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COTE D’IVOIRE: Des défaillances sécuritaires favorisent les évasions de prison

    By Robbie Corey-Boulet

    ABIDJAN, 30 juil (IPS) – Eliane Negui savait exactement quoi faire quand elle a entendu qu’un groupe de détenus s'étaient échappés de la prison principale d'Abidjan, la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), au début du mois.

    Après tout, cette femme de 24 ans, qui vit sur un chemin en terre battue près de cette prison depuis neuf ans, avait été témoin du même scénario à peine deux mois auparavant."Chaque fois qu'il y a une évasion, nous courons toujours dans nos chambres et fermons les portes", a-telle déclaré dans une récente interview avec IPS depuis son étal non loin de l’entrée principale de la prison, où elle vend des bananes frites. "Toutes les fois qu'il y a une évasion, les gardes tirent, alors nous entrons dans nos chambres afin de ne pas être blessés ou tués".Douze détenus se sont évadés de la prison ce jour-là, dont huit ont été rapidement capturés. Le total était faible comparativement à la première évasion survenue le 4 mai, lorsqu’environ 50 détenus se sont libérés de l'établissement, provoquant une déclaration d'inquiétude de la part de la mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire.Cette nation d’Afrique de l’ouest est encore en train de se reconstruire après six mois de violences postélectorales déclenchées par les élections de novembre 2010, lorsque l'ancien président, Laurent Gbagbo, a refusé de se retirer après avoir perdu au profit du président Alassane Ouattara. Au cours des violences, les 33 prisons du pays ont été vidées, et les infrastructures et les équipements ont été largement détruits.Les prisons ont commencé à rouvrir en août 2011, et 31 sont maintenant fonctionnelles. Mais cette reprise a été marquée par une vague d’évasions de prison. Depuis août, il y a eu 17 évasions distinctes impliquant environ 250 prisonniers, selon Françoise Simard, chef de la section de l’Etat de droit de l'ONU.Les problèmes auxquels les prisons du pays sont confrontées reflètent les larges difficultés dans le secteur de la sécurité, en particulier quand il s'agit du personnel. Des plaintes au sujet des conditions de détention soulignent également la place pour une amélioration dans le redressement post-conflictuel du pays.Avant ces violences, qui ont fait quelque 3.000 morts, les gardiens de prison seuls assuraient la sécurité dans les prisons du pays. Ces gardiens étaient armés, mais il y avait une pénurie d'armes et ce n’était pas toutes les armes qui étaient fonctionnelles, a indiqué Simard à IPS.Lorsque les prisons ont commencé à rouvrir en août, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), l'armée nationale, étaient la seule force de sécurité autorisée à posséder des armes. Les soldats ont commencé à travailler aux côtés des gardiens de prison.Plus d'un an après la fin du conflit, les gardiens de prison sont toujours sans armes. "Le gouvernement actuel est très réticent à donner des armes aux gardiens de prison", a affirmé Simard.Cette réticence souligne le manque de confiance parmi les différentes forces de sécurité. Parce que le nombre de gardiens de prison dans tout le pays a presque doublé au cours des 10 ans de pouvoir de Gbagbo, il y a une perception, exacte ou non, selon laquelle la plupart des gardiens sont fidèles à l'ancien régime."Il y a un climat de doute dans la prison", a déclaré à IPS, Stéphane Boko, un superviseur à la prison de la MACA, à Abidjan. "Le pouvoir n’incombe plus aux gardiens de prison parce qu'ils sont considérés comme des pro-Gbagbo".Une division similaire a été évidente dans le secteur de sécurité en général. Les FRCI sont composées en grande partie des forces fidèles à Ouattara, notamment les leaders du groupe rebelle des Forces nouvelles, qui contrôlaient le nord de la Côte d'Ivoire lorsque le pays était divisé de 2002 à 2010.

    Le gouvernement s’est longtemps méfié de la police et des gendarmes, et dans certaines de parties du pays, notamment la région volatile de l’ouest, les FRCI restent la seule force de sécurité ayant accès aux armes, ce qui signifie qu'elles ont pris les devants des activités de maintien de l’ordre en général.Cependant, récemment, la police et les gendarmes ont été réarmés dans certains endroits, et ils ont maintenant une présence permanente dans les prisons. Conformément à une politique établie après l’évasion de mai, cinq policiers et cinq gendarmes sont censés être postés dans chaque prison, a expliqué Simard à IPS.La présence de forces de sécurité multiples dans chaque établissement peut parfois entraîner un manque de coordination. Au début de cette année, par exemple, environ 93 prisonniers ont pu s'évader d'une prison à Agboville, une ville située à environ 80 kilomètres au nord d'Abidjan. Dans les trois jours précédant cette évasion, a affirmé Simard, aucune force de sécurité n’était présente pour garder la prison.Boko et d’autres agents à la MACA ont dit qu'ils estiment que la responsabilité de protéger les prisons de Côte d'Ivoire devrait être retournée aux gardiens. Mais Serges Kouamé, chargé de communications au ministère de la Justice, a indiqué après l’évasion de prison, au début de ce mois, qu’un centre principal de commandement était en train d’être mis en place pour répondre aux évasions de prison, et que cela impliquerait les FRCI, les gardiens, les gendarmes et la police.Les conditionsEn attendant, des inquiétudes demeurent par rapport aux conditions auxquelles les détenus de Côte d'Ivoire son confrontés. Le système pénitentiaire national était considérablement surpeuplé avant les violences postélectorales, avec plus de 12.000 prisonniers entassés dans des installations qui ont une capacité totale d'environ 5.500, selon l'ONU.La population carcérale actuelle est beaucoup plus faible – 5.945 depuis le 20 juillet – mais elle a récemment dépassé la capacité totale et était en train d’augmenter dans la semaine. Bien que Simard ait noté que "la situation n'est pas aussi dramatique que ce qu'elle était auparavant avec la surpopulation", elle a dit que certains aspects des conditions de détention – dont l'accès à la nourriture – restent problématiques.Le département d'Etat américain a évoqué les mauvaises conditions carcérales dans son dernier rapport sur les droits humains pour la Côte d'Ivoire. Bien que ce rapport ait relevé certaines améliorations sous Ouattara, il a indiqué que la fourniture de nourriture demeurait "inadéquate".C’était la principale plainte d’Emmanuel Biandjui Diffi, un homme de 40 ans, qui a été détenu à la MACA pendant six mois, depuis janvier, après avoir vendu un lopin de terre à deux personnes différentes."Les conditions étaient bonnes, mais la qualité de la nourriture était très mauvaise", a-t-il déclaré à IPS. "Il n'y avait rien dans la soupe – pas de viande ni de poisson".

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