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DROITS-FRANCE: Une autre France qui veut aider les réfugiés

    CALAIS, 27 mars (IPS) – Il est 10 heures samedi matin et un groupe de personnes est agglutiné autour de l’entrée de l’Association d’aide aux migrants, située dans le centre de Calais. Ils mangent un petit déjeuner fourni par l’association. À l’intérieur de l’entrepôt sont entassés couvertures, tentes, tennis et vêtements. Certaines de ces fournitures seront distribuées plus tard par les bénévoles de l’association.

    Le personnel est entièrement composé de bénévoles, notamment des nonnes et des résidents locaux. L’un d’entre eux parcourt plus de 100 kilomètres chaque semaine pour être présent lors de ces actions de l’association. Un autre a proposé son aide à l’association, poussés par ses souvenirs d’enfance en tant que réfugié pendant la guerre.

    Pascal Froehly, bénévole, est professeur d’anglais à la retraite. « Je vais être honnête avec vous, je n’aurais pas levé le petit doigt pour eux si je ne vivais pas ici, à Calais. Dans cette ville, il est humainement impossible d’ignorer ce phénomène », a-t-il confié.

    Les bénévoles appartiennent à une constellation plus large d’ONG et d’associations caritatives qui se sont développées cette dernière décennie en réaction à la transformation de la ville en un véritable foyer de migrants.

    Parmi les groupes d’aide, on retrouve des organisations officielles telles que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), Médecins du Monde et Secours Catholique (la branche locale de Catholic charity Caritas). Plusieurs organisations locales sont également actives sur le terrain : l’entreprise collective C’Sur, La Belle Etoile, l’Auberge des Migrants et l’Association Salam, une organisation de bienfaisance qui fournit des repas chauds chaque soir aux migrants de Calais et à d’autres camps de réfugiés près de Dunkerque.

    Salam a été créée par un petit groupe de Calaisiens en 2002, à la suite de la fermeture du centre d’accueil de la Croix rouge à Sangatte. L’association compte aujourd’hui plus de 300 membres.

    « Lorsque nous avons commencé, nous pensions que ce serait juste pour quelques semaines », a déclaré la formidable fondatrice de l’association Sylvie Copyans, en distribuant de la nourriture au centre. « Nous ne pensions pas que nous serions toujours là dix ans plus tard. »

    L’Auberge des Migrants a été créée en 2009 par Christian Salomé, ancien employé d’Eurotunnel, et par sa femme Marie. Pendant ses 14 années de travail dans le tunnel, Salomé a été témoin de nombreux incidents lors desquels des migrants ont été grièvement blessés ou tués en tentant de sauter dans les trains ou de traverser le tunnel à pieds. Il s’était juré de faire quelque chose pour aider ces personnes après sa retraite.

    Chaque week-end, Salomé et une équipe tournante de bénévoles français et étrangers, dont des demandeurs d’asile et des réfugiés, préparent les repas dans une ancienne ferme à environ 30 minutes de Calais. Avant de partir, l’équipe s’assied toujours pour prendre un repas avec les personnes présentes. Ces rassemblements sont un microcosme, reflet d’une société multiculturelle et multiethnique que la leader du Front National, Marine Le Pen, ainsi que le président Nicolas Sarkozy ont décrit comme une menace pour l’identité nationale française.

    L’organisation de ces repas hebdomadaires et l’approvisionnement constant en nourriture venant des usines locales et de donateurs sont quelques-unes des caractéristiques principales de l’association dont le fonctionnement repose entièrement sur la bonne volonté de Christian et de son équipe.

    Les autorités locales leur permettent de vaquer à leurs tâches humanitaires et favorisent discrètement leurs activités. Mais le travail de ces organisations est quelque peu en contradiction avec la campagne de répression des migrants menée depuis environ deux ans.

    Salomé est catégoriquement opposé à ce qu’il considère comme des tentatives futiles de son propre gouvernement et d’autres intervenants d’arrêter le flux de migrants. Il pense que les réfugiés devraient pouvoir choisir librement de se rendre en Europe afin d’y voir la situation de leurs propres yeux.

    La solidarité avec les migrants de la ville ne se limite pas aux organisations. Certains habitants de Calais ont également apporté leur soutien individuellement à cette population étrangère transitoire. Certains ont reçu des réfugiés dans leur propre maison – malgré le fait que de tels agissements puissent être sanctionnés de cinq ans d’emprisonnement ou d’une amende de 30.000 euros selon l’Article L622-1 de la Loi française sur les étrangers.

    Dans le film poignant de Philippe Lioret, « Welcome », un professeur de natation calaisien outrepasse la loi après avoir donné une leçon gratuite et un logement temporaire à un réfugié kurde qui essaie de traverser la Manche à la nage. Ce scénario n’est pas entièrement issu de l’imagination du réalisateur : en 2003, deux membres de l’entreprise collective C’Sur ont reçu une amende de plus de 8.000 euros pour avoir accueilli des réfugiés chez eux et pour les avoir aidé à percevoir des transferts d’argent.

    En faisant des recherches pour son film, Lioret a interrogé Philippe Longue, un architecte local qui a reçu ces dernières années quelque 300 migrants dans son appartement à Calais et dans sa maison juste située en dehors de la ville.

    Longue a été le premier à entrer en contact avec les réfugiés en 2007 lorsqu’il a rencontré une jeune femme turque dans la rue. Elle tentait de rejoindre sa famille au Royaume-Uni. Depuis lors, il affirme avoir hébergé temporairement jusqu’à 10 personnes à la fois, certaines d’entre elles en convalescence après avoir été blessées en tentant de traverser.

    Pierre Falk, un bibliothécaire originaire de Boulogne, a également accueilli des migrants dans sa petite maison mitoyenne et a passé des sacs par le tunnel pour des réfugiés qui avaient fait le voyage en camion.

    Falk ne regrette pas du tout ces activités qui lui ont valu d’être arrêté cinq fois dans des pays différents, bien que jusqu’à présent il n’ait jamais été inculpé. Dépressif avoué, il admet que le fait d’apporter son soutien à ces personnes l’aide à combler un besoin émotionnel et est devenu une sorte de compulsion.

    « Je cherche perpétuellement des solutions pour eux. Lorsque je vois des théières dans les poubelles, je les récupère pour les migrants. Je ne sais pas dire non, c’est un problème », a-t-il déclaré.

    Quelles que soient leurs motivations, tous ces hommes et ces femmes ont a priori rencontré ces migrants et réfugiés parce qu’ils ont été poussés vers leur ville par des tempêtes politiques et économiques internationales. À un moment où Sarkozy promet de réintroduire des contrôles aux frontières afin de tenter de gagner des votes d’extrême droite, leurs actions reflètent une autre image de la France, et celle d'une Europe différente du modèle de « forteresse » que les hommes politiques tentent actuellement de forger.

    (FIN/IPS/2012)

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