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DEVELOPPEMENT-NIGER: Des agriculteurs restaurent le couvert végétal

    By Souleymane Maâzou

    NIAMEY, 13 mai (IPS) – Dans des régions du sud du Niger, les paysans ont restauré le couvert végétal grâce à la régénération naturelle assistée – une technique de défrichement moderne qu’ils ont apprise sur le terrain pour préserver leur environnement et améliorer leurs rendements agricoles.

    "Il y a 15 ans, on ne comptait, dans ce champ, qu’une dizaine d’arbres et d’arbustes. Aujourd’hui grâce à nos efforts, des arbres ont poussé partout", raconte à IPS, Amadou Ibrahim, 52 ans, agriculteur à Aguié, région de Maradi, dans le sud du Niger.

    "La localité a retrouvé sa savane arborée d’antan qui a été détruite par les coupes abusives de bois de chauffage et de construction du fait de la pression démographique", affirme à IPS Aboubacar Soumana, un géographe.

    La Régénération naturelle assistée (RNA), appelée "sasabé zamani" (qui signifie 'défrichement moderne' en haoussa, une langue locale), est une pratique qui consiste à protéger et à gérer les jeunes arbustes et arbres qui poussent naturellement dans les champs afin de restaurer le couvert végétal.

    "Nous sélectionnons, à chaque saison des pluies (juin à septembre), les jeunes pousses. Ensuite, nous coupons les espèces non sélectionnées", explique Moussa Ali, 45 ans, agriculteur à Gazaoua, dans la même zone que Aguié.

    Moustapha Boubacar, technicien de l’environnement, indique qu’en saison sèche (octobre à mai), les paysans laissent, lors du défrichement, de jeunes pousses issues des arbres et arbustes se trouvant dans les champs pour qu’ils poursuivent leur croissance. "Sur chaque hectare, on trouve 80 à 150 pieds d’arbres ou d’arbustes. Et pour chaque espèce, trois pieds sont sélectionnés", ajoute-t-il à IPS."Dans la pratique de la RNA, trois étapes sont à identifier. Le repérage et la sélection des jeunes pousses à protéger, l’élagage et l’entretien, chaque année, des arbres et arbustes sélectionnés; le tout suivi de l’exploitation raisonnée des branches issues des arbres régénérés en fonction des besoins", explique Nassirou Amadou, un agro-forestier.

    Tout est parti des années 1980 quand l’Etat nigérien a lancé une vaste opération de reboisement. Dans la région de Maradi, La régénération naturelle assistée a été introduite par l’organisation non gouvernementale 'Serving-in-mission' basée au Canada, et le Projet de développement de Maradi en 1984.

    Dix ans après, le Projet de promotion des initiatives locales du département d'Aguié, appuyé par le Fonds international de développement agricole (FIDA), est venu soutenir les populations dans cette initiative. Ce projet a formé les paysans en technique de défrichement moderne. Aujourd’hui, ils poursuivent les activités de la RNA sans qu’on le leur demande."Au début, beaucoup de paysans étaient réticents. Mais face au bon résultat enregistré, ils ont compris la nécessité de cette action", affirme Oumarou Farouk, un technicien agricole.

    Dans le département d’Aguié, les arbres et arbustes régénérés sont de type acacia. Selon la direction régionale de l’environnement, chaque année, environ 2,5 millions d’arbres et d’arbustes sont régénérés sur plus de 150.000 hectares.Pour protéger ces arbres de la coupe abusive, les paysans ont mis en place des comités de surveillance composés d’hommes et de femmes volontaires.

    Le couvert végétal reconstitué a rendu les terres fertiles dans la région. "Dans nos champs, nous coupons les branches qui font de l’ombre aux cultures", raconte Hassane Moussa, agriculteur à Aguié, indiquant que ces champs, qui étaient dégradés par le passé, sont devenus très productifs.

    Mamane Sani, un ingénieur agronome, confirme que le retour de la végétation a augmenté la production. "Le rendement par hectare pour la culture du mil passe de 120 kilogrammes à 455 kg. En ajoutant de l’engrais minéral, ce rendement peut atteindre 700 kg", souligne-t-il à IPS.Le bois issu de l’élagage des arbres, est destiné à la vente sur les marchés locaux. Ce bois est attaché par fagots de 10 à 25 kg. Selon Moussa Ali du comité de gestion du bois, la recette hebdomadaire peut atteindre 700.000 francs CFA en saison sèche (environ 1.555 dollars) et 300.000 FCFA (666 dollars) en saison des pluies.

    Les paysans étant regroupés en coopérative, cet argent est destiné à l’achat des intrants agricoles et des médicaments. Il est aussi attribué sous forme de crédit aux plus nécessiteux.

    La RNA se pratique aujourd’hui dans plusieurs régions du Niger, avec partout du succès. Par exemple à Mirriah, dans la région de Zinder (sud-est du pays), les paysans ont régénéré des arbres sur environ un million d’hectares, selon la direction régionale de l’environnement.

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