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DROITS: Les compagnies minières ne devraient pas être en conflit avec les communautés locales

    By Stephen Leahy

    UXBRIDGE, Canada, 19 mai (IPS) – Les conflits avec les communautés locales au sujet de l'exploitation minière, pétrolière et du gaz coûtent aux compagnies des milliards de dollars par an. Une seule société a annoncé un coût de six milliards de dollars sur une période de deux ans selon la toute première étude examinée par des pairs sur le coût des conflits dans le secteur des extractions.

    Le projet d’exploitation de la mine d'or de Pascua Lama au Chili a coûté à la compagnie canadienne 'Barrick Gold' 5,4 milliards de dollars après 10 années de protestations et d'irrégularités. Aucun or n'a jamais été exploité et le projet a été suspendu sur décision de justice.

    Et au Pérou, le projet d’exploitation minière de cuivre de Conga estimé à deux milliards de dollars a été suspendu en 2011 après que des manifestations ont éclaté par rapport à la destruction prévue de quatre lacs de haute montagne. La compagnie 'Newmont Mining Co', basée aux Etats-Unis, qui exploite également la mine voisine de Yanacocha, a maintenant construit quatre réservoirs qui, selon son plan, doivent être utilisés à la place des lacs.

    "Les communautés ne sont pas impuissantes. Notre étude montre qu'elles peuvent s'organiser et se mobiliser, ce qui entraîne des coûts importants aux compagnies", a déclaré le co-auteur, Daniel Franks, de l'Université du Queensland, en Australie, qui est également directeur adjoint du Centre pour la responsabilité sociale dans l’exploitation minière.

    "Malheureusement les conflits peuvent également entraîner des bains de sang et des pertes de vies", a indiqué Franks à Tierramérica.

    L'étude est basée sur 45 interviews confidentielles profondes avec des responsables de haut niveau dans les industries (énergétiques et minières) extractives ayant des activités à travers le monde.

    Cette étude intitulée "Le conflit transforme les risques environnementaux et sociaux en des coûts des affaires" a été publiée le 12 mai dans les Comptes rendus de l'Académie nationale des sciences (PNAS). Un rapport spécial intitulé "Les coûts des conflits entre les compagnies et la Communauté dans le secteur de l'extraction", basé sur l'étude, est également disponible.

    "Nous voulions enquêter sur les coûts des mauvaises relations avec les communautés. Les compagnies ne sont pas pleinement conscientes, et seuls certains investisseurs connaissent l'ampleur du risque", a déclaré Franks.

    "Si les compagnies sont intéressées dans la sécurisation de leurs profits, alors elles doivent avoir des normes environnementales et sociales élevées et collaborer avec les communautés", a indiqué Franks dans une interview.

    Investir dans le renforcement des relations avec les communautés est beaucoup moins coûteux que le conflit. Les populations locales ne sont pas généralement opposées au développement. Ce auquel elles s'opposent c’est le fait d’avoir peu de choses à dire ou de contrôle sur la façon dont le développement évolue, a-t-il ajouté.

    "Nous voulons un développement qui profite aux populations indigènes et ne profite pas seulement au frère-frère de quelqu'un", a souligné Alberto Pizango, président de l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP), une organisation de défense des droits des populations indigènes au Pérou représentant 1.350 communautés de la jungle amazonienne.

    "Les populations indigènes ont quelque chose à dire sur le développement harmonieux avec la nature. Nous ne voulons pas de développement qui détruit notre Amazonie bien-aimée", a déclaré Pizango à Tierramérica depuis Lima, la capitale du Pérou.

    Pizango résiste activement à la vente par le gouvernement du Pérou des concessions pétrolières à des compagnies étrangères sur des terres légalement attribuées aux populations indigènes.

    La lutte est devenue violente à l’extérieur de la ville de Bagua, dans le nord du pays, le 5 juin 2009, lorsque la police anti-émeute armée est intervenue pour expulser des manifestants pacifiques qui bloquaient une route. Dans les affrontements 24 policiers et 10 civils ont été tués.

    Pizango et 52 autres chefs indigènes ont été accusés d'incitation à la violence et de 18 autres crimes. Ils ont été jugés le 14 mai à Bagua.

    Les populations indigènes protestaient contre 10 décrets-lois qu'elles jugeaient inconstitutionnels, qui ont été mis en place par le gouvernement pour fomenter l'investissement privé dans des territoires indigènes.

    "Nous n'avions pas le choix et pensions que nos protestations étaient justes et que nous avions raison. Mais il était trop cher. Nous ne voulons pas voir cela de nouveau. Nous voulons passer de la 'grande manifestation' à la 'grande proposition'", a déclaré Pizango, qui risque la peine à perpétuité s'il est reconnu coupable.

    Cette étude publiée dans la PNAS montre que la violence à Bagua aurait pu être évitée si les compagnies et le gouvernement reconnaissaient les droits des populations indigènes et travaillaient avec les communautés locales.

    "C'est avec une grande tristesse que je dis que cela ne s'est pas encore produit au Pérou", a déclaré Pizango, qui n'était même pas à Bagua lorsque le violent affrontement a eu lieu.

    En attendant, le ministère de l'Environnement du Pérou a demandé à Pizango et à l’AIDESEP d’aider dans la planification de la grande conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra à Lima à la fin de l'année. Le chef indigène espère que cet événement montrera au monde que les populations autochtones peuvent protéger la forêt et le climat.

    La réparation des relations entre les communautés et les compagnies et les gouvernements est difficile, a dit Rachel Davis, un chercheur à l'Initiative sur la responsabilité sociale des entreprises à l'Université de Harvard, aux Etats-Unis.

    "Il est beaucoup plus difficile pour une entreprise de réparer sa relation avec une communauté locale après qu’elle s’est détériorée; les relations ne peuvent pas être 'rétro-relancées'", a indiqué Davis, un co-auteur de l'étude.

    Francs compare cela à un divorce, soulignant que rarement les partenaires se remarient.

    Les grandes entreprises minières ont apparemment commencé à comprendre cela, et mettent en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme et adoptent le Conseil international sur le cadre du développement durable des mines et des métaux, a affirmé Davis dans un communiqué.

    Mais ce n'est pas le cas dans le secteur du pétrole et du gaz. "Leur culture est très différente. Elles ne sont pas habituées à traiter avec les communautés", a indiqué Franks.* Cet article a été publié par les journaux latino-américains qui font partie du réseau Tierramérica.

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