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ECONOMIE-IRAN: La hausse des prix et la chute du rial tourmentent les consommateurs iraniens

    TEHERAN, 16 janvier (IPS) – Les sanctions économiques sévères et la réserve en devises fortes en diminution ont plongé la devise iranienne (le rial) dans une spirale infernale et il semble que la chute du pouvoir d'achat des Iraniens ne soit pas prête de s’arrêter.

    Actuellement, la question la plus fréquemment posée à Téhéran est « Combien vaut le dollar ? ». La valeur du dollar américain est devenue un véritable baromètre et, alors qu’elle avoisine aujourd'hui les 17.000 rials, les Iraniens sont plus que jamais inquiets de la mauvaise posture de leur devise nationale.

    Mohammad, journaliste local, déclarait récemment sur le ton de la plaisanterie : « On disait que 70 rials vous achetaient un dollar américain » (c’est ce qui se disait avant que l’Iran ne devienne une République islamique en 1979), « Aujourd’hui, nous sommes nostalgiques du moment où le dollar valait encore 15.000 rials ».

    La question des taux de change est devenue tellement sensible ces derniers jours en Iran que les sites internet en persan qui postent les taux de change mis à jour ont été filtrés par les autorités, ce qui les rend inaccessibles aux internautes qui ne disposent pas de logiciel anti-filtrage ou d’accès à un VPN (réseau privé virtuel). Il a également été indiqué que les SMS contenant le mot « dollar » écrit en persan ont été bloqués pendant plusieurs jours.

    Nombre de bureaux de change officiels n’ont pas ouvert leurs portes dans ce contexte financier tendu étant donné qu’il leur avait été ordonné par le gouvernement d’afficher des taux d’approximativement 14.000 rials pour un dollar américain. Ce sont en effet les taux qui sont affichés sur les panneaux de la ville. Cependant, comme l’a déclaré à IPS un employé d’un bureau de change : « Bonne chance pour acheter des rials à ce taux. Vous ne trouverez pas un seul bureau dans le pays qui vous les vendent à ce prix ».

    Le gouvernement iranien a renforcé la surveillance de l’épicentre du marché de devises non régulées dans le centre de Téhéran. Le 8 janvier, le Parlement iranien votait une loi qui visait à criminaliser le commerce non agréé de devises étrangères. Néanmoins, les transactions aux coins des rues dans le sud de Téhéran se poursuivent jusqu’à présent comme de coutume.

    Le rial ayant perdu 30 % de sa valeur face au dollar depuis septembre, le pouvoir d’achat de la devise iranienne, et donc celui des Iraniens, a chuté.

    Les changements des taux sont habituellement progressifs et basés sur la manière la plus simple de définir des indicateurs tels que le prix du pétrole, les hauts et les bas de Wall Street ou même la propre bourse des valeurs de Téhéran. Mais cette situation de crise défie ces paramètres : elle semble être principalement influencée par les rumeurs, la paranoïa et les manipulations concernant la disponibilité des devises étrangères, ce qui génère d’énormes oscillations de prix à tout moment.

    A Téhéran, les conséquences des sanctions internationales ainsi que la chute du rial ont été de véritables ondes de choc dans une société qui a longtemps considéré le mercantilisme (courant de pensée qui prône le développement de l'économie nationale en stimulant les exportations) comme un trait majeur de son identité. Les transactions financières font partie intégrante de la vie quotidienne et le fait d’en priver les Iraniens a suscité un ressentiment grandissement.

    Malgré les incertitudes concernant la devise nationale, la consommation n’a pas diminué. Les Iraniens continuent d'acheter des biens étant donné qu’ils pensent que le rial pourrait encore diminuer. En outre, aucune pénurie n’est à déplorer à ce stade. En effet, les navires de contrebande qui alimentent la République islamique depuis des décennies naviguent toujours sur les eaux du Golfe persique et déchargent leur marchandises sur le sol iranien.

