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COTE D’IVOIRE: La longue crise politique a gravement exposé les adolescents au SIDA

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 6 avr (IPS) – Les adolescents ont été sérieusement exposés au SIDA durant près d’une décennie de crise sociopolitique en Côte d’Ivoire, entre 2002 et 2011, avec environ 50 pour cent d’entre eux qui sont déjà touchés par le virus sur les 19.000 nouvelles infections enregistrées dans le pays en 2011.

    Selon une étude menée par le gouvernement ivoirien et les partenaires de lutte contre le SIDA, publiée le 2 avril à Abidjan, la capitale économique du pays, 100 pour cent des jeunes de 15 à 24 ans sont aujourd’hui exposés à la pandémie, tandis que 3,2 pour cent sont déjà séropositifs.

    "La crise a affecté ce groupe d’âge en raison de l’oisiveté, et certains jeunes étaient des belligérants" qui combattaient dans différents groupes armés pendant la rébellion, déclare à IPS, Juma Kariburyo, administrateur du VIH/SIDA au bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Abidjan et un des rédacteurs du rapport de l’étude. "Les déplacements de populations ont aussi constitué une raison d’autant plus qu’il y a eu une modification du mode de vie avec l’appât du gain facile, notamment chez les adolescentes".Selon l’étude, 82 pour cent de ces jeunes exposés sont vulnérables et 43 pour cent sont très vulnérables. Les jeunes vulnérables sont essentiellement les filles de 20 à 24 ans, en milieu rural, pauvres vivant en union libre. Ceux qui sont très vulnérables sont les garçons ayant un niveau d’étude secondaire ou supérieur.

    Le dernier recensement de la population en 1998 indique que les jeunes de 20 à 24 ans représentent plus de 34 pour cent de la population ivoirienne, soit environ sept millions de personnes. La population de Côte d’Ivoire a été estimée en 2011 à environ 20 millions d’habitants par l’Institut national de la statistique."Il y a une forte féminisation de l’épidémie chez les filles de 20 à 24 ans. Pour un homme infecté, on dénombre 15 femmes", souligne l’OMS.

    "Au cours de l’enquête, il a été constaté que des parents encouragent ce type de comportement du gain facile de leurs enfants. Pis, d’autre part, les enseignants, dans 50 pour cent des cas, ont reconnu avoir eu des rapports avec leurs élèves", indique Kariburyo. Une situation qu’il juge très inquiétante. "Ceux-là sur qui on doit s’appuyer pour mener la sensibilisation, sont impliqués dans le mal", déplore-t-il.

    Si Kariburyo admet que cette population cible ne possède pas toujours les informations, les compétences qu’il faut et n’a pas toujours accès aux services de prévention, il affirme que des jeunes en font à leur risque et péril."Certes, des jeunes et adolescents n’ont pas toujours eu accès à l’information à cette période de crise, mais la majorité en sait beaucoup sur la prévention. Malgré tout, ils bravent le danger comme si on avait le SIDA après plus d’un rapport non protégé; ce que nous ne comprenons pas", dit-il."Durant ces cinq dernières années, la vie n’a pas été facile. S’il n’y a pas de moyens pour nourrir la famille, il est évident que nos parents ferment les yeux sur nos entrées et sorties à la maison. Le plus important, c’est de rapporter de quoi faire manger pour tout le monde", explique à IPS, Caroline Kouakou, une élève de 19 ans à Abidjan.Partant au village pour les congés de Pâques, Kouakou assure avoir des préservatifs dans sa valise. "Il y a deux mois, j’ai eu des rapports non protégés. Mais je me suis ressaisie par la suite", avoue-t-elle, refusant, pour le moment, de se soumettre au test de dépistage."Pour moi, le préservatif a été toujours indispensable puisque je vois chaque fois la sensibilisation en affiche comme à la télévision. Mais, je vois des amis qui me disent qu’ils ont souvent des rapports non protégés juste par curiosité et le risque ne leur dit rien; c’est dommage", déclare à IPS, Ibrahim Camara, 23 ans, ancien combattant de l’ex-rébellion.Pour sa part, Fabrice Kodjo, un professeur du secondaire à Abidjan, reconnaît également l’existence de relations sexuelles entre le corps enseignant et les élèves. "Toutefois, il faut admettre que nous avons une parfaite connaissance du phénomène (SIDA), d’autant plus que nous dispensons les cours sur la question. Alors, nous prenons nos dispositions par la prévention", ajoute-t-il à IPS."Maintenant qu’il y a cette étude qui est une première dans le pays et qui concerne une bonne base de travail, il faut envisager d’apporter une réponse au problème. Cela ne pourra se faire sans les jeunes eux-mêmes", a souligné la ministre de la Santé et de la Lutte contre le SIDA, Thérèse N’dri Yoman, lors de la restitution de l’étude.De son côté, la ministre de l’Education nationale, Kandia Camara, a déclaré: "C’est un problème sérieux qui se pose et il faudra une action concertée des différents ministères ayant en charge les jeunes et les adolescents pour parvenir à freiner le mal".Avec une séroprévalence nationale de 3,4 pour cent, la Côte d’Ivoire figure parmi les pays d’Afrique de l’ouest les plus affectés par le VIH/SIDA et est classée comme pays à épidémie généralisée, selon l’OMS. La Côte d’Ivoire a adhéré en décembre 2011 au projet "Objectif zéro nouvelle infection" jusqu’en 2015.

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