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ECONOMIE-AMERIQUE LATINE: Le yuan chinois en Amérique latine

    RIO DE JANIERO, 02 mars (IPS) – La Chine tente d’introduire le yuan (ou renminbi) à la place du dollar sur le marché latino-américain en tirant avantage des besoins en investissement dans cette région et de la croissance de son propre marché. Cependant, le volume des transactions en yuan étant encore insignifiant, on ne sait pas encore l’influence que la monnaie chinoise aura sur l’économie des pays de la région.

    La crise financière qui a éclaté en 2008 aux États-Unis a amené la Chine à encourager l’utilisation de sa monnaie lors des transactions avec ses partenaires principaux, a expliqué à l’agence IPS l’économiste brésilien Rodrigo Branco.

    « Ce changement est principalement dû à la nécessité de garantir un approvisionnement constant en matières premières, et également à l’instabilité des économies industrialisées » qui ont été les plus affectées par la crise, a-t-il ajouté, soutenu dans ses propos par la Foreign Trade Studies Centre Foundation (FUNCEX).

    La Chine, qui a rejoint la Banque interaméricaine de développement (BID) en 2008, a vu ces dix dernières années le nombre de ses échanges commerciaux avec l’Amérique latine et les Caraïbes se multiplier par seize, pour atteindre un total de 188 milliards de dollars pour l’année 2011.

    Rien qu’avec le Brésil, la valeur globale des contrats libellés en monnaie chinoise a grimpé jusqu’à 77 milliards de dollars en 2011, 37,5 % de plus qu’en 2010. La Chine est désormais le partenaire commercial et l’investisseur principal du Brésil.

    « Le géant asiatique finance les infrastructures de la région afin d’accroître sa production et donc de s’assurer des sources de matières premières, tout en essayant de réduire les prix à l’importation », a déclaré à l’agence IPS le directeur de Brazil’s Foreign Trade Association (AEB), José Augusto de Castro.

    On peut notamment observer cette tendance dans le cas des prêts octroyés à des pays tels que le Venezuela avec lequel la Chine entretient une relation stratégique, selon les termes du président vénézuélien Hugo Chávez.

    Selon un article publié dans le Wall Street Journal, les banques chinoises cherchent à étendre leurs crédits aux pays d’Amérique latine (fournisseurs de matières premières alimentaire et minérale) en utilisant le yuan plutôt que le dollar, ce qui fait partie intégrante d’une stratégie qui consiste à encourager l’utilisation de la devise chinoise sur le marché international.

    La Banque d’import-export de Chine (China Exim Bank) est en cours de négociations avec la BID afin de mettre en place un fond équivalant à 1 million de dollars en yuan afin de financer des projets d’infrastructure en Amérique latine et aux Caraïbes.

    Les deux institutions financières ont signé un accord en septembre qui stipule que la China Exim Bank s’engage à offrir 200 millions de dollars afin de financer les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine. Une partie de ce financement sera octroyé en yuan.

    La décision de renforcer la BDI témoigne également du fait que la priorité du gouvernement chinois est de consolider les infrastructures en Amérique latine, a affirmé de Castro.

    Branco a quant à lui déclaré que « l’aspect le plus important de cette initiative est le changement de position du gouvernement chinois qui refusait auparavant d’internationaliser le yuan étant donné que son instabilité potentielle aurait pu rendre la Chine prisonnière de la situation économique extérieure ».

    Conséquences indéterminées

    « Les conséquences de l’internationalisation du yuan sur l’économie des pays d’Amérique latine sont toujours indéterminées. Nous n’aurons aucun moyen d’évaluer l’influence de cette démarche tant qu’un marché dans lequel la monnaie est commercée librement ne sera pas en place », a ajouté l’économiste.

    Branco a souligné les trois facteurs qui démontrent l’intérêt de la Chine pour cette région : premièrement, l’achat direct de minéraux et de céréales à des pays proposant des avantages comparatifs tels que le Brésil, l’Argentine et le Chili ; ensuite, les fusions ou la création de sociétés binationales ; troisièmement, les prêts et les capitaux, ainsi que les lignes de crédit en yuan afin de financer les importations et les infrastructures.

    « L’augmentation des transactions en yuan a pour objectif de diversifier le risque en ce qui concerne le dollar et l’euro étant donné leur instabilité », a-t-il expliqué.

