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CUBA: Tenir compte de la mer dans le plan d’adaptation au climat

    By Patricia Grogg

    LA HAVANE, 16 avr (IPS) – L'un des défis majeurs auxquels Cuba est confronté pendant que le pays conçoit des politiques d’adaptation aux changements climatiques, c’est la préservation de ses écosystèmes côtiers contre la hausse prévue du niveau de la mer et des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus catastrophiques.

    Avec le littoral long de 5.500 kilomètres et 4.000 cayes et îlots du pays, presque tout le monde sur cet archipel cubain estime que sa vie est liée à la mer d'une manière ou d'une autre. "C'est beau, mais c’est aussi dangereux", a déclaré Teresa Marcial, 78 ans, qui vit sur la côte à Santa Fé, dans la banlieue nord de La Havane, la capitale.Depuis des décennies, Marcial vit avec l'océan qui clapote pratiquement son patio. En 2005, les inondations causées par l'ouragan Wilma ont quasiment laissé sa famille et ses voisins dans la rue. "D'énormes vagues ont tout balayé. Nous avons été surpris. L'eau a emporté une armoire très lourde, qui a simplement disparu", a-t-elle indiqué à IPS.Son fils, Martín Pérez Marcial, a ajouté qu'ils ont décidé de vendre leur maison et d’emménager dans un endroit plus sûr."Mais comme vous pouvez l'imaginer, avec l'espoir que les ouragans futurs seront plus intenses en raison des changements climatiques, personne ne veut venir vivre ici", a affirmé un voisin qui n'a pas dit son nom.Quelques rues plus loin, des constructeurs bâtissent une maison qui est plus de deux mètres au-dessus du niveau du sol, utilisant une partie d'une ancienne maison et de solides piliers pour renforcer. "Si il y a inondation, l'eau peut circuler librement sous la maison", a expliqué le contremaître de la construction, José Luis Martínez.Derrière la maison, qui est en construction par "self help" (auto-assistance), comme on appelle les initiatives privées de construction à Cuba, il y a un mur extérieur en béton solide et en pierre dure. "Il permet d'économiser du ciment, et ne nécessite pas d'acier, qui rouille au fil du temps", a déclaré Martinez.Ce constructeur bavard a montré comment la base du mur de confinement a des déversoirs pour le drainage, afin de laisser couler l'eau en faisant des va-et-vient. Dans les angles, les murs sont en forme de proue de navire, "pour briser les vagues". Plusieurs maisons dans les parages ont des murs similaires, qui "coûtent une jolie petite somme", a souligné Pérez.Santa Fé est en permanence exposée aux inondations en raison des ouragans. Des études menées par des organismes étatiques la classent parmi les zones côtières de la capitale qui sont confrontées au plus grand impact direct des orages tropicaux, et dans un degré plus faible, de la montée des niveaux de la mer.Adaptation, une nécessité inévitableCarlos Rodríguez, un chercheur sur l'aménagement du territoire et l'environnement pour l'Institut d'aménagement physique (IPF) du gouvernement, estime que 577 établissements humains pourraient souffrir de l'assaut combiné de la montée des niveaux de la mer et de vagues surdimensionnées provenant des houles et marées d’orages associées aux ouragans.Dans une interview accordée à IPS, Rodríguez a souligné que selon une étude conjointe de plusieurs institutions scientifiques cubaines, dirigée par le ministère de la Science, la Technologie et l'Environnement, et comprenant l'IPF, une zone de 2.550 km2 de côte pourrait être submergée d'ici à 2050.D’ici à 2100, la zone inondée pourrait s'étendre sur environ 5.600 km2, selon les projections relatives à la montée du niveau de la mer, a-t-il indiqué.Sur les 577 établissements vulnérables, 262 se situent à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer dans les 1.000 premiers mètres de la côte. "Ce sont ceux que nous qualifions d’établissements côtiers sensibles", a expliqué Rodriguez.Sur ces 262 villes et villages au-dessous du niveau de la mer, 122 peuvent être exclusivement affectés par la montée du niveau de la mer, avec une perte permanente du sol, des bâtiments, réseaux électriques et services publics. "Des mesures immédiates doivent être prises dans ces établissements pour une réglementation et une adaptation concrètes", a-t-il préconisé.Quinze établissements sont susceptibles de disparaître sous l'eau d'ici à 2050, et sept autres d’ici à 2100. Ces communautés doivent être déplacées ou protégées, en fonction de leurs caractéristiques et importance, bien que la plupart d'entre elles comptent peu de résidents permanents et sont essentiellement des plages pour le loisir local, situées sur les parties les plus basses de la côte, a-t-il souligné.Rodriguez a insisté que des mesures d'adaptation doivent également être prévues pour les zones intérieures touchées par la combinaison des niveaux plus élevés de la mer et des vagues de hauteur exagérée provenant des houles et marées d’orages produites par les ouragans.Dans ces cas, l'adaptation doit viser, entre autres, à réduire la vulnérabilité des maisons et bâtiments, créer des systèmes de protection, récupérer et mettre en œuvre des systèmes de drainage et à réaliser des travaux essentiels pour la protection de la population."Chaque nouvel investissement et plan pour les zones côtières dans notre pays doivent nécessairement prendre en compte les prévisions sur les changements climatiques. Il y a 20 ans, nous n'avions pas la connaissance que nous avons aujourd’hui. Nous ne devrions pas reproduire nos vulnérabilités, mais les réduire et apprendre à vivre avec les risques", a déclaré Rodriguez.

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