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ECONOMIE-PORTUGAL: Les personnes âgées premières victimes de la crise au Portugal

    LISBONNE, 21 mars (IPS) – Cet hiver, le taux de mortalité au Portugal a augmenté de manière alarmante, pour largement dépasser les moyennes des années précédentes. Ce sont les personnes âgées — dont les revenus sont peu élevés — qui ont été les plus touchées.

    Selon un rapport de la Direction générale de la santé (DGS), 11.600 personnes sont décédées en février 2012, soit 1.600 personnes de plus qu’à la même période en 2011. La plupart des victimes étaient âgées de plus de 75 ans.

    Les experts de la santé publique ont affirmé que ce nombre record de décès est lié à la crise économique et aux réductions drastiques de la dépense publique, condition sine qua non du renflouement de plusieurs milliards de dollars du Portugal en 2011.

    L’accès gratuit aux soins de santé, un des accomplissements majeurs de la révolution des Œillets (25 avril 1974) qui a entraîné la chute d’une dictature en place depuis 48 ans, est aujourd’hui menacé.

    En septembre 2011, le ministre de la Santé, Paulo Macedo, a déclarait qu’un tiers des hôpitaux publics du pays étaient insolvables.

    Selon les termes employés par la « troïka » qui a accordé le renflouement de 110 milliards de dollars — le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne (UE) et la Banque centrale européenne (BCE) – le gouvernement prévoyait de réduire la dépense des soins de santé d’au moins 5 % en 2012.

    Il y a plusieurs explications à la hausse du taux de mortalité. Selon la DGS, c’est le temps inhabituellement froid et les maladies saisonnières qui sont en cause.

    Cependant, beaucoup de médecins soutiennent que l’augmentation du nombre de décès est également due à l’incapacité croissante de la population à pouvoir s’offrir un régime alimentaire adapté et des soins de santé appropriés.

    Ana Filgueiras, à la tête de l’ONG Cidadãos do Mundo et coordinatrice du programme d’assistance mutuelle pour les membres de la communauté les plus jeunes et les plus âgés, a commenté la situation lors d’un entretien avec un correspondant de l’agence IPS.

    « L’augmentation significative de ces décès qui auraient pu être évités est le fait d’une combinaison perverse de facteurs qui ne sont pourtant pas nouveaux, mais qui en survenant simultanément ont frappé les personnes âgées par surprise, particulièrement les plus démunies d'entre elles », a-t-elle expliqué.

    Elle a ajouté qu’au Portugal « de nombreuses régions sont dépourvues de population active, ce qui amène les personnes âgées, et particulièrement les plus pauvres d’entre elles, à se retrancher dans des conditions de vie précaires avec un accès très limité aux soins de santé ».

    Cet hiver a été particulièrement froid et sec, « rassemblant les conditions propices aux affections respiratoires auxquelles la population âgée est particulièrement sensible. En outre, les revenus réduits drastiquement cette année ne leur ont pas permis de chauffer leur maison à une température acceptable ».

    Filgueiras conteste les explications du gouvernement qui mettent en cause une épidémie de grippe.

    « Cette année, il y a eu moins de cas de grippe, notamment celle du virus A-H1N1 (grippe porcine), que ce que nous avons connu les années précédentes. » Tout indique donc que « c’est à cause de la crise économique que les personnes âgées ne peuvent plus payer les transports en commun, les frais d’hôpitaux et les médicaments afin de se soigner ».

    « Cette combinaison de facteurs est réellement la raison pour laquelle toutes ces personnes sont décédées », a clamé la militante.

    Le Dr Jaime Teixeira Mendes, membre du conseil d’administration de l’hôpital Santa Maria, le plus grand du pays, partage le même avis.

    « Je doute fort que la vague de froid et l’épidémie de grippe soient responsables de l’augmentation du taux de mortalité constaté le mois dernier (février 2012) », a-t-il déclaré à l’agence IPS.

    Selon lui, ces éléments à eux seuls « ne peuvent expliquer les chiffres de 2012, car l’on avait déjà recensé le même nombre de cas de grippe certaines années précédentes. La différence est que cette année les vaccins sont disponibles et que beaucoup de personnes en ont bénéficié ».

    Il a cité une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui « indique l’existence d’un lien scientifiquement prouvé entre la situation économique et sociale de la population et sa santé ».

    Ce sont les mesures d’austérité adoptées au Portugal « qui sont responsables du déficit nutritionnel causé par les prix des denrées alimentaires plus élevés, de mauvaises conditions de logement et du manque de chauffage étant donné l’augmentation du prix de l’électricité », a-t-il ajouté.

    Le 3 mars, le journal O Correio da Manhã a cité des patients âgés qui résume bien le dilemme auquel sont confrontées les personnes démunies au Portugal : « Nous pouvons acheter de la nourriture ou des médicaments, mais pas les deux ».

    Ces deux dernières semaines, le quotidien lisbonnais Público a consacré plusieurs pages à une enquête sur la situation précaire des personnes défavorisées qui représentent 25 % des 10,6 millions d’habitants.

    L’attention a été centrée sur les conditions difficiles des personnes âgées et des experts médicaux interrogés par le journal ont tous établi un lien entre le taux de mortalité, la crise et les réductions de la dépense publique exigées par le FMI, l’UE et la BCE.

    Mario Jorge Santos, directeur de la Portuguese Association of Public Health Physicians (AMSP), a déclaré que l’augmentation de la mortalité des personnes âgées est également due aux pics des prix de l’électricité et du gaz.

    Beaucoup de personnes âgées, qui sont les premières victimes d'hypothermie, ont tenté de tirer sur leur maigre pension en réduisant leur consommation de chauffage.

    Selon Santos, la pauvreté influence les pics de mortalité « soit en entravant l’accès aux soins de santé, soit en empêchant les personnes de se chauffer ».

    Il a ajouté que l’augmentation de la mortalité au Portugal reflète en partie « le déclin du revenu des ménages et l’augmentation des frais pour les patients » qui affectent l’accès aux soins de santé.

    Au sein de l’AMSP on affirme qu’augmenter les frais d’hôpitaux pendant une période de crise économique influence forcément le taux de mortalité.

    Francisco Vieira, journaliste pour le journal Notícias Ribeirinhas, souligne que « ne même plus bénéficier des conditions de vie élémentaires, ne plus avoir accès aux soins de santé, ne plus manger correctement, ne plus pouvoir chauffer sa maison, ne plus sortir, ne plus avoir de vie sociale, ne plus sourire et n'avoir simplement plus d'espoir sont autant d'éléments qui peuvent tuer une personne ».

    (FIN/IPS/2012)

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