’une importante cache d’armes a été découverte le 5 mai dernier par les forces de sécurité à Anyama, une ville située à l’est de la capitale économique Abidjan, et réputée comme un fief des originaires du nord du pays. Mais l’opposition a qualifié cette découverte de "montage" pour interdire sa prochaine manifestation.

                                          En effet, la jeunesse de l’opposition se prépare à une grande manifestation le 15 mai pour, dit-elle, exiger une date pour la tenue des élections. Les partis d’opposition rejettent également la date du 10 mai prévue pour la reprise de l’examen du contentieux de la liste électorale pour n’avoir pas été associés par le Premier ministre et la Commission électorale indépendante (CEI). Finalement, le processus n’a pas repris ce jour.

                                          Pour l’organisation non gouvernementale 'International Crisis Group' (ICG), basée en Belgique, la préparation de l’élection est depuis longtemps en panne et le processus qui doit y conduire est déjà porteur de risques de violences.

                                          Dans son dernier rapport publié le 5 mai, ICG souligne que "la présence sur le terrain de groupes armés et de milices, combinée à la résurgence, dans le débat politique, du concept d’ivoirité et à une situation économique difficile, constitue un environnement explosif qui menace la stabilité de la Côte d’Ivoire".

                                          Et l’ONG prévient : "Si les responsables politiques n’abandonnent pas les discours incendiaires, si les Nations Unies ne mettent pas rapidement en place les mécanismes politiques et sécuritaires à même de prévenir la violence, le processus de paix ivoirien risque de dérailler avec des conséquences graves pour la Côte d’Ivoire et ses voisins".

                                          Le climat d’une paix relative, qui a prévalu depuis la signature de l’Accord de Ouagadougou en mars 2007, "est menacé, non seulement par l’intransigeance des uns et des autres, mais aussi par les insultes à caractère personnel", dénonce Rinaldo Depagne, analyste à ICG et auteur du rapport.

                                          "Les acteurs locaux et internationaux doivent se mettre d’accord sur un nouveau plan de sécurisation pour les élections afin de renforcer la confiance de la population", suggère-t-il.

                                          Mais, cette situation n’étonne guère le politologue Damien Kouadio, basé à Abidjan et interrogé par IPS. "Lorsqu’on n’avance pas, on recule. Et quand la situation exacerbe tout le monde, alors il y a toujours un risque explosif de violences comme les Ivoiriens doivent se préparer à en connaître dans les jours à venir".

                                          Selon Kouadio, "le processus de paix avait connu une nette progression ces derniers mois. Avec de la bonne volonté, le bout tunnel aurait été atteint. Mais depuis la double décision de dissolution du gouvernement et de la CEI, on savait que tout le gros travail réalisé depuis le 4 mars 2007 venait de prendre un sérieux coup dont il serait difficile de se remettre".

                                          Il a ajouté : "Il faut croire que le processus tient sur une corde raide, car à chaque étape du contentieux électoral, du désarmement, d’unicité des caisses, il y aura du temps à perdre pour les acteurs de la crise".

                                          Abdoulaye Doumbia, 47 ans, architecte dans la capitale économique, déclare ne pas comprendre que les différents acteurs de la crise ivoirienne clament qu’ils veulent aller à la paix avec des propos haineux tenus comme discours aux populations.

                                          "Certains décrètent la fin du pouvoir en place le jour de leur manifestation programmée. D’autres brandissent la force pour faire barrage à cette manifestation. Croit-on que nous allons à la fin de la crise", demande-t-il. "Je crois que non. Le pays glisse allègrement vers la violence alors qu’il faut laisser sa chance au processus qui redémarre", dit-il à IPS.

                                          "Nous avons une liste provisoire et il y a le contentieux électoral qui va permettre à ce que le processus aboutisse à la publication d’une liste définitive. C’est une étape qu’il faut laisser aller à terme d’autant plus que rien n’a changé dans le contenu de son application", souligne à IPS, Mathurin Kobenan, juriste à Abidjan.Pour Kobenan, "le boycott ou les actes de violences pour empêcher le processus en cette période n’arrangera rien, car nous reviendrons chaque fois pour recommencer alors que nous avions pris de l’avance".

                                          La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis près de huit ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. Des élections censées sortir le pays de cette crise ont été annoncées et reportées à six reprises.

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                                          COTE D’IVOIRE: Transformer la noix de cajou pour une plus value

                                            By Fulgence Zamblé

                                            BONDOUKOU, Côte d’Ivoire, 16 avr (IPS) – A peine le jour levé, Catherine Kobénan, 34 ans, se presse de se rendre à son travail dans l’usine de décorticage des noix de cajou qui vient d’être mise en marche à Sépingo, dans la région de Bondoukou, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire.

                                            "Notre groupe est chargé de la cuisson à l’autoclave et du séchage des noix", indique Kobénan à IPS. "Après notre tâche, d’autres travailleuses vont se charger du décorticage, du séchage au four, du tri et enfin de l’emballage", explique-t-elle, heureuse de partir pour rejoindre ses collègues.

                                            Kobénan déclare que "nous ne voulions plus continuer à exporter de façon brute la noix de cajou, ou que d’autres personnes viennent le faire à notre place. Cela nous faisait perdre énormément d’argent". Elle affirme que par le passé, dès la cueillette, ses productions "étaient livrées brutes et à un prix dérisoire" aux acheteurs intermédiaires qui, dit-elle, parcouraient la région pour s’en procurer et les revendre aux exportateurs à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

                                            Mais, depuis l’installation en 2008 de l’usine où elle livre la totalité des 500 kilogrammes produits sur son hectare d’anacardiers, son revenu annuel est passé de 50.000 francs CFA (environ 104 dollars) à 250.000 FCFA (520 dollars). Cette situation est quasiment identique pour la majorité des producteurs de la région.

                                            De son côté, Gaoussou Ouattara, 52 ans, déclare à IPS : "Avec une tonne et demie de noix de cajou, mon revenu a plus que triplé entre 2001 où je livrais la production brute à moins de 200.000 FCFA (environ 416 dollars) et aujourd’hui où je gagne 700.000 FCFA (1.458 dollars) par an avec la transformation".

                                            L’usine a été entièrement financée par les membres de la coopérative de Sépingo dont les membres comme Kobénan et d’autres y sont employés et payés. Mais cela ne les empêche pas d’avoir leurs champs d’anacarde. Pour le moment, l’usine transforme les noix de cajou brutes en noix grillées au four.

                                            Construite sur une superficie de deux hectares, l’usine de Sépingo emploie près de 620 personnes, dont environ 500 femmes. Elles doivent transformer au moins deux tonnes de cajou dans la journée pour une unité qui traite annuellement quelque 2.000 tonnes pour un chiffre d’affaires d’environ 610 millions FCFA (1,3 million de dollars).

                                            "C’est évidemment très peu dans la mesure où sa capacité de traitement est faible et que la demande des entreprises locales, pour la fabrication d’autres produits de consommation, est insignifiante. Ils (les producteurs) peuvent bien gagner mieux", explique à IPS, Théodore N’da, ingénieur agronome spécialiste de l’anacarde dans la région de Bondoukou.

                                            A ce jour, la transformation locale pour cette unité industrielle de Sépingo, est consacrée à la production de noix de cajou grillées au four, sans sel ou sans huile pour la consommation. Une autre partie est livrée aux entreprises de fabrication de produits cosmétiques à Abidjan, tandis qu’une bonne quantité est exportée vers les pays d’Asie.

                                            "Il y a des opportunités pour la transformation de la pomme de cajou en vin, en jus et autres liqueurs qui ne sont pas fortement exploitées", déplore Sounkalo Traoré, un économiste basé à Abidjan. "Même sans grands moyens, des coopératives locales développent la filière jus. Mais elles ont besoin d’être plus soutenues financièrement pour être très rentables".

                                            L'anacardier est un arbre particulièrement adapté aux conditions soudano-sahéliennes, selon des experts. Il protège les sols affectés par la sécheresse et cohabite parfaitement avec les cultures vivrières des villageois. La cueillette de la noix de cajou (deuxième culture du nord de la Côte d’Ivoire après le coton) procurait un revenu complémentaire aux productions traditionnelles en période de soudure.

                                            "Désormais, cette culture constitue une mine d’or pour nos populations (la filière emploie plus de 100.000 producteurs et nourrit 1,5 million de personnes). Surtout que la filière coton connaît depuis quelque temps des difficultés", ajoute N’da.

                                            En 2009, la Côte d’Ivoire est devenue le deuxième pays producteur mondial de noix de cajou avec 350.000 tonnes devant le Vietnam et derrière l'Inde, pour un chiffre d’affaires avoisinant les 100 milliards FCFA (environ 208 millions de dollars). Toutefois, les cinq usines que compte le pays, transforment seulement 10.500 tonnes, soit trois pour cent de la production totale.

                                            "Le reste de la production est cédée brute vers l’Inde et le Vietnam et cela constitue un manque à gagner énorme pour la culture de l’anacarde", regrette Gaoussou Touré, président de l’Association pour le développement de la filière cajou africaine. "D’ici à 2016, nous voulons atteindre les 20 pour cent (dans la transformation). Mais il faut que l’activité soit valorisée", souligne-t-il à IPS.

                                            Touré propose, entre autres, l’exonération totale des droits et taxes d’entrée et de la taxe sur valeur ajoutée sur le matériel d’usine ainsi que sur le matériel de construction et sur les intrants, l’exonération de l’impôt foncier sur cinq à 10 ans, et l’incitation à la consommation locale des produits dérivés de la noix de cajou.

                                            Toutefois, selon des analystes, la filière anacarde en Côte d’Ivoire devra aussi mettre un terme aux crises récurrentes auxquelles elle est confrontée en général à la veille des différentes campagnes agricoles. Ces crises portent notamment sur la fixation des prix d’achat aux différentes étapes de la vente.

                                            Pour la campagne 2010, le prix d’achat bord champ est de 170 FCFA (0,35 dollar); 180 FCFA (0,37 dollar) au magasin; et 222 FCFA (0,46 dollar) au port. Ces prix ont été rejetés dans un premier temps par les producteurs qui estimaient n’avoir pas été associés à leur fixation. Ce qui a conduit à un bras de fer momentané entre producteurs et structures de gestion de la filière.

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                                            COTE D’IVOIRE: Un salaire qui fait grincer les dents en temps de crise

                                              By Fulgence Zamblé

                                              ABIDJAN, 7 avr (IPS) – A quelques semaines de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, prévue en juin, le choix porté la semaine dernière par les dirigeants de la Fédération ivoirienne de football sur le Suédois Sven-Göran Eriksson – comme sélectionneur des Eléphants – a jeté un froid sur les Ivoiriens.

                                              Pourtant, la recherche d’un nouveau sélectionneur à l’équipe nationale de Côte d’Ivoire de football avait déchaîné, peu avant, les passions dans les foyers ivoiriens, l’espoir étant de trouver le meilleur entraîneur pour les Eléphants.

                                              Mais, dès l’annonce, par les médias étrangers et locaux, du salaire fixé pour l’ancien sélectionneur des équipes d’Angleterre et de Mexique, les gens ont commencé par jaser dans l’opinion publique. En effet, pour la période de son contrat de trois mois, le technicien suédois touchera un salaire mensuel estimé à 108 millions de francs CFA (environ 220.000 dollars), sans compter d’autres avantages.

                                              "Engager près d’un demi-milliard FCFA (environ un million de dollars) sur trois mois pour une compétition qui me paraît perdue d’avance, est tout de même embarrassant", commente Norbert Tanoh, professeur de philosophie dans un collège privé de la capitale économique ivoirienne, Abidjan.

                                              Tanoh déclare à IPS : "A la suite de la déroute à la CAN 2010 (Coupe d’Afrique des Nations) en Angola et face à des adversaires (Brésil, Portugal, Corée du Nord) de premier niveau au Mondial, nos chances de qualification en huitièmes de finales sont très minces. Un entraîneur local moins bien payé aurait fait l’affaire".

                                              Son avis est partagé par Victorine Kouablan, membre de l’ONG de bienfaisance "Cœur d’amour", basée à Abidjan. "Sans remettre en cause l’importance du football, je crois que les moyens exorbitants qui seront dégagés pour cet entraîneur auraient pu servir à des projets d’urgence plus importants en santé ou dans l’éducation", indique-t-elle à IPS.

                                              Elle rappelle que le seul salaire mensuel du nouveau sélectionneur équivaut à celui de 20 ministres du gouvernement en Côte d’Ivoire, chacun d’eux percevant cinq millions FCFA (environ 10.000 dollars) par mois.

                                              "Trois mois, trois matchs et autant d’argent, alors que l’eau potable se fait rare depuis deux ans à Abidjan sans qu’une réponse efficace ne soit trouvée. A mon avis, c’est du mépris à l’égard des Ivoiriens", ajoute Kouablan.

                                              En effet, pendant deux jours dans la semaine, les populations ivoiriennes, tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays, obtiennent de l’eau potable au robinet. Mais durant les cinq jours restants, les gens parcourent de longues distances, avec bidons et cuvettes sur la tête, ou aidés parfois de charrettes, pour chercher de l’eau pour faire la cuisine et se laver.

                                              Parfois, l’eau recueillie est de mauvaise qualité comme dans les communes de Yopougon et de Koumassi où de nombreux enfants ont été intoxiqués en février dernier. Des eaux usées des égouts émanant des fausses sceptiques se sont déversées dans les conduits de l’entreprise de distribution d’eau, provoquant une pollution du liquide précieux.

                                              "Voici un problème urgent qui mérite une attention particulière et pour lequel on ne gaspillera pas de l’argent pour rien", ironise Kouablan.

                                              En septembre dernier, selon le ministre ivoirien des Infrastructures économiques d’alors, Patrick Achi, le pays avait besoin de 440 milliards FCFA (environ 898 millions de dollars) pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) liés à l'eau potable.

                                              Et pour la seule ville d'Abidjan, dont le taux actuel d'accès à l'eau potable est de l'ordre de 30 pour cent, un programme d'urgence de 60 milliards FCFA (environ 122 millions de dollars) d'investissement jusqu’en 2011 était impératif.

                                              "Que tout le monde sache que la FIFA (Fédération internationale de football et associations) donne de l’argent aux fédérations pour se préparer avant les phases finales de la Coupe du monde. C’est dans cet argent que nous incluons le traitement de l’entraîneur", déclarait le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Jacques Anouma, lors d’une réception des patrons de presse, trois jours avant la désignation du nouveau sélectionneur.

                                              Il avait ajouté : "Ce ne sera pas avec l’argent du contribuable ivoirien qu’il sera payé, mais avec l’argent de la préparation. Ce n’est donc pas l’Etat qui payera l’entraîneur".

                                              L’enveloppe accordée à la préparation de chaque pays qualifié pour le Mondial s’élève à 500 millions FCFA (près d’un million de dollars). Selon la FIFA, les pays reçoivent cet argent quinze jours avant l’ouverture de la compétition.

                                              "La polémique autour du salaire n’a pas sa raison d’être, mais plutôt l’intérêt à changer de sélectionneur avant une si importante compétition", rétorque Armand Bolou, un consultant sportif. "Je ne sais pas ce qui est reproché à Vahid Halilhodzic (l’entraîneur sortant) pour qu’il soit limogé, mais sur le plan sportif, cela reste une mauvaise décision", affirme-t-il à IPS.

                                              Selon Bolou, "il faut savoir ce que peut apporter Eriksson à cette équipe en si peu de temps et quels objectifs les dirigeants ivoiriens se sont fixés au Mondial 2010. Sinon, la Côte d’Ivoire ne fera pas mieux qu’il y a quatre ans. Pis, une humiliation prématurée pourrait encore être au rendez-vous".

                                              En 2006 en Allemagne, pour sa première participation à une phase finale de la Coupe du monde, les Eléphants de Côte d’Ivoire n’avaient pas atteint le second tour de la compétition, après deux défaites face à l’Argentine et aux Pays-Bas, et une victoire devant la Serbie Monténégro.

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                                              COTE D’IVOIRE: La question identitaire resurgit dans le processus électoral

                                                By Aly Ouattara

                                                KORHOGO, Côte d’Ivoire, 26 mars (IPS) – La question identitaire, qui était à l’origine de la rébellion armée en septembre 2002, refait surface aujourd’hui et pourrait augmenter les risques de blocage du processus de paix en Côte d’Ivoire.

                                                Situé dans le quartier résidentiel de Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, le bureau régional de la Commission électorale indépendante (CEI) était toujours vide le mercredi (24 mars) malgré l’élection de Youssouf Bakayoko comme nouveau président national de la CEI. Aucune activité officielle n’y est menée et les agents trouvés sur les lieux disent attendre des instructions de la hiérarchie.Pourtant, un séminaire de mise à niveau des commissaires centraux sur le processus électoral, initié par le nouveau président de la CEI, s’est déroulé du 17 au 19 mars afin de relancer le processus électoral, bloqué depuis l’affaire de fraude et manipulation présumées dénoncées par le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo en janvier dernier, au sujet d’une liste électorale de 429.000 noms.C’est à la suite de ce contentieux que le président Gbagbo avait dissous la commission électorale et le gouvernement. Cette double dissolution avait poussé l’opposition ivoirienne à organiser des marches de protestation soldées par une dizaine de morts et des actes de vandalisme à l’intérieur du pays.A propos des 429.000 cas litigieux de la liste électorale provisoire, les Forces nouvelles (ex-rebelles) ont demandé, le 20 mars à Bouaké (centre du pays), devant des journalistes, que les cas de décès et de demandes de nationalité invalidées soient retirés du contentieux.«La loi ivoirienne dit que les étrangers qui sont nés sur la terre ivoirienne avant les indépendances ont la possibilité de devenir des Ivoiriens quand ils le veulent, et les juridictions, qui existent à l’intérieur du pays, ont la possibilité de statuer sur ces cas litigieux afin de donner leur verdict», a déclaré Yacouba Ouattara, président régional du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) et de la plateforme de la société civile du nord de la Côte d’Ivoire.

                                                «Les politiques doivent éviter de mettre le pied là où des pouvoirs sont donnés aux juridictions pour trancher», ajoute-t-il à IPS.Ouattara estime qu’aucun Ivoirien de naissance ou naturalisé ne peut admettre qu’un simple citoyen vienne le spolier de sa nationalité en retirant son nom de la liste parce qu’il existe des juridictions pour faire ce travail.A cet égard, il a révélé qu’à Divo, dans le sud du pays, des gens d’origine étrangère dont les parents sont installés depuis les années 1940, donc devenus ivoiriens nés avant les indépendances en 1960, ont obtenu la nationalité selon la loi ivoirienne.«Alors, si d’autres personnes admettent mal cela et ont organisé des violences, c’est une manière de renier la loi ivoirienne» qui accepte et reconnaît la nationalité ivoirienne de ces gens d’origine étrangère lointaine, a-t-il expliqué.

                                                Ouattara a déclaré qu’il «a peur que cela soit un désordre généralisé qui, un jour, si les politiciens n’y prennent garde, pourrait générer encore un problème identitaire» poussant les gens frustrés à avoir des réactions «souvent incontrôlées».

