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DROITS: Des réfugiés abandonnés dans le Sahara

    By Rebecca Murray

    KOUFRA, Libye, 14 mai (IPS) – Pendant que le crépuscule tombe sur la ville saharienne isolée de Koufra, de jeunes gardiens ordonnent à quelque 100 migrants, qui étaient alignés devant un centre de détention, de chanter "Libye libre, Tchadiens dehors", avant qu'ils ne s'agenouillent pour les prières du soir.

    La plupart des prisonniers dans ce petit camp sordide appelé le Centre de détention pour la liberté – dirigé par le conseil militaire de Koufra – sont originaires du Tchad. Des centaines d'autres, de la Somalie, l'Erythrée et de l'Ethiopie, ont été déplacés dans des installations plus grandes en raison de la surpopulation.Située à près de 1.000 miles (1.609 kilomètres) de la côte méditerranéenne, dans le désert vide du sud-est de la Libye, l'oasis de Koufra se trouve stratégiquement près des longues et poreuses frontières d'Egypte, du Soudan et du Tchad."Les deux principaux centres sont Koufra et Sabha en Libye", explique Emmanuel Gignac, chef du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Libye. "Tous les migrants ouest-africains passent par Sabha via le Tchad ou le Niger, et ceux qui sont originaires de la Corne de l'Afrique passent par le Soudan pour se rendre à Koufra, puis soit directement à Tripoli ou à Benghazi. Voilà à peu près les itinéraires".En dépit du récent éclatement des violences meurtrières entre les tribus Zwai et Tubu de Koufra, des migrants continuent d'arriver à ce point de trafic lucratif de personnes, d’armes, de drogues et de carburant. Les deux tribus profiteraient de ce commerce.Bernham est un érythréen mince de 35 ans, détenu dans une petite chambre bondée près de l'entrée du camp de Koufra. Les gardiens affirment à IPS que d’autres migrants l’ont identifié comme un passeur de clandestins qui a pris leur argent. Bernham nie avec véhémence ces accusations."Ces hommes ont été victimes de trafiquants et voyagent à pied dans le désert", explique Abdul Rahim Ab Wazzah, un gardien supérieur, montrant la foule des migrants en train de prier."Bernham fait partie d'un réseau de liaisons venant du Soudan. Il prend de l'argent auprès des hommes qui veulent aller du Soudan à Koufra, puis à Tripoli. Chaque jambe coûte 400 dollars", indique Ab Wazzah. "Son travail consistait à trouver des Somaliens, et, finalement recevoir de l'argent pour leur voyage en bateau vers l'Europe"."Koufra offre plus de sécurité que Benghazi", déclare spontanément Moussa Habib Mohammed, 30 ans, un prisonnier tchadien qui partage une minuscule chambre humide et froide avec jusqu’à 15 autres hommes. Il y a un mois, il a été capturé dans la ville côtière sans passeport, et renvoyé à Koufra.Depuis le soulèvement, de nombreux Africains à la peau noire sont soupçonnés d'avoir été des combattants mercenaires pour Kadhafi pendant le conflit de l'année dernière. Ils risquent d'être emprisonnés par des milices libyennes, et la torture, selon des organisations de défense des droits de l’Homme comme 'Human Rights Watch' (HRW).Toutefois, à Koufra, le conflit est uniquement local. Des membres de la tribu dominante arabe Zwai accusent bon nombre de Tubu marginalisés, à la peau noire – qui ont rejoint le soulèvement contre Kadhafi – d'être originaires du Tchad et d’avoir l'intention d'établir une patrie dans cette région et un monopole des ressources.

    Ce qui a aggravé le problème, c’est la confiscation par Kadhafi des cartes d'identité libyennes des citoyens Tubu à Koufra, il y a quatre ans. Les tribus Tubu semi-nomades sont originaires de la Libye, du Tchad, du Niger et du Soudan. Sans aucun papier, les membres de la tribu libyenne Tubu risquent d'être pris dans les arrestations massives d'étrangers en situation irrégulière.Dans un cinglant rapport publié en 2009 par HRW, intitulé 'Repoussés, malmenés partout', des migrants subsahariens, interviewés à Malte et en Italie, ont pour la plupart fréquemment cité Koufra comme un lieu de détention en Libye – pendant l’entrée ou l'expulsion.Le rapport indique que la plupart des migrants étaient convaincus que la police et les trafiquants travaillaient ensemble. Les migrants qui ont été expulsés "seraient libérés de la prison de Koufra – souvent directement dans les mains des contrebandiers qui les plaçaient en garde à vue, exigeaient plus d'argent de leurs familles, et les ramenaient encore vers les villes le long de la côte"."Tous craignent d’être jetés dans le désert", souligne le rapport.Fred Abrahams, un conseiller de HRW, a déclaré à IPS: "Le gouvernement est débordé et incapable de faire face au flux de migrants. Le gouvernement n'a pas le contrôle de ses frontières et du système de détention. Dans cet environnement post-conflictuel chaotique, des milices et groupes armés sont en train de combler le vide"."Certaines milices font la bonne chose", dit-il. "D'autres ont été très problématiques, avec des cas de mauvais traitements et de travail forcé. Il y a des tendances inquiétantes de location de migrants détenus à des entreprises locales et aux agriculteurs. Généralement, les migrants sont payés, mais dans certains cas, ils ne l'ont pas été, ce qui se passe de plus en plus.Al Sanussi Bashir Attwati de la Société du Croissant-Rouge à Koufra fournit des vivres et les premiers soins au centre de détention. Il affirme que le gouvernement est en train de construire une grande installation pour les migrants à un peu plus de sept kilomètres au nord de Koufra, dans le désert, au lieu de les envoyer vers la côte."Il y a trois semaines, 25 hommes ont marché pieds nus jusqu’ici à travers le désert et leurs pieds étaient lacérés. Nous leur avons fourni un traitement et des chaussures, et les avons transférés à Benghazi", indique Attwati.

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