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CUBA: L’impunité pue dans le fleuve Quibú

    By Ivet González

    LA HAVANE, 15 fév (IPS) – L'odeur vous frappe dès que vous franchissez la porte de l'une des belles maisons situées le long du fleuve Quibú dans le quartier Náutico de La Havane, la capitale de Cuba. "Les ordures s’entassent, elles puent, et il y a même des rats", a déclaré María Angélica Suárez, une habitante de la localité qui est fatiguée de vivre ainsi.

    "La situation à l'embouchure du fleuve a toujours été mauvaise… et les choses sont pires maintenant", a indiqué à IPS, cette retraitée de 69 ans. Elle et ses voisins souffrent des effets des déchets urbains qui polluent le fleuve Quibú à cause de la faiblesse de l’inspection et de la surveillance ainsi que d'une application laxiste des lois sur l’environnement, entre autres causes.

    "Les ordures, qui proviennent de l'amont, s'accumulent et créent d'énormes îles. Elles s’entassent également sur le terrain vide situé à l’autre côté du fleuve. Elles vous donnent envie de pleurer de voir un endroit avec une telle belle vue transformé en un dépotoir d’ordures", a déclaré Suárez, l'une des 1.200 personnes qui vivent dans ce quartier côtier à l'ouest de La Havane.

    Elle vit exactement à l’endroit où le fleuve se jette dans la mer, après avoir pris sa source à 12 km en arrière, à partir du point de rencontre des ruisseaux Auditor et Quiebra Hacha. Avant d'arriver à Náutico, il traverse les quartiers pauvres situés à la périphérie de La Havane, une ville qui abrite 2,1 millions des 11,2 millions d'habitants de ce pays insulaire des Caraïbes.

    Pendant qu’il serpente le long des franges ouest de la ville, des cours d'eau s’y jettent, et les déchets provenant des bas-quartiers semi-urbains et ruraux en font de même.

    Plusieurs maisons à Náutico et l'école primaire Eliseo Reyes, avec un effectif 280 élèves, sont situées près de la maison de Suárez le long de l'embouchure du fleuve.

    Le déversement des eaux usées et de déchets solides a été identifié comme l'une des principales causes de la pollution du bassin de Quibú, par le projet dénommé "Durabilité de l'environnement dans la province de La Havane", publié en 2008 par un groupe d'universités européennes et latino-américaines.

    D'autres sources de contamination de ce fleuve peu profond sont liées, de différentes manières, aux activités de l'usine de sucre Manuel Martínez Prieto, des sociétés biopharmaceutiques, des centres de santé et des hôpitaux, et l'agriculture, bien qu’il existe des étangs d'oxydation et une usine de traitement des déchets liquides dans le bassin pour traiter les eaux usées.

    Raquel Duarte, une autre habitante de Náutico, a déclaré à IPS que "le problème devient vraiment pire lorsque cela fait un moment qu’il a plu. Le fleuve s'assèche et ne transporte pas jusqu’à la mer" les énormes quantités de bouteilles, sacs plastiques, pneus, d’autres déchets, et de sédiments.

    Et la situation est aggravée par le changement climatique, qui a intensifié les sécheresses, entre autres changements.

    "Ce que les institutions ont fait, c’est de couper parfois les broussailles et les fourrés sur le fleuve et de (le) nettoyer avec des bulldozers. Mais cela continue de se produire… et se poursuivra ainsi tant que les gens continueront de déverser tant de choses dans le fleuve", a souligné Duarte, 57 ans, une assistante chargée des comptes.

    "J'ai eu des rats ici, bien que je garde toutes les choses propres. Ils viennent de là-bas", a-t-

    elle déclaré, montrant un terrain vide.

    Un autre habitant du coin, qui a préféré l’anonymat, a dit: "Ces déchets ont des noms et des visages. Quel est le problème avec les gens qui jettent des déchets? La police et les inspecteurs ne les amendent ou ne les punissent-

    ils pas?"Interrogé sur les irrégularités observées dans l'inspection et la surveillance de l'environnement, Ángel Alfonso, directeur de l'Unité gouvernementale de l’environnement, pour la province occidentale de Matanzas, a indiqué à IPS que "les mécanismes publics d’inspection ne marchent pas tous ensemble de manière coordonnée contre les atteintes à l'environnement".

    "Il faut plus de personnel et de fonds", a déclaré le responsable. Il a souligné que son unité, en charge de la supervision de la protection de l'environnement dans la province occidentale de Matanzas, dispose seulement de trois inspecteurs spécialisés.

    Son équipe forme actuellement d'autres inspecteurs, afin d’appliquer les articles de la Loi 200, en vigueur depuis 1997.

    Cette loi prévoit des amendes allant de huit à 90 dollars pour ceux qui "jettent les déchets de toute sorte dans la zone côtière", et jusqu'à 200 dollars en cas de déchets dangereux.

    Mais "les gens devraient ressentir davantage le poids de la loi", a affirmé Alfonso, qui a appelé à "un élargissement de la gamme d’atteintes".

    Pour leur part, les experts juridiques Alcides F. Antúnez et Rafael Batista ont demandé à "ce qu’on passe des amendes à la menace d’emprisonnement, en raison de l'augmentation constante des atteintes à l'environnement" à Cuba, comme ils l’ont écrit dans un article publié par le magazine argentin 'Pensamiento Penal' en février 2013.

    Selon Antúnez et Batista, professeurs à l'Université de Granma, à 730 km de La Havane, le code pénal devrait inclure un chapitre ou un article consacré aux "crimes écologiques", afin de protéger l'environnement comme un "bien juridique".

    Ils ont déclaré que ce serait un instrument de plus pour encourager la prévention, le moyen le plus efficace pour protéger l'environnement.

    En octobre 2013, le parlement local a commencé à modifier le code pénal de 1987 et la loi de 1977 sur la procédure pénale, afin de rendre plus efficaces les mesures de prévention et de répression.

    En attendant, les habitants de Náutico ont révélé une autre cause peu connue de la situation à l'embouchure du fleuve Quibú.

    Le 23 mai 2006, l'eau sale du fleuve est montée et a couvert presque tout le quartier – un événement sans précédent selon Duarte, qui vit à Náutico depuis 1978.

    Pour éviter de nouvelles inondations, le lit du fleuve a été élargi, avec un financement du bureau provincial des ressources en eau.

    Duarte a affirmé qu'elle a constaté que "maintenant le fleuve n'est pas aussi profond, et que les ordures s’entassent beaucoup plus, bien qu’il n'y ait pas eu d'autres inondations".

    Suárez a souligné qu’"ils n'ont pas dragué suffisamment le fleuve quand ils l’ont élargi, ce qui a empiré le problème des ordures".* Le fleuve Quibú, qui traverse le quartier d’El Náutico, à La Havane, est rempli d'ordures. Crédit: Jorge Luis Baños/IPS

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