    « En outre, l’internationalisation de la monnaie chinoise a pour but de compléter la mise en circulation d’une nouvelle monnaie, déjà utilisée sur des marchés importants tels que celui de Hong Kong ».

    Cependant, de Castro ne croit pas que les nouveaux prêts en yuan auront un effet sur le commerce de la région ou sur les politiques monétaires à court terme, car il aurait fallu des conditions politiques différentes en Chine pour que le yuan devienne une devise internationale.

    « Le système chinois est fermé », a-t-il expliqué. « Nous savons tous que le gouvernement ajuste les taux de change selon ses intérêts. Il faudrait qu’il gagne en crédibilité au niveau international pour que sa devise soit convertible en pratique et plus seulement en théorie ».

    Mauricio Claverí, économiste du bureau de consultance Abeceb, a expliqué que pour analyser les effets éventuels de l’introduction du yuan dans le commerce régional, il est nécessaire de repenser à ce qui s’est passé dans la communauté économique du Mercosur (Marché commun du sud) composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay.

    « Entre l’Argentine et le Brésil, seuls 2 à 2,5 % du commerce s’effectuent en devises locales. Les grandes compagnies continuent à utiliser le dollar », a-t-il continué.

    L’Argentine et le Brésil ont même considéré le fait d’inviter l’Uruguay et le Chili (un membre associé) à rejoindre les rangs, mais ils se sont résignés et « l’initiative n’a jamais décollé étant donné l’attachement des différentes sociétés au dollar », a affirmé l’expert à l’agence IPS.

    L’expansion potentielle du yuan en Amérique latine soulève par ailleurs d’autres questions. Par exemple, pour quel type de transactions utiliserait-on le yuan ?
    Branco affirme que le yuan devait initialement être utilisé dans de futurs accords commerciaux au sein même de la Chine. « La devise pourrait être utilisée comme une garantie pour des contrats lorsque l’euro et le dollar sont plus instables, comme ces derniers temps », a-t-il expliqué.

    Cependant, l’accumulation de réserves en yuan ne surviendra que plus tard, dès qu’un marché financier mondial dans cette devise aura été consolidé.

    De Castro a souligné qu’« étant donné que le yuan n’est pas une devise convertible, il sera difficile de le commercer sur le marché intérieur ».

    Dans le cas du Brésil, la Banque centrale devrait absorber le yuan et ensuite tenter de le placer sur le marché international, ce qui implique un risque financier.

    Selon un rapport publié ce mois-ci par Inter-American Dialogue, un centre d’analyse et d’échange politique basé à Washington, la Chine avait octroyé 37 milliards de dollars de crédit à l’Amérique latine en 2010, ce qui est plus que les prêts combinés de la Banque mondiale, de la BDI et de la Banque import-export des États-Unis.

    Plus de 90 % de cette somme a été consacrée au Venezuela, au Brésil, en Argentine et en Équateur, notamment pour financer l’achat de matières premières à des sociétés chinoises qui ont investi dans ces pays.

    Des pays tels que le Venezuela et l’Équateur, qui ont plus de difficultés à obtenir des prêts multilatéraux, ont particulièrement bénéficié de cette aide.

    Dans le cadre d’un programme stratégique étalé sur 20 ans, la Chine a prêté plus de 40 milliards de dollars au Venezuela depuis 2007, alors que le fond Chine-Venezuela avait été prévu pour 4 milliards de dollars. Le fonds, qui a été renfloué plusieurs fois, finance des investissements dans l’infrastructure et dans des programmes sociaux pour lesquels il est impossible d’obtenir des données chiffrées précises.

    En 2010, une ligne de crédit de 20 milliards de dollars a été négociée, dont 50 % sont libellés en dollars et les 50 % restants sont en yuan, principalement pour acheter des biens et des services chinois.

    Les compagnies pétrolières chinoises CNPC et CNOOC ont également mis à disposition plusieurs milliards de dollars pour le géant pétrolier étatique vénézuélien, PDVSA, dans le cadre de projets pétroliers.

    Les investissements chinois au Venezuela vont de la production pétrolière aux lignes de chemin de fer, en passant par les travaux d’infrastructure, la construction de logements et les usines d’assemblage d’automobiles, de motos et de téléphones portables.

    (FIN/IPS/2012)

    *sur base des reportages de Marcela Valente à Buenos Aires et d’Humberto Márquez à Caracas.

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