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DEVELOPPEMENT: Les PMA africains ne bénéficieront pas beaucoup du BRICS

    By Servaas van den Bosch

    WINDHOEK, 9 fév (IPS) – L’Afrique du Sud a réussi à obtenir une adhésion convoitée au bloc Brésil, Russie, Inde et Chine (BRIC) en se vendant comme une passerelle vers l’Afrique mais les analystes ne savent pas si cette évolution présente des avantages réels pour les pays pauvres du reste du continent.

    Un cadeau de Noël de la part de la Chine, ou une victoire diplomatique ? L’invitation de l’Afrique du Sud à rejoindre la prestigieuse configuration du BRIC en avril prochain a mis la puissance émergente sous le feu des projecteurs.Les analystes ont soulevé la question de savoir si l’épithète même de "puissance émergente" est justifiée. Avec un produit intérieur brut (PIB) nominal de 286 milliards de dollars, l’Afrique du Sud est éclipsée par le Brésil (deux mille milliards de dollars), l’Inde (deux mille milliards de dollars), la Russie (1,6 mille milliard de dollars) et la Chine (5,5 mille milliards de dollars).En termes de population, les 50 millions d’habitants de l’Afrique du Sud semblent être insignifiants à côté de 1,3 milliard d’habitants de la Chine, et de 1,2 milliard d’habitants de l’Inde. En termes de taux de croissance, le poumon commercial de l’Afrique a enregistré un maigre taux de trois pour cent l’année dernière, contre 10,5 pour cent pour la Chine.On a beaucoup épilogué sur la position de l’Afrique du Sud comme une passerelle pour la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), offrant plus de 250 millions de consommateurs, et sur le marché africain, dans l’ensemble, qui est censé croître à deux milliards d’habitants au cours des deux prochaines décennies.A la fin de janvier, le ministre du Commerce et de l’Industrie de l’Afrique du Sud a défendu l’adhésion dans ce sens au Forum économique mondial à Davos: "Le continent africain est la prochaine grande histoire économique. Nous sommes assez petits mais, quand nous prenons en compte le continent africain dans l’ensemble, les chiffres commencent à s’additionner".L’adhésion refléterait aussi une démarche géopolitique de la Chine pour construire un axe au sud et renforcer la reforme des institutions multilatérales telles que le Conseil de sécurité des Nations Unies, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, visant à refléter l’importance croissante des puissances émergentes.Mais que peut apporter le BRICS à la région en dehors de l’Afrique du Sud, dont la plus grande partie reste bloquée dans la situation de pays moins avancé (PMA) ? Très peu de choses – même dans le meilleur des cas, ont expliqué à IPS les critiques du commerce."A cette étape, cela semble être une manœuvre plutôt politique qu’économique", estime un analyste indépendant du commerce, Wallie Roux, de la Namibie, qui préside actuellement la SADC. "Le BRIC est le véhicule pour le redressement économique mondial et, en tant que tel, il met l’Afrique du Sud sous le feu des projecteurs, mais je n’espère pas qu’il entraîne quelque chose pour les autres pays africains à court et à moyen terme.Dans le pire des cas, le BRICS fera échouer le processus problématique d’intégration régionale dans la SADC et en Afrique, indiquent les analystes."Il y a dans la région une obsession constante de s’associer à l’économie mondiale et de s’inscrire au programme de libre échange néolibéral", observe l’analyste sud-africain du commerce Michelle Pressend. "Cela traduit l’approche linéaire que la SADC a adoptée pour aller vers l’intégration régionale. L’adhésion de l’Afrique du Sud au BRICS, avec son importance dans l’accès au marché régional, illustre cela."Mais la plupart des pays de la SADC sont des économies à une seule ressource avec de très petites bases industrielles. L’Afrique du Sud croit aux règles du commerce libéralisé, telles que la réduction des tarifs et la réglementation moins stricte du contrôle des capitaux. Les membres du BRIC eux-mêmes n’ont pas toujours nécessairement fait le commerce selon ces règles et se focalisent plutôt sur le renforcement de leurs propres économies d’abord".Pressend conclut que l’ascension de l’Afrique du Sud vers le BRIC pourrait motiver plus pour l’accès au marché (cette fois-ci de la part des autres pays du bloc), ce qui n’est pas nécessairement dans l’intérêt des pays qui ont encore des bases industrielles à construire. Cela peut les amener à demeurer des économies dépendantes de l’exportation des matières premières.Sanusha Naidu, directeur de recherche du réseau de communication du programme "puissances émergentes en Afrique" de Fahamu, a un point de vue similaire."Ce que la plupart des gens ne réalisent pas est que, en rejoignant le BRIC, l’Afrique du Sud offre un partenariat stratégique pour les investisseurs venant de ces pays. Ces investisseurs n’ont pas nécessairement le sens des affaires sur le continent, ils ne veulent pas non plus prendre tous les risques y afférents. La mise en contact avec les capitaux sud-africains peut fournir l’effet commercial qu’ils recherchent".A travers de pareilles alliances, le BRICS faciliterait un flux supplémentaire de capitaux sud-africains. "Cela agrandira l’empreinte des sociétés sud-africaines dans la région et fixera davantage le programme sur le commerce et l’investissement relatif aux capitaux sud-africains", explique Naidu."La transaction d’un milliard de dollars de capital-investissement de Standard Bank avec la Banque industrielle et commerciale de la Chine en est un exemple. L’entrée en partenariat avec les investisseurs du BRIC permet aux capitaux sud-africains d’exploiter davantage la région".Cela pourrait en rajouter aux tensions diplomatiques existantes, compte tenu de la situation hégémonique controversée de l’Afrique du Sud dans la région, estime l’analyste sud-africain du commerce, Dot Keet."L’Afrique du Sud se positionne fortement comme une passerelle vers l’Afrique et un facilitateur du commerce. La région ne s’identifie pas nécessairement à cette position. Les pays poursuivent actuellement un programme ambivalent, entraînant souvent des politiques commerciales incompatibles", pour bénéficier de la puissance de l’Afrique du Sud et s’y opposer, ajoute Keet."L’Afrique du Sud a fait irruption dans le BRIC en négociant pour le compte d’un marché de 250 millions de consommateurs dans la SADC mais la plupart des 53 pays africains ne reconnaissent pas l’Afrique du Sud comme leur leader", explique Dr Siphamandla Zondi, directeur du groupe de réflexion de l’Institut sud-africain pour le dialogue mondial.Il pense que le BRICS ne profitera à la région que de façon marginale: "Il y aura une plus grande diversité dans les investissements et le BRICS offre aussi de grands marchés de consommateurs pour la petite industrie africaine. Finalement, il pourrait faire intervenir d’importants flux de tourisme de la part des pays autres que les Etats-Unis et l’Europe de l’ouest. Mais, en somme, les avantages du BRICS seront plus étendus que ceux des pays africains".

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