                                                «Nous avons des institutions judicaires qui fonctionnent, et la législation ivoirienne prévoit que des cas conflictuels, litigieux soient traités par les juridictions… Il faudrait que ces juridictions soient totalement indépendantes», dit-il.Laciné Koné, président local du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix de Korhogo et coordonnateur du Rassemblement des républicains, un parti de l’opposition, a indiqué à IPS : «Ce n’est pas mauvais de signaler des gens connus qui se sont fait enrôler frauduleusement, mais il faut le faire avec des preuves auprès de la juridiction compétente et non crier à la face de la personne mise en cause car ceci est de la provocation».Pour sa part, Souleymane Sanogo, originaire de Ferkessedougou, dans le nord de la Côte d’Ivoire, et commerçant de marchandises diverses à San Pedro une ville du sud du pays où il réside depuis une quarantaine d’années, a confirmé à IPS sa radiation de la liste électorale provisoire de cette localité sous prétexte qu’il serait d’origine étrangère. «Malgré la présentation de la carte nationale d’identité de mon père aux juges, j’ai été rejeté».Selon Sita Coulibaly Yétidenin, une femme ingénieur des ponts et chaussées originaire du nord, «les Ivoiriens doivent se mettre au-dessus de ces bassesses au risque de plonger davantage la population dans la souffrance».«Pourquoi les ressortissants des autres pays de la sous-région, tels que le Ghana et le Liberia qui ont les mêmes patronymes Koffi ou Doué que les Ivoiriens de l’ouest et de l’est du pays, ne sont-ils pas taxés d’étrangers, et c’est uniquement les Ivoiriens du nord qui font frontière avec le Mali, le Burkina Faso et la Guinée Conakry qui sont considérés comme des étrangers venant de ces pays africains?», demande-t-elle.

                                                De son côté, Adama Bambara Coulibaly, un opérateur économique, estime que le problème identitaire a toujours frustré tout un peuple parce qu’il se sent rejeté.

                                                Ouattara du MIDH affirme que son mouvement des droits humains, appuyé par l’ambassade du Canada, travaille sur la question identitaire dans les villes d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne au sud, Bouaflé et Man (ouest), Bouaké (centre), et Katiola (nord du pays), où ce problème est récurrent, afin de rétablir les gens – qui en sont victimes – dans leurs droits.

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                                                COTE D’IVOIRE: Menace sur les rations alimentaires d’enfants nécessiteux

                                                  By Fulgence Zamblé

                                                  ABIDJAN, 22 mars (IPS) – La décision, annoncée ce mois par le Programme alimentaire mondial (PAM) de "réduire de moitié les rations alimentaires d’environ 460.000 écoliers et enfants ivoiriens en raison d’un manque de fonds", inquiète à la fois les bénéficiaires et les gérants des cantines scolaires.

                                                  "Les rations alimentaires pourraient encore être réduites ou même supprimées début avril en l’absence de nouvelles contributions pour les financer", indique un communiqué du PAM début mars, ajoutant qu’il a un besoin urgent de six millions de dollars pour restaurer les rations alimentaires complètes.

                                                  Dramane, 11 ans, élève au cours moyen première année, est une des victimes de cette décision du PAM. Chaque jour de classe, avec sa modique contribution de 25 francs CFA (0,05 dollar), il a droit à un déjeuner fait de riz bien garni et de lait à l’école primaire de Kapélé, un village près de Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire. A aucun moment, il ne voudrait penser que cela s’arrêterait un jour.

                                                  "Je suis ainsi habitué à bien manger à l’école. Cela dure ainsi toute l’année scolaire et j’ai pris goût. Depuis que j’ai entendu dire que cela va bientôt changer, je suis plus qu’inquiet", raconte-t-il à IPS.

                                                  Malgré un don de moutons à élever et à vendre, fait la semaine dernière par l’Agence nationale de développement rural aux parents d’élèves de cette école pour soutenir la cantine, Dramane n’est toujours pas rassuré. "C’est plutôt la preuve que la suite sera difficile parce que ce genre d’aides ne viendra pas toujours".

                                                  Et comme Dramane, ce sont plus de 400.000 enfants ivoiriens victimes de la crise qui secoue leur pays depuis plus de sept ans, 10.000 enfants malnutris de zéro à cinq ans, et 22.500 enfants séropositifs, bénéficiant depuis plusieurs années de rations alimentaires complètes et de compléments nutritionnels dans le nord et l’ouest de la Côte d’Ivoire, selon le PAM, qui doivent se préparer à changer leurs habitudes alimentaires.

                                                  "Pendant une courte période, certaines cantines vont fonctionner grâce à l’aide apportée par les communautés villageoises qui entretiennent des jardins et d’autres initiatives, mais cela ne saurait maintenir ces cantines en activité assez longtemps", affirme à IPS, Fousséïni Coulibaly, le gérant d’une cantine scolaire à Korhogo.

                                                  Il appelle à trouver rapidement un relais après la décision du PAM car la survie de milliers d’écoliers et d’enfants de cette partie du pays en dépend.

                                                  "Cette importante réduction est d'autant plus regrettable qu'elle intervient à un moment critique dans le processus de paix en Côte d'Ivoire", a déclaré Thomas Yanga, directeur régional du PAM pour l'Afrique de l'ouest, après la décision de son organisation qui devait aussi faire face à d’éventuels besoins d’urgence au cas où le climat politique se détériorait.

                                                  Or, outre le manque de financement pour les cantines scolaires, l’organisation humanitaire devrait également réduire les compléments nutritionnels pour des malnutris si elle ne recevait pas 300.000 dollars avant la fin de ce mois.

                                                  Le nombre d’enfants de zéro à cinq ans souffrant de malnutrition chronique a augmenté ces cinq dernières années dans la partie nord du pays, passant de 30,6 pour cent à 44,7 pour cent, selon les résultats préliminaires d’une étude du gouvernement ivoirien et des Nations Unies, menée en 2009.

                                                  Ce chiffre pourrait connaître une hausse "dramatique", si rien n’est fait dans l’urgence, estiment des humanitaires.

                                                  "Nous accueillons, ces derniers jours, de nombreux enfants malnutris, la plupart dans des conditions extrêmes de malnutrition. Ce qui est plus préoccupant, c’est que nous recevons aussi des cas des villages frontaliers des pays comme le Mali et le Burkina Faso…", explique à IPS, Yédélor Silué, une aide-soignante en nutrition au service pédiatrie du Centre hospitalier régional de Korhogo.

                                                  Selon elle, "les enfants atteignent tellement le seuil critique que nous enregistrons désormais des cas de décès, comme cet enfants de deux ans, arrivé à l’hôpital tardivement avec sa mère de Mbengué (un village à 75 kilomètres au nord de Korhogo) le mois dernier. Petit à petit, nous vivons un drame".

                                                  "L'aide alimentaire est vitale pour tenter de corriger la situation alimentaire actuelle qui pourrait rapidement se transformer en une crise nutritionnelle à plus grande échelle", a prévenu Patricia N'Goran, directrice du Programme national de nutrition. "Il faut impérativement prévenir des taux de malnutrition élevés pendant la période de soudure entre les mois de mai et de septembre", ajoute-t-elle.

                                                  Pour sa part, Fabien Kouakou, président de l’ONG Espoir, basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, déclare à IPS qu’il y a une "accumulation de difficultés qui laisse entrevoir des lendemains plus qu’inquiétants pour ces milliers d’enfants".

                                                  "C’est clair qu’en dépit des efforts des uns et des autres pour contrer le mal, tout le monde (organisations humanitaires, gouvernement ivoirien) est désormais débordé. On ne sait plus par quel bout il faut prendre le mal", souligne-t-il.

                                                  La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. Et le pays attend toujours la tenue d’une élection présidentielle censée le sortir de la crise.

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                                                  COTE D’IVOIRE: Une crise naît dans la crise et éloigne davantage les élections

                                                    By Fulgence Zamblé

                                                    ABIDJAN, 17 fév (IPS) – Cinq jours après la dissolution du gouvernement et de la commission électorale, la Côte d’Ivoire est toujours dans l’attente d’un nouveau cabinet avant les élections. Au même moment, des manifestations de protestation de l’opposition gagnent du terrain, dénonçant "une dictature du régime en place".

                                                    Mercredi encore, des manifestations de rue s’étaient déroulées dans le sud de la capitale économique ivoirienne, Abidjan, mais très vite dispersées par la police. Des protestations qui font suite à celles de Yopougon (nord d’Abidjan) et d’Abengourou (est du pays), Tiébissou (centre) organisées la semaine dernière.

                                                    Pendant ce temps, en marge des consultations que mènent actuellement le Premier ministre Guillaume Soro pour former un nouveau gouvernement, les partis de l’opposition continuent d’exiger la réinstallation de l’ancienne Commission électorale indépendante (CEI), la structure chargée d’organiser les élections, comme la principale condition à leur participation au nouveau gouvernement.

                                                    "Nos leaders l’ont exprimé en début de semaine, le seul problème qui vaille depuis plus d’un mois est la question du processus électoral", déclare au téléphone à IPS, Alphonse Djédjé Mady, président du directoire du Rassemblement des houphouëtistes pour la paix et la démocratie (RHDP), un regroupement des partis d’opposition qui se réclament du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny.

                                                    "Tant que ce problème n’est pas résolu avec la reprise des activités de la commission et de son président (Robert Mambé), nous ne participerons pas à un quelconque gouvernement et nous ne reconnaissons plus M. Gbagbo comme le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire. C’est un coup d’Etat que nous n’acceptons pas", affirme-t-il.

                                                    Cette exigence de l'opposition, selon des analystes, complique les chances de Soro de former rapidement un nouveau gouvernement, même si son propre groupe politique – les Forces nouvelles (ex-rebelles) basées à Bouaké, dans le centre du pays – lui a exprimé son soutien dans cette tâche difficile. Son nouveau cabinet ne pourrait pas être prêt avant la fin de cette semaine, selon les mêmes analystes.Néanmoins, le Premier ministre a rencontré, ce mercredi à Abidjan, l'un des principaux leaders de l'opposition, Henri Konan Bédié, l'ancien président ivoirien, et Soro a déclaré, après, que son nouveau cabinet serait connu bientôt.

                                                    Vendredi dernier, le président ivoirien, Laurent Gbagbo, s’appuyant sur l’article 48 de la constitution ivoirienne qui lui confère des pouvoirs exceptionnels, a mis un terme aux activités du gouvernement en place et à celles de la CEI.

                                                    Selon le chef de l’Etat, le blocage enregistré dans le processus électoral depuis plusieurs semaines, né de la crise de confiance entre la CEI et les partis de la mouvance présidentielle sur la question de 429.000 électeurs qui auraient été frauduleusement inscrits sur la liste électorale, serait à l’origine de sa décision.

                                                    Cette mini-crise avait conduit certaines populations des localités de l’intérieur du pays, notamment de Katiola (centre), Divo (centre-est), Vavoua (centre-ouest) et de Man (ouest) à s’en prendre aux symboles de l’Etat, en mettant à sac et à feu des tribunaux.

                                                    "Dans le fond comme dans la forme, aucune condition n’était juridiquement remplie pour utiliser cet article", affirme le constitutionnaliste, Francis Wodié, président du Parti ivoirien des travailleurs (PIT), un petit parti politique. "En agissant ainsi, Gbagbo est sorti du droit pour se placer sur le seul terrain du fait. Il veut tourner tout le processus électoral et ses résultats à son profit pour s’assurer une victoire programmée", soutient-il.

                                                    Mais cet avis n’est pas partagé par l’avocat Faustin Kouamé, ancien ministre ivoirien de la Justice : "il y a sept conditions pour faire usage de l’article 48 et elles n’ont pas besoin d’être obligatoirement réunies pour être appliquées par le chef de l’Etat".

                                                    "Dans le cas actuel, il y en a trois qui sont la menace constitutionnelle, le caractère grave et immédiat de cette menace, l’interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics. A partir de ce moment, le président de la République est dans le droit d’en faire usage", déclare-t-il.

                                                    Interrogé par IPS, le politologue Herbert Aka estime, pour sa part, que "la situation était plus ou moins prévisible et il faut même savoir que la décision de dissolution du gouvernement a tardé, car elle aurait dû intervenir beaucoup plus tôt".

                                                    Selon Aka, "certains ministres s’affichent trop dans leur parti politique. Cela rend leur présence dans le gouvernement un peu indigeste d’autant qu’ils adressent généralement des critiques acerbes envers cette même équipe dont ils font partie".

                                                    Pour cette raison, certains partisans du camp présidentiel proposent au Premier ministre de former un gouvernement comprenant cette fois une majorité de technocrates moins affichés politiquement et moins dépendants des partis politiques. Evoquant la CEI, Aka ajoute : "C’est une décision politique. Mais nous disons que la moindre erreur de cette commission était longtemps guettée par le parti au pouvoir pour se débarrasser d’une équipe (dominée par des membres de l’opposition) dont il a eu du mal à accepter la mise en place depuis l’élection de ses membres".

                                                    "Nous constatons qu’il y a un vide institutionnel qu’il faut combler au plus vite pour préserver les acquis du processus électoral", indique, de son côté, Patrick N’Gouan, président de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI), basée à Abidjan. "Nous l’avons toujours dit, il faut former un gouvernement de 20 membres et reconstituer la CEI en intégrant majoritairement la société civile", explique-t-il à IPS.

                                                    Dans son atelier de coiffure de Cocody, un quartier chic d’Abidjan, Carine Kouamé déclare ne pas comprendre ce qui arrive à la Côte d’Ivoire. "Nous vivons désormais dans l’inquiétude totale. Au moment nous étions si proches du but qui est l’organisation des élections, nous voyons encore obligés de revenir à la case départ. C’est dramatique".

                                                    "En toute sincérité, il faut que les politiciens admettent qu’ils ne veulent pas mettre fin aux souffrances des populations et qu’ils sachent qu’ils seront comptables de ce qui adviendra de la situation actuelle", affirme-t-elle, désemparée, à IPS.

                                                    La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis septembre 2002, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. Les élections censées sortir le pays de la crise sont à leur sixième report depuis les nombreux efforts de sortie de crise.

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                                                    COTE D’IVOIRE: Une mesure pour relancer un secteur avicole en agonie

                                                      By Fulgence Zamblé

                                                      ABATTA, Côte d’Ivoire, 27 jan (IPS) – Dans sa ferme de volailles à Abatta, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, Charles Koné discute avec Amadou Traoré, son principal fournisseur de maïs et de tourteaux de coton pour ses poussins et poulets. Koné passe une commande des deux produits pour 100.000 francs CFA (environ 222 dollars).

                                                      "Depuis trois ans, j’approvisionne les différentes fermes du secteur et cela est autant bénéfique pour moi que pour les fermiers. Cela, grâce à mes dix hectares de maïs et trois hectares de coton", affirme Traoré à IPS. "Je vends aux fermes une partie de ma production".

                                                      Il révèle être passé d’un chiffre d’affaires de 500.000 FCFA (environ 1.110 dollars) en 2005 à quatre millions FCFA (8.890 dollars) en 2009, ajoutant qu’il espère atteindre six millions FCFA (13.330 dollars) cette année.

                                                      Pour sa part, Abdoulaye Sanogo est le fournisseur en aliments de volaille de huit fermes installées dans la zone nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, et environs. Avec en moyenne deux tonnes de produits vendues par an, il déclare s’en sortir annuellement avec 10 millions FCFA (environ 22.222 dollars) de bénéfice. "La hausse du prix des aliments importés a fait notre affaire et cela nous soulage", dit-il à IPS.

                                                      "Nous sommes plus à l’aise avec les fournisseurs locaux qui présentent les tarifs les plus abordables, alors que nous payions trois fois plus cher avec les importateurs. C’est bien dommage que l’Etat n’ait pas pris de mesures assez tôt pour soutenir un secteur qui joue un rôle important dans l’économie en milieu rural. Il se serait développé très vite et aurait permis de créer de nombreux emplois dans le pays", assure Ettien Koffi, fermier à Anyama, une commune au nord d’Abidjan.

                                                      Koffi livre quotidiennement cent poulets à ses clients pour la consommation. "La production locale a pris le pas sur les poulets importés", souligne-t-il, l’air satisfait. Selon lui, c’est la conséquence d’une décision gouvernementale visant à soutenir ce secteur, et qui a été bénéfique pour les aviculteurs de ce pays d’Afrique de l’ouest.

                                                      En fait, il y a plus de cinq ans, le secteur avicole ivoirien subissait une forte concurrence imposée par les sous-produits (aliments de volaille) et produits importés (œufs, poulets congelés) qui inondaient le marché local. Une situation qui avait eu pour conséquence un net recul de la production locale et l’appauvrissement progressif d’un million de personnes qui vivent directement ou indirectement de l’aviculture.

                                                      Puis en 2005, dans le budget de l’Etat, le gouvernement ivoirien prend une mesure compensatoire relevant la taxe prélevée sur les sous-produits de la volaille importés. Il fait passer le prix du kilogramme des produits importés des pays européens et d’Amérique du sud de 500 à 1.000 FCFA (d’un dollar à deux dollars environ) afin de décourager l’importation et de soutenir la production locale, selon des analystes.

                                                      "Du coup, nous sommes parvenus à surmonter cette concurrence sauvage qui nous était imposée. Et nous sommes satisfaits que cette mesure n’ait pas entraîné la moindre pénurie et la flambée des prix de poulets et d’œufs sur le marché national", indique à IPS, Philippe Ackah, président de l’Interprofession avicole de Côte d’Ivoire.

                                                      Selon Ackah, grâce à la mesure compensatoire, le secteur a enregistré un investissement de près de cinq milliards FCFA sur quatre ans. Résultat: de plus de 9.000 tonnes de viande de volaille produite en 2005, l’aviculture ivoirienne est passée à 20.000 tonnes en 2009 pour un chiffre d’affaires de 50 milliards FCFA, soit dix fois plus que l’investissement. La production d'œufs a atteint 800 millions d’unités contre 435 millions pour la même période, avec environ 39.000 emplois créés. (Un USD = environ 450 FCFA).

                                                      En outre, indique Ackah, le secteur a généré entre 2005 et 2009, 15 milliards de FCFA aux cultivateurs de maïs et de tourteaux de coton, qui ont réalisé respectivement 24.000 hectares de maïs et 33.000 hectares de coton ces dernières années.

                                                      Le gouvernement ivoirien a reconduit, début janvier, la mesure à la demande des aviculteurs."Cette mesure compensatoire du gouvernement se présente comme une décision salvatrice pour le secteur avicole ivoirien. Il y a quelques années, le découragement avait commencé à gagner du terrain dans le milieu et personne ne savait à quel saint se vouer", commente Alain Bouabré, économiste à Abidjan.

                                                      "Si elle (la mesure) n’était pas intervenue à ce moment, il était à craindre un déclin total. Maintenant, il faut que le secteur soit mieux organisé pour profiter de la situation. Car les importateurs vont se donner les moyens de contourner la décision et faire entrer leurs produits sur le marché. Ce serait alors le retour à la case départ", prévient Bouabré.