    Les prix de la plupart des biens grimpent cependant rapidement. Etant donné que la majorité des produits proposés dans les épiceries sont importés, les prix ont augmenté drastiquement ces dernières semaines. La bouteille d’eau en est un exemple avec une majoration de 25 % depuis septembre. Autre exemple : les œufs coûtent aujourd’hui 4.000 rials pièce à Téhéran.

    En ce qui concerne les importations les plus coûteuses, particulièrement les appareils électroniques, on donne régulièrement les prix en euros ou en dollars, selon le taux du jour. Pour les produits à succès comme les appareils de la marque Apple, qui n’arrivent en Iran que par voie de contrebande, les prix sont en devises étrangères étant donné que ces produits doivent être achetés en dollar ou en euro. Un Iphone 4S qui coûtait environ 11.500.000 rials en décembre, en vaut aujourd’hui 15.500.000 (entre 850 et 900 dollars en considérant la fluctuation de la devise).

    Sur le marché immobilier, des spéculations à plus court terme dans une économie qui récompensaient déjà une mentalité d’enrichissement rapide ont résulté dans des occasions exceptionnelles d’achats et de ventes de propriétés. Les banques iraniennes offrent des taux d’intérêts anormalement élevés mais, même avec des nombres à deux chiffres, elles ne peuvent suivre le rythme du taux d’inflation.

    Phénomène peu surprenant, ce sont les Etats-Unis qui restent blâmés tant par le gouvernement que par la population. Preuve éloquente de la déception des Iraniens face aux sanctions imposées par les Etats-Unis : Hassan, propriétaire d’une agence de voyages, déclarait à l'agence IPS cette semaine : « Je n’ai jamais eu à faire une remarque négative sur Obama avant qu’il ne signe ces nouvelles sanctions. Aujourd'hui, je suis tellement en colère contre lui. Beaucoup de gens ici sont dans le même état d’esprit ».

    Dans son agence de voyage, tous les prix sont aujourd’hui affichés en dollars ou en euros. « Nous n’avons pas d’autres choix. Nous devons payer les tickets et les hôtels en dollars car, avec la fluctuation du rial, je ne peux plus calculer les prix correctement ».

    L’industrie du tourisme, qui avait bénéficié d’une croissance rapide ces dernières années, est un des nombreux secteurs qui se préparent à des temps encore plus difficiles. Alors que les vacances de fin d’année des Iraniens se profilent, le déclin de la devise pourrait avoir un impact énorme sur la possibilité de vendre des voyages aux Iraniens qui attendent ces vacances annuelles avec impatience.

    Etant donné les 100.000 Iraniens qui partent en voyage pendant les deux semaines de vacances au mois de mars, le spectre d’une fuite majeure des capitaux plane toujours sur le pays. Les citoyens ont droit, une fois par an, à un achat allant jusque 2.000 dollars à un taux officiel moindre. La semaine dernière, cette somme a été réduite à 1.000 dollars par voyageur et le taux a subi un changement significatif passant lundi de 10.800 rials à 13.630 rials.

    Malgré ces mesures, le gouvernement iranien a démenti le fait que les sanctions internationales aient joué un rôle dans la crise actuelle du rial. Mardi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Rahmin Mehmanparast a déclaré que « le déclin de la valeur du rial face au dollar n’est pas du tout lié aux sanctions imposées par les Etats-Unis à l’encontre de la Banque centrale iranienne ».

    Le chef de la Banque centrale, Mahmoud Bahmani a tenu presque les mêmes propos, mais a ajouté que les raisons du déclin de la devise étaient principalement d’ordre psychologique et étaient infligées à l’Iran par ses ennemis.

    Le chercheur iranien Kevan Harris de l’Université Johns Hopkins confirme que la cause du malaise du marché iranien est difficile à déterminer à cause de la multiplication des facteurs d'influence.

    Selon Harris, « c’est une situation dans laquelle la psychologie est plus importante que l’économie ». Il ajoute que « les oscillations de prix sont de plus en plus importantes étant donné l’absence d’un marché de devises dans le sens traditionnel du terme ».

    (IPS/END/2012)

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