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DELTA DU NIGER: Les décennies de violence n’ont pas découragé les revendications pour la justice

    By Ebrima Sillah et Sam Olukoya

    DAKAR et LAGOS, 16 fév (IPS) – Les groupes de défense des droits environnementaux du Nigeria ont soutenu l’expulsion des compagnies pétrolières du Delta du Niger, dans la partie du sud-est du pays, lors du Forum social mondial (FSM) de Dakar.

    S’exprimant lors d’une réunion organisée par un groupe de militantes nigérianes de défense des droits environnementaux, Goodison Jim Dorgu, directrice exécutive de l’ONG 'Environmental Health and Safety Network' (Réseau pour la santé et la sécurité de l’environnement), basée dans l’Etat producteur de pétrole de Bayelsa, a souligné que la société civile nigériane est parvenue à la conclusion commune selon laquelle les compagnies pétrolières responsables de la dégradation grave de l’environnement doivent quitter sans délai."Nous pensons que les compagnies pétrolières doivent quitter les rives du Delta du Niger. Il doit y avoir de nouvelles négociations s’il doit y avoir d’extraction de pétrole et les communautés doivent être présentes lors du dialogue pour se représenter dans les négociations", a expliqué Dorgu.Dorgu s’exprimait lors de la session du 9 février, au FSM de Dakar, organisé par les activistes nigérians de la justice environnementale, la plupart étant des femmes venant du Delta du Niger riche en pétrole. D’autres interlocuteurs ont présenté la façon dont l’industrie pétrolière a provoqué la violence dans le Delta, avec les femmes qui supportent le poids de l’agression.Emem Okon, la responsable de 'Women’s Development and Resource Centre' (Centre de développement et de ressource des femmes), dans la ville de Port Harcourt, a soutenu que le personnel de sécurité propre des compagnies pétrolières a été impliqué dans les attaques contre les femmes. Elle a aussi affirmé que l’armée nigériane avait commis de graves violations des droits humains."Il y a des cas spécifiques dans l’Etat d’Akwa-Ibom, où Shell a introduit une équipe et ils ont attaqué les femmes. Une femme enceinte a été abattue. Il y a aussi des cas à Ogoniland où le gouvernement a mis en place un corps expéditionnaire pour la sécurité intérieure de Rivers State, et ce que ces soldats faisaient était d’utiliser les femmes comme une arme de guerre", a souligné Okon. "Beaucoup de femmes ont été violées, beaucoup de jeunes filles ont été enrôlées dans l’esclavage sexuel".Qui sème le vent récolte la tempêteLes opérations de l’armée nigériane à Ogoni ont culminé au milieu des années 1990, dans une réponse brutale à la forte mobilisation de personnes, qui avait attiré l’attention de la communauté internationale. Des centaines de personnes ont été tuées et des dizaines de milliers déplacées; le leader charismatique d’Ogoni, Ken Saro-Wiwa et huit autres ont été arrêtés et exécutés plus tard par le gouvernement. L’armée a mené des attaques similaires ailleurs dans le sud-est du pays riche en pétrole.La campagne militaire a brisé la résistance non violente, mais a donné naissance à des groupes armés dont les activités – un mélange de revendications progressives et d’affairisme à partir de l’enlèvement des travailleurs du pétrole et la vente du brut volé – ont sérieusement perturbé la production pétrolière du pays.S’adressant à TerraViva depuis sa maison à Port Harcourt, Debbie Effiong de l’ONG 'Gender and Development Action' (Action pour l’égalité du genre et le développement) a expliqué que la dégradation environnementale, la pauvreté, l’activisme et la violence sont imbriqués."L’environnement fait partie des moyens d’existence des femmes; la terre les soutient en tant qu’agricultrices. Leurs terres agricoles sont détruites à travers la pollution pétrolière. Donc, la violence des militaires visant à supprimer la cause du peuple pour la justice environnementale a suscité une forte prise de conscience parmi les femmes".Elle a déclaré que les femmes sont désireuses de prendre part à la lutte pour la justice environnementale. Mais le rôle croissant joué par les groupes armés dans le Delta du Niger complique les choses."La violence de la part des militants [les groupes armés] a affecté la participation des femmes dans la lutte pour la justice environnementale à une étape où la criminalité a remplacé les activités des militants. L’aspect criminel de cette situation n’a pas favorisé la lutte des femmes. Certaines d’entre elles ont perdu leurs maris, certaines ont perdu leurs enfants, et cela les a affectées émotionnellement dans leur quête de continuer la lutte".Le gouvernement nigérian a proposé un accord de paix et l’amnistie aux militants du Delta en 2009; la plupart des groupes ont accepté. Malgré les plaintes selon lesquelles le gouvernement n’a pas respecté sa parole – les militants ont à nouveau mené plusieurs attaques sur les installations pétrolières à la fin de 2010 – près de 27.000 jeunes hommes suivent actuellement des cours sur l’acquisition de compétences et une formation transformationnelle sur la non violence.Des activistes intrépidesIl est trop tôt pour évaluer les effets à long terme de 10 années de violence anarchique dans le Delta du Niger; l’appel pour le départ des compagnies pétrolières indique que la population n’a pas été intimidée. Effiong déclare que les femmes aussi sont prêtes à reprendre une place dans la vie politique de la région."Avec une croissance du nombre de femmes candidates aux postes politiques, si on donne cette chance aux femmes pendant les prochaines élections, je pense qu’il y aura certainement un changement majeur dans la façon dont le leadership est conduit dans ce pays", a-t-elle déclaré. "Si on donne aux femmes l’occasion d’occuper les postes électifs, cela va sans aucun doute renforcer la lutte".A Dakar, Nnimmo Bassey, responsable des Amis de la terre international, a dit aux participants du FSM que la lutte pour la justice environnementale dans le Delta du Niger sera une longue lutte."Nous sommes en train de réaliser beaucoup de formation et de mobilisation à la base et il y a beaucoup de nouveaux groupes qui viennent", a indiqué Bassey, qui vient lui-même du Delta du Niger."Le régime de responsabilité a été si bien enraciné… il y a un soutien militaire à ce que les compagnies pétrolières font et le gouvernement est derrière elles". Bassey affirme qu’il y a beaucoup de restrictions. "Il y a encore beaucoup de travail à faire en plus, mais un jour, au moment où personne ne s’y attend… le peuple va l’emporter".

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