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CUBA: Le changement climatique cause la propagation de plantes envahissantes

    By Ivet González

    LA HAVANE, 16 juin (IPS) – La botaniste Ramona Oviedo a passé des décennies à fouiller la campagne de Cuba pour étudier et freiner la propagation des espèces végétales envahissantes, un problème sérieux aggravé par le changement climatique.

    Le réchauffement de la planète "peut aggraver l'impact des espèces végétales envahissantes, qui sont plus résistantes que la flore indigène de Cuba", a déclaré dans une interview accordée à IPS, Oviedo, une chercheuse à l'Institut d’écologie et de la systématique (IES).

    La Convention des Nations Unies sur la diversité biologique définit les espèces exotiques envahissantes comme des "animaux, plantes, champignons et des microorganismes entrés et installés dans l'environnement en dehors de leur habitat naturel, (qui) se reproduisent rapidement, dépassent les espèces indigènes pour la nourriture, l'eau et l'espace, et constituent l'une des principales causes de la perte de la biodiversité mondiale".

    Ces invasions biologiques sont le résultat de la mondialisation, qui a stimulé les voyages et le commerce international, et de l'introduction intentionnelle d'espèces exotiques à des fins telles que la pisciculture, le commerce des animaux, l'horticulture et le contrôle biologique (comme agents de lutte biologiques).

    La propagation des espèces exotiques envahissantes est devenue un facteur majeur de la perte des espèces, le deuxième après la dégradation de l'écosystème.

    Il y a 323 espèces de plantes envahissantes à Cuba qui colonisent les milieux naturels et agricoles, déplacent les plantes indigènes et provoquent des déséquilibres qui sont coûteux pour l'environnement et l'économie. Et 232 autres espèces de plantes exotiques présentes dans l'île pourraient être potentiellement placées dans cette catégorie.

    Les effets locaux des changements climatiques tels que la hausse des températures et des sécheresses de plus en plus fréquentes menacent la végétation indigène, qui pourrait être remplacée par des espèces exotiques hautement résistantes avec un taux de reproduction élevé, a souligné Oviedo à IPS. Les régions sujettes aux ouragans pourraient subir le même sort.

    Dans la seconde moitié du 20ème siècle, la température atmosphérique moyenne annuelle à Cuba avait augmenté de 0,5 degré Celsius, selon "Les Caraïbes et les changements climatiques. Les coûts de l'inaction", un rapport publié en mai 2008 par des chercheurs de l'Université Tufts à Boston, aux Etats-Unis. Les projections locales estiment que d'ici à 2100, elle aura augmenté de 1,6 à 2,5 degrés.

    Sept grands ouragans dévastateurs ont frappé Cuba entre 2001 et 2011. Un nombre aussi élevé d'ouragans intenses en une décennie n'avait pas été enregistré depuis 1791. Les sécheresses se sont intensifiées et sont devenues plus fréquentes, avec la sécheresse la plus grave jamais enregistrée jusque-là qui avait duré de mai 2003 à avril 2005 et avait touché l'ensemble du pays.

    Ces perturbations liées au réchauffement de la planète se produisent dans les écosystèmes qui ont été "fragilisés, fragmentés et modifiés" par des siècles de développement agricole et d'urbanisation, a noté Oviedo. Et comme de plus en plus d’espèces indigènes sont touchées, les possibilités de propagation des espèces envahissantes augmentent, a-t-elle indiqué.

    Cuba, comme beaucoup d'îles, possède une grande proportion d'espèces de plantes endémiques – c’est-à-dire, des plantes qui sont propres à l'île, et qui doivent être préservées.

    Mais pour une économie comme celle de Cuba, la gestion de ces espèces envahissantes est un défi, explique l'experte. Bon nombre de ces plantes poussent sur des terres arables, rendant l'agriculture impossible, soit elles bloquent ou contaminent les cours d'eau.

    La mimosacée (Dichrostachys cinerea), ou "marabú" à Cuba, est un arbre originaire d'Afrique rencontré largement dans toute l'île. Il a commencé à se propager à la fin du 19ème siècle, après qu'il a été amené dans la région des Caraïbes, peut-être comme arbre d'ornement ou une nouveauté botanique ou aux bovins qui en ont mangé les graines et contourné la quarantaine obligatoire.

    En effet, toutes les terres publiques inexploitées distribuées aux agriculteurs de 2008 à juin 2012 (plus de 1,5 million d'hectares) étaient infestées dans une certaine mesure d’arbres marabú et de mauvaises herbes. Les fermiers qui ont obtenu des droits d'usufruit sur ces parcelles ont dû les enlever avec des coupe-coupe avant de pouvoir planter des cultures.

    Les arbres marabú couvrent aussi une grande partie du million d'hectares environ qui attendent encore d’être distribués.

    Mais des arbres et des plantes comme ceux-ci ne sont pas totalement "indésirables", a déclaré Yoan Sarduy, une déléguée du ministère de l’Agriculture en poste dans la province de Cienfuegos, à 232 kilomètres au sud-est de La Havane. Les arbres marabú, par exemple, améliorent le sol, et les agriculteurs dans cette province récoltent le bois pour fabriquer des meubles et du charbon, a-t-elle expliqué à IPS.

    A part les marabú, les espèces de plantes exotiques qui affectent le plus ce pays insulaire des Caraïbes sont: le filao (Casuarina equisetifolia), appelé casuarina à Cuba; le faux mimosa (Leucaena leucocephala); la pomme rose (Syzygium jambos), ou Pomarrosa à Cuba; et acacia doux ou arôme (Acacia farnesiana). En outre, la jacinthe d'eau (Eichhornia azurea) et la sétaire verte (Myriophyllum pinnatum) sont deux espèces aquatiques exotiques qui ont un impact néfaste sur les écosystèmes fluviaux et lacustres.

    Les espèces végétales envahissantes constituent un problème dans toute l'Amérique latine. Le Chili annonce 1.500 espèces exotiques, le Costa Rica 238, et le Mexique, 665, tandis que le Guatemala et la République dominicaine en ont 595 et 59 respectivement, selon différentes sources.

    L'IES recommande l'élimination des populations envahissantes en déracinant les plantes à la main ou par des moyens mécaniques et en prenant des précautions pour les empêcher de se propager à nouveau. C'est une méthode ardue, mais plus sûre et plus rentable que le fait d'appliquer des herbicides ou d'introduire des agents de lutte biologiques.

    Il recommande également l’utilisation de ces plantes pour fabriquer de l’engrais organique ou des aliments pour animaux, générer du biogaz, fabriquer des objets d'art ou pour créer des jardins d'eau.

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