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COTE D’IVOIRE: Un combat pour reconstruire le système de santé du pays

    By Kristin Palitza

    ABIDJAN, 15 mars (IPS) – Angama Ouattara, une fillette d’un an, est couchée sur un lit d'hôpital rouillé, une perfusion attachée à son petit pied gauche. Sa mère, Minata, est assise au bord du matelas, pliant les draps qu'elle a dû amener de la maison.

    Il y a six jours, Angama a été admise au service de pédiatrie de l'Hôpital général d'Abobo, à Abidjan, la capitale économique de Côte d'Ivoire. La petite fille souffre d'un grave cas de méningite, une inflammation dangereuse des membranes entourant le cerveau et la moelle épinière. Elle est trop faible pour s'asseoir ou même lever la tête.

    Une nouvelle réglementation nationale de la santé, qui est entrée en vigueur le 1er mars et offre des services de santé gratuits aux femmes enceintes, aux enfants de moins de cinq ans et aux personnes souffrant de paludisme, a sauvé sa vie.

    "Je gagne juste assez d'argent pour nourrir mes deux enfants et moi-même. Je n'ai pas d'argent pour payer les frais d'hospitalisation", déclare cette mère de 27 ans, qui travaille comme vendeuse de poissons dans un marché à Abobo, la plus grande banlieue d'Abidjan. Elle n’aurait pas pu amener sa fille à l'hôpital si ce n'était pas gratuit.

    Dix mois après que ce pays d’Afrique de l’ouest a commencé à sortir d'une crise postélectorale au cours de laquelle presque tous les hôpitaux et centres de santé ont dû fermer pendant six bons mois, parce qu'ils avaient été saccagés, pillés et occupés, le nouveau gouvernement, sous le président Alassane Ouattara, tente de faire des soins de santé publique une priorité.

    Ouattara a été investi président en mai 2011, six mois après les élections présidentielles dans le pays, qui ont été suivies d’une lutte violente entre lui et son prédécesseur, Laurent Gbagbo, au cours de laquelle 3.000 personnes ont été tuées et au moins un demi-million déplacées, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

    L’une des premières actions du nouveau président était d'assurer que les hôpitaux rouvrent leurs portes en mettant en œuvre un plan d'urgence de soins de santé, appelé 'la Gratuité', qui a administré des soins gratuits à tous les citoyens pendant neuf mois. Cette politique a été désormais remplacée par une réglementation plus permanente ciblant exclusivement les mères, les petits enfants et les malades du paludisme.

    Mais dans un pays qui se remet de 12 années d'instabilité politique depuis un coup d'Etat militaire en décembre 1999 qui a été suivi de 10 ans de règne autocratique de Gbagbo, la reconstruction d'un système public de soins de santé en effondrement prend du temps. Les hôpitaux souffrent d’un manque de personnel qualifié, d’équipements de base et de technologie depuis des années.

    La crise postélectorale de l'année dernière a rendu la fourniture des soins de santé encore pire, puisque les forces armées et les citoyens ont volé tout ce qu'ils pouvaient transporter: médicaments, matériel de laboratoire, ordinateurs, lits et matelas. Même des ambulances ont été volées, souligne Dr Mamadou Keita, le directeur du département de la santé pour la commune d'Abobo. Cette banlieue, qui abrite environ un million de personnes, a actuellement une seule ambulance.

    "Nous n'avons pas pu encore remplacer tous les équipements parce que nous devrions reconstruire (le système) à partir de zéro. C'est un processus qui prendra du temps puisqu’il est très coûteux", explique-t-il. "Pour le moment, nous ne pouvons assurer que des services minimums. Nous ne disposons pas encore de matériel de laboratoire et manquons d’équipements essentiels comme les aiguilles et les thermomètres. Nous sommes souvent en rupture de médicaments".

    La petite Angama est un bon exemple. Même si l'hôpital ne prend rien pour les services médicaux et le lit, sa mère doit acheter les liquides IV et médicaments de la fille dans une pharmacie à proximité – parce que l'hôpital est en rupture de stock. Cela lui coûte 20 dollars par jour, tandis que son revenu journalier moyen est d'environ quatre dollars.

    "Ma fille est ici depuis six jours déjà. Je dois emprunter de l'argent auprès de différents membres de la famille. Et pendant qu’Angama est à l'hôpital, je ne travaille pas, alors je n'ai pas du tout un revenu. Il me faudra beaucoup de temps pour rembourser cette dette", soupire Ouattara.

    Le besoin de la population pour de bons services de santé est plus que jamais énorme. Au cours de la crise postélectorale, entre novembre 2010 et mai 2011, beaucoup d'Ivoiriens ont été blessés lors des affrontements, et des milliers de personnes déplacées n'avaient pas accès à l'eau, à l'assainissement et étaient exposées au paludisme.

    En 2011, quatre millions d'enfants ont été hospitalisés dans l'Hôpital général d'Abobo seul, presque le double par rapport à l'année précédente, déclare Dr Tenedia Soro-Coulibaly, la pédiatre de l'hôpital.

    "Environ 90 pour cent de ces enfants étaient atteints de paludisme. C’était incroyable", dit-elle, même pour un pays comme la Côte d'Ivoire où le paludisme est la principale cause de mortalité infantile, avec environ la moitié de tous les décès d’enfants dus à la maladie, selon l'OMS.

    Pour aggraver les choses, les marchés et les banques avaient dû fermer lorsque le pays est tombé dans la crise, ce qui signifie que les gens ne pouvaient accéder ni à l'argent, ni à la nourriture. En conséquence, les taux de malnutrition ont grimpé, en particulier chez les enfants, les plus vulnérables. "Nous avons également noté une augmentation des cas de choléra, de méningite et de rougeole ainsi que la diarrhée et les infections respiratoires", ajoute Dr Keita.

    La combinaison des pillages et de la multiplication des maladies a accablé un système de santé déjà en difficulté qui mettra des mois encore pour être rétabli. "Nous n’avons pas souvent l'équipement d'urgence nécessaire pour sauver la vie des patients", se lamente Soro-Coulibaly. Les bouteilles d'oxygène au service de pédiatrie sont vides tandis que les groupes électrogènes en panne empêchent les médecins de faire leur travail pendant les fréquentes coupures de courant, dit-elle.

    L'impact des violences postélectorales sur la santé des enfants a été en effet si grave que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) redoute que la situation ne puisse avoir des conséquences néfastes durables pour les enfants ivoiriens – notamment si le gouvernement ne parvient pas à reconstruire rapidement le système de santé dans tout le pays.

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