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COTE D’IVOIRE: Les universités appelées à se débarrasser de l’héritage de la violence et de la corruption

    By Robbie Corey-Boulet

    ABIDJAN, 5 sep (IPS) – Yacouba Coulibaly préparait un doctorat en éducation à l'Université de Cocody à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, avant le début des violences postélectorales en Côte d’Ivoire en 2010.

    Mais ses cours ont été régulièrement perturbés par des membres armés d'une fédération estudiantine puissante qui souhaitait tenir plutôt des meetings. Plus tard, les universités publiques du pays ont été fermées en 2011 à la fin des violences postélectorales, et Coulibaly n'a pas pu poursuivre ses études.

    Mais aujourd’hui, il est l'un des quelque 61.000 étudiants qui sont censés commencer les cours bientôt dans la nouvelle année académique, puisque les cinq universités publiques du pays ont rouvert leurs portes le lundi, 3 septembre.

    "J'espère que nous aurons une université paisible, où les gens ne se comportent pas comme nous l’avons vu par le passé", a-t-il déclaré à IPS. "Je ne veux pas que mes jeunes frères et sœurs souffrent de cette même manière", a-t-il ajouté, se référant aux futurs étudiants de ce pays d’Afrique de l’ouest.

    Coulibaly a affirmé que cette réouverture des universités, marquée par une cérémonie lundi à l'Université de Cocody (qui a été rebaptisée du nom du président fondateur du pays, Félix Houphouët-Boigny), permettrait au pays de se développer.

    "Quand vous voyez un pays sans universités, il y a quelque chose qui ne va pas. Vous ne pouvez pas parler de développement sans universités", a-t-il souligné.

    Le président ivoirien, Alassane Ouattara, espère également qu'un important investissement dans le secteur de l'éducation peut aider les universités de son pays à se débarrasser de l’héritage de la violence et la corruption qui ont contribué à la récente agitation. Mais des inquiétudes persistantes font état de ce que l'enseignement supérieur pourrait être à nouveau corrompu par la politique.

    S'exprimant lors de la cérémonie de lundi, Ouattara a promis d'entretenir un système universitaire qui rivaliserait avec les meilleures au monde, et a également juré de mettre en œuvre des réformes aux niveaux primaire et secondaire.

    "En tant qu'économiste, je suis convaincu que l'investissement, dans les universités, apporte le meilleur rendement en matière de développement", a-t-il déclaré.

    Le président a déploré le rôle que les universités ont joué dans la crise postélectorale de 2010 à 2011 dans le pays. Il a dit qu'elles étaient devenues des lieux de "violence et de corruption" durant l'administration de l'ancien président Laurent Gbagbo.

    Ouattara a battu Gbagbo dans les élections de novembre 2010, mais le président sortant a refusé de céder le pouvoir, déclenchant des violences qui ont fait au moins 3.000 morts. Gbagbo, qui a été depuis ce temps transféré à la Cour pénale internationale, à La Haye, était un professeur d’histoire. Il bénéficiait d’un grand soutien des facultés universitaires et de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI).

    Pendant les années qui ont précédé les violences, la FESCI était devenue associée à l'extorsion et au racket, recourant souvent à la violence. Un rapport de 2008 de 'Human Rights Watch' (HRW) impliquait des membres de la FESCI dans des agressions, l'extorsion et le viol, indiquant que les membres ciblaient les adversaires politiques de Gbagbo en toute impunité. HRW et d'autres groupes ont également indiqué que des membres de la FESCI étaient impliqués dans le conflit de 2010-2011.

    Augustin Mian, le secrétaire général de la FESCI, a déclaré à IPS que le groupe avait été transformé en un bouc émissaire pour les problèmes passés du pays, et a affirmé que les membres de la FESCI étaient ciblés pour des abus par les forces pro-Ouattara depuis la fin du conflit.

    "Nous protestons contre le fait que les gens disent que nous sommes des milices", a-t-il dit. Il a ajouté que le groupe continuerait à défendre les intérêts des étudiants, et envisageait de protester contre l’augmentation programmée des frais d'inscription.

    Ouattara a défendu la décision de fermer les universités, ce qui n’était pas apprécié par bon nombre d’Ivoiriens dans un premier temps.

    René Legré Houkou, président de la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme, était parmi ceux qui pensaient que la décision était mauvaise. "Pour nous, cette décision a arrêté le processus normal de l'enseignement et de la formation", a-t-il confié à IPS.

    "Nous pensions que cela violait le droit à l'éducation, et nous étions préoccupés par le fait que tous ces étudiants seraient laissés à ne rien faire".

    Houkou a dit que les responsables seraient confrontés à un certain nombre de défis pendant que les cours reprendraient dans les universités, notamment le fait de trouver des remplaçants pour les nombreux professeurs qui étaient des alliés de Gbagbo et qui sont aujourd'hui en exil.

    En attendant, des étudiants à Abidjan ont dit qu'ils espéraient que les cinq campus universitaires – rénovés à 210 millions de dollars environ – seraient désormais paisibles.

    La plupart des étudiants ont indiqué qu'ils étaient simplement heureux que les universités existantes soient rouvertes. Koné Pranhoro, 30 ans, un doctorant en économie, a déclaré que c'était "une bonne occasion pour la génération future".

    "Nous espérons que la politique ne sera jamais impliquée à nouveau dans les universités", a-t-il déclaré.

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