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ECONOMIE-EUROPE: Les crises grecques et portugaises risquent d'affecter le reste de l’Europe

    LISBONNE, 24 février (IPS) – Les multiples turbulences économiques que connaissent la Grèce et le Portugal sont autant de preuves que la prescription allemande imposée par la troïka de créanciers multilatéraux ne porte pas ses fruits et que les deux pays sont dans l’impasse, d'après le professeur d’économie Mario Olivares.

    « La dette nationale et le déficit budgétaire sont des problèmes qui ne peuvent être résolus par la croissance économique », a déclaré à l’agence IPS Mario Olivares, l'universitaire portugais.

    Les plans d’austérité drastiques prescrits par le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne et la Banque centrale européenne (BCE) entraînent la Grèce et le Portugal dans une spirale économique descendante.

    Dans ces deux pays sud-européens ainsi que, plus récemment, en Espagne et en Italie, « la croissance et l’investissement sont sacrifiés, ce qui engendre une augmentation alarmante du taux de chômage », a ajouté M. Olivares, chef du département d’économie de l'Ecole d'économie et de management (ISEG) de l’université technique de Lisbonne.

    « La pression sur l’économie grecque est colossale et l’on assiste déjà à une diminution du PIB bien plus importante que prévu. Le programme d’ajustement structurel n’est en effet pas efficace étant donné que les exportations n’augmentent pas malgré les réductions salariales. »

    Les crises en Espagne, au Portugal et en Grèce « qui ont entraîné une réduction de la consommation et de la dépense publique ainsi qu’un recul de croissance en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Belgique changent la donne étant donné que l’on ne constate aucune augmentation des exportations », a insisté M. Olivares.

    Dans le cas du Portugal, les comptes publics sont strictement régulés afin de satisfaire les objectifs de déficit budgétaire fixés par Angela Merkel. Mario Olivares décrit la Chancelière allemande comme étant « le maître de l’Union européenne » dont la poigne contraste avec la faiblesse de la Commission européenne, le bras exécutif du bloc européen.

    Les analystes économiques s’accordent à dire que les réductions salariales, le rallongement des heures de travail, la suppression de plusieurs jours fériés officiels et la hausse des taxes ont amené les Portugais à dépenser moins et à épargner plus, non pas pour créer les bases solides d’une nouvelle stabilité économique, mais bien pour sombrer un peu plus dans la pauvreté.

    Selon l’Institut national de statistiques (INE), la récession s’est accentuée durant le dernier trimestre de 2011. En cause : la réduction de la consommation par foyer et des investissements très faibles. Ces deux facteurs ont entraîné une diminution du PIB de 2,7 % ce trimestre et une diminution annuelle moyenne du PIB de 1,5 % en comparaison avec 2010.

    Le rapport de l’INE prévoyait que « l’accélération de la récession les trois derniers mois de 2011 donnerait la tendance pour 2012, année durant laquelle il fallait s’attendre à une nouvelle diminution de la consommation privée. »
    Les estimations les plus récentes prévoient une diminution du PIB de 3 % au Portugal en 2012.

    Élément crucial : les vingt plus grandes entreprises portugaises ont investi 23 % de moins en 2011 par rapport à 2010, ce qui a sérieusement affecté la croissance économique et entraîné un nombre élevé de pertes d’emploi.

    Dans ce rapport publié le 15 février 2012, l’INE a déclaré que le chômage pour le quatrième trimestre 2011 atteignait 14 %, le plus haut taux au Portugal depuis le début de l’étude. Le taux de chômage des jeunes est encore plus élevé et atteint les 35,4 %.

    Cependant, la situation est bien pire que ce que suggèrent les chiffres officiels. En effet, l’INE ne reconnaît que 770.000 chômeurs parmi une population active de près de 5,6 millions, chiffre qui n’inclut donc que les chômeurs capables de travailler et de chercher activement du travail. Cependant, le chiffre réel est d’environ 1,3 million de chômeurs, ce qui donne un taux de chômage estimé de 22,6 %.

    Étant donné les craintes de contagion de la crise au reste de l’Europe et à d’autres régions du monde, le correspondant de l'agence IPS a rencontré le professeur Andrés Malamud, docteur en sciences sociales et politiques et membre de l’équipe de recherches de l’Institut de Sciences sociales de l’université de Lisbonne, afin de lui demander son avis sur la question. À l’instar d’Olivares, Malamud n’est pas du tout optimiste concernant l’avenir économique de l’Europe.

    « Dans le meilleur des cas, l’économie européenne va stagner pendant plusieurs années. Le scénario le plus probable est simplement une récession accompagnée de troubles sociaux, d’une radicalisation politique et d’une fragmentation institutionnelle, avec certains pays quittant la zone euro et même l’Union européenne », a déclaré Malamud.

    Interrogé sur les répercussions que pourrait avoir une telle situation sur l’Amérique latine, il a affirmé que cela dépendrait de « l’ampleur du déclin de l’économie européenne et de l’atterrissage en douceur ou non de la Chine (décélération de croissance douce ou plus abrupte) ».

    Malamud a fait ressortir le contraste entre le Brésil, la plus grande économie d’Amérique latine, « qui s’adapte rapidement et se prépare à être secoué et l’Argentine qui réalise des ajustements tardifs et maladroits qui ne sont pas reconnus dans les discours officiels. Le gouvernement parle en effet de “légères modifications” et non pas “d’ajustement” ».

    Les agences de notation « continuent de réduire leurs taux de pays et d’entreprises, ce qui peut être interprété comme un manque de confiance dans la solution fondamentale pour le problème de la dette dans les pays sud-européens, mais également comme le signe d’économies stagnantes. » Les répercussions qui se feront sentir sur l’économie mondiale, et particulièrement en Amérique latine, « ont jusqu’à présent contribué à aggraver le désordre qui règne au sein des marchés financiers. Ceux-ci ont, en tous les cas, bénéficié de la spéculation sur les obligations de dettes souveraines », a-t-il ajouté. L’Amérique latine « a atteint un stade sans précédent depuis la crise de 2009 alors que la région a petit à petit focalisé son commerce extérieur sur la région Asie-Pacifique ».

    La région a opté « en priorité pour la Chine, son meilleur partenaire commercial pour l’instant, et a également attiré de nombreux investissements provenant du géant asiatique, de telle sorte que les répercussions de la récession européenne puissent être gérées plus sereinement », a conclu Mario Olivares.

    (FIN/IPS/2012)

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