                                                      En réponse, les acteurs du secteur avicole annoncent, pour les dix prochaines années, un investissement de 150 milliards de FCFA et la création de 10.000 emplois supplémentaires. Ils invitent par ailleurs les autorités à prendre les mesures nécessaires pour surveiller les eaux territoriales. Et ils souhaitent bénéficier des avantages fiscaux prévus par le Code d'investissement en Côte d'Ivoire pour améliorer leur compétitivité.

                                                      "Si nous sommes de nouveau confrontés à une forte présence de produits importés, ce sera de la responsabilité de l’Etat", avertit Koffi qui se réjouit que le secteur ait réussi à se maintenir en dépit de la grippe aviaire qui avait emmené le gouvernement à procéder à l’abattage des volailles en 2006.

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                                                      COTE D’IVOIRE: Une nouvelle crise pour un nouveau report de l’élection

                                                        By Fulgence Zamblé

                                                        ABIDJAN, 12 jan (IPS) – Prévue pour se tenir entre la fin février et le début de mars prochain, l’élection présidentielle attendue en Côte d’Ivoire, maintes fois reportées depuis 2005, se retrouve encore dans une nouvelle impasse.

                                                        Depuis la fin de la semaine dernière, le camp présidentiel et la Commission électorale indépendante (CEI), la structure officielle chargée de l’organisation du scrutin – soutenue par l’opposition -, sont à couteaux tirés par rapport à la gestion de la liste électorale contestée.

                                                        Alors que cet ultime processus, censé aboutir à la publication de la liste électorale définitive, semblait tirer vers sa fin, le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo et ses partisans ont accusé la CEI de "fraude et de manipulation portant sur de nombreux électeurs au profit de l’opposition".

                                                        Dans une déclaration télévisée diffusée samedi dernier, le porte-parole de la présidence ivoirienne, Gervais Coulibaly, a accusé le président de la Commission électorale, Robert Beugré Mambé, d’avoir fait des croisements parallèles pour inscrire 429.000 personnes sur la liste électorale.Ensuite, le Front populaire ivoirien (le parti de Gbagbo), a réclamé dans une déclaration publiée lundi, "la démission du président de la commission et la radiation de son vice-président pour activisme au profit du RDR (un parti d’opposition), la poursuite judiciaire de Mambé et de toutes les personnes impliquées dans cette opération frauduleuse…" (Le RDR est le Rassemblement des républicains, le parti de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara).

                                                        Cette accusation a été rejetée par la CEI dans un communiqué publié lundi. "Le président de la CEI n'a, à aucun moment, pris une initiative tendant à inscrire d'office des personnes qui ne se sont pas soumises au contentieux dans les procédures en vigueur. Elle reste attachée à la réalisation d'une liste électorale de qualité", écrit la commission.

                                                        L’opposition, qui a décidé de soutenir la CEI, dont le président et plusieurs de ses vice-présidents sont issus, estime que ces accusations ne sont que le fait d’une "cabale orchestrée par le camp présidentiel" pour retarder davantage le déroulement des élections. Et elle envisage d’appeler sa jeunesse dans les rues pour protester.

                                                        Au nom du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, Alphonse Djédjé Mady, porte-parole du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, le parti l’ancien président Henri Konan Bédié), a estimé lundi que cette affaire était "une manœuvre dilatoire du FPI. Cela démontre une volonté affichée du camp présidentiel à ne pas aller aux élections".

                                                        "Tous les ingrédients sont désormais réunis pour que les élections ne se tiennent pas à la période indiquée", affirme à IPS, le politologue ivoirien Maurice Zagol. "Il y a désormais une rupture de confiance évidente entre les différentes parties et il paraît improbable de colmater cette brèche aussi facilement, tant qu’il n’y aura pas de grands bouleversements au sein de la structure organisatrice des élections, comme le souhaite le camp présidentiel", ajoute-t-il.

                                                        Selon Zagol, "il est dommage que cette nouvelle crise intervienne en ce moment. Il y avait tellement d’espoir au moment d’entrer dans la nouvelle année qu’on se voit encore surpris à faire une pirouette vers l’arrière".

                                                        Zagol prend pour preuve l’optimisme affiché par les politiques par rapport aux élections, et le projet de décision sur le désarmement et le encasernement des ex-rebelles dans quatre villes du pays. Des éléments, dont 5.000 hommes sont censés intégrer la future nouvelle armée et au sein desquels 400 officiers et sous-officiers de l'armée passés à la rébellion ont vu leurs grades harmonisés avec leurs camarades des Forces de défense et de sécurité (FDS, loyalistes).

                                                        La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire.

                                                        Dans l’attente de la présidentielle, le processus de sortie de crise était à l’étape de la gestion du contentieux relatif à la liste électorale, qui devait prendre fin le 6 janvier dernier. Mais il avait été reporté à la suite de deux semaines de grèves observées par les greffiers qui réclamaient principalement le paiement intégral de cinq mois d’arriérés de salaires avant de reprendre leur travail consistant notamment à produire certains documents administratifs aux pétitionnaires.

                                                        Sur une population de six millions de pétitionnaires (électeurs potentiels), environ quatre millions de personnes ont été directement retenues. Et près de deux millions de personnes ont été recalées, dont le quart ne se retrouvait dans aucun des premiers fichiers historiques qui avaient été retenus comme moyens de vérification.

                                                        "Je figure sur la liste électronique provisoire. Mais lorsqu’elle a été tirée sur du papier pour être affichée, mon enregistrement n’y figurait pas", raconte à IPS, Madeleine Bougouhi, 38 ans, habitant le quartier de Yopougon, au nord-est d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "J’attends toujours d’être reçue pour que mon dossier soit traité", indique-t-elle.

                                                        De son côté, Moussa Bakayoko, 28 ans, affirme que son nom a été omis pour des raisons qui lui sont encore inconnues. "Toute la famille est présente sur le fichier électoral et je suis le seul dont le nom est absent", dit-il, reconnaissant toutefois avoir déjà refait son extrait de naissance pour lui permettre de réduire son âge.

                                                        "Ces cas de figure constituent aujourd’hui le gros du problème auquel est confronté le processus du contentieux électoral. Ce sont des doublons alphanumériques. Ils ont dû, soit pour trouver du travail, utiliser l’extrait de naissance du cadet, soit alors décider de réduire leur âge pour passer plus de temps à la fonction publique", explique à IPS, Donatien Kacou, agent de la CEI,

                                                        En plus de ces situations difficiles à trancher sur le champ par les bureaux de la CEI, il y a les doublons biométriques (les mêmes empreintes digitales) qui sont renvoyés devant les tribunaux, ajoute Kacou.

                                                        A ce jour, cette étape du contentieux électoral est attendue pour s’achever au plus vite et faire place à la réinscription. Une autre phase est prévue dans 68 centres de coordination ouverts dans les départements régionaux et qui attendent de démarrer.

                                                        "En définitive, il n’y a rien qui permet d’afficher l’optimisme d’alors. Ce léger retard auquel il faudra ajouter la nouvelle crise de confiance entre le camp présidentiel et la commission électorale, ne pourra conduire qu’à un report évident de la période électorale", conclut Zagol.

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                                                        COTE D’IVOIRE: Faut-il croire maintenant aux élections?

                                                          ABIDJAN, 8 septembre (IPS) – A trois mois de l’élection présidentielle prévue le 29 novembre prochain en Côte d’Ivoire, certains signes laissent croire que le rendez-vous sera tenu cette fois-ci. Cependant, des faits, et pas des moindres, pourraient retarder le processus, estiment des analystes.

                                                          La Commission électorale indépendante (CEI, structure chargée de l’organisation des élections) a ouvert, depuis plus d’une semaine, la liste des candidatures pour la présidentielle. Elle en a déjà reçu deux, dont celle de l’ancien président et opposant Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), déposée mercredi.

                                                          Ensuite, un projet de "consensus" sur la délicate question des grades des ex-rebelles a été remis au ministre de la Défense, Michel Amani N'Guessan, pendant que les premières unités mixtes de l’armée étaient déployées pour la sécurisation des élections sur l’ensemble du territoire national.

                                                          La semaine dernière, la CEI a annoncé que la publication de la liste provisoire des électeurs se ferait au plus tard le 15 septembre. En effet, le traitement des données du recensement (plus de six millions de personnes inscrites) est déjà achevé "dans plus de 60 pour cent" des 70 centres retenus pour cette opération.

                                                          "Les problèmes logistiques et financiers, qui ont retardé cette importante étape semblent ne plus exister et le processus est visiblement sur de bons rails", estime Marcellin Tanon, un politologue ivoirien.

                                                          Selon Tanon, "Il y a, certes, encore quelques poches de résistance concernant des grèves des agents électoraux – pour non-paiement des primes -, mais cela ne devrait pas avoir d’incidence sur le respect de la date du 29 novembre". "L’optimisme doit commencer à prendre le pas sur le pessimisme", ajoute-t-il à IPS.

                                                          "Nous l’avons déjà dit, nous sommes déterminés et décidés à organiser les élections à la date indiquée. Au fur et à mesure que nous avançons, les nuages se dégagent", a assuré le président de la CEI, Robert Mambé, au cours d’une rencontre, mercredi dernier, avec les partis politiques sur les dernières étapes menant aux élections.

                                                          Joël N’Guessan, conseiller du président du Rassemblement des républicains, Alassane Ouattara (parti d’opposition), déclare également : "J’ai la conviction de nous allons y arriver cette fois. Un processus comme celui d’une élection en période de crise ne peut se dérouler sans difficultés. Seulement, il faut trouver rapidement des solutions à chaque étape, s’il y a un blocage".

                                                          "L’aspiration de tout Ivoirien est d’en finir avec la situation de ni paix ni guerre", affirme à IPS, Haïdara Koné, un sociologue ivoirien. "Il n’y a donc pas place à tergiverser à nouveau au moment où le processus est si près du but. Et à bien observer, même si la bonne foi n’y pas trop, la volonté d’aller aux élections est palpable à tous les niveaux".

                                                          Mais, ces avis ne semblent pas être partagés par la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI, un regroupement de plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme), basée à Abidjan, la capitale économique du pays. "Nous estimons qu’il y a encore de la confusion et un manque de transparence dans les activités de la CEI ", soutient Patrick N’Gouan, le coordonnateur national de la CSCI.

                                                          Selon l’organisation, le processus manque de "planification claire et rigoureuse des différentes opérations électorales, ce qui se manifeste par l’improvisation et le tâtonnement dans la conduite du processus électoral".

                                                          En effet, la publication de la liste provisoire annoncée pour la mi-septembre, était initialement prévue pour le 24 août dernier. Cette situation s’explique, selon la CEI, par l’absence d’une des structures du processus à l’étape de croisements des données, et par le retard observé dans le rapatriement des valises de recensement des Ivoiriens de l’étranger.

                                                          "Il n’y a pas eu un franc jeu à un moment dans le processus d’enrôlement des Ivoiriens et dans la phase des croisements des données, il n’y en a pas encore", dénonce Nicolas Kouassi, maire PDCI d’Abengourou (est du pays). "Et les problèmes d’unicité des caisses de l’Etat qui n’ont pas été définitivement résolus ne permettent pas d’envisager les élections", affirme-t-il à IPS. Il souhaite toutefois la tenue du scrutin pour permettre au pays de sortir de sa situation actuelle de pauvreté croissante.

                                                          Barthélemy Dago, professeur dans un établissement secondaire à Abidjan, reste toujours sceptique pour la tenue des élections. "L’accord de Ouagadougou a permis d’espérer, mais le climat est loin d’être apaisé. Les discours des politiques sont toujours violents et agressifs et cela n’est pas fait pour s’attendre à mieux", dit-il à IPS.

                                                          Pour sa part, Francis Wodié, président du Parti ivoirien des travailleurs (PIT, opposition), déclare : "Il faut que les élections aient lieu à la date indiquée. Il n’est pas question que l’on accepte le report, une nouvelle fois, de la présidentielle", peu importe le stade actuel du processus.

                                                          La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis bientôt sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. A la suite de la signature d’un accord de paix en mars 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), le pays doit organiser le premier tour d’une présidentielle le 29 novembre prochain. (FIN/IPS/2009)

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                                                          COTE D’IVOIRE: La Forêt des marais de Tanoé et ses espèces rares sauvées de justesse

                                                            By Fulgence Zamblé

                                                            ADIAKE, Côte d’Ivoire, 23 juil (IPS) – Lorsqu’une importante compagnie agro-industrielle a commencé à raser le riche réservoir de biodiversité de la Forêt des marais de Tanoé (FMT) dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, pour un projet de palmier à huile, des écologistes, soutenus par les populations riveraines, ont produit un manifeste pour la conservation de ce patrimoine environnemental.

                                                            Par la suite, pour renforcer la légitimité du combat des écologistes et des populations, des organisations non gouvernementales (ONG) se sont jointes à la lutte, de même que la communauté internationale, mais surtout des cadres locaux qui ont adressé des courriers de protestation aux autorités administratives du pays.

                                                            "Le projet de l’entreprise de transformation de palmier à huile risquait de provoquer la disparition d'espèces animales et de plantes que l'on ne retrouve que dans la Forêt des marais Tanoé", déclare à IPS, Inza Koné, coordonnateur du programme de Recherche et actions pour la sauvegarde des primates de Côte d'Ivoire (RASAP-CI), une ONG basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

                                                            Selon Koné, les espaces phares sont le colobe bai de Miss Waldron, le cercopithèque diane roloway et le cercocèbe couronné, les trois espèces de primates les plus menacées d'extinction en Afrique de l'ouest. Elles figurent sur la liste des 25 espèces de primates les plus menacées au monde. En outre, 179 espèces d'oiseaux dont une soixantaine est d'intérêt international et 279 espèces de plantes dont 33 sont d'un intérêt pour la conservation, vivent dans la FMT, ajoute-t-il.

                                                            "Nous avons été choqués qu'un projet de destruction de cette forêt ait été lancé sans même qu'une étude d'impact environnemental et social ait été conduite alors que le code de l'environnement en vigueur en Côte d'Ivoire est très clair sur ce point", fustige Koné, principal artisan de l’opposition au projet de palmier à huile.

                                                            Vers fin-2007, en effet, une importante société ivoirienne de transformation d'huile de palme entendait exploiter 6.000 hectares de la FMT pour mettre en œuvre son projet agro-industriel qui devait être financé à hauteur de 18 milliards de francs CFA (environ 39 millions de dollars).

                                                            Le projet devrait permettre également la création de quelque 1.000 emplois agricoles et 300 emplois industriels. Malheureusement, il s’est heurté à un refus catégorique des écologistes et des populations riveraines. La société ivoirienne était associée à d’autres investisseurs étrangers venant de la Malaisie.

                                                            Selon un employé de la direction de la protection de la nature au ministère ivoirien de l’Environnement, qui a requis l'anonymat, les autorités avaient décidé, depuis avril 2007, de faire de cette forêt une réserve naturelle. Le gouvernement s’est donc opposé au projet des investisseurs nationaux et étrangers qui auraient tenté, dans un premier temps, d’établir un accord directement avec le Conseil général d’Adiaké, le chef-lieu de département.

                                                            "On ne pourrait jamais compenser les pertes causées par la disparition de cette forêt et les coûts pour faire face aux dégâts provoqués par cette disparition seraient mille fois plus énormes que les bénéfices que cela peut engendrer", explique à IPS Koné, qui effectue régulièrement des visites dans la région.

                                                            Koné, RASAP-CI, soutient que leur mobilisation et leur refus n’avaient pas pour but de s’opposer à un quelconque développement économique du pays, mais de sauver de sauver la nature. En effet, dit-il, outre les espèces animales, l’importance de cette forêt est aussi d'ordre climatique du fait qu’elle constitue la dernière relique de forêt relativement intacte dans l'extrême sud-est de la Côte d'Ivoire.

                                                            "Du fait que cette forêt soit en une zone humide, elle joue doublement un rôle de fixateur du carbone, et donc un rôle crucial pour éviter le réchauffement climatique, ainsi que la raréfaction des pluies et la baisse des rendements des plantations des paysans", souligne Koné.

                                                            Bloc forestier non protégé étendu sur 12.000 hectares, la forêt de Tanoé se situe entre la lagune Ehy et le fleuve Tanoé, frontière naturelle avec le Ghana, à l’est. A 70 kilomètres à l’est d’Abidjan, la forêt de Tanoé laisse transparaître une végétation très couverte à perte de vue.

                                                            "C’est un symbole pour nous et nous sommes heureux d’avoir contribué à sa protection", se réjouit Patrice Abwa, 45 ans, un pêcheur de Kadjakro, un village riverain de la FMT. "Aux alentours, il y a aussi de l’eau et cela nous permet de réaliser la pêche. La région a donc d’énormes ressources qu’elle tire avec la préservation de cette forêt", explique-t-il à IPS.

                                                            Pour Abwa, "Le montant financier promis par les investisseurs de l’entreprise de palmier à huile était, certes important, mais à la suite des nombreuses explications que nous avons eues, montrant les avantages de la préservation de la forêt, ainsi que les conflits fonciers qui pointaient à l’horizon, nous avons changé d’avis sans hésitation".

                                                            Cette explication est soutenue par Mathieu Yao, 48 ans, un planteur local de palmier à huile. "Notre engagement à faire front contre ce vaste projet l’a été dans notre intérêt personnel. Nous vivons assez bien de la petite agriculture et de la petite pêche et chacun est conscient que leur rendement, chaque année, dépend du maintien de cette forêt. Nous avons donc choisi de faire bloc autour", raconte-t-il à IPS, ajoutant : "Nous perdons économiquement, mais nous gagnons écologiquement".

                                                            A ce jour, les populations riveraines de la Forêt des marais de Tanoé ont émis une grande envie de la gérer personnellement. Elles ont donc engagé des démarches pour faire de ce patrimoine une Réserve naturelle volontaire. Ce qui constituerait une première dans ce pays de l’Afrique de l’ouest.

                                                            "Tous les habitants des localités environnantes ont compris le bien-fondé de cette forêt et nous pensons que la volonté de la protéger animera sans cesse chacun d’eux", affirme Yao.

                                                            La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis près de sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Après une longue période de ni guerre ni paix, une élection présidentielle devrait se tenir en novembre prochain pour rassurer si le pays est prêt pour une sortie de crise définitive.

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                                                            COTE D’IVOIRE: Les femmes rurales et l’autosuffisance alimentaire en riz

                                                              By Fulgence Zamblé

                                                              ABIDJAN, 16 juil (IPS) – Pendant que le programme d’urgence lancé il y a un an par le gouvernement ivoirien dans les bas-fonds pour l’autosuffisance en riz d’ici à 2012, est en cours, les femmes rurales du pays anticipent en exécutant un projet de mise sur le marché d’un riz local à bas prix.

                                                              "Il y a longtemps que nous sommes dans l’antichambre. Aujourd’hui, nous voulons relever le défi de la croissance en mettant sur le marché du riz local. Nous avons demandé qu’on nous fasse confiance, nous aurons aussi notre riz de luxe", a déclaré Colette Irié Lou, présidente de la Fédération nationale des coopératives de vivriers de Côte d’Ivoire (FENACOVICI). C’était lors de la présentation officielle du projet, la semaine dernière à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.Cette grosse organisation féminine, créée en 2001 et composée de 1.000 coopératives et plus de 50.000 membres, avait tenu, selon ces responsables, le projet "secret" pour convenances personnelles. Les coopératives sont fortement implantées dans l’ouest, le centre-ouest et le sud du pays.

                                                              Pour la campagne 2009-2010 – en cours et désignée comme expérimentale -, ce sont 300.000 tonnes de riz qui seront sur les marchés du pays dans des sacs de 50 kilogrammes, 25 kg et 5 kg au prix de 350 francs CFA (environ 0,75 dollar) le kilo, contre 400 à 600 FCFA (0,86 à 1,29 dollar) le kilo pour les différentes qualités de riz importé.Le projet de production de riz local, selon la FENACOVICI, a été financé sur fonds propres et s'est appuyé sur près de 9.000 femmes à travers le pays. L'achat et la distribution des semences et des intrants agricoles, la mise en place d’unité de transformation, ont été assurés par l'organisation.

                                                              En effet, lasses de ne pas bénéficier de crédits agricoles, les coopératives ont dû mettre sur pied un fonds de garantie de 180 millions FCFA (environ 387.000 dollars) pour mener leurs activités. N’empêche qu’elles restent encore confrontées à certaines difficultés de logistique dans l’exécution de leur programme de production.

                                                              "Nous manquons de batteuses et de matériels pour le ramassage du riz, ainsi que des véhicules adaptés pour des routes devenues impraticables. Sinon, nous ferions mieux. Mais nous avons déjà pris le pari de nourrir les Ivoiriens et nous allons le faire et le réussir", affirme Irié Lou."Notre objectif est de réduire de façon considérable la forte importation du riz par le gouvernement et parvenir à l’autosuffisance d’ici peu. Le programme d’urgence mis en place ne nous gêne en rien", explique à IPS, Adrienne Gnandé, une productrice de riz de l’ouest du pays.Au marché "Gouro" d’Adjamé, le quartier commercial d’Abidjan, en dépit des bruits des véhicules de transport en commun de la gare routière, Gnandé vante aux passants les qualités et les mérites du riz local. "C’est du riz made in Côte d’Ivoire, moins cher et à votre goût", souligne-t-elle.A ses côtés, Caroline Tanou, une commerçante, étale des bananes et des aubergines. "Nous produisons chaque jour des vivres pour nourrir la population. Il n’y a pas que le riz. Le pays doit s’attendre, dans les prochaines années, à une autosuffisance alimentaire complète", dit-elle à IPS."Il n’y a que la femme rurale pour avoir une telle ambition", affirme à IPS, Frédéric Kalou, un cadre du secteur privé, en visite sur le site. "Dans ce contexte, on n’a pas besoin de solutions miracles pour prendre notre destin en main. Mais ce sont ces genres d’initiatives ambitieuses qu’il faut encourager par l’octroi d’aides financières", indique-t-il.Pour l’économiste Martinien Gadou, "C’est un tournant important que va connaître le pays. Si les productions de ces femmes atteignent à temps les marchés et que le programme d’urgence du gouvernement donne ses premiers fruits d’ici à l’année prochaine, on pourrait atteindre l’autosuffisance en riz plus tôt que prévu"."Avec 900.000 tonnes de riz attendues par le programme d’urgence et les 300.000 tonnes du projet des femmes rurales, nous avons un cumul qui permet d’envisager les moyens de stocks dès 2011", prévoit Gadou. "Mais avant, il faudra trouver une politique efficace, soit pour accompagner le projet de ces femmes ou le greffer à celui du gouvernement".Selon Gadou, la gestion des terres fertiles et des bas-fonds aménagés pourrait suggérer la décision de faire un choix.Pour Catherine Kouadio, une ménagère résidant à Abidjan, "Ce qui est appréciable dans ce riz local, c’est qu’il prend du volume à la cuisson et avec un kilo, on peut facilement faire à manger pour trois personnes dans la journée. Mais, il est difficile à cuisiner et il faut surtout avoir un doigt d’expert pour le réussir".De son côté, Fatou Diaby, une autre ménagère, déclare à IPS : "Je consomme beaucoup le riz local et j’en suis satisfaite. Et avec le prix de 350 FCFA le kilogramme, j’en connais qui vont se ruer vers ce riz".

                                                              La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis bientôt sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. La situation de ni paix ni guerre que connaît le pays perturbe fortement l’équilibre social des Ivoiriens, devenus de plus en pauvres, selon des analystes.L’extension du projet des femmes a été perturbée par cette crise car elles avaient l’intention de mettre en place de petites coopératives dans le nord et le centre du pays. Mais, elles ne sont parvenues que dans l’ouest.

                                                              En mars 2007, ce pays d’Afrique de l’ouest, qui produisait 700.000 tonnes de riz par an, avait connu des manifestations de rue contre la vie chère à la suite de l’augmentation des prix de certaines denrées alimentaires, dont le riz : une denrée importée annuellement à hauteur de 150 milliards FCFA (environ 322,5 millions de dollars) par le pays.En juillet 2008, le gouvernement ivoirien avait décidé de mettre en œuvre un programme d’urgence de 18 milliards FCFA (environ 38,7 millions de dollars), basé sur la réactivation de milliers d’hectares de bas-fonds, qui doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire du pays en riz d’ici à 2012 et permettre de constituer des stocks à partir de 2017.

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                                                              COTE D’IVOIRE: Le bois et les chimpanzés sont aussi des victimes de la crise politique

                                                                BOUAFLE, 30 juin (IPS) – En plein cœur du Parc de la Marahoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, une fumée noire se dégage de plusieurs arbres abattus. A leurs côtés, cinq hommes discutent paisiblement, en attendant de se remettre à la tâche pour extraire le charbon et le mettre en sac.

                                                                ''Cette semaine, nous avons reçu des commandes de 50 sacs que nous devons livrer à des ménages et des restaurants en ville. Il y a aussi les voyageurs à qui nous en proposons'', raconte à IPS, Ibrahim Guéswindé, 45 ans, le chef du groupe. Selon lui, le sac de 25 kilogrammes de charbon est cédé à 6.000 francs CFA (environ 12 dollars).

                                                                Mais, outre l’abattage des arbres pour le charbon et la vente du bois de chauffe, le groupe de Guéswindé et d’autres habitants mènent l’activité agricole et la chasse dans le parc, notamment des animaux comme les biches, les pangolins, et les chimpanzés…

                                                                ''Le matin ce sont les travaux champêtres. Dans l’après-midi, il y a la quête du bois et le soir, les chasseurs sont plus actifs. Il y a tout sorte de gibier que nous proposons à des prix intéressants'', explique à IPS, Aboulaye Sawadogo, l’un des cousins de Guéswindé.

                                                                La chasse s’effectue de retour des travaux champêtres dans les plantations de café et cacao installées dans le fond du parc. ''La vente du gibier se fait généralement aux restaurateurs sur commande et autres voyageurs'', souligne Sawadogo.

                                                                Interrogée par IPS, Carole Adjoua, une restauratrice au maquis 'Au carrefour du bonheur' à Bouaflé, a déclaré : ''La viande de chimpanzé est très rare, mais nous faisons l’effort d’en offrir un par semaine, à savoir le samedi. Pour ce qui est des autres comme les biches, les signes, les agoutis, nous en avons quotidiennement et en permanence''.

                                                                Mais, il existe plusieurs autres restaurateurs qui ont recours aux chimpanzés à Bouaflé, comme à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne, qui est une ville proche de la zone forestière.

                                                                A Abidjan, la capitale économique, le restaurant le plus connu pour proposer la viande de brousse de toutes sortes, c'est le maquis "Le Zoo, chez Félix", où on trouve une trentaine d'espèces animales, dont le chimpanzé. "Tous les jours à 17 heures, nous proposons de la viande de brousse, même le chimpanzé si vous en voulez. Nous en avons chaque jour", a expliqué à IPS, Félix Boussin, le propriétaire.

                                                                Arrivé en 2000 dans la région de Bouaflé, une ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Guéswindé s’est progressivement installé dans le Parc de la Marahoué, aux côtés d’autres populations. ''Depuis 2003, j’ai déplacé ma famille de huit membres ici pour fuir un peu les exactions (dues à la crise politique déclenchée depuis le 19 septembre 2002). Vous constatez, vous-même, que nous avons des habitations en ces lieux et chacun gagne bien sa vie'', indique-t-il. Ils résidaient auparavant dans le village de Garango (à environ 15 km de Bouaflé).

                                                                La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis près de sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. A la suite de plusieurs accords de paix signés entre les belligérants de la crise, ce pays d’Afrique de l’ouest devrait élire un nouveau président vers la fin de cette année.

                                                                Créé en 1968, le Parc national de la Marahoué, d’une superficie de 101.000 hectares, a subi ces dernières années les affres de la crise politique, en raison d’une infiltration massive de populations paysannes se disant persécutées dans des villages de la région. Ces gens y ont installé des habitations avant de s’adonner à la chasse pour, soutiennent-ils, ''survivre''.

                                                                Selon l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), la déforestation, due à l’infiltration a causé d’énormes dommages dans le parc qui a perdu 93 pour cent de sa surface entre 2002 et 2008. Conséquences : la chute drastique du nombre de chimpanzés, qui est passé de 900 à 50 primates.

                                                                ''La déforestation, la chasse, l’exploitation du sol, ou encore la recherche de minerais…dans les parcs et réserves, constituent véritablement les maux de l’existence des chimpanzés dans notre pays'', affirme à IPS, Mathieu Wadja, président de l’organisation non gouvernementale (ONG) SOS Forêt, basée à Abidjan.

                                                                Pour Wadja, ''Les activités humaines se sont trop intensifiées dans ces aires dites protégées ces dernières années. Et s’il y a destruction de l’habitat et la chasse, il est évident que nous n’ayons plus un nombre important de ces primates qui ont besoin d’espace pour se reproduire'', souligne-t-il, amer.

                                                                Responsable de la communication à la Société des forêts (SODEFOR), une structure étatique de gestion des forêts, Patrice Gnadja reconnaît que la situation est alarmante. ''Tous les parcs et réserves du pays sont dangereusement infiltrés et cela est d’autant plus préoccupant qu’un grave danger plane sur toute la faune et la flore''.

                                                                Il y a cinq ans, les forestiers avaient engagé des actions fortes avec le déguerpissement et l’emprisonnement des squatters du parc. Malheureusement, cela n’a pas fonctionné puisque les populations infiltraient toujours ces espaces protégés, entraînant parfois des affrontements avec les forestiers. Désormais, c’est la sensibilisation, avec parfois des pièces de théâtre sur la protection de la faune et de la flore, jouées dans ces villages installés dans les forêts.

                                                                Selon des études récentes menées par la Fondation pour la défense des chimpanzés (WCF), une ONG basée à Genève, en 20 ans, 90 pour cent des chimpanzés de Côte d'Ivoire ont disparu. Seulement près de 5.500 primates ont été identifiés ces dernières années dans le pays.

                                                                Pour réhabiliter l'habitat des chimpanzés et les sauvegarder dans un des parcs du pays, notamment celui de Taï (extrême ouest) où la fondation WCF est active depuis de nombreuses années, une convention a été signée le mois dernier avec la coopération française portant sur un montant de 262 millions de FCFA (environ 524.000 dollars) pour le renforcement des activités de reboisement, des étangs, des microprojets au profit des populations riveraines.

                                                                ''C’est déjà un pas important de franchi pour ce parc'', estime Séraphin Kouamé Bi, ancien gardien du Parc de la Marahoué, à la retraite. ''Maintenant, il faut espérer que cette action ne va pas se limiter qu’à Taï. La sonnette d’alarme a été tirée pour tous les espaces dits protégés, alors, ils ont tous besoin de ce genre d’initiative pour survivre''.

                                                                Kouamé Bi indique, en outre, qu’il faudrait écouter très souvent les populations vivant de plus en plus proches et à l’intérieur des parcs et réserves, et qui ont été sensibilisées au reboisement ainsi qu’à la protection de la flore et de la faune.

                                                                ''Nous savons que s’il n’y a plus d’espace pour les chimpanzés, il n’y en aura pas pour nous à l’avenir'', avoue Guéswindé à IPS. ''Le reboisement n’est pas très souvent le fort des hommes. Or, il nous a été dit que cet animal pouvait le faire à notre place. Alors le protéger est bénéfique sur les plans'', admet-il.

                                                                En effet, lors des séances de sensibilisation, les ONG et les forestiers recommandent aux populations de protéger les chimpanzés parce que ces animaux participeraient à la régénération des arbres grâces à leurs crottes.

                                                                ''Mais en même temps, il faut qu’on nous trouve quelque chose de productif à faire à des endroits déterminés, sinon les incursions dans les parcs ne sont pas près de s’arrêter. Il y va aussi de notre survie'', ajoute-t-il.

                                                                (FIN/IPS/2009)

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                                                                COTE D’IVOIRE: Le bois et les chimpanzés sont aussi des victimes de la crise politique

                                                                  By Fulgence Zamblé* – IPS/IFEJ

                                                                  BOUAFLE, Côte d’Ivoire, 29 juin (IPS) – En plein cœur du Parc de la Marahoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, une fumée noire se dégage de plusieurs arbres abattus. A leurs côtés, cinq hommes discutent paisiblement, en attendant de se remettre à la tâche pour extraire le charbon et le mettre en sac.

                                                                  ''Cette semaine, nous avons reçu des commandes de 50 sacs que nous devons livrer à des ménages et des restaurants en ville. Il y a aussi les voyageurs à qui nous en proposons'', raconte à IPS, Ibrahim Guéswindé, 45 ans, le chef du groupe. Selon lui, le sac de 25 kilogrammes de charbon est cédé à 6.000 francs CFA (environ 12 dollars).Mais, outre l’abattage des arbres pour le charbon et la vente du bois de chauffe, le groupe de Guéswindé et d’autres habitants mènent l’activité agricole et la chasse dans le parc, notamment des animaux comme les biches, les pangolins, et les chimpanzés…''Le matin ce sont les travaux champêtres. Dans l’après-midi, il y a la quête du bois et le soir, les chasseurs sont plus actifs. Il y a tout sorte de gibier que nous proposons à des prix intéressants'', explique à IPS, Aboulaye Sawadogo, l’un des cousins de Guéswindé.

                                                                  La chasse s’effectue de retour des travaux champêtres dans les plantations de café et cacao installées dans le fond du parc. ''La vente du gibier se fait généralement aux restaurateurs sur commande et autres voyageurs'', souligne Sawadogo.Interrogée par IPS, Carole Adjoua, une restauratrice au maquis 'Au carrefour du bonheur' à Bouaflé, a déclaré : ''La viande de chimpanzé est très rare, mais nous faisons l’effort d’en offrir un par semaine, à savoir le samedi. Pour ce qui est des autres comme les biches, les signes, les agoutis, nous en avons quotidiennement et en permanence''.Mais, il existe plusieurs autres restaurateurs qui ont recours aux chimpanzés à Bouaflé, comme à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne, qui est une ville proche de la zone forestière.

                                                                  A Abidjan, la capitale économique, le restaurant le plus connu pour proposer la viande de brousse de toutes sortes, c'est le maquis "Le Zoo, chez Félix", où on trouve une trentaine d'espèces animales, dont le chimpanzé. "Tous les jours à 17 heures, nous proposons de la viande de brousse, même le chimpanzé si vous en voulez. Nous en avons chaque jour", a expliqué à IPS, Félix Boussin, le propriétaire.

                                                                  Arrivé en 2000 dans la région de Bouaflé, une ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Guéswindé s’est progressivement installé dans le Parc de la Marahoué, aux côtés d’autres populations. ''Depuis 2003, j’ai déplacé ma famille de huit membres ici pour fuir un peu les exactions (dues à la crise politique déclenchée depuis le 19 septembre 2002). Vous constatez, vous-même, que nous avons des habitations en ces lieux et chacun gagne bien sa vie'', indique-t-il. Ils résidaient auparavant dans le village de Garango (à environ 15 km de Bouaflé).La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis près de sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. A la suite de plusieurs accords de paix signés entre les belligérants de la crise, ce pays d’Afrique de l’ouest devrait élire un nouveau président vers la fin de cette année.Créé en 1968, le Parc national de la Marahoué, d’une superficie de 101.000 hectares, a subi ces dernières années les affres de la crise politique, en raison d’une infiltration massive de populations paysannes se disant persécutées dans des villages de la région. Ces gens y ont installé des habitations avant de s’adonner à la chasse pour, soutiennent-ils, ''survivre''.Selon l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), la déforestation, due à l’infiltration a causé d’énormes dommages dans le parc qui a perdu 93 pour cent de sa surface entre 2002 et 2008. Conséquences : la chute drastique du nombre de chimpanzés, qui est passé de 900 à 50 primates.''La déforestation, la chasse, l’exploitation du sol, ou encore la recherche de minerais…dans les parcs et réserves, constituent véritablement les maux de l’existence des chimpanzés dans notre pays'', affirme à IPS, Mathieu Wadja, président de l’organisation non gouvernementale (ONG) SOS Forêt, basée à Abidjan.

                                                                  Pour Wadja, ''Les activités humaines se sont trop intensifiées dans ces aires dites protégées ces dernières années. Et s’il y a destruction de l’habitat et la chasse, il est évident que nous n’ayons plus un nombre important de ces primates qui ont besoin d’espace pour se reproduire'', souligne-t-il, amer.

                                                                  Responsable de la communication à la Société des forêts (SODEFOR), une structure étatique de gestion des forêts, Patrice Gnadja reconnaît que la situation est alarmante. ''Tous les parcs et réserves du pays sont dangereusement infiltrés et cela est d’autant plus préoccupant qu’un grave danger plane sur toute la faune et la flore''.Il y a cinq ans, les forestiers avaient engagé des actions fortes avec le déguerpissement et l’emprisonnement des squatters du parc. Malheureusement, cela n’a pas fonctionné puisque les populations infiltraient toujours ces espaces protégés, entraînant parfois des affrontements avec les forestiers. Désormais, c’est la sensibilisation, avec parfois des pièces de théâtre sur la protection de la faune et de la flore, jouées dans ces villages installés dans les forêts.

