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DEVELOPPEMENT: L’Ethiopie établit une ligne de conduite chinoise

    By Ed McKenna

    ADDIS-ABEBA, 6 oct (IPS) – La mort du dirigeant de l’Ethiopie, qui a dirigé le pays pendant 21 ans, a suscité des craintes d'instabilité dans l’une des nations africaines non productrices de pétrole à croissance plus rapide, ce qui pourrait ralentir les investissements.

    L'ancien Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, qui est décédé en août, voyait l'investissement direct étranger (IDE) comme essentiel pour son plan de développement pour l'Ethiopie. Cette attitude a permis d’éviter que l’économie du pays soit entièrement dépendante de l'exportation des produits agricoles pour passer, par exemple, à l’utilisation d’une main-d'œuvre abondante et d’une énergie moins couteuse pour commencer à développer une industrie manufacturière.

    "Sans Meles, l’Ethiopie aura du mal à contrôler l'agitation (ethnique/religieuse) qui pourrait facilement se répandre à travers les frontières régionales", a indiqué un récent rapport de l'organisation non gouvernementale 'International Crisis Group'.

    Selon la Banque nationale d'Ethiopie, l'IDE dans ce pays a grimpé de 150 millions de dollars en 2005 à 1,1 milliard de dollars en 2010. Pour faire entrer des devises étrangères rares, Meles a canalisé les investissements vers des secteurs axés sur l’exportation comme la floriculture, l'horticulture, les textiles et le cuir.

    Les recettes en devises de l'Ethiopie ont augmenté de 15 pour cent l'année dernière à 3,2 milliards de dollars, selon le ministère du Commerce. Le gouvernement cherche à doubler les exportations comme une part de la production d’ici à 2015, avec une contribution beaucoup plus importante provenant des minéraux et des produits manufacturés.

    Dr Getachew Begashaw, professeur d'économie à 'Harper College', dans la ville américaine de Chicago, se demande en quoi l'investissement étranger se traduit par des emplois et une meilleure qualité de vie pour les Ethiopiens.

    "L'Ethiopie a le plus faible PIB (produit intérieur brut) par habitant (seulement 351 dollars) en Afrique; elle est l'un des quatre derniers pays en Afrique. De même, elle se trouve au bas de tous les pays étudiés pour les indices de développement humain (IDH) et de prospérité (171 sur 178 pour l'IDH, et 108 sur 110 pour la prospérité)", a-t-il expliqué à IPS.

    En citant la Chine comme son modèle pour la gouvernance, Meles peut avoir supposé à tort que les investisseurs étaient seulement intéressés à recevoir un bon retour sur financement, selon Getachew, qui croit que si l'approche répressive du gouvernement se poursuit, elle pourrait dissuader les entreprises à l'avenir.

    "Le climat politique dans le pays n'est pas favorable aux investissements; le degré de violations des droits humains dans le pays humecte le sentiment de sécurité économique; l'absence d'un environnement politique libre, sécurisé et sûr découragera des initiatives économiques audacieuses. Les incertitudes actuelles après le décès (de M. Meles) pourraient ralentir les décisions d'investissement", a déclaré Getachew.

    Dans ses discours, Meles exposait sa vision de la façon dont le capitalisme protectionniste enraciné dans l'Etat profiterait à l’Ethiopie.

    Bien qu'il ait utilisé l'IDE pour stimuler la transformation économique, il avait aussi voulu entretenir une base productive compétitive et avait exprimé son inquiétude que l’économie de laissez-faire saperait cet objectif, réduisant les chances de sortir une population de 94 millions d’habitants de la pauvreté.

    Tenant à cette logique tout au long de son règne, Meles avait maintenu un monopole d'Etat dans les télécommunications et avait interdit les banques étrangères.

    Cette approche signifiait une affinité naturelle avec les centrales électriques publiques d’Asie de l'est. Des banques et entreprises chinoises ont financé et construit des routes et des barrages, et plus récemment, se sont lancées dans la fabrication de cuir et de chaussures en Ethiopie.

    Selon un récent rapport du Fonds monétaire international, les entreprises chinoises sont attirées par une main-d’œuvre moins coûteuse, de vastes terres et un marché croissant de 94 millions de personnes.

    Des usines chinoises comme le fabricant de chaussures Huajian déménagent maintenant dans des installations de production en Ethiopie pour échapper à la hausse des coûts dans leur pays. Cette société était également attirée par l'une des plus grandes industries du bétail en Afrique.

    Cette entreprise peut générer quatre milliards de dollars d'exportations par an, selon un récent rapport de Bloomberg qui cite le vice-président de la société. Les entreprises chinoises ont investi 900 millions de dollars dans le pays, indique l’Agence de placement de l’Ethiopie.

    Des entreprises étrangères lorgnent également les services. Cette année, le premier groupe hôtelier en Europe, le 'Carlson Rezidor Hotel Group', a développé sa marque haut de gamme 'Radisson Blu' en Ethiopie. L’entreprise affirme qu'elle considère ce pays comme son avant-garde en Afrique de l'est.

    Cette année également, 'Schulze Global Investments', une société américaine, a annoncé un fonds de 100 millions de dollars pour l’Ethiopie, le premier projet privé de capitaux focalisé exclusivement sur ce pays de la Corne de l'Afrique. Ce fonds s’investira dans des secteurs allant de l'agro-industrie et du ciment en passant par les soins de santé et aux ressources naturelles.

    Les politiques économiques de Meles ont entraîné une amélioration des relations commerciales bilatérales avec certains pays. Le bureau de 'UK Trade and Industry (UKTI)' en Ethiopie s'enthousiasme au sujet de la croissance des affaires: Les exportations du Royaume-Uni ont quadruplé à 248 millions de livres au cours des cinq dernières années, tandis que les importations en provenance d'Ethiopie ont doublé à 105 millions de livres sur la même période.

    Les firmes rivales de fabrication de boissons Diageo et Heineken ont investi au total 400 millions de dollars l'année dernière dans des brasseries privatisées, des preuves solides que des entreprises occidentales commencent à suivre le chemin tracé par les sociétés chinoises, indiennes et du Moyen-Orient, déclare Zemedeneh Negatu, partenaire en chef de 'Ernst and Young' en Afrique de l'est.

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