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COTE D’IVOIRE-GHANA: Le commerce transfrontalier victime de la fermeture des frontières

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 5 oct (IPS) – Le gouvernement ivoirien a fermé ses frontières terrestres et maritimes avec le Ghana depuis le 22 septembre suite à une attaque armée contre le poste-frontière de Noé en Côte d’Ivoire. Cette fermeture cause des désagréments aux nombreux commerçants transfrontaliers de la sous-région.

    Dans la nuit du 20 au 21 septembre, des attaques ont été menées contre des postes de contrôle de l’armée à Abidjan et à Noé. Celle de Noé, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, a fait quatre morts du côté des assaillants, selon les autorités ivoiriennes qui affirment que les agresseurs sont venus du Ghana.

    Kwesi Antah, commerçant ghanéen, passe la nuit à la belle étoile depuis deux semaines au poste-frontalier de Noé. La fermeture de la frontière lui a fait perdre 40 tonnes de bananes qu’il acheminait au Ghana.

    "Le produit pourrissait. Comme je ne pouvais pas le retourner à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, j’ai dû le distribuer à tous ceux qui sont bloqués ici", raconte Kwesi à IPS. Il estime avoir perdu deux millions de francs CFA (environ 4.000 dollars) pour l’achat des bananes et le transport.

    Angéline Kouamé et Mawa Dosso, deux commerçantes ivoiriennes n’ont pu honorer, auprès de leurs clients, des commandes de vêtements, de chaussures, et de liqueurs. Elles sont inquiètes de voir toujours fermé le grand portail du poste-frontière de Noé.

    "Nous perdons notre marché et le peu de moyens dont nous disposons est dépensé à l’hôtel. Nous ne savons pas quand ouvrira la frontière", déclare Dosso. Elle et Kouamé étaient en route pour le Togo, voisin du Ghana.

    Pour les analystes, cette inactivité prolongée aux frontières ivoiro-ghanéennes sera préjudiciable à la sous-région ouest-africaine. "Les commerçants qui gagnent leur pitance avec le commerce transfrontalier sont désormais au chômage technique", explique à IPS, Séraphin Yao Prao, économiste enseignant et chercheur à l’Université de Bouaké (centre de la Côte d’Ivoire).

    "Les conséquences au niveau du commerce intra-régional sont que les flux commerciaux entre les deux pays vont certainement baisser. Et pourtant, nombreux sont les commerçants qui vivent du commerce transfrontalier", souligne-t-il.

    Selon la direction générale des douanes ivoiriennes, le Ghana est le deuxième client ouest-africain de la Côte d’Ivoire, après le Nigeria. Depuis 2010, le Ghana importe chaque année pour 57,8 milliards FCFA (115,6 millions de dollars), soit 4,3 pour cent des exportations mondiales de la Côte d'Ivoire.

    Le Ghana importe notamment des produits alimentaires, comme l’huile de palme, l'igname, la banane et d’autres produits de consommation qui transitent pour 90 pour cent par la frontière terrestre de Noé, indique la même source.

    Pour sa part, la Côte d’Ivoire importe pour environ 11 milliards FCFA (22 millions de dollars) des ouvrages en caoutchouc, des produits divers des industries chimiques, plâtres chaux et ciments… Le tout représente à peine un pour cent des importations mondiales du pays, selon la direction générale des douanes ivoiriennes.

    "Après deux semaines de fermeture des frontières, les pertes directes et indirectes des commerçants peuvent être évaluées à deux milliards FCFA (quatre millions de dollars)", affirme à IPS, Martinien Gadou, un autre économiste basé à Abidjan.

    Le ministre ivoirien de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, a admis ce préjudice commercial à la télévision nationale, le 29 septembre. "Je conviens que la décision de fermeture est difficile et très grave. Mais, on ne peut laisser prospérer une situation qui est une menace pour l’équilibre de la Côte d’Ivoire", a-t-il déclaré, se référant aux attaques contre l’armée ivoirienne.

    "Certes, le corollaire de ce genre de mesures, ce sont des incidences sur le plan économique. Mais nous avons foi en votre capacité d’adaptation", a ajouté Bakayoko, sans donner de date de réouverture des frontières.

    Mais Aurélien Kodjané, un juriste basé à Abidjan, estime que le gouvernement ivoirien veut marchander la réouverture des frontières avec l’extradition de Justin Koné Katinan, le porte-parole de l’ancien président Laurent Gbagbo.

    Interpellé au Ghana une première fois le 25 août, à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par Abidjan pour crimes économiques, Koné s’était vu accorder une liberté provisoire par un tribunal ghanéen, le 25 septembre. Il a été ensuite arrêté une deuxième fois le 28 septembre, cette fois par Interpol. Il est accusé cette fois-ci de crimes de sang par le gouvernement ivoirien.

    La justice ghanéenne promet d’examiner cette nouvelle plainte le 16 octobre. Koné est réfugié au Ghana depuis la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire.

    "Echanger l’ouverture des frontières contre Katinan (Koné) n’est pas un scénario idéal. Il y a des intérêts économiques plus importants pour ces deux pays qu’une affaire judiciaire qui peut se résoudre à tout moment", affirme Kodjané à IPS.

    L’économiste Yao Prao souligne que tout conflit entre les deux Etats ne peut que présenter de gros risques, puisqu’ils ont des projets en commun. Le plus important, dit-il, est le règlement définitif du partage d’un important gisement pétrolier offshore découvert en 2007 au large des côtes ghanéennes.

    La Côte d’Ivoire estime qu’une partie de ce pétrole se trouve sur son territoire maritime, selon une délimitation faite à partir du méridien moyen.

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