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COTE D'IVOIRE: Février, le mois d’action pour l’Union africaine

    By Omer Redi*

    ADDIS-ABEBA, 3 fév (IPS) – Un Panel de haut niveau a été mis en place par l'Union africaine (UA) pour envoyer une équipe d'experts en Côte d'Ivoire et parvenir à une solution à l'impasse politique, qui s’imposerait à la fois au président sortant, Laurent Gbagbo, et son rival pour la présidence, Alassane Ouattara.

    Ce panel désigné le dernier jour du sommet de l'UA (du 30 au 31 janvier) se compose du nouveau président de l'UA, le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, du président nigérian, Goodluck Jonathan, en sa qualité de président de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO), ainsi que des chefs d’Etat du Tchad, de la Mauritanie, du Burkina Faso, de la Tanzanie et de l'Afrique du Sud.

    "Le panel est une proposition opportune tant qu'il travaille conformément à la constitution de la Côte d'Ivoire", a déclaré le ministre des Affaires étrangères ivoirien, Alcide Djédjé, à Addis-Abeba.

    "La décision de l'UA [de mettre en place le panel], c’est ce que Gbagbo demande pour résoudre pacifiquement la crise. Nous pensons que le Panel vient en respectant la constitution. Tout ce qui est contraire à la constitution ne serait pas accepté".

    L’insistance de Djédjé sur la constitution n'est pas un hasard. Le refus de Gbagbo d'accepter les résultats certifiés par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de reconnaître sa défaite face à Ouattara se fonde sur ce que le camp Gbagbo considère comme une grave violation des procédures électorales.

    La publication des résultats par le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Youssouf Bakayoko, a été retardée à plusieurs reprises avant qu'il n’ait finalement déclaré Ouattara vainqueur à l'Hôtel du Golf le 2 décembre 2010. L'hôtel a été – et est – également le siège du camp Ouattara.

    "Nous ne savons pas exactement pourquoi, mais nous savons que le président de la commission a été enlevé par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis pour annoncer les résultats provisoires comme étant définitifs à partir du bureau d'un seul candidat", a indiqué Djédjé.

    Les médias ont annoncé que Bakayoko a choisi l'Hôtel du Golf à cause de la sécurité qu’il offrait par la présence des soldats de maintien de la paix des Nations Unies. Le Conseil constitutionnel a rejeté les résultats, affirmant que la CEI avait dépassé d'une journée le délai prévu pour leur publication.

    La campagne de Gbagbo avait contesté les résultats de quatre départements dans le nord du pays, et le jour suivant, le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N'dre, a finalement annulé les suffrages de sept départements, annonçant, le 3 décembre, que près d'un dixième des suffrages exprimés étaient frauduleux d’après le conseil: le total révisé a balancé des 54,1 pour cent des suffrages pour Ouattara vers une victoire serrée en faveur de Gbagbo avec 51 pour cent des voix.

    Les Nation Unies, la CEDEAO et la grande majorité des gouvernements ont rejeté la décision du Conseil constitutionnel – son président est largement considéré comme proche de Gbagbo – et ont reconnu Ouattara comme le vainqueur, bien qu'il demeure retranché dans les locaux de l’Hôtel du Golf où plusieurs centaines de Casques bleus offrent la sécurité contre un blocus des partisans de Gbagbo.

    Plusieurs séries de médiations entre les deux parties ont échoué, avec la montée des tensions de façon constante; Ouattara et Gbagbo ont été séparément investis comme président, des dizaines de milliers d'Ivoiriens ont été déplacés et l'ONU estime que plus de 200 personnes ont été tuées.

    Le panel de l'UA a maintenant un mois pour réévaluer la situation et proposer un moyen de sortir de l'impasse.

    "Nous ne traitons pas avec des 'si'. Nous ne parlons pas du recomptage des voix… et nous nous en tenons à notre décision", a-t-il dit en réponse à une question posée par IPS au cours d’une conférence de presse lundi soir (31 janvier) à la fin du sommet de l'UA.

    Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a déclaré que les Nations Unies appuieront les travaux du panel.

    "Le panel devrait travailler en étroite coordination avec l'ONU dans tous les aspects et à toutes les étapes du processus. A cet égard, l'ONU est disposée à fournir un haut fonctionnaire pour venir travailler avec l'équipe d'experts qui appuiera le panel".

    Ban a appelé à la levée de siège sur l'Hôtel du Golf, à un soutien total au gouvernement légitime et à une "sortie pacifique et honorable" pour Gbagbo; toutefois, il rejette la contestation des résultats annoncés par la CEI.

    "La réouverture des résultats… serait une grave injustice et créerait un précédent malheureux", a-t-il confié aux dirigeants africains à Addis-Abeba.

    S’adressant aux chefs d'Etat le 30 janvier, le président sortant de l'UA, le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, a appelé Gbagbo à respecter la volonté des Ivoiriens et à transmettre le pouvoir à Ouattara.

    "Le refus de M. Gbagbo de respecter le résultat des élections de novembre 2010 en Côte d'Ivoire constitue une menace grave pour la démocratie en Afrique", a-t-il souligné, ajoutant qu'il souhaitait que l'Union africaine maintienne la suspension de la Côte d'Ivoire de l'organisation jusqu'à ce que Ouattara prenne le pouvoir.

    Mais, les membres de l'UA ne sont pas entièrement unanimes pour le soutien. L’Afrique du Sud, qui est membre de ce panel de haut niveau, a adopté une position prudemment plus neutre et a évité d’approuver les résultats publiés. L'ex-président, Thabo Mbeki, qui s'est rendu en Côte d'Ivoire en tant que médiateur, a plaidé en faveur d'un accord de partage du pouvoir, affirmant que les élections ont été entachées d’irrégularités.

    "Toutes les solutions pacifiques pour mettre fin à la crise sont les bienvenues. Nous sommes contre toutes les formes de violence qui ne feront qu'aggraver la crise", a déclaré par téléphone à IPS, André Kamaté, président de la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme, basée à Abidjan.

    "C'est une bonne position que l'UA ait mis en place ce panel pour régler la crise. Mais la décision finale de l'Union africaine devrait tenir compte du vote des Ivoiriens", a confié à IPS, Désiré Assogbavi, directeur du Bureau de liaison d'Oxfam International à l'Union africaine. "Cette position ne devrait pas être négociée".

    * Fulgence Zamblé a contribué à ce reportage depuis Abidjan.

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