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DROITS-MAURICE: Les pauvres étrangers travaillent comme "esclaves modernes"

    PORT LOUIS, 12 juillet (IPS) – Les travailleurs bangladais ont aidé l’Ile Maurice à atteindre un succès économique et une part du marché mondial dont se vante l’Etat insulaire de l’océan Indien.

    Cependant, la plupart de ceux-ci vivent et travaillent dans des conditions semblables à "l’esclavage moderne", indépendamment de ce qu’ils sont confrontés à la discrimination, au refus des droits au travail et même à la violence.

    Amin Mohamed*, âgé de 32 ans, a quitté depuis 23 mois sa femme et ses deux enfants au Bangladesh, pays au revenu bas, à la recherche de meilleures conditions de vie dans le secteur industriel mauricien.

    Il a payé 150.000 takkas (environ 2.200 dollars) à un agent dans son pays pour un emploi de machiniste, avec la promesse de gagner 20.000 roupies mauriciennes (environ 665 dollars) par mois.

    Souvent, ces immigrants économiques font des prêts bancaires et vendent des terres et les patrimoines de la famille pour s’assurer un travail à l’Ile Maurice dans la perspective d’envoyer de l’argent à la maison pour améliorer les conditions familiales – et finalement les leurs.

    "C’est beaucoup d’argent (les 665 dollars promis) au Bengladesh et j’étais prêt à tous les sacrifices pour cela", a déclaré Amin à IPS qui lui a rendu visite à Grand Gaube, au nord de l’Ile Maurice, où il vit dans une maison offerte par son employeur, Firemount Textiles.

    Mais, aujourd’hui, le travailleur bangladais gagne un peu plus d’un quart de ce montant. "J’ai été trompé", dit-il.

    Il est frustré à l’idée qu’il va partir de l’île dans un an environ. Amin a encore des économies à faire pour la maison. Ses maigres revenus lui permettent de couvrir ses dépenses de subsistance et d’envoyer un peu d’argent à sa famille tous les trois mois.

    La pauvreté, le chômage, et la cherté de la vie sont les facteurs qui poussent Amin et ses compatriotes à quitter leur pays pour chercher un emploi à l’étranger.

    Ils ne sont pas les seuls immigrés: 5.834 Bangladais font partie d’un nombre de 30.000 étrangers travaillant à l’Ile Maurice. Jusqu’à mi-juin 2010, il y avait 11.757 Indiens, 6.704 Chinois, 1.696 Malgaches et 268 Népalais.

    Parmi les 30.000, environ 22.800 travaillent dans le secteur industriel, 4.431 dans le bâtiment, 638 dans l’industrie hôtelière, 712 dans les services sociaux et 224 dans les transports et la communication.

    Les expatriés travaillent dur pendant des heures et ne s’absentent jamais. Parfois, ils ne sont pas payés – soit parce que les usines sont à court de liquidité, soit parce qu’elles sont fermées. Des centaines d’entre eux, particulièrement les Bangladais, qui ont osé manifester publiquement, ont été renvoyés chez eux l’année dernière.

    Dans leurs dortoirs dans les usines, la situation est pire du fait de mauvaises conditions hygiéniques et sanitaires. La plupart dorment sur des chiffons, pleins de puces et autres insectes. Les chambres, les cuisines et les cours sont sales.

    IPS a visité un pareil lieu à Grand Gaube – un bâtiment à un étage en béton, avec des cloisons en bois séparant les chambres, où environ 50 expatriés bangladais et indiens résident.

    Feizal Ally Beegun, porte parole de Textile Manufacturing and Allied Workers Union (syndicat des travailleurs de l’industrie textile) a montré à IPS des matelas délabrés, des ustensiles de cuisine usés que les travailleurs utilisent depuis au moins 15 ans.

    "Les employeurs ne se préoccupent pas d’eux; ils vivent comme des animaux. Comment des êtres humains peuvent-ils vivre en de pareils lieux?", se demande-t-il. "Aucune institution gouvernementale n’existe pour recevoir leurs plaintes – même lorsqu’on saisit leurs passeports".

    Imam Nasrullah Ginowrie, un assistant social de Baie-du-Tombeau, près de Port Louis, qui a assisté les travailleurs bangladais et indiens pendant trois ans, les appelle "les esclaves modernes".

    "Je ne suis pas autorisé à les rencontrer, et ils sont prévenus de ne pas se plaindre à moi. Je connais des femmes bangladaises qui ont été renvoyées à coups de pieds par leurs patrons. Elles sont retenues dans les usines à des heures très tardives la nuit", a déclaré Ginowrie à IPS.

    Informé du traitement médiocre qui prévaut dans le secteur industriel, le ministre du Travail et de l’Emploi nouvellement nommé, Shakeel Mohamed, a effectué une visite surprise dans un dortoir à Happy Village, à l’est de l’Ile Maurice, en fin mai.

    Il a été choqué de constater l’état insalubre des dortoirs, des toilettes et les conditions hygiéniques généralement inacceptables dans lesquelles ces travailleurs expatriés vivent.

    "Certains employeurs traitent encore leurs travailleurs comme de simples objets qui continueront à produire jusqu’à la fin de leurs contrats", a-t-il déclaré à IPS.

    Mohamed considère un tel traitement comme un affront aux expatriés qui viennent sur l’île pour aider les usines à satisfaire aux commandes des marchés extérieurs.

    "Un travailleur immigrant doit jouir des mêmes conditions de travail et du même salaire légal que ceux accordés aux locaux, avec en plus un billet d’avion retour gratuit, une pension alimentaire, un logement et un hébergement à l’Ile Maurice", a expliqué le ministre, faisant allusion à la réglementation gouvernementale.

    Mukeshwar Gopal, président de l’Association mauricienne d’exportation (MEXA), a reconnu devant IPS que certains industriels doivent être blâmés pour les mauvaises conditions de vie. Cependant, il a souligné que les dortoirs sont en bon état lorsque les expatriés viennent au début.

    "Ces dortoirs sont soumis au contrôle des services appropriés d’hygiène et des sapeurs pompiers avant que les expatriés n’y atterrissent. Nous devons comprendre que ces gens viennent des régions pauvres et insalubres de leurs pays où l’hygiène fait défaut. Ils ont mis les dortoirs dans un tel état que l’on ne peut pas y entrer à cause des mauvaises odeurs", a-t-il déclaré à IPS, sans sourciller.

    Certains employeurs ont la même attitude discriminatoire de Gopal; mais pas tous.

    Pour montrer que les choses changent, Gopal s’est référé à la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT) qui emploie environ 10.000 travailleurs vivant dans des maisons nouvellement construites "semblables à des hôtels à cinq étoiles".

    Beegun et Mohamed ont invité les autres employeurs à suivre cet exemple.

    Mohamed a déclaré qu’il y a des faiblesses dans la législation qui régit le recrutement des travailleurs immigrants et qui permet à certains employeurs d’agir de façon irresponsable.

    Mais cela ne durera pas, a-t-il annoncé. Il a promis que le ministre prendra bientôt des décisions sur le type d’hébergement et de conditions environnementales devant être autorisés pour les travailleurs expatriés.

    *Un faux nom a été utilisé à la demande du travailleur qui craint des représailles. (FIN/IPS/2010)

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