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DROITS-PAKISTAN: Les talibans s’opposent à la musique au Pakistan

    PESHAWAR, 22 mars (IPS) – Récemment, sous le régime taliban, la carrière de chanteuse professionnelle de Gul Pana, habitante de la province de Khyber Pakthunkhwa (KP), l’aurait conduite à une mort certaine.

    Mais les choses ont changé dans cette province et Gul est ravie que le gouvernement provincial actuel ait rassemblé le courage nécessaire pour s’opposer au terrorisme taliban et encourager la musique et les autres programmes culturels.

    « J’aime faire de la musique et chanter me permet de subvenir aux besoins de ma famille. On ne peut pas empêcher les gens d’écouter de la musique », a déclaré à l’agence IPS la jeune et séduisante diva.

    Il était inconcevable que des activités culturelles soient organisées dans le KP tant que le Muttahida Majilis-e-Amal (MMA) aussi appelé United Council of Action (une alliance de partis politiques religieux), soutenu par les talibans, était à la tête de la province (2002-2008).

    Après que le MMA ait perdu les élections tenues en 2008 au profit du parti socialiste Axami National Party (ANP), les attaques à la bombe perpétrées par des talibans sur les magasins de CD, les cinémas et les écoles de la province de KP et des régions tribales voisines ont augmenté soudainement.

    Dans la nuit du 2 janvier 2009, dans le district de Swat, les talibans ont brutalement exécuté une célèbre danseuse, Shabana, avant de l’accrocher à un poteau électrique. Cette même année, un chanteur local, Ghani Dad, a également été assassiné alors qu’il rentrait à son domicile après une leçon de musique.

    La situation a cependant commencé à changer après que l’armée pakistanaise ait lancé des opérations contre le militantisme dans la région en 2009 et que les Etats-Unis aient intensifié les attaques de drones visant les principaux dirigeants des talibans et d’Al-Qaïda, cachés dans le nord-ouest du Pakistan.

    « Nous avons rouvert la salle Nishtar Hall, d’une capacité de 600 places, pour y organiser des activités culturelles et nous voulons venir à bout du terrorisme au travers de la musique et de l’art », a confié le ministre de la Culture de la province de KP, Mian Itfikhar Hussain.

    Le ministre souhaite réprouver les mesures adoptées par l’ancien gouvernement MMA qui interdisait les concerts et autres événements culturels, les considérant comme étant non islamiques.

    Hussain a déclaré que le renouveau des activités culturelles et musicales faisait également partie intégrante d’une campagne gouvernementale visant à faire passer un message précis : les Pachtounes sont des personnes libres, opposées au terrorisme.

    Plus de deux tiers des 21 millions d’habitants de la province de KP sont des Pachtounes, groupe ethnique à cheval sur la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, qui fournissent aux talibans leur principal soutien.

    « La salle Nishtar Hall, restée fermée pendant six années consécutives, accueille aujourd’hui des évènements durant lesquels des passionnés peuvent profiter de musique, de théâtre et d’autres activités », a expliqué Hussain, pointant ainsi du doigt le signe le plus manifeste de la détermination du gouvernement.

    Le renouveau des programmes culturels dans la province a été accueilli favorablement par les Pachtounes, réputés friands de divertissements tels que la musique, l’art et la danse.

    « Nous sommes venus voir nos chanteurs et danseurs favoris. La soirée a été très divertissante et nous nous sommes biens amusés », a affirmé Zawar Ali, un habitant de Mardan, un des 25 districts de la province de KP.

    Ali, qui était présent lors de la soirée musicale au Nishtar Hall avec 10 de ses amis, a déclaré être reconnaissant au nouveau gouvernement pour avoir défié l’autorité des talibans qui ciblent désormais leurs attaques sur les mosquées et les cérémonies funéraires.

    Le 11 mars, un attentat-suicide a eu lieu lors d’obsèques dans le village de Badhber, en périphérie de Peshawar, tuant 15 pleureuses et manquant de justesse sa cible, un membre du parti ANP, Khush Dil Khan.

    Le Pakistan a commencé à être directement touché par le terrorisme après l’expulsion du régime taliban d’Afghanistan par les Etats-Unis fin 2001, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme qui a suivi les attaques du 11 septembre à New York et Washington.

    Lorsque leur gouvernement a été renversé à Kaboul, les leaders talibans ont traversé la frontière poreuse du Pakistan et se sont rassemblés dans les régions tribales à partir desquelles ils ont commencé à viser les infrastructures gouvernementales, les écoles et les magasins de musique et de CD.

    « Les talibans ont détruit 600 magasins dans la province de KP ces cinq dernières années. Ils ont également contraint plusieurs chanteurs à quitter la province », a expliqué Sher Kil Khan, président de la CD Shops Association de KP.

    « Les attaques contre les magasins de CD ont cessé avec l’entrée en fonction nouveau gouvernement », a-t-il ajouté.

    « Sous le régime taliban, la plupart des chanteurs, danseurs et des autres personnes ayant un lien avec le showbiz ont quitté la province », a déploré Gulzar Alam, un chanteur de charme qui a lui-même fui à Karachi. Gulzar et d’autres chanteurs s’engagent aujourd’hui à participer à de nombreux événements culturels.

    Le gouvernement a même autorisé la construction d’une académie des arts dans laquelle de jeunes talents pourront recevoir des leçons de chant, de danse et d’instrument de musique.

    « Environ 100 jeunes ont exprimé leur volonté de suivre ses leçons et nous allons débuter les programmes très bientôt », le responsable de la culture de la province de KP, Pervaiz Khan Sabatkhel.

    La province de KP est traditionnellement un centre culturel et artistique. « Les habitants organisent des concerts afin de célébrer leur mariage et d’autres occasions festives. On ne peut pas les empêcher d’écouter de la musique ou d’aller au théâtre… Cela a toujours fait partie de leur vie », a-t-il ajouté.

    Le ministre Hussain a déclaré que son gouvernement assurerait la sécurité aux responsables de magasins de CD et aux chanteurs afin qu’ils puissent vaquer à leurs occupations sans crainte.

    « Nous avons mis un terme au contrôle qu’exerçait les talibans dans la région et ils ne peuvent pas revenir. Nous espérons que le nombre d’activités culturelles et artistiques augmentera dans les jours à venir », a-t-il conclu.

    (FIN/IPS/2012)

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