Home » Afrique, Developpement, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique »

COTE D’IVOIRE: Un trafic illicite de bois expose le nord à la sécheresse

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 17 fév (IPS) – Des organisations ivoiriennes de protection de l’environnement appellent les autorités à mettre un terme définitif au trafic illicite du bois de vène (Pterocarpus Erinnaceus). Ce trafic expose le nord de la Côte d’Ivoire à la sécheresse et à la famine, affirment ces ONG.

    Selon les agents des eaux et forêts, c'est un bois de diamètre moyen. L'arbre peut pousser jusqu'à une dizaine de mètres de haut et porte des fleurs sombres. Ses fruits ressemblent aux gousses d'ail et sont consommés notamment par des animaux, tandis que les hommes utilisent ses écorces à des fins médicinales."Le bois de vène constitue pour plus de 80 pour cent du couvert végétal au-dessus du 8ème parallèle. Ce couvert se situe à la porte d’entrée du désert. S’il est détruit, alors tout le nord sera exposé à la sécheresse et à la famine", prévient Jacob N’Zi, secrétaire exécutif du Groupe écologique de Côte d’Ivoire, une organisation non gouvernementale basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.Selon N’Zi, l’Etat avait toujours interdit la chasse et toute exportation à l’état brut de cette espèce de bois dans cette zone pour équilibrer l’écosystème. Toutefois, des opérateurs économiques, en complicité avec des agents du ministère des Eaux Forêts procédaient à une exploitation abusive de cette essence.Le bois de vène, devenu très rare selon les scientifiques, est utilisé pour le bois de chauffage, mais aussi à des fins médicinales. Il est utile comme une plante fixatrice de l’azote qui contribue à améliorer en nutriments les terres agricoles appauvries. Par ailleurs, l’arbre dégage une sève utilisée comme colorant pour teinter des pagnes. Son feuillage est un fourrage nutritif pour les animaux de ferme."Dans le nord de la Côte d’Ivoire, aujourd’hui menacé par le désert, il n’y a que l’élevage et l’agriculture qui nourrissent les populations. Si elles perdent la principale essence de leur survie, ce serait un drame", déclare à IPS, Souleymane Camara, un ingénieur agronome basé à Séguéla, dans le nord-ouest."Le mètre cube du bois de vène s’achète à 330.000 francs CFA (environ 660 dollars) à Abidjan et est revendu à 700.000 FCFA (environ 1.400 dollars) dans un pays comme la Chine", indique N’Zi.L’appel des écologistes intervient alors qu’un scandale relatif au trafic de bois de vène secoue en ce moment le ministère des Eaux et Forêts. Ce scandale, dévoilé début février, porte sur la saisie de 30 conteneurs frauduleux de 40 pieds de bois de vène aux deux ports du pays – Abidjan au sud et San-Pedro au sud-ouest.Le scandale implique des cadres de l’administration, dont le directeur et le chef de cabinet de ce ministère, respectivement Yamani Soro et Maméry Koné. Le premier a été suspendu de ses fonctions, tandis que le second a été arrêté puis relâché pour insuffisance de preuves. Les deux hommes avaient été cités par des exportateurs comme ayant facilité le transport des bois de vène de la zone de production au nord, jusqu'au sud du pas.Des proches de Maméry Koné affirment qu’il "a été relaxé pour indices non concordants, ce qui veut dire qu’il n’est coupable d’aucun délit". Par contre, l'inspecteur du port de grumes de San-Pedro, le capitaine Vassiriki Koné, qui a été également entendu par la gendarmerie, a été inculpé.

    "Ces décisions sont loin de pouvoir nous soulager. A la limite, le dossier est banalisé par nos autorités. Le bois saisi sera vite vendu sans que toute la vérité éclate. Il y avait tout de même une chaîne de responsabilité. Pour nous, c’était l’occasion d’envoyer un signal fort aux fossoyeurs des forêts ivoiriennes, mais c'est manqué", déplore Blaise Gnakala, un militant écologiste à Abidjan.Mais, le ministre des Eaux et Forêts, Clément Nabo, assure que toute la lumière sera faite sur le scandale. Et selon le ministère, le bois saisi devrait être vendu aux enchères et les fonds restitués à l'Etat.Gnakala estime toutefois que l’inculpation de tous les mis en cause et de leurs différents complices, devrait constituer un premier pas vers la lutte contre la désertification. "Si ce scandale reste sans suite, il est fort à parier que la voie sera plus grandement ouverte à la déforestation des essences rares de nos forêts", avertit-t-il.La Côte d’Ivoire, qui comptait 16 millions d’hectares de forêts sans les années 1960, n’en compterait plus qu’environ trois millions en 2010 à cause d’une vaste déforestation anarchique pendant des décennies, selon le ministère des Eaux et Forêts.En 2007, plusieurs organisations écologiques ivoiriennes avaient demandé au gouvernement d’être associées à la gestion des forêts du pays pour éviter une exploitation abusive. Cette requête est restée sans suite, apparemment à cause des différentes crises politiques et la préparation de l'élection présidentielle organisée finalement à la fin 2010, selon ces ONG.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa