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DROITS-LIBYE: La jeunesse libyenne aspire à la normalité

    TRIPOLI, 17 mars (IPS) – De jeunes hommes et femmes discutent sur le parking du « campus B » de l’université de Tripoli alors qu’ils se préparent à présenter leurs examens dans le courant de cette année scolaire agitée.

    Beaucoup de choses ont changé pour les 120.000 étudiants de l’université publique : le programme du "Livre Vert" (livre exposant la doctrine kadhafiste) a été supprimé, les débats en classe encouragés et la menace des partisans de Kadhafi espionnant leurs collègues de classe a été écartée.

    Les jeunes hommes de l’université, qui consacraient la majeure partie de leur temps à lutter contre le régime de Kadhafi, se portent aujourd’hui volontaires pour sécuriser le périmètre de l’université et ce, au détriment de leurs études selon certains. Les Libyennes ont également joué un rôle clef, bien que moins manifeste, dans la résistance.

    Un bâtiment à étages, élégant bien que toujours en construction, sensé accueillir le futur campus, surplombe des classes très basses, une pelouse envahissante, un barbouillage de graffitis et les ruines d’un bâtiment bombardé qui abritait autrefois des militants pro Kadhafi.

    Malheureusement, les travaux de cette nouvelle structure sont aujourd’hui à l’arrêt. Les membres du Syndicat étudiant ont déclaré que les entrepreneurs avaient oublié d’installer la plomberie avant de couler la chape de béton des fondations.

    Malgré les alentours désolants, les étudiants – dont la plupart portent des jeans tendances et des sweaters – sont investis et optimistes lorsqu’on les interroge concernant leur avenir, mais souvent vagues concernant des changements spécifiques qui seraient déjà survenus.

    Mohammed Al Harby (27 ans), délégué du Syndicat étudiant, est confortablement assis sur un divan, avec ses camarades, dans le bureau du doyen de la Faculté d’économie et de sciences politiques. « Nous voulons établir une connexion entre les étudiants et l’administration. Il y a toujours eu un véritable fossé entre ces deux entités », a-t-il expliqué.

    La Libye est confrontée à des défis politiques colossaux. « Tout est trop lent, absolument tout. Les Libyens commencent à comparer le gouvernement à une tortue. Des promesses ont été formulées, certaines ont été respectées, d’autres pas. »

    Al harby, dont le groupe rassemble 250 membres, explique que le Syndicat étudiant est stigmatisé. « Les étudiants sont encore imprégnés de cette vieille rumeur : il existe une organisation, sorte de services secrets, au sein de l’université. Ils ont toujours peur de répéter les mêmes erreurs que celles commises par le passé ».

    « Pour être tout à fait honnête, je dois également avouer que les jeunes de notre âge sont las, vraiment las de cette situation. Ils n’ont plus d’énergie pour s’investir à 100% dans un syndicat ou un parti. Ils se disent qu’ils veulent un bon salaire et qu’on les laisse en paix, ils ont attendu trop longtemps ».

    Les jeunes dominent la pyramide des âges en Libye, près de 50% de la population est âgée de moins de 20 ans et le taux de chômage est d’environ 30%.

    Al Harby est ravi de la promesse formulée récemment par le gouvernement et stipulant que tous les étudiants recevraient une bourse mensuelle de 60 dollars, mais il reconnaît qu’il se demande d’où proviendront ces fonds.

    Le manque de connaissances des étudiants concernant les mécanismes et le contenu du processus électoral (règlement, inscription, partis politiques, candidats indépendants, forums et débats publics) représente un autre problème en Lybie. Les élections législatives en Libye sont prévues pour le moins de juin.

    Les vainqueurs de ces élections cruciales formeront subséquemment un comité d’élaboration de la nouvelle constitution.

    Lujeena (19 ans) et Rula (22 ans) sont deux des quelques jeunes femmes du campus qui ne portent pas le hijab (voile islamique).