                                                                  Selon des études récentes menées par la Fondation pour la défense des chimpanzés (WCF), une ONG basée à Genève, en 20 ans, 90 pour cent des chimpanzés de Côte d'Ivoire ont disparu. Seulement près de 5.500 primates ont été identifiés ces dernières années dans le pays.Pour réhabiliter l'habitat des chimpanzés et les sauvegarder dans un des parcs du pays, notamment celui de Taï (extrême ouest) où la fondation WCF est active depuis de nombreuses années, une convention a été signée le mois dernier avec la coopération française portant sur un montant de 262 millions de FCFA (environ 524.000 dollars) pour le renforcement des activités de reboisement, des étangs, des microprojets au profit des populations riveraines.''C’est déjà un pas important de franchi pour ce parc'', estime Séraphin Kouamé Bi, ancien gardien du Parc de la Marahoué, à la retraite. ''Maintenant, il faut espérer que cette action ne va pas se limiter qu’à Taï. La sonnette d’alarme a été tirée pour tous les espaces dits protégés, alors, ils ont tous besoin de ce genre d’initiative pour survivre''.Kouamé Bi indique, en outre, qu’il faudrait écouter très souvent les populations vivant de plus en plus proches et à l’intérieur des parcs et réserves, et qui ont été sensibilisées au reboisement ainsi qu’à la protection de la flore et de la faune.

                                                                  ''Nous savons que s’il n’y a plus d’espace pour les chimpanzés, il n’y en aura pas pour nous à l’avenir'', avoue Guéswindé à IPS. ''Le reboisement n’est pas très souvent le fort des hommes. Or, il nous a été dit que cet animal pouvait le faire à notre place. Alors le protéger est bénéfique sur les plans'', admet-il.

                                                                  En effet, lors des séances de sensibilisation, les ONG et les forestiers recommandent aux populations de protéger les chimpanzés parce que ces animaux participeraient à la régénération des arbres grâces à leurs crottes.''Mais en même temps, il faut qu’on nous trouve quelque chose de productif à faire à des endroits déterminés, sinon les incursions dans les parcs ne sont pas près de s’arrêter. Il y va aussi de notre survie'', ajoute-t-il.(*Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS – Inter Press Service et IFEJ – Fédération internationale des journalistes environnementalistes, pour l’Alliance des communicateurs pour un développement durable).

                                                                  Leave a comment

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                                                                  COTE D’IVOIRE: Un chronogramme électoral défini, mais le terrain est-il totalement balisé?

                                                                    By Fulgence Zamblé

                                                                    ABIDJAN, 20 mai (IPS) – Les principaux protagonistes de la crise ivoirienne ont convenu lundi à Ouagadougou (capitale du Burkina Faso) d’achever le recensement électoral en Côte d’Ivoire le 30 juin prochain et de publier en septembre les listes en vue du premier tour de la présidentielle annoncée pour le 29 novembre.

                                                                    Selon le communiqué final d’une rencontre dénommée Cadre permanent de concertation (CPC) et supervisée par le médiateur, le président burkinabé, Blaise Compaoré, les cartes d’électeurs et les cartes d’identité devront être disponibles au plus tard début novembre afin de permettre de lancer la campagne électorale deux semaines plus tard.

                                                                    En outre, la passation de service entre les préfets et les chefs de guerre de l’ex-rébellion, prévue initialement ce mercredi, a été reportée au 26 mai prochain à cause d'un voyage à l'étranger du Premier ministre Guillaume Soro. Cette passation de service devrait aboutir à la restauration définitive de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, toujours selon la réunion de Ouagadougou.

                                                                    De son côté, la Commission électorale indépendante (CEI), chargée de l’organisation des élections, a assuré avoir passé la commande du matériel électoral.

                                                                    "Tous ces délais sont dans les normes et même largement. Les partis politiques auront le temps de recevoir les listes électorales pour apporter leurs observations et la campagne électorale tiendra sur les deux semaines avant le scrutin", explique à IPS, Mathurin Kobenan, un juriste basé à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

                                                                    Peu avant sa participation à ce CPC, regroupant les principaux acteurs de la crise ivoirienne autour du président Compaoré, le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo avait affirmé que son pays était bien sur la voie de la fin définitive de crise.

                                                                    Il avançait comme preuve, l’avancée du processus d’identification qui est à sa dernière phase de rattrapage après l’enrôlement de six millions d’électeurs – 70 pour cent des électeurs attendus, selon la CEI. Il y avait également le dossier du redéploiement de l’armée en cours sur toute l’étendue du territoire pour superviser le scrutin.

                                                                    "Le 29 novembre n’est pas une date fétiche. Elle est sûre car la réunification du pays n’est pas loin. L’organisation des élections n’est plus une question politique, mais matérielle", avait déclaré Gbagbo.

                                                                    Léon M’Bra, président de l’ONG Forum des jeunes pour la démocratie en Afrique, basée à Abidjan, estime que "le chronogramme défini est très clair et objectif pour tous les observateurs en général et les Ivoiriens en particulier qui attendaient depuis longtemps pour croire quelque peu à la tenue des élections".

                                                                    "Désormais, plus personne ne devrait douter. Près de sept ans de ni paix ni guerre. Il fallait en finir avec la situation qui n’a que trop duré", dit-il à IPS, invitant les politiques à envisager déjà les actions à mener pour que le scrutin se déroule sans incident.

                                                                    Pour sa part, après avoir mené durant quelques jours une grève de la faim à la fin mars et début avril pour exiger un calendrier des élections, Serges Essoh, président du Mouvement de la jeunesse citoyenne de Côte d’Ivoire, une ONG basée à Abidjan, souligne "qu’un pas important vient d’être franchi vers la fin de la souffrance des populations vivant dans le pays. Maintenant, il faut transformer l’essai".

                                                                    "Il y a des signes qui donnent à croire cette fois. Entre le mois de mars et celui de mai, la suspicion fait place petit à petit à la confiance, et nous croyons qu’il n’y a plus de part et d’autre une volonté d’enrayer la machine du processus", confie à IPS, Maurice Zagol, un politologue ivoirien.

                                                                    Toutefois, il estime qu'"étant donné que nous avons été habitués, depuis le début de la crise, à des revirements de situation, il faut rester encore prudent". Selon Zagol, le désarmement des ex-combattants et des milices reste encore l’étape cruciale dans le processus menant aux élections.

                                                                    "Il ne sera pas possible de tenir les élections pendant que les armes continueront de circuler illégalement. Personne n’acceptera de voter avec un pistolet sous la tempe", souligne Zagol, au moment où le désarmement des milices du sud, qui devaient débuter lundi, se heurte de nouveau à un refus de certaines d’entre elles.

                                                                    Ces milices, qui ne se sont pas présentées pour le désarmement, n’ont encore avancé la moindre raison de leur attitude. Mais le Centre de commandement intégré – une structure mixe de l’armée régulière et des Forces nouvelles (ex-rebelles) – se dit assuré qu’elles viendront désarmer tôt ou tard.

                                                                    Enseignante du primaire à Abidjan, Sévérine Oula estime, pour sa part, que "le chef de l’Etat a assuré que le désarmement de tous les combattants prendra fin à deux mois des élections et qu’en dépit des soucis financiers, le processus électoral ira à terme. Il faut s’en tenir à cela et à la détermination des différents acteurs". Elle ajoute à IPS : "Il ne faut plus s’attarder sur les difficultés. Le bout du tunnel étant proche, ce sont les solutions qui importent désormais".

                                                                    Sébastien Agnissan, un employé de banque, est moins convaincu et rappelle que la question du désarmement des milices reste "un serpent de mer pour les autorités ivoiriennes depuis trois ans. On ne peut donc pas s’en débarrasser aussi facilement en soutenant qu’il ne faut pas en faire un problème. Il est même très sérieux". Pour lui, "C’est incompréhensible que tous les sujets aient été abordés lors de cette réunion de Ouagadougou sans qu’un calendrier précis soit défini pour le désarmement".

                                                                    La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour luter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. En sept années de crise, une date pour la tenue des élections a été arrêtée deux fois sans jamais pouvoir se tenir. Le 29 novembre prochain sera-t-elle enfin la bonne?

                                                                    Leave a comment

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                                                                    COTE D’IVOIRE: "Après l’admission au PPTE, le plus dur commence pour le pays"

                                                                      By Fulgence Zamblé

                                                                      ABIDJAN, 2 avr (IPS) – Le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, a pris l’engagement de "veiller à la gestion rigoureuse des fonds de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE)", à laquelle son pays a été admis la semaine dernière. C’est un prêt préférentiel de 565 millions de dollars sur trois ans.

                                                                      "Le premier défi que nous avons à relever avec cet appui financier, est celui de sa bonne utilisation. C’est une question de responsabilité et je veillerai que cela se fasse dans la rigueur et la transparence. J’y attache du prix", a déclaré Gbagbo, mardi à la télévision nationale, à la suite de l’accord de financement annoncé par le Fonds monétaire international (FMI)."Ce prêt a pour objectif de s’attaquer frontalement aux problèmes de la pauvreté, de commencer à y trouver des solutions, d’accélérer la croissance et d’améliorer donc le bien-être des Ivoiriens", a expliqué à la presse, le représentant du FMI à Abidjan, Philippe Egoumé, au sortir d’une audience avec le président Gbagbo. Et pour commencer, indique-t-il, le pays va bénéficier d’un premier décaissent d’environ 241 millions de dollars.La société civile ivoirienne approuve l’engagement du chef de l’Etat, mais affirme que cela ne l’empêche pas d’appeler les autorités de ce pays d’Afrique de l’ouest à "tout mettre en œuvre pour que ce programme profite réellement aux populations en souffrance depuis près d’une décennie"."Si nous sommes restés longtemps un pays à revenu intermédiaire, c’est que les ressources nationales étaient mal gérées", affirme à IPS, Drissa Traoré, président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "Maintenant que nous allons bénéficier de gains substantiels, il faut qu’ils soient utilisés de façon rigoureuse et rationnelle pour changer qualitativement le quotidien des Ivoiriens", ajoute-il.Pour Patrick N’Gouan, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO), une ONG basée à Abidjan, "Nous souhaitons même surveiller les fonds que va générer l’admission au programme. Il importe que les bénéfices intermédiaires aient un impact significatif sur les populations car nous ne voulons pas de gaspillage".De son côté, Rosalie Touré, de l’Association des femmes du vivier (AFV), une ONG basée à Abidjan, plaide pour une prise en compte considérable des activités du monde rural. "Ce bol d’air doit surtout servir à financer des projets de développement en milieu rural où des milliers de femmes se battent pour échapper à la pauvreté", dit-elle à IPS.Cependant, si la société civile présente l’initiative PPTE comme le principal remède à la pauvreté en Côte d’Ivoire, ce n’est pas le cas du président du Mouvement pour la renaissance ivoirienne (MIRE), un petit parti politique ivoirien."Il faut mettre à la retraite tous ceux qui croient à l'initiative PPTE. C’est un leurre", a lancé Gnamien Konan, la semaine dernière à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne. "Pour sortir de la pauvreté, nous disons que la seule alternative est de recommander aux jeunes en chômage de prendre des risquer en prenant des initiatives", a soutenu le président du MIRE."De toutes les façons, c’est un pas très important qui a été franchi (par la Côte d’Ivoire) en étant admise à l’Initiative PPTE, mais le plus dur commence pour les Ivoiriens", estime Martinien Gadou, un économiste ivoirien. "Il y a le point de décision à atteindre, mais il faudra maintenir un climat social et politique paisible durant toute cette période, ce qui n’est pas évident", dit-il à IPS.Selon Gadou, "Si le peuple n’est pas informé du fait qu’il ne s’agit pas de moyens financiers pour augmenter les salaires des travailleurs, nous risquons de faire face à une fronde sociale inutile".Quant au gouvernement, "il devra faire preuve de rigueur dans la gestion des ressources nationales, surtout au niveau des secteurs de l’agriculture, des mines et de l’énergie", souligne Gadou. "La mise en œuvre des réformes est importante pour accélérer la croissance économique et accroître le bien-être de la population compte tenu notamment de la vulnérabilité du pays aux risques exogènes et de sa dépendance à l’égard des ressources extérieures", explique-t-il.Mardi, à la suite du FMI, le 27 mars, la Banque mondiale a approuvé le prêt préférentiel de 565 millions de dollars à la Côte d’Ivoire dans le cadre du programme PPTE, afin que ce pays puisse faire face à une pauvreté croissante aggravée par une guerre civile de plusieurs années.

                                                                      Mais en retour, indique la Banque mondiale, le gouvernement ivoirien doit présenter des gages de bonne gouvernance et de transparence en soumettant à ces institutions financières des rapports réguliers sur la gestion des fonds, mais aussi sur les recettes et dépenses relatives à la production du pétrole, du cacao et du café notamment.

                                                                      Avant de bénéficier de ce prêt, la Côte d’Ivoire a dû finaliser, avant la fin de décembre 2008, un Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) dans lequel elle s’est engagée à réduire le taux de pauvreté de 30 pour cent d’ici à 2015. Et sa mise œuvre devrait coûter 35,29 milliards de dollars, soit 5,06 milliards de dollars par an.

                                                                      Selon les résultats d’une enquête sur le niveau et les conditions de vie des ménages, conduite en 2008 par l’Institut national de la statistique, et publiés en novembre dernier, près de la moitié (48,94 pour cent) de la population ivoirienne vit sous le seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Ce qui avait pour conséquence un difficile accès des populations aux services sociaux de base.Par exemple, 12 pour cent des Ivoiriens n’ont pas accès à un centre de santé, 52 pour cent déclarent consulter en premier lieu un praticien traditionnel en cas de maladie parce qu’ils sont pauvres. Et 34 pour cent des enfants issus des ménages pauvres n’ont pas accès à l’école maternelle et primaire.Selon des analystes, la Côte d’Ivoire ne devrait donc pas atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui sont de réduire de moitié, d’ici à 2015, l’extrême pauvreté et la faim, de réduire de trois quarts la mortalité maternelle, et de deux tiers la mortalité infantile.La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire.

                                                                      Après la signature d’un accord de paix signé en mars 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), les observateurs de la crise et les populations ivoiriennes s’attendaient à l’organisation rapide d’élections dans le pays. Malheureusement, l’attente continue d’être longue et l’incertitude plus grande.

                                                                      Leave a comment

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                                                                      Home » Afrique, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

                                                                      COTE D’IVOIRE: Relever le défi de l’autosuffisance alimentaire en riz d’ici à 2012

                                                                        By Fulgence Zamblé

                                                                        KAHIOUE, Côte d’Ivoire, 21 fév (IPS) – Depuis trois mois, les travaux champêtres se sont accélérés dans les bas-fonds de Kahioué, dans le département de Lakota (sud-ouest de la Côte d’Ivoire). Sur les 200 hectares de terres disponibles, les paysans de la localité ont décidé d’ensemencer plus de la moitié en riz.

                                                                        "Notre objectif est de réaliser, à partir de cette année, le double de notre production qui tournait généralement autour de 600 tonnes", déclare Lucien Tapé, un planteur. "Notre région n’est pas grande productrice de riz, mais nous savons qu’il y a désormais une urgence à produire plus pour éviter qu’il en manque", explique-t-il à IPS.

                                                                        "En outre, le riz se commercialise très facilement à bon coût. Cela peut nous permettre de nous procurer des ressources", ajoute Tapé.Pour sa part, disposant par le passé de trois bas-fonds de deux hectares chacun, Mathurin Goudalé a pu se procurer récemment deux autres de trois hectares chacun. Les autres sont une trentaine de paysans à exploiter individuellement entre trois et six hectares de bas-fonds."L’objectif de notre localité (Kahioué) est d’exploiter la totalité des 200 hectares de bas-fonds d’ici à la fin de ce mois de février. Si nous parvenons à produire suffisamment pour nous, nous aurons fait un pas important vers l’autosuffisance", confie-t-il à IPS.Chaque matin, Sylvain Assandé, un technicien agricole basé à Lakota, effectue une tournée, selon une programmation de trois bas-fonds bas par jour. "L’appel du gouvernement n’est pas tombé dans les oreilles de sourds. Depuis la mise en place du programme d’urgence soutenu par un financement, les producteurs de riz sont devenus plus dévoués", indique-t-il à IPS."Aujourd’hui, ils ne veulent plus produire du riz pour leur seule consommation. Pour eux, la production doit suffire à une bonne frange de la population de la région et au-delà pendant plusieurs mois. C’est un défi qu’ils veulent relever", souligne Assandé.En effet, le gouvernement ivoirien a mis en œuvre en juillet 2008, un programme d’urgence pour la réalisation de nouvelles stratégies de développement durable de la filière riz. Ce programme doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire du pays en riz d’ici à 2012 et permettre de constituer des stocks à partir de 2017.Le gouvernement a prévu, pour la réalisation de cet objectif, d’injecter environ 18 milliards de francs CFA (environ 36 millions de dollars) afin d’accroître la production de riz qui devra passer de 700.000 tonnes à 900.000 tonnes par an. Ce programme devrait permettre également de créer quelque 6.000 nouveaux emplois et de réactiver environ 35.000 bas-fonds de riz dans ce pays d’Afrique de l’ouest."Nous avons besoin d’au moins 205.000 tonnes de riz de plus par an", affirme Béhinan Guédé, directeur général de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), une structure étatique.

                                                                        Selon Guédé, "le pays doit arriver, d'ici trois ans, à une augmentation de la production de 20 à 25 pour cent. En 2009, nous devons rattraper 20 pour cent, consolider cela en 2010, et en 2011 avoir 70 pour cent de la production nationale qui couvre nos besoins".

                                                                        "Il était important d’envisager un tel programme dans toutes les régions du pays pour éviter une crise alimentaire. Mais c’est dommage que le gouvernement n’y ait pas pensé cinq ans plus tôt, d’autant plus qu’il disposait de biens meilleurs moyens financiers avant la crise que connaît le pays", explique Martinien Gadou, un analyste économique résidant à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.Selon Gadou, "l’importation avait un impact important sur les finances de l’Etat pour 150 milliards FCFA (environ 300 millions de dollars) de dépenses annuelles. Et la répercussion des taxes était immédiate pour les populations. C’est donc normal que cela provoque régulièrement une hausse du prix du kilo de riz et des protestations de la part des consommateurs".

                                                                        En avril 2008, le pays avait été touché par le phénomène de la flambée des prix, ce qui avait provoqué des manifestations de rues. Le gouvernement avait alors dû prendre des mesures de prévention, notamment la suppression de taxes sur les produits de consommation, comme le riz, la farine de blé, le lait, jusqu’en décembre.Cette décision avait permis de stabiliser les prix de ces produits sur le marché, selon des analystes. Mais sa non-reconduction, jusqu’au début de février 2009, a conduit les importateurs de riz à envisager une hausse des prix. Ainsi, le kilogramme du riz populaire "Denikacha" devait passer de 325 et 450 FCFA (un peu moins d’un dollar), et le sac de riz de 50 kg du riz de grande consommation de 13.000 à 20.000 FCFA (de 26 à 40 dollars environ).Mais dans la foulée, le gouvernement est parvenu à contrer ce projet en décidant, le 11 février, de prolonger la suspension des droits de douane à l’importation du riz jusqu’au 31 mars prochain. En conséquence, les prix du kilogramme de riz ne changent pas. Ainsi, en tardant à prolonger la suppression des droits de douane, l’Etat a pu enregistrer des recettes dans ses caisses entre le 1er janvier et le 10 février.

