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COTE D’IVOIRE: De la réticence à dire adieu aux armes

    By Robbie Corey-Boulet

    ABIDJAN, 24 sep (IPS) – Dans ses bottes noires et son treillis vert – avec un bandeau au bras portant le nom de l’armée nationale, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire – Ousmane Koné ressemblait un peu à un soldat pendant qu’il montait la garde dans une société de distribution d’électricité et d’eau un mardi après-midi à Abidjan.

    Mais son apparence était quelque peu trompeuse. Ce jeune de 22 ans n’a reçu aucune formation formelle avant qu’on ne lui ait remis son premier fusil Kalachnikov en 2011, et il n’a jamais été enregistré auprès de l’armée ivoirienne.Qui plus est, le bâtiment qu’il surveillait n’était pas une propriété de l’Etat, mais plutôt une société privée appartenant à son “commandant”, un ancien insurgé des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire (FNCI).

    Koné est l’un des nombreux combattants qui ont pris les armes lors du récent conflit postélectoral en Côte d’Ivoire, qui s’est déclenché après que l’ancien président Laurent Gbagbo a refusé de céder le pouvoir bien qu’il ait perdu les élections de novembre 2010 au profit de l’actuel président Alassane Ouattara.Affolé par les informations selon lesquelles les autres membres de son groupe ethnique dioula étaient brûlés vifs au niveau des barrages routiers tenus par les combattants pro-Gbagbo à Abidjan, Koné n’a pas hésité à rejoindre la faction pro-Ouattara lors de la bataille décisive dans la capitale économique, Abidjan, en avril 2011, qui a abouti à l’arrestation de Gbagbo.”Nos amis étaient massacrés, et nous n’étions pas puissants parce que nous n’avions pas d’armes”, a-t-il déclaré. “Tous les jours, nous nous cachions jusqu’à ce que les combattants pro-Ouattara aient lancé l’attaque sur Abidjan (en avril 2011)”.

    Aujourd’hui, il est confronté à un avenir incertain. Pendant que la Côte d’Ivoire se prépare pour un programme longtemps attendu de désarmement, démobilisation et de réinsertion (DDR), qui doit être mené de concert avec des réformes plus larges dans le secteur de la sécurité, des milliers de jeunes hommes craignent qu’on leur retire leurs armes.Des analystes estiment que ces angoisses pourraient avoir alimenté partiellement une récente vague d’attaques contre les postes militaires qui ont tué au moins 12 soldats en août, marquant l’une des violences les plus importantes depuis la fin du conflit il y a plus d’un an.La nouvelle campagne de DDR, qui a été examinée par le gouvernement Ouattara le mois dernier, mais qui n’a pas encore commencé, ne sera pas la première en Côte d’Ivoire. Suite à une tentative de coup d’Etat manqué contre Gbagbo en 2002, le pays a été divisé pendant huit ans, avec les FNCI contrôlant le nord.Bien que le DDR ait été tenté au cours de cette période, l’effort a échoué pour plusieurs raisons, dont l’une, et non la moindre, était que le conflit n’avait pas été résolu.

    Alain-Richard Donwahi, le conseiller à la défense et à la sécurité de Ouattara et secrétaire de son Conseil national de sécurité, a expliqué à IPS que, avant le récent conflit, le gouvernement estimait qu’environ 70.000 combattants devaient être désarmés, 32.000 des FNCI et 38.000 de ce qu’il a qualifié de groupes de milices pro-Gbagbo.Il a affirmé que le gouvernement ne disposait pas encore de bons chiffres sur le nombre de combattants qui ont rejoint les factions en guerre durant le conflit.Arthur Boutellis, un analyste politique principal à l’Institut international pour la paix, a déclaré que les groupes de miliciens pro-Gbagbo augmenteraient considérablement le nombre de combattants devant être désarmés. “Pour le moment, étant donné le nombre, on parle potentiellement d’environ 100.000 personnes”, a-t-il indiqué. “Nous ne savons pas exactement, mais le nombre est énorme”.Donwahi a reconnu que plusieurs questions clé doivent être encore résolues avant le démarrage du processus de désarmement. L’une d’entre elles, c’est la détermination des personnes qui seront effectivement admissibles aux programmes de formation professionnelle qui, selon lui, formeraient le cœur de la composante du projet de réintégration.Décrivant les gens qui pourraient ne pas être admissibles, Donwahi a expliqué: “Certaines personnes qui viennent d’être désarmées affirment qu’elles font partie d’un groupe indépendant de combattants. Mais nous savons que nous n’avons pas eu de combattants indépendants ici. Nous avions des chaînes de commandement claires”.Mais cette analyse ne cadre pas avec la plupart des récits de violences. En plus des chaînes de commandement parallèles au sein des FNCI, le conflit en Côte d’Ivoire comprenait également des mercenaires étrangers et divers autres groupes de miliciens. En outre, les dozos, des chasseurs traditionnels qui ont longtemps joué des rôles informels de sécurité, étaient actifs dans les combats et conservent une forte présence dans de grandes parties du pays, selon des observateurs tels que ‘Human Rights Watch’.Bien que ces groupes ne soient pas susceptibles de faire partie du processus de désarmement, Boutellis a indiqué qu’ils pourraient servir de potentiels empêcheurs, et pourraient décourager d’autres combattants de remettre leurs armes.La Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre, un organisme gouvernemental indépendant créé pour désarmer les civils, estime qu’il y a environ trois millions d’armes encore en circulation. La population de Côte d’Ivoire est d’environ 20 millions d’habitants.Plus d’un an après la fin du conflit, la Côte d’Ivoire demeure très polarisée. Des efforts pour relancer le dialogue politique entre le gouvernement et le parti politique du Front populaire ivoirien de Gbagbo n’ont pas abouti. Les divisions ont été seulement accentuées par un processus de justice que bon nombre de personnes qualifient de partial.

    Plus de 100 loyalistes de Gbagbo ont été détenus pour des crimes de violences postélectorales, alors qu’aucun des alliés de Ouattara n’a été arrêté ou n’a fait l’objet d’une enquête crédible, selon des informations fournies par des procureurs.Ces facteurs, combinés avec des problèmes de sécurité persistants, feraient qu’il était “irréaliste” pour le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion de se focaliser sur la collecte des armes depuis le début, a souligné Boutellis, puisque beaucoup de combattants perçoivent leurs armes comme une sorte de “police d’assurance”.

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