    « Nous espérons qu’ils appliqueront la Charia étant donné qu’il n’y a aucun danger là-dedans », a affirmé Lujeena. « Mais nous craignons qu’ils prohibent des choses au nom de l’Islam. Le hijab est une manière de nous priver, nous les femmes, de notre liberté. Le fait de nous interdire de conduire en est une autre. »

    « Les groupes islamiques sont très actifs sur le campus ainsi que dans les quartiers voisins », a-t-elle ajouté.

    « Les femmes aujourd’hui devraient avoir leur place au sein du gouvernement, mais pas à la présidence, à cause de la mentalité de Kadhafi toujours bien présente et de la façon dont les hommes verraient cela. Si une femme devient présidente de la Libye, ils ne la soutiendront pas. Espérons que cela change dans l’avenir », a confié Basher Al Jfeiry (22 ans), étudiant.

    La foule présente sur la place des Martyrs à Tripoli (anciennement la place Verte) le 17 février dernier à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement syrien était en liesse, et rassemblait des hommes, des femmes et des enfants brandissant des lanternes afin d’exprimer leur joie pour leur liberté si durement conquise.

    Haja Saber et sa meilleure amie, Rowaida Mokhtar, deux jeunes étudiantes anglaises, étaient présentes sur cette place avec leur famille. Toutes deux ont un avis bien tranché sur le rôle que devront jouer les femmes dans la nouvelle Libye.

    « En tant que femmes, nous avons de grandes ambitions, et nous pouvons très bien occuper certains des postes normalement consacrés aux hommes. Mais ce sont eux qui détiennent le pouvoir dans ce pays », a affirmé Saber.

    Mokhtar est d’accord avec les propos tenus par son amie. « Les femmes devraient rester à la maison. Elles peuvent occuper des postes à faibles responsabilités comme celui d’enseignante. Ce pays est aux mains des hommes », a-t-elle ajouté.

    Cette conception de la place de la femme au sein de la société libyenne ne coïncide pas du tout avec celle d’Issraa Murabit (20 ans). Elle est une des dirigeantes dynamiques d’une ONG locale, La Voix des Libyennes (Voice of Libyan Women), qui encourage l’accès aux soins de santé, l’éducation et la reconnaissance publique des violences sexistes à l’encontre des femmes.

    Les femmes membres de cette organisation sont bien conscientes de ce qu’il est réellement possible de mettre en place en Libye. Au sein de l’ONG, on considère que les refuges pour les femmes sont difficiles à instaurer dans cette société conservatrice et que les femmes se méfient des permanences téléphoniques étant donné que sous le régime de Kadhafi ce genre de lignes ouvertes avaient été utilisé en vue de manipuler de jeunes femmes en détresse.

    Apprendre aux Libyennes les principes du processus électoral, les informer sur la transparence politique et la représentation féminine au sein du gouvernement sont quelques-uns des objectifs de l’ONG.

    Le pays sera désormais divisé en circonscriptions électorales établies sur base de la géographie et de la démographie. 120 sièges seront attribués à des candidats indépendants et 80 à des partis politiques.

    Hommes et femmes seront équitablement représentés dans le nombre de sièges remportés par chaque parti politique ; et les groupes féminins espèrent bien que la voix des femmes se fera finalement entendre grâce à cela.

    Pour ce qui est de la participation des jeunes : « On est face à un double problème. Le premier est que les jeunes ont été habitués à ne pas prendre part aux élections. Beaucoup d’entre-eux se demandent d’ailleurs pourquoi le gouvernement ne les écoute pas », a expliqué Murabit.

    « Le deuxième est que le gouvernement ne les écoute effectivement pas. C’est aujourd’hui un jeu de gens matures, ceux qui ont attendu 42 ans pour pouvoir s’exprimer. Mais les plus âgés devraient prendre les jeunes sous leur aile ».

    (FIN/IPS/2012)

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