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COTE D’IVOIRE: Est-ce la fin de l’impunité pour les pro-Ouattara?

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 27 mai (IPS) – L’arrestation récente du chef milicien, Amadé Ouérémi, constitue une avancée notable dans le processus de lutte contre l’impunité en Côte d’Ivoire, affirment des organisations de défense des droits de l’Homme. Mais, estiment-elles, il faut faire plus pour que les Ivoiriens soient disposés à aller à la réconciliation.

    Ayant opéré comme supplétifs des forces pro-Ouattara durant la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, Ouérémi – d’origine burkinabé – et sa milice armée (un millier d’hommes) sont soupçonnés par des ONG internationales d’être impliqués dans les tueries survenues à Duékoué (ouest de la Côte d’Ivoire) en mars 2011. La crise a fait quelque 3.000 morts dans le pays.

    Alors que l’ancien président Laurent Gbagbo refusait toujours de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara déclaré élu par la Commission électorale indépendante, une offensive généralisée, vers Abidjan, la capitale économique ivoirienne, avait été menée à partir du nord et de l’ouest du pays par les forces pro-Ouattara (combattants issus en majorité de l’ex-rébellion des Forces nouvelles), pour contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir.

    "Cette arrestation d’Ouérémi marque un pas important vers la fin de l’impunité, notamment dans le camp du pouvoir actuel", déclare à IPS, René Hokou Légré, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO), basée à Abidjan.

    Avec le cas du chef milicien arrêté le 18 mai avec deux gardes du corps, indique-t-il, c’est l’occasion pour le régime Ouattara d’accélérer les poursuites contre toutes les personnes soupçonnées de graves violations des droits de l’Homme.

    "Maintenant, il s’agit d’aller au-delà d’Ouérémi, de mettre aux arrêts tous ceux qui portent les armes et sèment la désolation, sans considération politique, ni de leur niveau de responsabilité dans l’administration et de leur proximité avec le pouvoir en place. Il y va de la paix et de la réconciliation dans le pays", ajoute Légré.

    Yacouba Doumbia, président du Mouvement ivoirien des humains (MIDH), se réjouit également de l’arrestation d’Ouérémi. "C’est une avancée significative dans la lutte contre l’impunité. Il y a longtemps qu’il était indexé dans des crimes commis pendant la crise postélectorale. Mais nous disons qu’il n’est pas le seul".

    "Le gouvernement doit faire des efforts pour que tous ceux qui ont été mis en cause dans des atteintes graves aux droits de l’Homme répondent de leurs actes, parce qu’actuellement, les Ivoiriens ont le sentiment d’une justice à sens unique", indique Doumbia.

    Depuis son investiture, il y a deux ans, le président Ouattara hésitait à poursuivre en justice les personnes proches de son régime et mises en cause dans de graves exactions, notamment les ex-chefs de guerre Losséni Fofana, Chérif Ousmane, Koné Zakaria et Fofié Kouakou. Ils sont nommément cités dans les rapports des organisations internationales de défense des droits de l’Homme.

    Interpellé à plusieurs reprises, le gouvernement ivoirien déclarait qu’il fallait laisser la justice aller à son rythme. Pendant ce temps, plus d’une centaine de cadres pro-Gbagbo faisaient l’objet de poursuites.

    Pour plusieurs analystes, une justice partiale était en cours en Côte d’Ivoire et favorisait l’impunité dans le pays.

    "Il fallait à un moment que Ouattara donne un signal à la communauté internationale dans la lutte contre l’impunité. Pour le moment, ce n’est pas encore le grand pas, mais on y tend allègrement", estime Lamine Kourouma, politologue à Abidjan.

    "Si cette arrestation donne des raisons d’espérer des poursuites post-crise équitables, il est à regretter que cela se fasse longtemps après que ces personnes eurent semé la terreur à l’ouest", déplore Eric-Aimé Sémien, président d’Action pour la protection des humains, une ONG basée à Abidjan. "Nous espérons, dans ce dossier, des procédures transparentes et des sanctions exemplaires".

    Rinaldo Depagne, analyste principal à 'International Crisis Group', recommande la prudence. "Il est un peu tôt de parler de la fin de l’impunité parce qu’on ne sait pas si la mise aux arrêts d’Ouérémi est liée à son implication éventuelle dans des crimes graves, ou si elle est la conséquence de son refus de quitter la forêt classée du Mont Péko", explique-t-il à IPS.

    "Jusqu'alors, les procureurs ont inculpé plus de 150 personnes appartenant au camp Gbagbo, dont au moins 55 de crimes de sang, mais aucun membre des forces pro-Ouattara n’a encore été inculpé de crimes commis durant la crise postélectorale. Il faut que Ouattara fasse un peu plus", souligne Depagne.

    Après le transfèrement d’Ouérémi à Abidjan, le lendemain de son arrestation, les autorités ivoiriennes n’ont pas encore publié les chefs d’accusation retenus contre lui. Mais des organisations de protection de l’environnement souhaitent qu’il soit également poursuivi pour occupation illégale de forêts classées.

    En effet, installé depuis une décennie dans la forêt classée du Mont Péko, vaste de 34.000 hectares, Ouérémi avait étendu ses tentacules, avec ses proches et ses hommes, sur les quelque 250.000 hectares de forêts classées de l’ouest de la Côte d’Ivoire pour y cultiver du cacao, du café, du riz et du maïs.

    "Après l’arrestation d’Ouérémi, il faut déguerpir tout le monde. Nous savons que toutes les forêts classées sont occupées par un grand nombre de clandestins. Il est temps de les expulser pour sauver ce qui reste", plaide Patrice Gnadja, directeur de la communication à la Société de développement des forêts de Côte d’Ivoire.

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