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ECONOMIE-CHINE: Sombres perspectives pour l'année du Dragon

    LONDRES, 10 janvier (IPS) – Alors que la Chine s'apprête à célébrer l'année du Dragon, beaucoup redoutent un avenir économique et politique plus sombres encore pour le pays.

    "Il est tout à fait possible que 2012-2013 ouvre le troisième volet d'une crise économique mondiale après la crise des subprimes en 2008 et la crise de la dette dans la zone euro en 2010-2011", a déclaré Mei Xinyu, conseiller du gouvernement chinois sur les questions commerciales, lors d’un briefing à Pékin.

    L'année dernière, les hommes politiques du monde entier et les observateurs du marché rêvaient d'une Chine à la rescousse de l'économie mondiale fragilisée pendant que les Chinois s'inquiétaient, quant à eux, de la hausse de l'inflation et de l'instabilité sociale dans leur pays.

    "Les économies émergentes pourraient bien se trouver au cœur du problème. Elles sont vulnérables à cause de l’instabilité qui leur est propre, mais également parce que dans le contexte de la crise les puissances économiques en place tentent de maintenir leur croissance", affirme l'expert.

    Tout ceci survient alors qu'un ralentissement de croissance, une diminution des exportations (due à la chute de la demande dans la zone euro), une dégringolade des prix fonciers et une lourde dette au sein du gouvernement local constituent actuellement le lot chinois. Sans oublier la vague d'inquiétudes concernant l'inflation…

    Les dirigeants chinois ont annoncé que les perspectives pour l'année 2012 de la deuxième économie mondiale seraient "extrêmement sombres". L'avenir de la seconde plus grande économie mondiale est rendu incertain à cause de la santé de l'économie mondiale qui se dirige vers une "double récession" et vers l'élargissement de la crise de la zone euro.

    Il faut ajouter à cette incertitude le changement de pouvoir prévu en Chine dans le courant de l'année ainsi que les réformes planifiées du Parti Communiste, des organes du gouvernement et de l'Armée populaire de libération (armée nationale chinoise). Le dernier changement de pouvoir, en 2002-2003, était la première passation de pouvoir menée pacifiquement dans ce pays communiste.

    Cette année, le changement sera plus délicat étant donné que 2012 est une année sensible sur le plan politique et qu'on observera un transfert de pouvoir concernant toute la "Grande Chine" à savoir en République populaire, à Taiwan et à Hong Kong. Lubie du destin : on assistera également à des élections présidentielles aux Etats-Unis cette année, ce qui pourrait potentiellement altérer les relations cruciales qu'entretiennent les deux pays.

    L'année 2012 est également empreinte de superstitions dans les croyances chinoises. En effet, l'année du Dragon, généralement de bon augure, peut parfois être désastreuse. Par exemple en 1976, la Chine a été touchée par le tremblement de terre le plus dévastateur de toute son histoire, faisant plus de 250.000 victimes dans la ville de Tangshan. L'année du Dragon 1976 a également été celle du décès du "leader suprême" Mao Zedong, décès qui a ouvert la voie à un rapide changement économique.

    A la différence du règne de Mao durant lequel le pays était contrôlé par un seul individu puissant qui décidait lui-même de tout, la Chine est aujourd'hui dirigée par une poignée d'apparatchiks, souvent rivaux, et la gestion du pouvoir revient à créer des consensus entre ces groupes d'intérêts.

    "La nouvelle génération de dirigeants chinois sera très différente", déclare le professeur Su Chi, spécialiste de la Chine à l'Institut des Etudes chinoises de l'Université de Tamkang à Taiwan. "Le processus de dispersion du pouvoir continue, alors que par le passé le pouvoir était concentré aux mains de quelques dirigeants forts, aujourd'hui ce pouvoir appartient à quelque 400 élites du parti qui prennent toutes les décisions. Taiwan et le monde entier vont devoir se préparer à cela".

    Si le président de Taiwan, Ma Ying-jeou, qui a supervisé 4 ans de rapprochement avec Pékin, perd face à Tsai Ing-wen, membre du Parti démocrate progressiste qui prône l'indépendance du continent chinois, cela représentera un réel problème pour Pékin.

    De la même manière, si les Républicains remportent les élections américaines, cela pourrait impliquer un changement dans les relations entre les deux grandes puissances sachant que Washington durcirait probablement sa position sur les questions commerciales et sur le taux de change.

    Cependant, le souci majeur de Pékin reste la situation intérieure du pays. Les problèmes économiques augmentent : l'inflation est récurrente et le marché de biens fonciers est en perte de vitesse. En outre, le gouvernement tente de contenir l'agitation sociale jusqu'au transfert de pouvoir prévu en octobre.

    Il est prévu que le président et chef du Parti communiste Hu Jintao, qui a encouragé l'harmonie sociale mais a étouffé la réforme politique, ainsi que le Premier ministre Wen Jiabao, dirigeant populiste qui avait lui-même décrit la situation politique actuelle du pays comme étant "non viable", se retirent de la vie politique.

    Les deux leaders sont considérés comme étant méfiants, manquant de charisme et faisant preuve de moins de dévouement que quelques-uns des anciens personnages politiques tel que l'ancien Premier ministre Zhu Rongji. Ce dernier, qui en 2001 a plaidé pour l'adhésion de la Chine à l'Organisation Mondiale du Commerce par des négociations acharnées, a publié ses mémoires à la fin de l'année dernière qui sont instantanément passées au rang de bestseller.

    La plupart de ses déclarations franches concernant la corruption rongeant les fonds chinois et détériorant la confiance publique, ainsi que le manque de changements politiques au cours des dix années précédentes ont été interprétées comme une critique indirecte des dirigeants en place.

    Mais les nouveaux dirigeants pressentis pour succéder à Hu et Wen sont vraisemblablement tout aussi prudents et vigilants afin d'éliminer toute menace potentielle pour le Parti communiste en maintenant le contrôle politique.

    Le vice-président Xi Jinping, perçu comme le successeur favori au chef de Parti Hu Jintao, a récemment appelé à mettre en place des mesures plus strictes afin d'assurer un contrôle idéologique des étudiants et des jeunes enseignants. Ce sont précisément des étudiants qui, en 1989, avaient organisé des manifestations pacifiques pro-démocratiques contre le régime du Parti communiste et avaient été réprimés dans le sang sur la place Tian'anmen.

    L'appel de Xi Jinping intervient quelques jours après que Hu Jintao ait lancé un avertissement dans un de ses discours stipulant que l'Occident tente de dominer la Chine en répandant sa culture et son idéologie et que le Parti doit rester vigilent vis-à-vis des "forces internationales hostiles".

    (FIN/IPS/2012)

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