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DEVELOPPEMENT: L’agriculture faite ensemble par hommes et femmes peut éliminer la faim

    By Isaiah Esipisu

    NAIROBI, 6 sep (IPS) – Il y a trois ans, les habitants du district semi-aride de Yatta, dans la province orientale du Kenya, vivaient de l'aide alimentaire en raison de la baisse des cultures de maïs qui n’arrivaient pas à pousser à cause de la diminution des précipitations dans la région.

    La situation était ainsi jusqu'à ce qu’un évêque local, essayant de trouver des moyens d’empêcher les mères de forcer leurs filles adolescentes dans la prostitution, ait tout changé.

    Maintenant, un samedi soir dans le village de Makutano, dans le district, Stephen Mwangangi, sa femme, Margaret, et leurs deux enfants ramassent des poivrons destinés à l'exportation vers l'Europe.

    Cette famille est l'un des quelque 2.000 ménages qui font partie d'un projet appelé 'Operation Mwolio Out' (Opération aide alimentaire dehors) – Mwolio signifie aide alimentaire dans la langue locale Kamba.

    Le projet a débuté après que l'évêque Titus Masika des 'Christian Mission Impact ministries' (Ministères locaux de l’impact des missions chrétiennes) a suivi un reportage à la télévision locale qui montrait des femmes de la région en train de forcer leurs filles adolescentes à avoir des relations sexuelles contre la nourriture ou l'argent.

    "J'étais troublé par l'histoire. Elle m'a poussé à convoquer une réunion de tous les experts agricoles et en marketing nés à Yatta que je pouvais joindre – la plupart d'entre eux travaillaient ailleurs dans le pays. Nous nous sommes assis avec les habitants de Yatta pour identifier la cause principale du problème, et trouver la solution", a déclaré Masika à IPS.

    Ce dont les habitants ont besoin, c'étaient des emplois durables qui les sortiraient de la pauvreté.

    "En appliquant les conseils des experts et en utilisant les connaissances traditionnelles des habitants, nous avons maintenant réussi à éradiquer Mwolio. Mais cela n'allait pas être possible sans l’implication de tous les membres de la famille à toutes les étapes", a indiqué Masika.

    Les fermiers locaux ont été initiés à différentes techniques agricoles, qui comprennent l'utilisation de fosses zai (fosses à fumier au-dessus de laquelle des plantes sont cultivées), l'irrigation en utilisant l'eau de pluie stockée dans des bassins d'eau (petits barrages en terre), et la plantation de cultures résistantes à la sécheresse.

    A travers des séminaires, ateliers de formation et des journées sur le terrain passées dans des villages locaux, Masika et d’autres experts agricoles de Yatta ont réussi à convaincre les hommes à adhérer au projet. Les hommes ont fourni la main-d’œuvre dure pour aider à creuser les bassins d'eau, mais ils ont également aidé les femmes à accéder aux équipements agricoles qui appartiennent généralement aux hommes.

    Aujourd’hui, les agriculteurs à Yatta produisent leurs cultures de grande valeur, notamment les poivrons, et les emballent conjointement pour les exporter vers l'Europe. Les fermiers sont payés en fonction de la quantité de produits qu'ils apportent.

    Masika a dit que la réussite du projet a été obtenue grâce à l'implication de l’ensemble des ménages et pas seulement les femmes qui cherchent des moyens pour subvenir aux besoins de leurs familles. "Lorsque nous avons démarré ce projet il y a trois ans, nous n'avions que 60 femmes participantes", a souligné Masika.

    Aujourd’hui, si les gens veulent se joindre au projet, ils ne peuvent le faire que si tous les membres de leur famille y adhèrent également.

    "Le travail ensemble comme des groupes de familles, lorsque les hommes se sont impliqués, a fait des miracles au cours des deux dernières années. En tant que familles, nous avons l'habitude de raisonner ensemble, d'identifier les défis qui se posent le plus, et d’élaborer des stratégies sur la manière de les aborder comme une équipe", a affirmé Masika.

    Et les scientifiques de l'Initiative suédoise internationale de réseau agricole estiment qu'en Afrique subsaharienne, voir les hommes et les femmes travailler ensemble pour un but commun augmente la productivité.

    Un livre qui sera bientôt publié par cette initiative, intitulé "Transformer les relations entre les sexes dans l'agriculture en Afrique subsaharienne: Des approches prometteuses", met en lumière des méthodologies innovantes dans l’agriculture à petite échelle qui ont amélioré les relations entre les sexes. Le livre indique que la coopération entre les sexes contribue à l’accroissement de la production des vivres, la sécurité alimentaire et à la nutrition, des chaînes de valeur plus fortes, et à une meilleure utilisation des ressources naturelles.

    "Cela signifie que nous devons améliorer les positions des femmes au sein des communautés afin qu'elles aient un accès équitable à la terre, aux outils et intrants (comme les engrais), aux opportunités d'apprentissage et aux marchés", a expliqué à IPS, l'un des auteurs du livre, Marion S. Davis, de l'Institut de Stockholm pour l'environnement.

    L’une des études de cas dans le livre est la culture du café en Ouganda, où des hommes et des femmes rivalisent directement, mais ce faisant, ils ont fini par produire du café de qualité inférieure.

    "Mais après qu’un projet axé sur les sexes est venu et a encouragé les hommes et les femmes à collaborer, ils étaient capables de travailler ensemble pour produire du café de qualité supérieure et de valeur plus élevée qu'ils ont vendu ensemble, profitant à toute la famille", a affirmé Davis.

    Cette transformation implique plus que le fait de se concentrer seulement sur les besoins et l’autonomisation des femmes, selon les conclusions de l'ouvrage.

    "Elle dépend également beaucoup des hommes et des femmes qui travaillent ensemble à tous les niveaux. Cela est particulièrement vrai dans le cas de l'adaptation des technologies et de l'intégration dans les chaînes de valeur du marché", a indiqué à IPS, Dr Cathy Farnworth, une experte internationale des questions de genre et l'un des auteurs.

    Elle a dit que les résultats ont montré que la promotion des méthodes qui ont encouragé la coopération entre les agriculteurs et agricultrices, a entraîné une augmentation des dividendes de productivité quand ils ont partagé les ressources et maximisé l'efficacité de leur prise de décisions.

    "Maintenant, les femmes n'ont pas accès aux outils et intrants dont elles ont besoin. Alors, si vous égalisez les chances et donnez aux femmes le même accès aux intrants et outils que les hommes, elles vont pouvoir produire beaucoup plus", a souligné Farnworth.

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