Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique »

COTE D’IVOIRE: Les temps de vaches maigres deviennent plus maigres dans le nord

    By Robbie Corey-Boulet

    KORHOGO, Côte d’Ivoire, 16 août (IPS) – Salimata Coulibaly, directrice d'un centre médical à Korhogo, une ville du nord de la Côte d’Ivoire, était debout devant un tableau affichant des photos d'enfants dont certaines sont prises à l’arrivée des enfants dans le centre, et d’autres après un traitement pour la malnutrition.

    Ces dernières semaines, elle n'a pas eu de pénurie de photos à prendre. Le nombre d'enfants de cette région des Savanes, amenés dans le centre pour être pesés est à la hausse, ayant grimpé de 162 en avril à 674 en juillet."Une crise a commencé. Nous sommes dans la période de soudure", a déclaré Coulibaly à IPS, se référant à la période allant de juin à août, lorsque les stocks alimentaires dans cette partie de ce pays d’Afrique de l’ouest diminuent généralement avant les prochaines récoltes.Christina de Bruin, représentante adjoint du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Côte d’Ivoire, a dit à IPS que son agence avait noté une augmentation similaire des enfants malnutris dans des centres d’alimentation à travers le nord.La faim saisonnière n'est pas nouvelle dans le nord de la Côte d’Ivoire, une région où des familles sont confrontées à des niveaux élevés de pauvreté et à la faiblesse des sols. Mais cette année, de nouveaux défis sont apparus et pourraient aggraver le problème.La région a été durement touchée par la crise postélectorale en Côte d’Ivoire – une guerre civile de six mois qui a fait au moins 3.000 morts – qui a éclaté lorsque l'ancien président Laurent Gbagbo a refusé de céder le pouvoir après avoir perdu les élections de novembre 2010.Des centaines de milliers d'Ivoiriens ont été déplacés, avec des dizaines de milliers qui ont fini par se retrouver dans la région des Savanes, dans le nord, où ils ont été largement hébergés par des familles d'accueil, selon l'ONU. Bien que la crise ait pris fin il y a plus d'un an, permettant à certains déplacés de rentrer, la pression exercée sur les stocks alimentaires des familles d'accueil se fait encore sentir.L'instabilité politique a été depuis ce temps remplacée par la crise alimentaire régionale dans la région du Sahel – Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad -, qui est provoquée par des pluies irrégulières et les mauvaises récoltes ainsi que les pénuries d'eau que cela a entraînées.

    'Oxfam International' indique que 18 millions de personnes sont confrontées à une crise alimentaire cette année en Afrique occidentale et centrale, notamment au Burkina Faso et au Mali, qui sont frontaliers avec la Côte d'Ivoire.De Bruin a déclaré que la pénurie alimentaire dans la région avait, en effet, épuisé une partie de la récolte locale en Côte d’Ivoire, en augmentant fortement le coût des aliments de base.Enfin, les pluies irrégulières en Côte d’Ivoire l'année dernière ont rendu les récoltes particulièrement mauvaises, ce qui signifie que la période de soudure a été plus dure que d'habitude pour plusieurs familles.Tout cela a le potentiel d’annuler les récents gains nutritionnels dans la région. Selon des données citées par l'ONU, la malnutrition aiguë globale a chuté de 17,5 pour cent en 2008 à 5,8 pour cent au début de cette année.Cependant, une enquête réalisée en avril par le Programme alimentaire mondial, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et le ministère de l'Agriculture estimait que quelque 110.000 personnes dans la région des Savanes pourraient être exposées à l'insécurité alimentaire, et que le scénario le plus probable en 2012 pourrait être comparé à la situation en 2008, lorsque la région était sous le contrôle des rebelles et chancelait avec la baisse des services sociaux de base.Au centre médical de Korhogo, Coulibaly a dit qu'elle regardait les conditions devenir progressivement plus désastreuses. Non seulement plusieurs familles mangent un seul repas par jour, a-t-elle déclaré, mais aussi elles sont souvent tellement très pressées de travailler pour ce repas qu'elles retardent la recherche de soins médicaux lorsque les premiers signes de malnutrition apparaissent.Elles viennent seulement dans les centres d’alimentation lorsque la situation devient vraiment grave, a-t-elle souligné. Elles ont tendance à attendre jusqu'à ce qu’il soit trop tard parce qu’elles ne veulent pas perdre de temps pour obtenir un traitement.Dans un centre de nutrition dans un village situé hors de Korhogo appelé MBenguebougou, Fatoumata Yire Soro, 22 ans, a décrit la pression à laquelle elle était confrontée avant de décider d’amener sa fille de deux ans pour un traitement il y a environ deux mois."J'étais très préoccupée par la santé de mon enfant, qui, je pouvais le voir, souffrait de malnutrition", a indiqué Soro, qui vend du charbon de bois. "Mais au même moment, je dois faire face à la pression de la maison parce que je ne suis pas sur le terrain (en train de gagner ma vie). En fin de compte, la santé de mon enfant était la chose la plus importante".Le retard dans le traitement médical pour les enfants n'est qu'un mécanisme d'adaptation négatif adopté par des familles qui ont du mal à se nourrir. Les parents sont aussi plus susceptibles de retirer leurs enfants de l'école, quelque chose qui, selon De Bruin, avait été constaté à travers la région en réponse à la crise alimentaire au Sahel."Beaucoup d'enfants ont quitté le système éducatif, malheureusement", a-t-elle dit. "Nous constatons qu'en raison de la crise au Sahel, des enfants quittent l'école plus tôt".Un problème enracinéThomas Bassett, professeur de géographie à l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, aux Etats-Unis, et co-auteur du livre Atlas de la faim dans le monde, en 2010, a déclaré à IPS qu'il était important de ne pas oublier les facteurs structurels qui contribuent à la faim en Côte d'Ivoire.Plus de 40 pour cent des enfants âgés de moins de cinq ans ici souffrent de retard de croissance, ce qui signifie qu'ils ne reçoivent pas suffisamment de nourriture pour une croissance normale."Nous savons qu'environ 45 pour cent de la population vit avec deux dollars par jour. C'est donc presque la moitié de la population (de près de 20 millions d’habitants) qui risque de tomber dans la faim", a souligné Bassett.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa