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COTE D’IVOIRE: Rien ne freine la cybercriminalité

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 12 août (IPS) – Les autorités de Côte d’Ivoire multiplient les actions pour lutter contre la cybercriminalité dans l’espoir de freiner le phénomène. Mais, elles sont loin d’entamer les ardeurs des pirates de l’informatique dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

    Dans le quartier de Cocody-Riviera 2, à l’est d’Abidjan, comme dans la majorité des communes de la capitale économique ivoirienne, les cybercafés ne désemplissent jamais. De jour comme de nuit, des clients de tout âge, parfois mineurs, surfent sur Internet.

    Mais, loin de faire des recherches pour des travaux scolaires ou universitaires, ils conçoivent plutôt des scénarios pour arnaquer des individus et même des entreprises, a constaté IPS pendant une enquête début-août dans un cybercafé d’Abidjan.''J’ai tendu mon hameçon en me présentant comme un prince héritier, à qui le défunt père a cédé une très grosse fortune – huit millions de dollars – dans un compte bancaire en Angleterre'', explique Soumahoro Kanvaly*, 16 ans, élève dans un collège secondaire d’Abidjan. ''J’ai demandé que mon contact [sa victime] à Bruxelles m’aide à entrer en possession de mon argent et je lui reverserai la moitié du trésor'', ajoute-t-il à IPS.

    Depuis trois mois que Kanvaly échange avec sa victime, il relève lui avoir déjà soutiré huit millions de francs CFA (environ 16.000 dollars). ''Dans les prochains jours, il doit me faire parvenir encore de l'argent et je le mets actuellement en confiance pour éviter que l’affaire ne capote'', affirme-t-il.

    A côté du poste de navigation de Kanvaly, est installé Fabrice Kouadio*, 27 ans. C’est lui qui a initié Kanvaly à l’arnaque, après avoir fait de nombreuses victimes, tant en Europe qu’en Côte d’Ivoire.

    ''Ce qui m’intéresse, ce sont les grosses prises. Je traite toujours les dossiers de plus de 40.000 dollars en faisant croire qu’il y a une entreprise de cacao ou de café à implanter. Je cherche des partenaires et certains mordent à l’hameçon'', raconte Kouadio à IPS, avec un brin d’humour.

    Comme Kanvaly et Kouadio, ils sont des milliers de jeunes, communément appelés ''les brouteurs'', à s’adonner à la cybercriminalité en Côte d’Ivoire, faisant de nombreuses victimes à travers le monde.

    Pourtant, il y a deux ans, le gouvernement ivoirien avait mis en place une Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) pour traquer les cybercriminels. Les résultats de son action, selon des experts de la PLCC, sont inquiétants.

    Selon un rapport publié le 27 juillet par la PLCC, le phénomène a déjà causé, pour le premier trimestre de 2013, un préjudice financier de cinq milliards FCFA (environ 10 millions de dollars) à des particuliers vivant à l’étranger – 285 personnes en France – et à des entreprises.

    Déjà, entre 2009 et 2012, ajoute la PLCC, ce fléau avait représenté une perte de 40 millions de dollars en Côte d’Ivoire, dont 16 millions de dollars au préjudice du géant de l’informatique, Microsoft, qui a également perdu 12 millions de dollars dans 18 autres pays d’Afrique de l’ouest et du centre à cause de la cybercriminalité.

    ''Le mal va donc en s’amplifiant et la côte d’alerte est atteinte'', souligne avec amertume, Stéphane Konan, responsable de la Direction de l’informatique et des traces technologiques, une police scientifique dont dépend la PLCC. Selon lui, la cybercriminalité se poursuit et se perfectionne en Côte d’Ivoire.

    La preuve vient du démantèlement de 22 réseaux de cybercriminels depuis janvier 2013 dans le pays, alors qu’en 2012 seule, 59 réseaux ont été démantelés. En outre, 4.000 dénonciations ont été enregistrées au premier trimestre cette année, contre moins de 2.000 dénonciations en 2012, relève le rapport de la PLCC. Selon Konan, ''59 pour cent des arnaqueurs sont des Ivoiriens''.''Je me suis fait avoir une fois, lorsqu’un de ces cybercriminels m’a envoyé un mail de l’adresse d’un ami, me disant que ce dernier était bloqué dans un hôtel à Dakar (Sénégal), et qu’il avait besoin de 1.500 dollars pour se sortir d’un ennui. J’ai transféré cet argent et c’est après que je me suis rendu compte de la supercherie'', se souvient Maxime Bilé, directeur d’une entreprise à Abidjan.''Je souhaite que la loi frappe durement ces individus. Ils ont causé trop tort aux citoyens et aux entreprises'', déclare Bilé à IPS.

    A ce jour, 68 individus ont été condamnés en 2012, malgré l’absence d’une loi sanctionnant la cybercriminalité. Parmi eux, Mohamed Kourouma, 33 ans, condamné, en mai 2012, à dix ans de prison ferme pour escroquerie, portant sur une somme de deux millions de dollars à un citoyen suisse.

    En mai 2013, le parlement ivoirien a adopté une loi sur la lutte contre la cybercriminalité. Les sanctions vont d’une peine de prison ferme d’un an à 20 ans, assorties d’une amende de 1.000 dollars à 200.000 dollars.

    ''Qu’est-ce que cela peut changer quand on sait que le phénomène continue depuis l’arrestation de Kourouma qui constitue, pour l’heure, la condamnation la plus lourde?'', demande Timothée N’dabian, un juriste basé à Abidjan.

    *Ce sont des noms d’emprunt.

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