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DEMOCRATIE-BIELORUSSIE: Des élections en vue en Biélorussie mais toujours pas de démocratie

    Robert Stefanicki

    VARSOVIE, 11 septembre (IPS) – Les Biélorusses se préparent à aller aux urnes le 23 septembre prochain pour renouveler les députés du Parlement national. Malgré la réjouissance de l'exercice démocratique, la main du président sortant Alexandre Loukachenko ne manquera pas de se faire sentir, assurent les membres de l'opposition.

    En effet la répartition des sièges se fera, d'après les dissidents, selon la volonté du président Loukachenko. Celui-ci siège, depuis 1994, à la tête de ce pays qui compte dix millions d'habitants. Le Parlement national n'a, comme dans la plupart des autocraties, que très peu de pouvoirs. Cette situation confère ainsi à Alexandre Loukachenko le titre peu envieux de « dernier dictateur en Europe ».

    L'opposition biélorusse est loin d'être unie : certains réclament un boycott électoral, d'autres préfèrent mener une campagne. Mais il y a une chose qui les met tous d'accord: le processus électoral ne se déroule pas comme il devrait l'être.

    Les commissions électorales ont effectivement enregistré des candidats de l'opposition mais elles ont également refusé les plus populaires pour des prétendues raisons d'irrégularités financières et autres non conformités.

    Exclus ou pris au piège

    « L'enregistrement a été refusé pour les candidats qui paradoxalement ont une bonne chance de remporter un siège », précise l'analyste Valéry Karbalevitch.

    Parmi les exclus, on retrouve Alexandre Milinkevitch, l'ancien rival de Loukachenko à l'élection présidentielle, ainsi qu'Anatol Liaukovitch, l'ancien dirigeant du Parti social-démocrate de Biélorussie.

    D'autres dissidents populaires ont été mis en prison, comme Mikalai Statkevitch, condamné à six ans de prison au motif d'avoir provoquer des émeutes le 19 décembre 2010, le jour de la dernière élection présidentielle.

    Certains membres de l'opposition ne peuvent pas se présenter à cause des peines judiciaires leur empêchant l'exercice des droits politiques. D'autres ont fui à l'étranger, comme Ales Mikhalevitch, un autre candidat à la présidentielle, qui a été arrêté et accusé lui aussi d'avoir organiser des émeutes. Mikhalevitch a passé deux mois en prison et, suite à sa libération, il a témoigné des tortures qu'on faisait subir à plusieurs prisonniers politiques. Il a pu finalement fuir le pays et a obtenu l'asile politique en République tchèque.

    Cela ne l'empêche pas de présenter sa candidature pour décrocher un siège au Parlement national. Les membres de l'initiative citoyenne « Liberté pour Mikalai Statkevitch et pour les autres prisonniers politiques » veulent soutenir la candidature de Statkevitch et de Mikhalevitch durant cette campagne électorale. Mais la commission électorale a balayé d'un revers de la main ces candidatures sans trouver des fondements juridiques pour les refuser.

    Ales Mikhalevitch ne croit pas que l'opposition va réussir à entrer au Parlement.

    Parmi les 68.945 responsables du dépouillement des votes, moins de 0,1 % appartiennent à l'opposition. Lors des dernières élections législatives, il y avait 279 candidats inscrits dont 70 candidats de l'opposition. Aucun d'entre eux n'a pu décrocher ne fut-ce qu'un seul siège.

    Cependant Mikhalevitch estime qu'organiser un boycott serait une erreur. « L'opposition doit se lever et montrer que nos candidats sont mieux que ceux du régime », affirme-t-il.

    Recherche d'intérêt

    Les sondages indépendants prévoient entre 25 à 35 % des voix pour les candidats du président, principalement grâce aux suffrages des villageois et des retraités. Mais ce chiffre ne signifie pas que le reste de la population est prêt à soutenir l'opposition. L'intérêt pour ces élections est en effet difficile à cerner. « Aucun de mes amis n'a l'intention de voter », explique Alexeï, un étudiant de 26 ans, qui poursuit un doctorat à Minsk. « Ils ne veulent pas nécessairement boycotter ces élections mais ils ne sont tout simplement pas intéressé par la politique. Le vote n'apportera aucun changement ».

    Bien qu'il soit sûr de sa victoire, le président Loukachenko semble nerveux en particulier au sujet d'un possible boycott. Dans un discours prononcé le 1er septembre dernier, il a critiqué ceux qui veulent éviter la confrontation électorale. « S'il y avait une véritable opposition, elle se battrait dans l'intérêt de la nation. Mais ceux qui agissent maintenant à contre-courant le font dans l'intérêt de certains pouvoirs, dont certains acteurs se trouvent même hors de notre pays. »

    Médias sociaux

    D'autres signaux qui mettent en valeur la nervosité du régime actuel sont les récentes arrestations de personnes actives sur les médias sociaux, en particulier ceux qui appellent au boycott en utilisant internet.

    Le 30 août, quatre porte-paroles de l'opposition ont été arrêtés et maltraités pour remettre aux autorités les codes d'accès de leur site sur le réseau social. Un jour plus tard, l'organisation des droits de l'homme Viasna a rapporté que l'accès internet aux sites Charter97 et BelPartizan, proches de l'opposition, ont été bloqués.

    Beaucoup de gens pensent que M. Loukachenko restera au pouvoir jusqu'à ce qu'il puisse transmettre son poste à Kola, âgé actuellement de huit ans.

    L'opposant Mikhalevitch prédit « une révolte au sein de l'appareil étatique qui ouvrira les portes d'un changement. Pour moi, un scénario Ceausescu est possible », ajoute-t-il en se référant à l'ex-président roumain Nicolae Ceausescu qui, en 1989, a été renversé puis exécuté lors d'un procès diffusé à la télévision.

    (FIN/IPS/2012)

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