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DROITS: Des migrants expulsés dans des colis suisses

    By Ray Smith

    ZURICH, Suisse, 23 fév (IPS) – Il y a deux ans, un demandeur d'asile nigérian est décédé lors d'une tentative d'expulsion forcée de la Suisse. Aujourd’hui, le ministère public a classé l'affaire, ne laissant personne responsable de la mort du jeune homme. Au lieu de réexaminer le système d'expulsion, les autorités préfèrent l'ignorance.

    Six semaines de grève de la faim avaient affaibli Joseph Chiakwa, lorsque neuf policiers étaient entrés dans sa cellule, dans la prison d’expulsion de Zurich, dans l'après-midi du 17 mars, 2010. Ces policiers ont fouillé le demandeur d'asile nigérian, lui ont attaché les mains et placé un casque de boxe sur sa tête.

    Dans un bâtiment voisin, des policiers ont forcé les bras et les jambes de Chiakwa et ont attaché cet homme de 29 ans à un fauteuil roulant spécial. Pendant longtemps, des signes de malaise ont été ignorés. Au moment où un médecin est finalement arrivé, Chiakwa était déjà mort.

    Joseph Chiakwa a été soumis à une soi-disant tentative d'expulsion de 'Niveau IV'. Après avoir passé environ un an dans la prison d'expulsion, Ibrahim Moses (le nom a été changé) affirme qu'il était nerveux chaque fois que des rumeurs de vols spéciaux prochains couraient. "Vous avez peur parce que dedans, vous n'avez personne pour se battre pour vous", explique ce demandeur d'asile d'Afrique de l’ouest. Il a été témoin de la façon dont plusieurs détenus ont été expulsés de force.

    "Généralement, les gardiens de prison vous demandent de venir au deuxième étage, sans vous expliquer pourquoi. Là, ils vous font attendre. Soudainement, et par surprise, des policiers vous accablent. Habituellement, la victime est ligotée et mise dans une cellule séparée", indique Moses.

    "Plus tard, ils reviennent pour vous; six ou sept policiers pour une seule personne. Ils vous font habiller (dans) des vêtements spéciaux, vous menottent et vous amènent dans un autre bâtiment", précise ce jeune d’Afrique de l'ouest. "Là, ils vous ligotent comme un colis avant de vous amener dans l'avion".

    Mooses a été lui-même confronté à une tentative d'expulsion de 'Niveau II'. Dans ce scénario, la personne menottée et expulsée est escortée par deux policiers sur un vol régulier. "J'ai résisté sur la route vers l'avion", déclare Moses.

    Il y a quelques années, même des personnes totalement enchaînées avaient été occasionnellement expulsées sur des vols réguliers; les soi-disant expulsions de 'Niveau III'. Elles ne se produisent plus et Moses a été donc ramené en prison. "Si vous refusez d'être expulsé sur un vol normal, ils peuvent vous mettre sous forme de colis sur un vol spécial la prochaine fois", explique le demandeur d'asile ouest-africain.

    En 2011, la Suisse a renvoyé 6.439 personnes par voie aérienne. Sur ce nombre, 165 étaient des cas de 'Niveau IV' sur 33 vols spéciaux. Comparativement aux années précédentes, le nombre de ces expulsions a chuté, mais la coordonnatrice des réfugiés pour Amnesty International, Denise Graf, affirme que beaucoup d’expulsions de 'Niveau IV' pourraient être encore évitées. "Elles devraient être absolument exceptionnelles", dit-elle, ajoutant que la préparation est souvent insuffisante.

    "Dans la plupart des cas, l'enchaînement total des expulsés est absolument disproportionné", indique Graf. Elle explique que les expulsions de 'Niveau IV' comportent des risques et nuisent à la dignité humaine des expulsés. Amnesty exige qu’avant toute tentative d'expulsion, une dernière et longue conversation ait lieu avec les expulsés. "Les raisons qui amènent une personne à résister à l'expulsion sont nombreuses et souvent, le problème pourrait être résolu facilement".

    En outre, Graf se réfère au principe de proportionnalité: "La police est obligée de toujours choisir l'option qui nuit le moins. Cependant, nous remarquons que très souvent, les mesures les plus dures possibles sont utilisées". Elle dit que dans le cas de Chiakwa, presque toutes les interventions policières s'aggravaient.

    A la suite de la mort de Joseph Chiakwa en 2010, le gouvernement suisse a versé 50.000 francs suisses (55.000 dollars) à la famille de la victime. "Comme un geste humanitaire" et "non une indemnisation, ni un aveu de culpabilité", a-t-il a déclaré. Toutefois, la famille était d'abord intéressée par une enquête sérieuse sur le décès de Chiakwa.

    Deux évaluations médico-légales ordonnées par le ministère public du canton de Zurich ont identifié des dysfonctionnements au niveau du cœur de la victime. "Je ne les trouve pas crédibles", commente Viktor Györffy, avocat de la famille de Chiakwa. "Quand il s'agit de définir la maladie cardiaque exacte qui a conduit à la mort, les évaluations sont même contradictoires".

    Sur la base d’une évaluation indépendante réalisée par un cardiologue, Györffy estime que les causes appropriées ont été ignorées par le ministère public. "Selon le cardiologue, la mort de Chiakwa a été causée par la grève de la faim combinée avec l’immense stress lors de la tentative d'expulsion de 'Niveau IV', affirme l'avocat.

    Il ajoute que même si une maladie cardiaque constituait simultanément la cause, les responsables étaient coupables. "Aucune personne, qui a perdu un parent de telle manière, n’accepterait dans ces circonstances le rejet de l'affaire", indique Györffy, qui a déposé un recours contre la décision du ministère public.

    L’avocat est soutenu par le groupe de défense des droits de l'Homme 'augenauf'. Son porte-parole, Rolf Zopfi, considère l'enquête du parquet comme partiale. "N'est-il pas remarquable qu'une personne de 29 ans meurt dans les mains de la police et qu’une maladie cardiaque en soit la seule cause, alors que tous les autres facteurs sont vus comme regrettables et finalement peu pertinents?", demande-t-il.

    Après la mort de Chiakwa en mars 2010, la Suisse a temporairement arrêté les vols spéciaux d'expulsion. Mais en juin, tous, sauf ceux vers le Nigeria, ont repris. Ce dernier a été recommandé en janvier 2011, après la résolution des problèmes bilatéraux.

    Toutefois, peu après, les autorités suisses ont été de nouveau confrontées aux critiques, puisque la télévision nationale a enquêté sur comment des policiers ont frappé un demandeur d'asile nigérian lors d'une tentative d'expulsion, alors que la police avait déclaré que le vol en question avait été effectué "sans aucun incident".

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