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DROITS: Le Soudan s’en prend sérieusement aux femmes activistes

    By Reem Abbas

    KHARTOUM, 2 juil (IPS) – De plus en plus de femmes politiciennes et activistes des droits au Soudan sont arrêtées et détenues dans la répression du gouvernement contre les partis politiques de l'opposition.

    Asma Ahmed, une avocate et membre du Mouvement de libération du peuple soudanais-Nord (SPLM-N), un groupe interdit, a été libérée le 14 juin après cinq semaines de détention. Elle croit que les autorités soudanaises ciblent de plus en plus les femmes parce qu'elles sont devenues plus actives dans les arènes politique et sociale au cours des dernières années.

    "Le ciblage des femmes activistes est dû au fait que nous continuons d'envoyer nos messages effectivement. Si nous ne le faisions pas, nous ne serions pas détenues… mais ces détentions ne rendront pas les femmes moins enclines à poursuivre l'activisme", a déclaré Ahmed à IPS.

    Le groupe rebelle SPLM-N a été interdit en 2011 quand il a pris les armes contre les forces gouvernementales dans les Etats du Sud-Kordofan et du Nil Bleu au Soudan.

    "Ma maison a été surveillée pendant quelques jours avant ma détention. Ma famille a été informée par des agents des Services nationaux des renseignements et de sécurité (NISS) que j'avais été convoquée, je suis donc allée pour l'interrogatoire au nord de Khartoum et je ne suis pas revenue à la maison ce jour-là", a indiqué Ahmed.

    Selon 'Amnesty International', une organisation internationale de défense des droits, la Loi 2010 sur la sécurité nationale du Soudan, "donne aux agents des services de sécurité des pouvoirs étendus pour arrêter et détenir des gens. La torture et d’autres mauvais traitements restent très répandus".

    En avril, 'Human Rights Watch' a déclaré dans un communiqué que "ces derniers mois, le gouvernement soudanais avait intensifié la répression des groupes politiques et de la société civile. Les autorités ont fermé les portes de quatre groupes de la société civile en décembre, les accusant de recevoir des fonds de l’étranger. Elles ont également fermé les portes des groupes culturels Nuba, et restauré récemment les restrictions sur les médias".

    On ne sait pas combien de femmes sont toujours en détention. Le Conseil soudanais pour la défense des droits et des libertés, un organe indépendant comprenant des défenseurs des droits humains, des avocats et des politiciens, a déclaré que le SPLM-N seul compte 600 détenus, dont un grand nombre est constitué de femmes.

    Les femmes ne sont pas exemptes des tactiques d'intimidation utilisées par les services de sécurité. Les événements qui ont abouti à l'arrestation d’Entisar Al-Agali sont presque comme un film d'action hollywoodien. Elle rentrait à la maison en voiture, après une réunion le 7 janvier, lorsqu’une voiture appartenant aux NISS a commencé à la suivre jusqu'à ce qu'elle arrive sur le boulevard 'Africa Road' à Khartoum, la capitale du Soudan.

    "Ils ont tenté de stopper ma voiture, mais je filais et essayais de m'échapper. Ils m'ont rattrapée et cogné ma voiture à l'arrière et, parce que je tentais d'éviter un accident, j'ai arrêté la voiture", a expliqué Al-Agali à IPS.

    Al-Agali revenait de Kampala, en Ouganda, où elle avait pris part aux négociations qui ont conduit à la rédaction de la Charte d’une aube nouvelle, un document signé par les partis politiques de l'opposition du Soudan, ainsi que les groupes rebelles et la société civile, qui traite des méthodes à utiliser pour faire tomber le régime soudanais et mettre en place un gouvernement de transition dans ce pays déchiré par la guerre.

    "J'ai passé 87 jours dans la Prison des femmes à Omdurman, dont 75 jours dans l'isolement", a déclaré Al-Agali, qui est un membre principal du parti d'opposition, le Parti socialiste unioniste nassérien.

    Al-Agali était la seule femme à être détenue après la signature de la Charte d'une aube nouvelle le 6 janvier, qui a vu une vague d'arrestations de leaders politiques. Cependant, elle n’est pas la seule femme à passer des semaines ou des mois en détention au cours des deux dernières années.

    En novembre 2012, 34 membres présumés du SPLM-N, dont la plupart sont des employés du gouvernement, ont été arrêtés à Kadugli, la capitale de l'Etat ravagé par des combats du Sud-Kordofan. Le 26 avril, 14 ont été libérés, mais les 20 autres continuent d'être maintenus en détention à la prison de Kadugli.

    Khadija Mohamed Badr était l'une des personnes détenues libérés et elle reste aujourd'hui avec sa famille à Khartoum.

    "Elle a été gravement blessée et a cassé deux disques intervertébraux puisqu’elle a glissé lorsqu’elle était en détention. Elle est en train de payer pour le traitement avec son propre argent", a indiqué à IPS, un activiste qui essaie de collecter des fonds pour assister Badr, et qui a requis l’anonymat, craignant pour sa sécurité.

    Pendant ce temps, la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) du gouvernement tente de s'imposer comme un organe de plaidoyer pour les détenus politiques. Mais Abdelmoniem Mohamed, un défenseur des droits humains qui a suivi le rôle de la CNDH dans d'autres cas, a déclaré à IPS qu'elle n'avait pas réagi aux cas d'oppression politique, comme celui de Jalila Khamis.

    "La commission nous a demandé de lui soumettre des cas, les cas de prisonniers politiques. Mais je suis sceptique puisqu’elle a été lente à agir sur le cas de Khamis", a-t-il souligné à IPS.

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