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ECONOMIE: Le Japon cherche à revoir la relation Asie-Afrique

    By Suvendrini Kakuchi

    YOKOHAMA, Japon, 5 juin (IPS) – Bien conscient de la forte présence de la Chine en Afrique riche en ressources, le Japon, la troisième plus grande économie au monde, renforce ses relations avec le continent.

    Les participants à une conférence de haut niveau des donateurs, organisée par le Japon cette semaine, ont souligné la nécessité d'un engagement plus étroit, non pas à travers des subventions et crédits d'assistance traditionnels qui ont jusqu'ici défini la relation, mais plutôt à travers le commerce et des investissements dirigés par le secteur privé japonais.

    "L'Afrique connaît, en moyenne, une croissance de plus de six pour cent par an, et le continent représente une population croissante et un marché régional important", a déclaré, Mokoto Ito, porte-parole pour le développement de l'Afrique au ministère des Affaires étrangères du Japon, lors de la cinquième Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain (TICAD, son sigle anglais), qui a pris fin mardi à Yokohama, capitale de la préfecture de Kanagawa.

    "Le Japon peut jouer un rôle actif en investissant dans les infrastructures et en fournissant la technologie industrielle pour accroître les produits manufacturés à travers le renforcement des capacités", a ajouté Mokoto.

    Ses propos reflètent clairement les intérêts nationaux du Japon – par exemple, les ressources naturelles de l'Afrique sont essentielles pour les besoins énergétiques du Japon qui sont fortement dépendants des importations de gaz et de pétrole.

    Ils soulignent également un sentiment de concurrence avec la Chine voisine, dont les recettes des échanges commerciaux avec le continent africain ont atteint 138,6 milliards de dollars en 2012, selon le Fonds monétaire international (FMI), dépassant de loin le partenariat commercial bilatéral de 30 milliards de dollars entre le Japon et l'Afrique.

    La TICAD, un forum vieux de deux décennies visant à créer un dialogue entre partenaires africains et asiatiques, appuie les initiatives qui renforceront simultanément l’appropriation et le partenariat de l’Afrique avec de grandes économies asiatiques. Elle bénéficie du soutien de grands acteurs tels que la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l'Union africaine.

    S'adressant aux dirigeants d’environ 40 pays qui se sont réunis dans le pays du 1er au 3 juin, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé qu’en plus de l'aide publique au développement (APD) du Japon de 14 milliards de dollars, le pays offrirait également jusqu'à "32 milliards de dollars dans l'investissement public et privé en soutien à la croissance de l'Afrique".

    Dans ce que des experts ont considéré comme un coup pour la présence controversée de la Chine en Afrique – où 127 milliards de dollars d'investissements dans des projets industriels et d'extraction ont été étiquetés comme un "accaparement des ressources", sans correspondre à l’attention accordée aux indicateurs de développement humain – Abe a promis de ne pas "explorer et creuser les ressources simplement pour les amener au Japon. Nous appuierons l'Afrique afin que les ressources naturelles africaines entraînent la croissance économique de l'Afrique", a-t-il souligné.

    Abe a également demandé une plus grande transparence dans les transactions commerciales et a promis de faire davantage pour protéger les droits et la sécurité de quelque 30.000 Africains vivant et travaillant au Japon.

    Mais en dépit de ces assurances et expressions de bonne volonté, certains experts sont déçus par le fait que les participants n'aient pas abordé la perspective d'une relation plus étroite d’un point de vue des droits de l'Homme.

    Pour Akio Shibata, directeur de l'Institut de recherche sur les ressources naturelles, un groupe de réflexion qui se concentre sur le développement agricole, le message de la TICAD selon lequel la croissance peut être réalisée à travers l'investissement privé et le commerce constitue un danger pour les vastes populations rurales qui continuent d’être aux prises avec l'extrême pauvreté à travers le continent africain; selon la Banque mondiale, 48,8 pour cent des gens en Afrique subsaharienne vivent encore en dessous du seuil de pauvreté.

    "J'ai été déçu parce que la TICAD a exclu des questions urgentes comme les niveaux élevés de mortalité maternelle, la protection de l'environnement et la répartition équitable des richesses, qui sont également importantes pour un développement durable", a-t-il dit à IPS.

    Il croit que des promesses d'étendre l'expertise technologique du Japon pour soutenir la réforme structurelle ouvriront la voie à l'exploitation minière et agricole commercialisée, qui pourrait affecter négativement les petits fermiers, qui représentent plus de 70 pour cent des populations dans la plupart des pays africains.

    "Un accent sur le développement de projets agricoles à grande échelle est un danger pour le petit agriculteur qui est confronté au risque que les grandes entreprises entrent dans l'agriculture rurale et les laissent sans terre ou sans emplois", a-t-il souligné.

    Ce professeur s'exprimait lors d'une séance dirigée par des agriculteurs ruraux de la province de Tete, au Mozambique, qui protestent contre le Programme de coopération triangulaire pour le développement agricole des savanes tropicales au Mozambique, également appelé ProSavana. Il transformera une grande partie de la savane, en particulier le long du Corridor de développement du nord de Nacala, au Mozambique, en une entreprise agricole commerciale qui produira des graines de soja pour l'exportation.

    Le Mozambique enregistre actuellement des taux de croissance du produit national brut (PNB) de sept pour cent, mais est classé comme l'un des trois pays africains ayant de mauvais résultats sur l'indice de développement humain, qui tient compte des réalisations dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), notamment la santé et l’égalité dans l'éducation.

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