                                                                        "Cette réaction (des commerçants) était prévisible pour le gouvernement", estime Gadou. "En fait, la suppression des droits de douane pèse fortement dans la balance des recettes douanières à tel point que l’Etat a semblé ne pas vouloir alerter les importateurs à l’expiration du délai, le 31 décembre dernier".Le retard du renouvellement de la mesure "se justifie par la volonté des autorités ivoiriennes de vouloir bénéficier de l’initiative pour les pays pauvres très endettés, le 31 mars prochain. Il était donc question d’ajuster les finances dans plusieurs secteurs d’activités en s’appuyant d’autres. C’est en cela que le programme d’autosuffisance en riz est salutaire car à l’avenir, il va éviter cette situation", explique Gadou.

                                                                        La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de six ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du pays.

                                                                        En quête d’une paix définitive par la voie des élections, les acteurs de la crise se sont retrouvés en début de semaine chez le médiateur à Ouagadougou, au Burkina Faso. La Commission électorale indépendante, chargée d’organiser les élections en Côte d’Ivoire, y a été invitée à fixer une "période indicative" pour la tenue de la présidentielle prévue cette année.

                                                                        Leave a comment

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                                                                        COTE D’IVOIRE: La culture cotonnière ne motive plus malgré de nouvelles mesures

                                                                          By Fulgence Zamblé

                                                                          MBENGUE, Côte d’Ivoire, 16 jan (IPS) – Le jour où Dokatiené Soro, 46 ans a rangé sa charrue et mis en vente ses bœufs et ses engrais, il venait d’abandonner la culture du coton malgré lui. Quatre ans après, ce paysan de M’Bengué, dans le nord de la Côte d’Ivoire, n’a pas changé d’avis. "Je ne suis toujours pas motivé à revenir au coton", affirme-t-il à IPS.

                                                                          Père de cinq enfants, Soro avait hérité de ses parents décédés il y a 15 ans, une vingtaine d’hectares de terres pour faire du coton. "C’était une fierté pour mon père d’être chaque année le meilleur cultivateur de coton de la région avec une production de dix tonnes par campagne et un revenu annuel de deux millions de francs CFA (environ 4.000 dollars)", se souvient-t-il.

                                                                          "Aujourd’hui, cette culture a perdu de sa valeur et elle ne nous rapporte rien", souligne-t-il. Déçu, après la chute du prix d’achat en 2004, de 200 à 150 FCFA le kilogramme (de 0,4 à 0,3 dollar), Soro a décidé de se consacrer à la culture vivrière et à d’autres cultures commerciales rentables, comme la noix de cajou.

                                                                          De son côté, à quelques mètres du domicile familial, Torna Coulibaly, 44 ans, met de l’ordre dans son matériel avant de prendre la direction des champs. "Je vais chercher du maïs et du mil. Cette année, ma récolte a été bonne et je vais écouler la moitié sur le marché", dit-il à IPS. A l’évocation du coton, il soupire un instant et répond : "C’était comme une identité pour nous, mais nous sommes en passe de la perdre".Selon Coulibaly, depuis le déclenchement de la crise politico-militaire dans ce pays d’Afrique de l’ouest en 2002 et le différend qui a opposé les producteurs aux entreprises cotonnières vers la fin de l’année 2006 pour le paiement des arriérés dus aux planteurs, beaucoup de choses ont changé dans les esprits."Pour certains d’entre nous, cette crise est restée comme quelque chose qui a marqué l’arrêt de mort du coton", soutient Coulibaly. "Nous avons été humiliés et personne ne voulait revivre cette situation parce que nous savions que le contexte de crise allait durer", ajoute-t-il.Responsable d’une des Organisations professionnelles agricoles de la région, Seydou Sékongo explique que "ces dernières années, il nous fallait re-motiver les paysans. Les productions de coton ont connu une baisse parce que de nombreux planteurs se sont détournés de la culture; le prix d’achat du produit est resté bas et les taxes appliquées par les Forces nouvelles (ex-rébellion) sont très élevées". En plus, les producteurs ont manqué d’encadrement et de financement adéquats.Comme résultat, indiquent des professionnels de la filière, la production de coton est passée de 267.000 tonnes en 2005-2006 à 145.000 tonnes en 2006-2007, soit une baisse de plus de 45 pour cent. "Nous aurons encore moins pour la campagne 2007-2008. Et si rien n’était fait dans l’urgence, nous aurons une disparition programmée du coton au nord", souligne Sékongo à IPS. C'est la principale culture d'exportation de cette région du pays.

                                                                          En décembre dernier, au cours d’une conférence de lancement de la campagne cotonnière, les ex-rebelles qui occupent cette partie du territoire, ont annoncé un certain nombre de mesures pour relancer la culture.Ces mesures concernent notamment la baisse des taxes sur le transport du coton. Pour l’envoi des récoltes vers les usines d’égrenage, les transporteurs ont été invités à payer un forfait de 30.000 FCFA (environ 60 dollars) par mois au lieu de 50.000 FCFA (environ 100 dollars) par voyage. Pour leur part, les camions d’évacuation du coton graine vers les ports du pays ont vu la taxe baissée de moitié, puisqu’ils doivent payer désormais 65.000 FCFA (130 dollars) par voyage au lieu de 130.000 FCFA (260 dollars).En outre, pour soutenir ces décisions, le prix d’achat au producteur passe à 185 FCFA (0,37 dollar) le kilogramme contre 150 FCFA (de 0,3 dollar), soit une hausse de 23,3 pour cent environ.

                                                                          "Ce sont des mesures qui, nous l’estimons, vont permettre à nos parents de retrouver un brin de sourire et savoir que l’espoir n’est pas totalement perdu", avait indiqué à cette occasion Alphonse Soro, président du comité de suivi de la filière coton et anacarde dans les zones ex-rebelles."Depuis l’annonce de cette décision, nous sommes soulagés", déclare à IPS, Ousmane Dembélé, un transporteur basé à Korhogo, la ville chef-lieu de la région. "Nous pensons que nos collègues qui avaient décidé de mettre un terme à leurs activités en raison des tracasseries et des fortes taxes, vont songer à revenir (au coton)".Si ces mesures sont bien accueillies par ce groupe d’acteurs de la filière cotonnière, les producteurs, eux, restent toutefois mesurés dans leurs appréciations. "C’est encore peu. Nous étions à 200 FCFA avant la crise et en passe de connaître une hausse du prix. En fixant le prix à 185 FCFA et en maintenant encore des taxes, je ne vois pas ce qui nous arrange réellement", soutient Coulibaly, l’un des paysans ayant abandonné la culture du coton.Son compagnon Dokatiené Soro déclare à IPS : "De toutes les façons, il faudra attendre la prochaine saison pour savoir s’il faut revenir ou pas. Si tout se passe bien et que les camarades perçoivent sans difficulté leur argent, ainsi que des intrants à moindre coût, les choses peuvent changer en ce qui me concerne".Economiste basé dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, Firmin Akoto croit que dans un premier temps, les nouvelles mesures vont permettre d’éviter la sortie du coton du territoire pour les pays voisins. "C’est déjà une première urgence à laquelle il fallait faire face. Ecouler près de 100.000 tonnes hors du territoire constituait un manque à gagner considérable", explique-t-il à IPS.Concernant les réticences à la relance de la culture cotonnière, Akoto affirme "qu’il fallait s’y attendre. Les conséquences (du déclin du coton) ont été immédiates pour une population qui devrait survivre. Maintenant, tout un mécanisme doit être mis en place afin que les cotonculteurs soient rassurés et refassent confiance aux entreprises"."La tâche sera délicate, elle ne se fera pas sur une année en prenant des mesures pour amadouer les producteurs. Mais c’est un travail de longue haleine. Au bout, il faudra rétablir la chaîne de la confiance rompue", ajoute Akoto.La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de six ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée de cette partie du territoire. Des élections prévues en novembre dernier n’ont pu avoir lieu pour sortir le pays de la crise. Une nouvelle date devrait être trouvée dans les prochaines semaines, selon des analystes.

                                                                          Leave a comment

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                                                                          COTE D’IVOIRE-MEDIAS: Dernier sursis pour les journaux "hors la loi"

                                                                            ABIDJAN, 7 juillet (IPS) – (InfoSud) – A six mois des élections générales qui devraient parachever le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire, le Conseil national de la presse (CNP) a décidé de traquer les journaux illégalement constitués. Après une brève suspension de ces titres et d’âpres négociations avec les éditeurs, le CNP a donné 45 jours aux mauvais élèves pour se mettre en règle.

                                                                            Branle-bas de combat général dans les rangs des journaux privés ivoiriens illégalement créés. Le 2 juin dernier, le Conseil national de la presse (CNP), l’organe public de régulation, les a d’abord interdits de parution avant de leur accorder, après d’âpres négociations avec les éditeurs, un moratoire de 45 jours à compter du 11 juin. Sans attendre la date fatidique du 26 juillet prochain, une vingtaine d'entre eux ont déjà en partie régularisé leur situation en se conformant à quelques-unes des dispositions de la loi sur la presse.

                                                                            Selon ce texte, voté en 2004 par le Parlement ivoirien, pour créer un organe de presse, il faut au préalable avoir une entreprise dotée d’un capital minimum de 5 millions de Fcfa (7.622 euros), s’engager à déclarer dans un délai de six mois les employés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), payer les journalistes sur la base de la Convention collective, etc. "Nous avons déjà versé les 5 millions et d’ici quelques jours nous remettrons à nos agents leur numéro de déclaration à la CNPS", assure Coulibaly Sounkalo, gérant du quotidien Le Patriote. Même situation à l’hebdomadaire Notre Vision car "on ne veut plus être suspendu ; c’est dur à supporter", affirme Serge Wahi, son secrétaire de rédaction.

                                                                            Assainir le secteur

                                                                            Jusqu’au 2 juin 2008, 32 journaux sur les 73 du pays n’étaient pas en règle, selon le CNP. Parmi eux, figurent Le Patriote, Abidjan Planète, Notre Vision, Sport et culture, Le National Plus, etc., qui continuent de fonctionner sur la base de la loi abrogée du 31 décembre 1991. D'après ce texte, il suffisait pour créer un journal d'adresser une simple demande d’autorisation au procureur de la République. Les stations de radio, dont l’installation est autorisée par le Conseil national de la communication audiovisuelle, sont, elles, soumises à des conditions plus rigoureuses.

                                                                            À la faveur de l’ancien texte, les journaux privés, suscités ou non par des hommes politiques, animés par des non-professionnels, s’étaient multipliés dans le pays. Férus de propagande politique et spécialistes des incitations à la haine et à la xénophobie, certains ont contribué à exacerber les tensions socio-politiques, qui ont débouché en septembre 2002 sur la partition du pays en deux, après le coup d’État manqué des Forces nouvelles, ex-rebelles.

                                                                            Sans grande assise financière, ils ne payaient guère leurs employés. Et pourtant, la Convention collective, adoptée depuis 1979 et actuellement révisée, fixe le salaire mensuel minimum du journaliste stagiaire à 180.000 Fcfa (274 euros) et celui du journaliste confirmé à 215.000 Fcfa (environ 328 euros), l’objectif étant de mettre les professionnels davantage à l’abri du besoin et des risques de corruption, source de violations répétées de la déontologie.

                                                                            Pour contribuer à l’assainissement du secteur des médias, le Parlement ivoirien avait voté, il y a près de quatre ans, une nouvelle loi. "Le Conseil s’est donné le temps pour informer les organes de presse sur le contenu de la loi et la nécessité pour eux de s’y conformer. Après trois ans et demi de sensibilisation, le temps est arrivé de réprimer", justifie Eugène Dié Kakou, président du CNP.

                                                                            Une mesure préventive

                                                                            À quelques jours de l’échéance du 2 juin, le CNP a transmis la liste des titres identifiés au procureur de la République qui, à son tour, a averti les imprimeurs et Edipresse, la société de diffusion. Le lendemain et pendant une semaine, les journaux incriminés ont été absents des kiosques.

                                                                            En fait, commente-t-on au sein de la profession des journalistes, si le CNP se montre à présent plus ferme, c’est aussi "pour limiter les dérives et éviter que des titres se créent juste dans le cadre des élections générales du 30 novembre prochain". Ce qui pourrait mettre en difficulté le processus de sortie de crise en cours, la plupart des organes existants étant par ailleurs toujours contrôlés par les partis politiques.

                                                                            Ainsi, Denis Kah Zion, président du Groupement des éditeurs de Côte d’Ivoire (Gepci), estime que la conformité à la loi présente de nombreux avantages d’autant que seuls les organes en règle bénéficieront de la subvention que l’État s’apprête à accorder aux médias pour la couverture des élections. "Nous n’irons pas de moratoire en moratoire", prévient-il. Si au bout de cette échéance, un journal n’est pas en règle, le Gepci ne négociera plus pour lui". (FIN/IPS/INFOSUD/2008)

                                                                            Leave a comment

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                                                                            Home » Afrique, Developpement, Environnement, Headlines, Internationale, Santé »

                                                                            COTE D’IVOIRE-INTEMPERIES: Après la guerre, le déluge

                                                                              BOUNDIALI (nord), 1er novembre (IPS) – (InfoSud-Syfia) – Les pluies diluviennes qui se sont abattues ces derniers mois sur plusieurs États africains n’ont pas épargné la Côte d’Ivoire. Au nord du pays, dans les anciennes zones rebelles, la désorganisation est telle qu’un bilan des victimes ou une estimation des dégâts matériels sont quasi impossible, tout comme l’organisation des secours.

                                                                              Les populations du Nord de la Côte d’Ivoire redoutent encore le retour des pluies diluviennes. Même si elles étaient moins intenses à la fin du mois d’octobre, rien ne semble annoncer leur arrêt définitif pour l’instant. Depuis le mois d’août, il pleut abondamment sur plusieurs régions du pays, dont la sous-préfecture de Boundiali, située à plus de 730 kilomètres au nord de la capitale économique Abidjan.

                                                                              Fin septembre, un véritable déluge s'est abattu sur le village de Mourlaye Silué. Sous une pluie battante, les habitants ont dû creuser des rigoles pour évacuer le trop-plein d’eau des sept hectares de riz repiqué. « Mon riz a été emporté et je ne peux plus faire grand-chose, car la période de repiquage (de juin à août, Ndlr) est passée », se plaint un homme de 35 ans. Il n'avait jamais vu pareille inondation. Dans son champ, l’eau lui arrivait jusqu’aux genoux.
                                                                              Plusieurs villages et villes du nord ivoirien – une région occupée depuis septembre 2002 par les Forces nouvelles (ex-rebelles) et en voie de réunification avec le Sud « loyaliste » – offrent les mêmes images de désolation. Partout, des ponts ont été détruits, des pistes rurales et des routes sont détrempées, des cases et des écoles ont été démolies, des champs sont gorgés d'eau. En l'absence de structures publiques, nul ne peut estimer les dégâts provoqués par les inondations ou proposer un bilan complet, même approximatif, du nombre de victimes.

                                                                              Le 24 septembre, dix personnes ont perdu la vie noyées à Korhogo, tandis qu’à Boundiali, une femme sur le point d'accoucher est décédée faute d'avoir pu arriver à temps au centre de soins en raison du mauvais état de la route. Le transport n’est pas facile dans cette zone où, pendant près de cinq ans, les belligérants ont été davantage préoccupés par la guerre que par le développement des infrastructures routières.

                                                                              Une vengeance divine

                                                                              Riziculteur à N’agadana, dans la sous-préfecture de M’bengué (nord), Zanaplé Coulibaly, la quarantaine et père de quinze enfants, a perdu une quinzaine d’hectares. « Cela fait près de dix ans que nous n’avions plus vu des crues du genre », dit-il d'un ton morne, en tirant à coups réguliers sur sa pipe. « Nous pensions que c’était fini et nous avions commencé à cultiver le riz dans les bas-fonds qui bordent le fleuve, mais c’était une erreur », explique-t-il.

                                                                              Pour Amidou Berthé, conseiller agricole, cela fait au moins vingt ans que pareil phénomène ne s’était plus produit. « Pendant la saison pluvieuse, nous enregistrions souvent entre 100 à 200 millimètres de pluie, selon les régions, mais depuis août, ce chiffre a considérablement augmenté », dit-il. De combien ? Difficile à dire, tant la confusion est grande. Du fait de la guerre, il n’existe plus aucun service de météorologie dans le pays. Avec le processus de paix, l’administration commence à peine à se redéployer dans le nord de la Côte d’Ivoire.

                                                                              Le manque de données fiables encourage les rumeurs les plus folles au sujet de la cause de ces inondations. « Pour la plupart de nos compatriotes, c’est la faute de la guerre qui a répandu le sang de tant d’Ivoiriens », explique un enseignant à la retraite, Madouplé Coulibaly. « Fâchés, les ancêtres et les génies seraient en train de venger ces morts en faisant tomber de très grosses pluies après les avoir délibérément retardées », ajoute-t-il. Les populations, en majorité analphabètes, ont beau entendre parler d’inondations similaires à Abidjan, ainsi que dans d’autres pays africains comme le Ghana, le Togo ou le Burkina-Faso, cela ne les empêche pas de se croire victimes d’une vengeance divine.

                                                                              La faute au déboisement

                                                                              « En fait, ces pluies sont les conséquences du déboisement accéléré opéré depuis le début de la crise politico-militaire, notamment par les ex-rebelles, qui ont exploité anarchiquement les forêts classées et en ont vendu le bois au Burkina-Faso, au Mali ou au Ghana », explique un technicien agricole qui ne souhaite pas être nommément cité. Depuis plusieurs années, des ONG comme le Programme de santé communautaire et de développement (PSCD) s’inquiètent d’ailleurs des conséquences du déboisement et encouragent les ménages à limiter leur consommation de bois de chauffe.

                                                                              Sans grands moyens, les organismes humanitaires locaux n’offrent presque aucune assistance aux sinistrés. « Pour bénéficier d'aide, il nous faudrait connaître avec plus de précisions l’effectif des victimes et les dégâts subis avant d’alerter les partenaires internationaux comme la FAO », explique Sylvain Fraissé, membre de l’ONG Action contre la faim. « Les prévisions des récoltes ne sont pas bonnes et nous redoutons une disette », ajoute Benoît Sina Soro de l’ONG Animation rurale de Korhogo.

                                                                              Du côté des centres de santé, on redoute une flambée de maladies. « On a relevé une augmentation du nombre de malades du palu », explique l’infirmier Ernest Kanga. Il se réjoui cependant qu’aucun cas de choléra n’ait encore été signalé. En attendant, chaque jour, les populations du nord ivoirien redoublent ses prières, suppliant ces gros nuages noirs qui s’amoncèlent de s’éloigner de leur région. (FIN/INFOSUD-SYFIA/IPS/2007) MDG1

                                                                              Leave a comment

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                                                                              Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Europe, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

                                                                              COTE D’IVOIRE: Forêts d’acacia et foyers améliorés au secours des mangroves

                                                                                By Fulgence Zamblé et Michée Boko

                                                                                ABIDJAN, 30 juil (IPS) – D’une superficie de 15.000 hectares au début des années 90, les mangroves autour de la lagune Ebrié, dans le sud du pays, ne couvraient plus que 5.000 hectares, en 2006, selon le ministère ivoirien de l’Environnement. Pourtant, une organisation non gouvernementale ivoirienne, SOS Forêts, a entrepris de sauver ces mangroves.

