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DROITS-SENEGAL: Les femmes victimes de violences conjugales meurtrières

    By Amadou Sakho

    DAKAR, 14 déc (IPS) – La violence contre les femmes ''s'amplifie de jour en
    jour'' au Sénégal, souligne avec conviction Nafissatou Faye, coordonnatrice
    de l'ONG Réseau Siggil Jigeen, une organisation créée en 1998 et comprenant
    17 associations féminines réparties à travers ce pays d'Afrique de l'ouest.

    Haute comme trois pommes, la jeune dame Faye sait bien de quoi elle parle.

    Il ne se passe pas un jour sans qu'elle ne soit saisie par des femmes

    victimes de la violence de leurs maris. Cette violence prend souvent des

    tournures dramatiques.Au cours des cinq derniers mois, le pays a enregistré deux meurtres de

    femmes victimes de la furie de leurs conjoints. Le premier cas a eu lieu en

    juillet dernier à Thiès, ville située à 70 km de Dakar, la capitale, avec la

    mort de la jeune dame Aby Sall, 19 ans, qui avait reçu de son mari 36 coups

    de ciseaux.Deux mois plus tard, à Mbacké, dans la région de Diourbel (centre du pays),

    c'était au tour de la dame Fatou Sow de rendre l'âme sous la machette de son

    époux qui la soupçonnait d'adultère. Ces deux meurtres viennent s'ajouter à

    celui de Dogui Niass morte en 1992 à Kaolack (au sud de Dakar), à la suite

    d'une bastonnade infligée par son mari.Une autre victime de la violence de son mari exprime son sentiment : ''Pour

    une femme, il ne peut pas y avoir pire que de vivre avec un mari violent.

    Souvent, je me sens comme condamnée en enfer. Je ne peux jamais prévoir la

    mauvaise humeur de mon mari'', se lamente Mariétou Sall, une femme habitant

    les Parcelles Assainies, une banlieue de Dakar.Selon Ndèye Ndiaya Ndoye, vice-présidente du Comité national de lutte contre

    les violences faites aux femmes, ''On dirait que la société sénégalaise

    prend plaisir à violenter les femmes. Malgré les campagnes de

    sensibilisation, les violences conjugales s'accentuent et nous avons comme

    l'impression qu'il y a des hommes qui veulent saboter nos actions''.Pour exprimer leur ras-le-bol contre les violences faites aux femmes, les

    organisations féminines avaient organisé en septembre dernier, à Dakar, une

    marche de protestation pour ''alerter l'opinion publique nationale et

    internationale sur l'urgence qu'il y a à amener les autorités et les

    décideurs à prendre toutes les mesures idoines pour éradiquer ce fléau''.Le Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes et le

    Réseau Siggil Jigeen, co-organisateurs de la manifestation, déplorent le

    fait que les violences dont les femmes sont victimes ''fassent souvent

    l'objet de peines indulgentes voire d'une impunité totale''.Partis de la place de l'Obélisque, dans le centre-ville de Dakar, les

    manifestants se sont rendus devant les grilles du palais de la République où

    ils ont été reçus par le chef de l'Etat, Abdoulaye Wade. Celui-ci leur avait

    exprimé la volonté de l'Etat de lutter contre toute forme de violence contre

    les femmes. Il leur a promis que le gouvernement mettrait à un numéro de

    téléphone vert (gratuit) à la disposition des femmes et créerait un

    observatoire pour les droits des femmes.Et l'année prochaine, le thème de la rentrée des Cours et tribunaux du

    Sénégal, prévue en janvier, sera consacré à la violence conjugale. Pour le

    moment, les organisations féminines vont se contenter d'un Haut commissariat

    des droits de l'Homme créé, il y a quelques mois, par décret présidentiel.

    Une structure insuffisante aux yeux de la coordonnatrice des mouvements

    féministes.''Nous ne voulons pas que les droits de la femme soient logés dans une

    structure comme celle-là parce qu'ils risquent d'y être noyés. Nous tenons à

    la création d'un observatoire chargé uniquement des droits de la femme'',

    soutient Nafissatou Faye.En attendant la concrétisation des promesses du président de la République,

    le Comité national de lutte contre les violences faites aux femmes a ouvert

    des centres d'écoute dans les villes de Dakar, Thiès, Kaolack et Saint-Louis

    où les femmes victimes de la violence conjugale peuvent bénéficier d'une

    assistance médicale, juridique et judiciaire. La coordonnatrice du Réseau

    Siggil Jigeen ne doute pas que les organisations féminines mènent un combat

    de longue haleine.''Malgré nos campagnes de sensibilisation et les mesures répressives, des

    violences contre les femmes subsistent parce qu'elles sont un phénomène

    légitimé par la société. Tout le monde croit que c'est un phénomène de

    société qui est naturel, normal. Nous sommes dans une société patriarcale

    qui fait que l'homme a souvent tendance à exprimer de manière violente sa

    domination sur la femme'', déplore Faye.''Si le phénomène persiste, c'est parce qu'il est ancré dans les mentalités

    aussi bien chez l'homme que chez la femme'', souligne le psychologue Mamadou

    Mbodj. Ce dernier pense que la lutte contre la violence faite aux femmes

    appelle une révolution des mentalités. ''Pour lutter contre cette violence,

    nous devons la traquer jusque dans les mentalités, jusque dans les

    représentations sociales qui la favorisent et la légitiment'', suggère-t-il.Depuis 1998, les organisations féminines font de la lutte contre les

    violences faites aux femmes leur cheval de bataille. Elles ont pu obtenir,

    en janvier 1999, le vote d'une loi qui criminalise la violence conjugale.

    Désormais, le code pénal sénégalais punit la violence conjugale par une

    peine de prison ferme qui varie de cinq à dix ans.

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