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DEVELOPPEMENT-CAMEROUN: Domestiquer des plantes pour accroître les revenus

    By Raphaël Mvogo

    YAOUNDE, 11 juin (IPS) – En quête de meilleures conditions de vie face à une misère galopante dans le monde rural, les paysans camerounais ont retrouvé l'espoir avec la domestication des arbres fruitiers et des plantes médicinales, qui leur offre une alternative de développement participatif porteuse.

    La plupart de ces planteurs considèrent cette technique comme une véritable révolution qui pourrait transformer le monde rural. C'est dans le village de Lékié-Assi, un bled perdu et enclavé en pleine forêt équatoriale, dans le centre du Cameroun, que se fait la révolution de la domestication des arbres fruitiers et des plantes médicinales, avec le Groupement d'initiative communautaire des agriculteurs de Lékié-Assi (GIC AL).

    Créé en 1999 à l'initiative d'un ancien instituteur, Christophe Missé, 34 ans, qui avait démissionné de l’enseignement pour se consacrer à l'agriculture, le GIC AL était le vainqueur du premier prix de la première édition en 2001 du "Concours de la plus belle pépinière", organisé par l'antenne camerounaise du Centre international de recherche en agroforesterie (ICRAF), dont le siège est basé à Nairobi, au Kenya."La domestication est de plus en plus adoptée par les populations locales, surtout les couches défavorisées. Ce sont des techniques très simples, n'ayant pas besoin de connaissances approfondies pour multiplier les essences", déclare Zac Tchoundjeu, le coordonnateur du projet.

    Le projet a été lancé en 1998 par l'ICRAF-Cameroun, en collaboration avec l'Institut de recherche agricole pour le développement, un organisme sous tutelle du ministère camerounais de la Recherche scientifique et de l'Innovation. Le projet se veut une alternative de développement participatif en faveur des paysans camerounais, en vue de les aider à améliorer leurs conditions de vie, face à la pauvreté en milieu rural.

    "Nous travaillons sur les espèces que les populations utilisent, consomment, avant de pouvoir vendre le surplus. Il y a une démarcation avec les produits de rente, le cacao et le café", explique Tchoundjeu à IPS.

    "Nous recherchons ce qui peut rapporter beaucoup d'argent aux paysans. La priorité est accordée aux variétés contre-saison", ajoute Alain Tsobeng, un assistant de recherche pour le projet.Dans la catégorie des arbres fruitiers, les espèces reproduites vont du manguier sauvage au safoutier (dacryodes edulis, nom scientifique en latin), en passant par le " njansang " (en Ewondo, une langue locale camerounaise; cet arbre est connu sous le nom scientifique de ricinodendron heudelotii), le bitter kola (garnicia kola), le kolatier, le noisetier, l'avocatier, le manguier, le corossolier, l'oranger, le mandarinier, le pamplemoussier, le citronnier, le goyavier…

    Quant aux plantes médicinales, elles comprennent, entre autres essences, l'essok (en Ewondo, garcinia lucida pour le nom scientifique), l'abozok (en Ewondo, mammea africana pour le nom scientifique), le voakanga (vapaca bojeri), le quinqueliba (combretum micranthum), le moabi (baillonelle toxisperma), le pygeum (prunus africana).

    "Ce qui a motivé la recherche sur les plantes médicinales, c'est le fait que le yohimbe et le prinus, deux espèces phares, soient largement exportées en Europe, pour la fabrication de produits pharmaceutiques", révèle Tsobeng. "Le yohimbe est un aphrodisiaque, tandis que le prinus est utilisé pour la prévention du cancer de la prostate et du paludisme. On s'est rendu compte qu'avec le temps, la rareté des espèces augmente".

    Quatre techniques de reproduction sont principalement utilisées : le bouturage, le greffage, le marcottage et le semis. Elles permettent, explique Missé du GIC AL, de raccourcir le cycle de production.Selon Tsobeng, le cycle de production est réduit de 7-10 ans initialement à 3-4 ans en moyenne actuellement pour la plupart des espèces endogènes, à l'instar du safoutier, du njansang, du manguier sauvage, de l'avocatier, du manguier ordinaire. Il passe de 4-5 ans à deux ans en moyenne pour les agrumes et les goyaviers.Le projet bénéficie des financements du Fonds international de développement agricole (FIDA), de l'Union européenne et de la Coopération technique belge, entre autres. D'après l'ICRAF, il avait démarré avec deux pépinières pilotes dans deux localités du Cameroun. Aujourd'hui, l'on en dénombre plus d'une centaine, réparties dans six des dix provinces de ce pays d'Afrique centrale, les régions les plus agricoles. Les promoteurs sont des agriculteurs formés par l'ICRAF.

    Selon l'ICRAF, les superficies des pépinières varient entre 200 et 1.000 mètres carrés. Les champs d'exploitation atteignent parfois trois hectares. L'ICRAF dénombre environ 1.500 paysans locaux qui mettent en œuvre actuellement ses travaux de recherche. Pour l'instant, leurs activités de vente se limitent à la commercialisation locale, mais le marché est florissant, affirme le centre.

    "La production est davantage orientée vers la vente des plants. La plupart des clients passent leurs commandes à l'ICRAF, qui nous les transmet. D'autres viennent sur place, il y a une forte demande. Parfois, nous n'arrivons pas à la satisfaire", indique Missé, qui déclare entretenir sa femme et ses six enfants avec les revenus issus de son activité.D'après les chiffres fournis à IPS par l'ICRAF, le GIC AL a généré dans les champs d'exploitation, en 2003, 419 dollars de revenus, pour un total de 77 plants intégrés dans les champs. Ces revenus sont passés à 1.293 dollars en 2004 pour 168 plants, 990 dollars en 2005 pour 45 plants, et 1.194 dollars en 2006 pour 654 plants. Ces chiffres ne tiennent pas compte des plants sélectionnés qui sont mis directement en vente par le GIC AL.L'organisation non gouvernementale 'Twantoh Mixed Farming Group Belo', basée près de Bamenda, dans le nord-ouest du Cameroun, a battu tous les records de vente, réalisant, selon l'ICRAF, des ventes estimées à 9.254 dollars en 2006.

    Contrairement aux arbres fruitiers, les plantes médicinales ne connaissent pas encore un grand impact. La seule véritable expérience annoncée par l'ICRAF est celle entamée à la fin de 2006 par Aaron Ngong, un praticien de la médecine traditionnelle, originaire de la province du Nord-Ouest, spécialisé dans le traitement des cancers, indique Tsobeng.

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