                                                                                Une mangrove est une forêt de palétuviers qui poussent dans la vase. C’est une formation végétale typique des zones côtières marécageuses des pays tropicaux. Celles autour de la lagune Ebrié, dans le sud de la Côte d’Ivoire, ont été presque entièrement dévastées par les populations riveraines, au regard des statistiques, ci-dessus mentionnées, fournies par les autorités ivoiriennes. ‘’La surexploitation de la mangrove d’Abidjan a entraîné la disparition de nombreuses espèces végétales et animales’’, reconnaît le ministre ivoirien de l’Environnement, des Eaux et Forêts, Daniel Ahizi Aka. Les crabes poilus et certaines espèces de poisson sont en voie de disparition, indique à IPS, Mathieu Egnankou, responsable de SOS Forêts. ‘’Avec l’agrandissement des villes, des villages ont été engloutis, mais les populations ont conservé l’habitude de faire la cuisine avec le bois’’, explique-t-il. C’est pour remédier à cet état des choses que l’ONG SOS Forêts, basée à Abidjan, exécute, depuis février 2006, un projet dénommé ‘’Restauration de la biodiversité et aménagement des zones côtières’’ qui entre en ce mois de juillet dans sa phase de généralisation après plus d’une année d’expérimentation. Le projet vise à planter cinq hectares d’acacia dans chaque village autour de la lagune afin d’offrir à ces populations une autre source d’énergie qui va les détourner de l’exploitation, voire de la destruction des mangroves. ‘’Nous avons choisi l’acacia parce que c’est une essence à croissance rapide. Les populations pourront donc exploiter le bois au bout de quelques mois pour satisfaire leurs besoins en bois de cuisson. La mangrove pourra ainsi se reconstituer, les espèces de poisson en voie de disparition pourront se reproduire et les crocodiles pourront revenir’’, affirme Egnankou, plein d’espoir. C’est la seule alternative qui s’offrait à SOS Forêts pour tenir loin de la mangrove les populations dont la mangrove était l’unique source d’approvisionnement en énergie. A titre d’exemple, cinq hectares d’acacia ont été plantés dans le village d’Abatta, dans le sud du pays, et les populations ont déjà commencé par jouir des fruits de ce projet comme IPS a pu le constater sur place. Dans un bosquet, une dizaine de jeunes garçons et jeunes filles s’activent à ramasser du bois mort. L’un d’eux explique aux journalistes conduits par SOS Forêts sur le terrain qu’ils ont eu cette plantation grâce au projet, mais qu’ils n’avaient l’autorisation que de ramasser pour l’instant du bois mort. ‘’Il nous est formellement interdit de déraciner ou de couper un arbre. Chaque famille du village vient se procurer ici du bois pour la semaine, c’est maintenant notre seule source d’énergie’’, dit-il. Au départ du projet, les habitants du village n’approuvaient pas l’idée parce qu’ils pensaient que cela allait les priver de leur seule source d’approvisionnement en bois. ‘’Mais au fur et à mesure que le projet évoluait, nous nous sommes rendus compte qu’il était important pour nous-mêmes, et pour l’avenir de nos enfants, de participer au projet en vue de contribuer à la protection de l’environnement’’, confie à IPS, Charles Agba, membre du comité de pilotage du projet dans la localité d’Abatta. L’autre volet du projet consiste à faire adopter aux populations l’habitude d’utiliser les foyers améliorés à défaut du gaz, jusque-là considéré par certains habitants non seulement comme dangereux, mais également cher. ‘’Il faut débourser entre 20 et 50 dollars pour acheter une bouteille de gaz, ce qui est excessif pour beaucoup d’Ivoiriens. Nous sommes déjà trop habitués au bois de chauffe et cela nous convient bien’’, déclare Bernard Kassi, qui vit à Bingerville, dans le sud du pays. Les foyers améliorés, par contre, permettent de faire des économies de bois. Ce sont des foyers de cuisson faits à base d’argile. Souvent à double foyer, ils accueillent simultanément deux marmites pour un seul feu allumé. La chaleur absorbée par un foyer permet d’alimenter le second, explique Egnankou. ‘’Les foyers améliorés permettent de consommer moins de bois. Si des familles avaient l’habitude d’utiliser cinq kilogrammes de bois par jour, leur consommation se réduit de moitié avec les foyers améliorés, souligne-t-il. Le projet a cours dans huit villages côtiers, traversés par la lagune Ebrié, à savoir Abatta, Anna, Gbagba 1, Gbagba 2, Marchoux, Carrière 1, Carrière 2 et Porquet. Il est d’un coût de 45.800 dollars financé par le Programme des Nations Unies pour le développement à travers le Fonds pour l’environnement mondial. ‘’Nous sommes dans une phase expérimentale du projet. Nous allons, dans les années à venir, porter ces chiffres au double’’, indique Egnankou. Mais avant, il faudra que les politiciens fassent de l’environnement, une priorité, prévient-il. ‘’Il n’existe pratiquement aucune politique de protection de l’environnement en Côte d’Ivoire aujourd’hui. Et même si c’était le cas, elle ne bénéficie d’aucun suivi’’, regrette Egnankou.

                                                                                Leave a comment

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                                                                                Home » Afrique, Developpement, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique, Santé »

                                                                                COTE D’IVOIRE: Désertification, source de conflits mortels entre éleveurs et agriculteurs

                                                                                  By Aly Ouattara et Michée Boko

                                                                                  KORHOGO, nord de la Côte d’Ivoire, 29 juil (IPS) – A la recherche de points d’eau et de pâturages, des éleveurs, en provenance du Mali, du Burkina Faso et du Niger, migrent vers la Côte d’Ivoire, avec leurs troupeaux, qui dévastent sur leur chemin les cultures des paysans, provoquant des conflits mortels entre éleveurs et agriculteurs.

                                                                                  Samba Diallo, un éleveur burkinabé, raconte à IPS que c’est à cause du manque d’eau et d’herbes pour leur bétail, dans leur pays, qu’ils descendent vers la Côte d’ivoire ‘’où la nature est beaucoup plus clémente’’. La rigueur du climat a accentué la désertification à tel point que bêtes et humains étaient menacés de mort. Plus d’herbe à brouter, plus d’eau pour abreuver les animaux. Cette situation difficile a déjà fait perdre à Diallo plus d’une cinquantaine de bêtes avant qu’il ne se décide à partir. Il a donc immigré vers la Côte d’Ivoire avec plus de 1.000 têtes de bovins et 500 têtes d’ovins. ‘’Si je ne quittais pas mon village, Dori, au nord du Burkina Faso, j’allais perdre tout mon troupeau’’, raconte-t-il à IPS. Depuis 2003, il s’est installé à Dikodougou, un village du nord de la Côte d’Ivoire. ‘’La vie de mes animaux n’est plus menacée. Seulement, j’ai eu quelques difficultés avec les agriculteurs par la faute de mes bouviers’’, confesse-t-il. Les bouviers, sorte de garde-bœufs, recrutés par les éleveurs pour la surveillance des troupeaux, conduisent ces animaux à travers la brousse pour leur permettre de s’alimenter. Malheureusement, par paresse ou goût de la provocation, ils ne conduisent pas toujours les troupeaux là ou ils doivent aller et sortent des espaces indiqués par les propriétaires terriens, explique Diallo. C’est ainsi que les bœufs se retrouvent parfois dans les champs, broutant les cultures, anéantissant les espoirs de toute une famille. Pire, ils occasionnent des affrontements qui se soldent par des morts. Par la faute de quelques-uns de ces bouviers, Yaya Sekongo, autrefois agriculteur à Bada Farakoro, dans le nord de la Côte d’Ivoire, a dû se reconvertir au commerce parce qu’un jour, il y a cinq ans de cela, ces boeufs mal conduits sont passés par son champ. ‘’Un après midi, en pleine récolte de coton avec ma famille et mes travailleurs, nous avons été envahis par une cohorte de bœufs. Les animaux ont commencé à brouter le coton sans qu’aucun bouvier ne cherche à les faire sortir. J’ai interpellé l’un d’eux et il m’a interdit, d’un ton menaçant, de toucher à ses bêtes. Sous l’effet de la colère, j’ai commencé à pourchasser les bœufs. Alors les bouviers ont sorti leurs machettes et une lutte s’est engagée entre eux et nous’’, raconte-t-il à IPS. Trois de ses enfants et travailleurs ont été gravement blessés à la machette à la suite de ces affrontements. ‘’L’affaire fut portée chez le sous-préfet de la localité qui nous a renvoyés vers la justice. Mais le procès n’a jamais eu lieu malgré mes allers et retours’’, dit-il. Raison évoquée, l’éleveur transhumant est retourné dans son pays. Nawa Traoré et Lobèko Ouattara, deux épouses d’agriculteur, ont une histoire semblable à raconter : elles ont été victimes et auteurs de violences entre agriculteurs et éleveurs — et viennent de purger une peine de six mois de prison ferme pour avoir réagi à une destruction de cultures. Elles ont tiré des coups de fusil sur des boeufs et ligoté les bouviers pour les avoir surpris, en pleine nuit, dans leurs champs, en train de détruire leurs cultures. ‘’Nous avons décidé de nous impliquer dans le combat de nos époux parce que l’acte des éleveurs a des conséquences néfastes sur la vie de nos familles’’, explique Traoré à IPS. Par la faute de ces transhumants, poursuit Ouattara, ‘’des familles ont abandonné l’agriculture. Certaines ont dû déscolariser leurs enfants par manque de moyens financiers pour payer leur écolage. Des divorces ont même eu lieu à cause du manque de nourriture’’. Ces observations sont reprises par Kolotioloma Yéo, un agriculteur de Korhogo. ‘’Ces situations sont sources de famine dans les villages où, le paysan, après la destruction de son champ, est obligé d’aller acheter à manger ou demander à manger, alors qu’habituellement, c’est lui qui donne à manger aux gens’’, confie-t-il à IPS. Korono Silué, un agriculteur de Kaouara, dans l’extrême nord de la Côte d’Ivoire, estime que les bouviers ne sont pas les seuls fautifs. ‘’Nous accusons les bouviers d’être à la base des conflits entre éleveurs et agriculteurs, mais en réalité, ils agissent avec la bénédiction de leur patron, le propriétaire des bêtes, qui leur demande de convoyer les animaux vers les zones fertiles et vertes où il y a de la flore afin que les animaux se nourrissent convenablement’’, précise-t-il. Lorsque les dégâts sont créés et qu’il est question d’indemniser les agriculteurs, ils préfèrent plutôt corrompre les autorités. Ce mauvais comportement augmente la colère des agriculteurs qui se font parfois justice en séquestrant ou tuant leurs bêtes, rapporte-t-il. Silué dénonce également un autre comportement des éleveurs, source de conflits. A leur arrivée dans les villages, ils sollicitent une autorisation pour que leurs bêtes s’abreuvent aux retenues d’eau du village. Il est souvent exigé d’eux de payer 0,2 dollar par tête de bétail, somme qui servira à entretenir les barrages d’eau. Seulement, après les premiers jours, ils ne paient plus mais continuent pourtant d’aller abreuver leurs bêtes aux sources. Cette attitude occasionne un autre type de conflit. Ceux des éleveurs qui ne paient pas sont traqués par le comité villageois chargé d’entretenir la retenue d’eau, a dit Silué. Le député Abou Coulibaly Nibi, de la commune de Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire, estime que les agriculteurs doivent être vigilants par rapport aux mouvements de troupeaux. Ils doivent s’organiser pour repérer et signaler aux autorités tout déplacement non autorisé des éleveurs. Il estime qu’il faudrait accélérer la procédure d’indemnisation des propriétaires des champs détruits car les éleveurs, puisqu’ils sont des transhumants, et sans domicile fixe, retournent clandestinement et précipitamment dans leur pays pour éviter d’indemniser leurs victimes. Toutefois, relativise le parlementaire, le phénomène a toujours existé et il sera difficile d’y mettre une fin totale. ‘’Les bœufs continueront d’affluer en Côte d’Ivoire chaque année. Nous devons simplement veiller à limiter l’intensité des conflits armés entre éleveurs et agriculteurs, car l’agriculteur aura toujours besoin des bœufs de l’éleveur, et l’éleveur aura lui également toujours besoin des produits de l’agriculteur’’, conclut Nibi.

                                                                                  Leave a comment

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                                                                                  Home » Afrique, Developpement, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

                                                                                  COTE D’IVOIRE: Les forêts sacrées ne sont plus sacrées

                                                                                    By Fulgence Zamblé

                                                                                    ABIDJAN, 16 juin (IPS) – Bien que bénéficiant d’une protection culturelle et religieuse, les forêts sacrées ivoiriennes ne sont plus sacrées. Elles subissent de plus en plus une forte pression démographique qui conduit à leur dégradation progressive, voire à leur destruction.

                                                                                    ‘’Est considéré comme forêt sacrée toute forêt dans laquelle seuls des initiés sont autorisés à entrer’’, explique Hilaire Gnohité, président de l’ONG Croix verte, basée à Abidjan. En Côte d’Ivoire, il existe trois types de forêt sacrée : les forêts sacrées fermées, les forêts sacrées ouvertes et les forêts sacrées semi-ouvertes, la différence tenant aux rites initiatiques qu’il faut subir avant d’y pénétrer. Dans la région de Korhogo (nord du pays), chaque village dispose au moins d’une forêt sacrée. ‘’Nous avons hérité ces forêts de nos ancêtres. Elles abritent les cérémonies traditionnelles et servent de lieu d’initiation de nos descendants. Ces forêts nous permettent également de préserver nos acquis ancestraux’’, confie à IPS, Namogo Soro, cultivateur dans le village de Benguébougou (sous-préfecture de Korhogo). Il est interdit à quiconque de s’aventurer en ces lieux s’il n’a pas subi des rites initiatiques sacrés. Vous comprenez donc qu’il est également impossible de venir y couper du bois à des fins commerciales. Nous nous donnons également pour mission de préserver l’environnement, ajoute Soro.‘’Par le passé, la tradition était parvenue, grâce aux interdits, à sauver de la destruction les forêts sacrées’’, déclare à IPS l’ethnologue ivoirien Marcel Gnando. La Côte d’Ivoire a ainsi réussi à protéger, jusqu’à il y a dix ans, 6.702 forêts sacrées, qui couvrent une superficie globale de 36.434 hectares, rapporte Gnohité de la Croix verte. Seulement, poursuit-il, ces forêts sacrées font face à une pression démographique et socio-économique de plus en plus aiguë. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, les bonnes terres sont recherchées. En effet, le marché lucratif du cacao a poussé les cultivateurs à exploiter illégalement des terres situées dans les forêts protégées, notamment à l’ouest du pays. Ibrahim Savané, professeur de Sciences de gestion de l’environnement à l’Université d’Abobo-Adjamé, à Abidjan, dévoile à IPS l’un des procédés d’occupation des forêts en Côte d’Ivoire. ‘’Tout autour des forêts, on constate que de nombreux espaces sont exploités par les paysans pour leurs champs. Mais, petit à petit, trompant la vigilance de tous, l’exploitant se retrouve à l’intérieur de la forêt, exploitant de nouvelles terres de culture’’, dit-il. Plus les besoins augmentent, plus l’aspect culturel et sacré leur échappe, ce qui laisse la voie ouverte à l’exploitation de toutes les forêts, même des forêts sacrées, explique Savané. ‘’Dans ces forêts, près d'un demi-million de cultivateurs et leurs familles sont installés sous l’œil complaisant de l’Etat’’, déclare-t-il. L’Etat les laisse faire peut-être parce qu’ils produisent chaque année près de 15 pour cent de la production nationale de cacao, ceci malheureusement au prix de l’abattage des arbres, et de la destruction au moyen du feu, souligne-t-il. C’est ainsi qu’en mai 2007, un feu de brousse a ravagé une bonne partie de la forêt sacrée d'Ira, dans le nord-est du pays, une forêt qui couvrait une superficie de 16.431 hectares. Quelques jours plus tard, dans le même mois de mai, près de 100 hectares de forêt ont été détruits par le feu dans la forêt sacrée de Yallo, dans l’ouest du pays. La principale motivation des auteurs de ces actes, selon les autorités régionales, est la quête de nouvelles terres cultivables. Voilà pourquoi Savané recommande à l’Etat ivoirien de mettre fin à l’exploitation des terres autour de toutes les forêts, qu’elles soient sacrées ou non. ‘’C’est dommage, si on y avait pensé un peu plus tôt, on aurait sauvé de la destruction des dizaines de milliers d’hectares de forêt. Il est aujourd’hui impérieux de mettre en place une politique nationale de préservation des forêts sacrées’’, propose-t-il. Cependant, tout n’est pas encore perdu. Certaines régions du pays ont admirablement réussi à protéger ces lieux sacrés en les ouvrant au public comme c’est le cas à Man, dans l’extrême nord-ouest du pays. ‘’Certaines de nos forêts sacrées sont aujourd’hui devenues des sites touristiques. Elles abritent des ponts de lianes qui attirent toujours beaucoup de visiteurs’’, déclare à IPS Arsène Tétialy, un notable de la région. Exceptionnellement, des autorisations sont accordées aux tradi-praticiens initiés pour aller y cueillir des plantes médicinales dont ces lieux regorgent d’ailleurs. Des chercheurs aussi sont autorisés à y pénétrer pour les besoins de leurs travaux, rapporte Tétialy. ‘’Les forêts sacrées constituent des patrimoines vitaux pour nos populations. Si elles sont préservées, elles peuvent constituer un frein à la désertification’’, soutient Savané. Il faut rappeler que le monde entier célèbre ce dimanche 17 juin la journée mondiale de lutte contre la désertification dont le thème cette année est ‘’Désertification et changement climatique : un défi mondial’’. La déforestation étant le prélude à la désertification, il n’y pas meilleure occasion que celle de cette journée pour attirer l’attention de tous sur ce qui est une cause majeure de désertification, la destruction des forêts, même des forêts sacrées, longtemps protégées par les traditions ancestrales africaines.

                                                                                    Leave a comment

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                                                                                    Home » Afrique, Headlines, Reportage d'Afrique, Santé »

                                                                                    COTE D’IVOIRE: Les forêts naturelles ont disparu, les plantes médicinales avec…

                                                                                      By Aly Ouattara et Michée Boko

                                                                                      KORHOGO, nord de la Côte d’Ivoire, 15 juin (IPS) – Sogbéné Soro, un tradithérapeute, est aujourd’hui obligé de parcourir des dizaines de kilomètres, soit à motocyclette, soit en voiture, à la recherche de plantes médicinales qui, une quinzaine d’années plus tôt, se trouvaient encore dans les forêts qui avoisinaient son village.

