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ECONOMIE: Les Kényans se mobilisent contre la taxation des pauvres

    By Zahra Moloo

    NAIROBI, 21 juin (IPS) – Dans une petite rue de Shauri Moyo, un quartier animé de Nairobi, Faisal Ngila crie aux vendeurs ambulants, conducteurs de taxi motos et aux piétons. "Savez-vous que les impôts augmentent au Kenya?", demande-t-il demande, distribuant des tracts exhortant les Kényans à dire "non à l’impôt sur Unga (farine de maïs)".

    Les tracts conseillent aux Kényans de composer un numéro de téléphone qui enregistrera leur signature sur une pétition.

    Ngila est l'un des 17 activistes impliqués dans cette campagne baptisée "Les Kényans pour une justice fiscale" à s’exprimer ouvertement contre un nouveau Projet de loi relative à la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), communément appelée "le projet de loi sur la taxe Unga". Dans les trains, bus, stades de football et les centres communautaires, les activistes tentent de sensibiliser les gens et de compiler une pétition contre le projet de loi.

    Le projet de loi vise à appliquer une taxe sur la valeur ajoutée de 16 pour cent sur les produits de base qui sont restés non imposés jusqu'à présent. Il s’agit du riz, du pain, de la farine de maïs, du lait traité et des serviettes hygiéniques. Lorsque le projet de loi a été introduit au parlement en 2012, des groupes de protection des citoyens se sont farouchement opposés à son adoption. Mais il est maintenant près d’être débattu au parlement.

    Beaucoup de citoyens ordinaires au Kenya sont préoccupés par l'impact du projet de loi sur leurs revenus déjà maigres. "Je ne travaille pas en réalité. Parfois, je fais des travaux occasionnels en lavant des plats et des vêtements", déclare à IPS, Julia Njoki, une mère de quatre enfants. "S’ils ajoutent une taxe au maïs, au pain et au lait, je ne pourrai rien acheter".

    Blessol Gathoni, l’une des activistes de "Les Kényans pour une justice fiscale", a indiqué à IPS qu'ils recherchaient 20.000 signatures sur leur pétition, qui devrait être présentée aux députés le 17 juin.

    "L’impôt n'est pas très bon à discuter, alors la première chose, c’est d'amener les gens à réfléchir sur la façon dont ce projet de loi les affectera et s'ils sont incités, ils peuvent appeler le numéro (pour ajouter leurs noms à la pétition)", explique-t-elle. "Les gens ne savent pas qu'ils soutiennent en réalité l'économie et qu'ils devraient être en train d’exiger leurs droits".

    La TVA et l’économieLa TVA a été introduite au Kenya en 1990 et fait depuis ce temps l'objet de nombreux amendements, y compris l'introduction des paiements d’impôts et zéro taxe sur des articles de base comme les aliments et les produits importés utilisés pour la fabrication.

    Elle représente 28 pour cent du total des recettes fiscales du Kenya, la deuxième après la taxe sur le revenu.

    Le Fonds monétaire international (FMI) a soutenu le nouveau projet de loi sur la TVA au motif que cela augmentera les sources de recettes du gouvernement.

    Selon le Trésor national, sous le régime fiscal actuel du pays, le Kenya perd 11 milliards de shillings (129 millions de dollars) de recettes et la structure actuelle de la TVA est "complexe, inefficace et improductive".

    Le commissaire du 'Kenya Revenue Authority' (Trésor du Kenya) pour les taxes intérieures, Pancrasius N. Nyaga, indique à IPS que le projet de loi sur la TVA, dans sa forme actuelle, doit être révisée pour boucher les trous qui peuvent créer des évasions fiscales dans l'économie.

    "Zéro taxe sur les produits profite en réalité aux fabricants et non aux consommateurs ou les gens ordinaires", affirme Nyaga.

    "Si vous regardez le projet de la route de Thika, vous verrez que les entrepreneurs ont bénéficié d’un statut de zéro impôt et achètent les matières premières sans payer la TVA. Cela crée un trou. S'ils achètent beaucoup de ciment, le gouvernement perd la TVA et il peut être vendu sur le marché noir, cassant les prix offerts par les commerçants sérieux". La route de Thika, l’autoroute principale de Nairobi, est en train d’être élargie pour passer de quatre à huit voies.

    Nyaga ajoute que ceux qui mobilisent contre le projet de loi ne voient pas tout l'impact positif sur l'économie.

    "Je pense que toute la question a été mal comprise et que les gens en profitent pour gagner quelques points politiques. La fixation des prix n'est pas aussi une grosse affaire. Lorsque la TVA est équitablement répartie sur tous les produits de base, elle fera de l’autorégulation, et les prix n'affecteront pas négativement tout le monde", dit-il.

    Mais Kwame Owino, directeur général de l'Institut des affaires économiques du Kenya, un groupe de réflexion sur les politiques publiques, déclare à IPS que bien que le projet de loi sur la TVA crée la prévisibilité dans la collecte des recettes fiscales, il augmentera également les prix des produits de base.

    "Sa justification n'est pas une augmentation des impôts, mais si vous élargissez le nombre de produits auxquels la TVA s'applique, alors cela signifie nécessairement que vous augmentez les taxes", explique-t-il.

    Mais dans un pays où, selon la Banque mondiale, une personne moyenne gagne 1.700 dollars par an, ces augmentations de prix peuvent avoir de graves conséquences pour les citoyens ordinaires.

    Selon Sarah Muyonga, directrice des politiques et plaidoyers à 'Tax Justice Network Africa' (Réseau pour une justice fiscale en Afrique), qui soutient la transparence dans les finances internationales, les personnes à faible revenu sont susceptibles de porter le fardeau des augmentations d’impôts.

    "Je considère que c'est un mythe que les riches consomment beaucoup plus que les pauvres. Les pauvres consomment plus régulièrement en petites quantités. Si une personne pauvre achète un petit paquet de lait chaque jour, il paie la TVA tous les jours et, à long terme, il finit par payer plus d'impôts que le riche", explique-t-elle à IPS, se référant au fait que les pauvres dépensent un pourcentage plus grand de leur revenu sur des produits imposables que les riches.

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