                                                                                      Mais aujourd’hui, plus de forêts. Elles ont été détruites par les populations, par les exploitants forestiers, sous prétexte de guerre, mettant en difficulté, sans le savoir, l’activité des guérisseurs traditionnels pourtant très utiles au sein de la société. Tradithérapeute depuis 17 ans, Soro soigne et guérit ses patients à l’aide de racines, feuilles, écorces et herbes qu’il allait cueillir dans les brousses ou dans les forêts voisines. IPS l’a rencontré chez lui, entouré de petites bouteilles et de sachets plastiques remplis de poudres et liquides extraits des plantes, feuilles et racines qui ont des vertus médicinales. Assisté de son épouse, Soro parle des désagréments que lui pose le massacre des forêts de sa région. ‘’Je suis confronté à une pénurie de certaines espèces végétales qui ont des vertus médicinales’’, confie-t-il à IPS. Grâce à ces plantes, Soro affirme guérir des maux comme la lèpre, les maladies diarrhéiques, les fractures des membres inférieurs et supérieurs, les maladies sexuellement transmissibles, la perturbation du cycle menstruel chez la femme, etc. Il cite par exemple le ‘’strophantus samentosus’’ et ‘’l’afzélia africana’’ qu’il utilise pour soigner chez les femmes en âge de procréation les fibromes, l’irrégularité des cycles menstruelles et les maux de ventre. Le ‘’fagarier zanthoxylum rutacea’’ guérit les plaies de bouche telles que l’herpès labiale et les mycoses, dit-il. Soro croit aussi que les racines de ‘’l’himanocardia asida’’ aident l’enfant à vite marcher. Vu la fréquence de ces maux au sein de la population, ce sont donc des plantes qu’il utilise en abondance et assez régulièrement, mais qu’il est aujourd’hui obligé d’aller cueillir très loin. La conséquence de cette situation est qu’il a dû légèrement augmenter les prix de ses produits pour récupérer un peu de ses frais de transport. Cela ne fait pas plaisir à tous ses clients qui boudent assez souvent même s’ils finissent par payer le produit qui, de toutes les façons, est bien moins cher comparé aux produits de la pharmacie moderne, confie-t-il à IPS. Les tradithérapeutes ou guérisseurs traditionnels, comme on les appelle en Afrique, utilisent également les parties de certains animaux pour guérir des maladies. Mais depuis que les forêts ont perdu de leurs touffes protectrices, les animaux sauvages se sont également éloignés. ‘’Nous sommes confrontés aujourd’hui, dans le village de Koyadougou, au nord-ouest de la Cote d’Ivoire, à l’éloignement de quelques espèces animales dont certaines parties ont des vertus thérapeutiques. La viande et la graisse de lion par exemple servent à soigner les fractures et à soulager les douleurs articulaires et le rhumatisme ; le sperme de l’éléphant soigne la faiblesse sexuelle ; les cornes du rhinocéros soignent l’asthme’’, explique d’une voix enrouée, Inza Fofana, guérisseur et chasseur traditionnel. Pendant la guerre (2002-2005), les rebelles qui avaient pris les armes, avec à leur tête l’actuel Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, estimaient que le nord du pays était marginalisé par l’Etat central ivoirien. Ils réclamaient donc justice et équité pour tous les Ivoiriens. Les populations ivoiriennes ont ressenti, durant ces trois années, encore plus l’importance des guérisseurs traditionnels dans les ex-zones rebelles car il ne restait qu’eux pour soigner les populations face à la fuite des médecins et du personnel soignant (en majorité des fonctionnaires), et à la fermeture des pharmacies. Plusieurs associations écologiques ivoiriennes ont dénoncé l'exploitation abusive dont font l’objet les forêts nationales ivoiriennes et qui a conduit à la situation actuelle. Selon le Groupe écologique ivoirien (GECI), une Organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, mais qui mène ses activités sur toute l’étendue du territoire ivoirien, sur les 16 millions d’hectares de forêts que comptait la Côte d’Ivoire au début des années 1960, il n’en reste aujourd’hui que six millions. Jacob N'Zi, directeur exécutif du GECI, qui œuvre pour la préservation du patrimoine forestier national, rapporte que sur 123 entreprises opérant dans le secteur de l’exploitation du bois, seulement deux respectent la législation forestière en vigueur. N’zi accuse ces entreprises de pratiquer une fraude massive en ne respectant pas le quota de 2.000 à 10.000 mètres cubes de bois par an imposé par l’Etat. Kouadio Gnamien, responsable d'une autre ONG, Ecologia, tout en pointant du doigt la responsabilité des autorités, estime que la fraude a fait perdre à l'Etat ivoirien plus de 400 millions de dollars entre 2003 et 2006.

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                                                                                      COTE D’IVOIRE: Les paysans migrent vers les forêts

                                                                                        KORHOGO (Côte d’Ivoire), 3 avril (IPS) – Depuis le déclenchement de la crise en Côte d’Ivoire, plusieurs sites forestiers ont été envahis par des paysans en quête de terres agricoles. L’Etat ou les ex-rebelles ne sont pas en mesure de protéger ces ressources forestières.

                                                                                        Depuis 1999, la Côte d’Ivoire est plongée dans une lutte prolongée pour le pouvoir. En 2002, le pays a été coupé en deux à la suite d’un coup d’Etat manqué contre le président Gbagbo. Le Sud est resté sous le contrôle des forces loyalistes, tandis que le Nord est occupé par les ex-rebelles des Forces Nouvelles (FN).

                                                                                        Dans les départements de Mankono, Séguela, et Vavoua, au centre-ouest et à l’ouest du pays, des dizaines de milliers de paysans ont fondé de nouveaux villages et installé leurs campements dans des zones censées rester inhabitées pour la préservation de leurs ressources. Alikaka, Zoumamanvogo, Sorykaha, Yêkaha, Sékongolopka ou Mossikro sont quelques-uns de ces villages ayant poussé comme des champignons entre 2000 et 2007.

                                                                                        "Les jeunes ont fui les savanes du nord pour les zones forestières parce que leurs terres étaient devenues improductives et que les rendements agricoles quasi insignifiants", explique Siriki Yéo, chef du village de Yêkaha (ouest).

                                                                                        Le nord de la Côte d’Ivoire est en effet grandement touché par la désertification. Les terres y sont de plus en plus difficiles à cultiver et le bois de chauffage ou le charbon de bois de plus en plus rares.

                                                                                        "J’ai travaillé la terre pendant vingt ans et presque toutes les saisons agricoles se soldaient par d’importants déficits parce que les sols n’étaient plus bons", explique Katienéfoha Yéo, un producteur de coton qui en 2000 a décidé de quitter Tanikaha (au nord) pour Sarala (à l’ouest).

                                                                                        "Depuis mon installation, j’ai construit une maison pour ma famille alors qu’avant je vivais dans un case en terre battue", dit-il avec fierté. Comme ses récoltes sont meilleures, Katienéfoha Yéo a pu s’acheter un véhicule pour faire la route entre son village natal et son village d’adoption.

                                                                                        Jérome Kolotiolona Ouattara, un autre producteur de coton et de noix de cajou, est aussi ravi d’avoir quitté le nord pour le "toukonon", la zone forestière en langue locale. "Au Nord, il faut former des buttes avant de semer le maïs ou le mil. Ici, il suffit de planter les graines après avoir coupé les broussailles et la rentabilité est immédiate", explique-t-il.

                                                                                        Mais ces zones forestières, envahies en quelques années par les paysans, risquent de connaître d’ici deux décennies le même sort que leurs régions d’origine, constate Benoît Cinan Soro, directeur d’une association baptisée Animation rurale de Korhogo (ARK), et qui défend les cultivateurs de la région. "Ces zones seront dévastées si rien n’est fait pour reprendre le reboisement suspendu à cause de la guerre", avertit-il.

                                                                                        Quelques initiatives de reboisement existent bel et bien, mais elles n’obtiennent que des résultats mitigés. "La population s’intéresse aux arbres fruitiers, par exemple, parce qu’ils ont une rentabilité économique directe, mais elle se soucie peu des arbres qui peuvent redonner vie à l’éco-système, car elle n’en voit pas l’importance immédiate", remarque Mathias Dago, ancien directeur régional au Ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts pour le nord du pays.

                                                                                        Dans le sud de la Côte d’Ivoire, quelques zones dévastées ont été reboisées grâce à l’appui de la Société pour le développement de la forêt (SODEFOR). "Mais malheureusement, après le départ des agents de reboisement, les villageois détruisent les arbres pour leurs cultures car ils n’en voient pas l’utilité", ajoute Gaoussou Soro, membre de l’association Animation rurale de Korhogo (ARK). (FIN/IPS/2007) MGD1 MGD7

                                                                                        Leave a comment

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                                                                                        Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

                                                                                        COTE D’IVOIRE: Les paysans envahissent les forêts, l’Etat fait la guerre

                                                                                          By Aly Ouattara et Michée Boko

                                                                                          KORHOGO, nord de la Côte d’Ivoire, 31 mars (IPS) – Depuis le déclenchement, en 1999, de la crise qui a débouché sur la division de la Côte d'Ivoire, en deux, en 2002, bien des sites forestiers du pays ont été envahis par des paysans en quête de terres agricoles. Pendant ce temps, l’Etat est occupé à faire la guerre.

                                                                                          Dans les départements de Mankono, Séguela et Vavoua, au centre-ouest et à l’ouest de la Côte d’Ivoire, des dizaines de milliers de paysans ont fondé de nouveaux villages et campements. C’est ainsi que Alikaka, Zoumamanvogo, Sorykaha, Yêkaha, Sékongolopka et Mossikro ont poussé comme des champignons entre 2000 et 2007 dans des zones forestières qui auraient dû rester inhabitées pour la préservation des ressources forestières. ‘’Ces jeunes, qui fuient aujourd’hui les savanes du nord pour les zones forestières, y sont un peu contraints car leurs terres sont devenues improductives et les rendements agricoles presque insignifiants’’, explique à IPS Siriki Yéo, chef du village de Yèkaha, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Ces paysans occupent chaque jour de nouveaux espaces forestiers pour les besoins de l’agriculture, rapporte Benoît Cinan Soro, directeur de Animation rurale de Korhogo (ARK), une organisation non gouvernementale (ONG) de défense paysanne basée à Korhogo. La désertification dans le Nord de la Côte d’Ivoire a particulièrement atteint les sous-préfectures de Napiélédougou, Tiorniaradougou, Karakoro, Sinematiali et Korhogo où, en dehors des terres devenues dures à cultiver, le bois de chauffe et le charbon de bois sont également devenus rares. ‘’Les populations ont alors commencé à utiliser les tiges de mil, de coton, de sorgho ou de maïs pour cuire leurs repas’’, rapporte Roger Gaoussou Soro, responsable de la protection de l’Environnement et coordonnateur des activités de l’ARK. Katienéfoha Yéo, un producteur de coton, qui a immigré de Tanikaha, au Nord, à Sarala, à l’Ouest, confie à IPS les raisons de son déplacement. ‘’A Tanikaha, j’ai travaillé la terre pendant plus de 20 ans sans jamais arriver à posséder le moindre petit objet. Presque toutes mes saisons agricoles se soldaient par des déficits importants parce que les sols n’étaient plus bons’’, raconte-t-il. Yéo dit avoir toujours eu des dettes vis-à-vis des sociétés cotonnières qui lui livraient les engrais et les pesticides. C’est alors qu’il a décidé, en 2000, de quitter son village pour aller s’installer dans le campement de Fouyagôrô, au Centre-Ouest du pays, dans la sous-préfecture de Sarala, où la terre est encore bonne. ‘’Depuis mon installation à Sarala jusqu’à ce jour, j’ai reconstruit de façon plus décente la maison de mon père au village, et j’en ai construit une pour moi-même et ma famille. Auparavant, je vivais dans une case en terre battue’’, dit-il, avec une pointe de fierté et de satisfaction dans la voix. Les récoltes ayant toujours été très bonnes depuis qu’il s’est installé à Sarala, il a même gagné suffisamment d’argent pour s’acheter un véhicule qui fait le transport routier entre Korhogo, son village natal, et Sarala, son village d’adoption. Jérome Kolotiolona Ouattara, un producteur de noix de cajou et de coton, qui a également vu ses conditions de vie changer radicalement grâce à son immigration vers le ‘’toukonon’’, zone forestière en langue locale, le Malinké, explique que dans le toukonon, les terres sont très productives et l’on fournit moins d’effort pour labourer son champ. ‘’Au nord, il faut faire des buttes avant de semer le maïs ou le mil. Ici par contre, il suffit de semer la graine après avoir coupé la broussaille et la rentabilité est immédiate, nettement meilleure par rapport au Nord où on produit beaucoup d’effort pour un faible rendement’’, explique-t-il. Les zones forestières ainsi envahies seront dévastées et connaîtront le même sort que les zones d’origine des paysans d’ici à une vingtaine d’années si le reboisement, interrompu à cause de la guerre, n’est pas immédiatement repris avec la plus grande attention, avertit Cinan Soro. Un début de reboisement a bien lieu par endroits dans le pays, mais ces reboisements effectués n’ont pas produit les résultats escomptés parce que les populations n’y ont pas été associées. Interrogées, elles disent être plus intéressées par des arbres fruitiers, qui ont une rentabilité économique directe, plutôt que des arbres qui redonnent vie à l’écosystème, mais dont ‘’elles ne voient pas l’importance immédiate’’, révèle à IPS Mathias Dago, ex-directeur régional du ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts pour la région du nord. La situation est plus grave en zones assiégées car son administration, préoccupée à faire la guerre, n’a pas pris l’initiative de reboiser les surfaces déjà frappées par la désertification, confie le retraité. Le dernier reboisement dans le nord de la Côte d'Ivoire, aujourd'hui dirigé par les Forces nouvelles (ex-rebelles), remonte à l'année 2000 à Dolékaha, dans la sous-préfecture de Karakoro. Il a été initié et exécuté par le ministère de l'Environnement, à une époque où l'Etat ivoirien était encore uni. Dans le sud du pays, le ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts et la Société pour le développement de la forêt (SODEFOR) a pris à cœur l’initiative de reboiser quelques zones dévastées. ‘’Malheureusement, ce qui se passe le plus souvent dans ces villages, c’est qu’après le départ des agents de reboisement, les villageois, ne voyant pas l’utilité des arbres qui ont été mis en terre, les détruisent au moment où ils font leurs cultures’’, déplore Gaoussou Soro.

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                                                                                            By Fulgence Zamblé

                                                                                            BONDOUKOU, Est de la Côte d’Ivoire, 28 fév (IPS) – Assis dans son champ, le regard figé, les yeux en larmes, Dua Kouadio pleure sur les cendres de ses trois hectares d’anacardes. Toute sa production d’anacardes de l’année vient d’être consumée par un feu de brousse allumé par un inconnu.

                                                                                            ‘’C’est la seconde fois que cela m’arrive. L’année dernière déjà, des individus avait fait un feu qui a emporté mes ignames’’, raconte-il à IPS dans le champ d’anacardes fraîchement consumé par les flammes. Kouadio, comme de nombreux habitants de la sous-préfecture de Bondoukou, est confronté chaque année aux affres des feux de brousse. Cette sous-préfecture est considérée par les agents des Eaux et forêts comme étant la plus ravagée par les feux de brousse. ‘’Il n’y a pas d’année où des cas de feux de brousse ne sont enregistrés dans cette partie du pays en dépit des menaces et des sensibilisations’’, indique à IPS le capitaine Madeleine Zio, chef du cantonnement des Eaux et forêts de Bondoukou. Entre 1999 et 2006, 3.370 hectares de culture et 337 cases ont été emportées par les flammes, avec un bilan humain de 17 personnes tuées dans le seul département de Bondoukou, indique le Capitaine Zio. Mais, ‘’Les feux de brousse ne sont pas une pratique exclusive à une partie du pays’’, affirme le Pr. Joseph Séka du ministère ivoirien de l’Environnement. Selon les statistiques disponibles à ce jour, ce ministère a enregistré, entre 1983 et 2002, plus de 110.000 hectares de forêts détruits – dont 33.000 hectares de café et cacao – plus de 246 villages et campements partis en fumée et 122 pertes en vies humaines, rapporte Séka. ‘’A l’heure actuelle, c’est la saison des chasses dans ma préfecture, et ce sont des dizaines d’hectares de terre en jachère et de cultures qui brûlent chaque jour rien qu’à cause de la chasse’’, confie à IPS Djézou Konan, sous-préfet de la région voisine de Sorobango, toujours dans l’Est du pays. Ce qui se passe en réalité est que l’utilisation du feu par les populations est une pratique traditionnelle pour préparer les terres agricoles, la chasse et les pâturages, explique le Pr. Séka. Les populations mettent donc volontairement le feu à la brousse, puis elles n’arrivent pas à en contrôler les limites, indique-t-il. ‘’Il est temps de sensibiliser nos populations des risques encourus car, la répression à notre avis, ne semble pas être la solution la plus efficace’’, soutient Séka. Des comités de lutte contre les feux de brousse ont ainsi été créés dans les villages en vue de prévenir les départs d’incendies, de limiter leur extension et de rendre plus efficace la lutte. Pourtant, les comités de lutte contre les feux de brousse sont devenus faibles et inefficaces parce que les victimes des feux de brousse refusent que les auteurs des feux soient sanctionnés. ‘’En fait nous nous retrouvons souvent dans des situations où, à chaque arrestation, nous avons l’intervention des parents et familles du mis en cause. Avec les supplications, nous sommes parfois obligés de libérer l’accusé, même si c’est un récidiviste notoire’’, lâche le capitaine Zio. Selon le Pr. Séka, le risque de voir s’embraser toutes les forêts du pays est réel et il faudra agir vite comme le recommande également le Comité national de défense de la forêt contre les feux de brousse, une structure du ministère ivoirien de l’Environnement. ‘’Hier, c’était le Nord du pays, aujourd’hui, c’est le Centre et l’Est. Demain, nul doute que ce sera le Sud et nous n’aurons bientôt plus un seul hectare de forêt’’, alerte le Comité. Ce comité, créé pour faire face aux dégâts occasionnés par les multiples incendies, a entrepris des actions de sensibilisation en vue de faire changer de comportement aux populations rurales et développer des mesures préventives. Selon le Comité de défense des forêts, les forêts ivoiriennes qui faisaient neuf millions d’hectares en 1965, étaient réduites à trois millions d’hectares en 1991, puis à 2,5 millions d’hectares en 2006. Le long de la route entre Bondoukou et Tanda, située à une quarantaine de kilomètres plus au nord, la végétation est presque inexistante. Les arbres, s’ils existent sont rabougris, lessivés par le feu. Les forêts d’autrefois ont laissé place à la savane. Cette situation est imputable à l’agriculture extensive basée sur la technique des cultures itinérantes sur brûlis, la surexploitation de la forêt en bois d’œuvre et bois d’énergie et les feux de brousse, explique à IPS, Mélaire Bohui Kouassi de l’organisation non gouvernementale Ma forêt, basée à Bingerville, à 20 kilomètres d’Abidjan, dans le Sud du pays. ‘’Si nous voulons préserver ce qui reste et parvenir à retrouver ce qui était, nous devons penser au reboisement. La répression, ni tout autre chose, n’est pas la solution au problème’’, estime Bohui Kouassi.

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