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ECONOMIE-RD CONGO: Controverse autour d’une nouvelle taxe

    By Emmanuel Chaco

    KINSHASA, 7 fév (IPS) – «Une mauvaise application de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mise en œuvre en janvier 2012 en République démocratique du Congo (RDC) est à la base d’augmentations désordonnées des prix de plusieurs denrées alimentaires», affirment des économistes à IPS.

    «Rien ne peut expliquer que l’application de cette taxe influence négativement les prix, y compris pour les denrées qui sont naturellement exonérées comme le pain au lait qui est passé pourtant de 1.800 à 2.100 francs congolais (FC), soit de deux à 2,3 dollars; ou encore le lait de marque 'Dolait' qui est passé de 500 à 600 FC (de 50 à 60 cents US) dans les alimentations à Kinshasa», explique Noël wa Ba-Mulanga, un économiste basé dans la capitale congolaise.Des nourrices se plaignent également du nouveau prix des céréales pour bébé «nutribon», qui est passé de 2.500 à 3.000 FC (de 2,7 à 3,3 dollars environ).Pourtant, le ministre congolais des Finances, Mapon Matata Ponyo, a déclaré à IPS que «le gouvernement avait déjà pris toutes les mesures nécessaires pour un équilibre des prix sur le marché».

    Pour ce faire, Jean Pierre Darwezi, le ministre de l’Economie, a indiqué, le 5 février, avoir «sollicité l'appui de la Fédération des entreprises congolaises (FEC) pour une mise en œuvre harmonieuse et efficace de la taxe».Mais le président de la FEC, Albert Yuma Mulimbi, a déclaré à IPS que son organisation ne pouvait pas apporter cet appui puisque la TVA doit d’abord être suspendue en attendant le vote de la nouvelle loi budgétaire à laquelle, selon lui, la FEC apportera son expertise pour le contrôle de l’équilibre des prix sur le marché.Déjà dans une déclaration faite le 3 février à la télévision nationale congolaise, le président de la FEC avait demandé au gouvernement de «suspendre l’application de cette taxe (TVA) qui nécessite encore plusieurs corrections».Malgré les promesses du gouvernement, rien n’a changé pour les petits vendeurs qui se plaignent des augmentations anarchiques des prix opérées par les commerçants grossistes sur le marché.

    Fify Masiala, une vendeuse de poissons au petit marché de Molaert à Bandalungwa, commune de Kinshasa, indique que «le carton des poissons chinchards que nous achetions à 55 dollars il y a un mois revient désormais à 62 dollars, alors que le gouvernement affirme avoir pris toutes les mesures pour que cette nouvelle taxe n’ait aucune influence négative sur les prix».«Nous avons de moins en moins d’acheteurs à cause de la montée des prix, même pour nous les vendeurs en détails. Après avoir acheté le carton à ce prix là, je serai obligée de réajuster aussi mon prix au détail», dit-elle à IPS.Cyril Ngolu, tenancier d’une boutique de denrées alimentaires dont le sucre et les céréales pour bébés dans un quartier populaire de Kinshasa, affirme qu’il a automatiquement revu à la hausse tous ses prix par prudence et pour qu’il ne soit pas perdant au cas où les grossistes fournisseurs augmentaient leurs prix. Chez lui, le sachet de sucre de cinq kilogrammes, qui coûtait cinq dollars, est passé à six dollars.«Tout ce dysfonctionnement a été à la base du rejet de l’appel du ministre de l’Economie par la FEC», estime wa Ba-Mulanga.

    «Il y a une mauvaise compréhension de cette taxe par bon nombre d’hommes d’affaires. En fait, la TVA qui est de 16 pour cent vient remplacer l’Impôt sur le chiffre d’affaires (ICA) qui était de 18 pour cent. Normalement, les prix devraient plutôt baisser depuis le lancement de cette nouvelle taxe», indique Vincent Kanyampa, directeur général adjoint des impôts en RDC.«C’est pour couper court à cette mauvaise application essentiellement due à la mauvaise foi et à la surenchère de certains hommes d’affaires, que le gouvernement a pris des mesures pédagogiques de fermeture de quelques magasins à Kinshasa», explique le ministre de l’Economie.Alfred Osaki, juriste fiscaliste, estime que «la loi sur cette taxe est elle-même très lacunaire et ne donne aucune précision lors qu’elle affirme que la TVA est un impôt général sur la consommation qui frappe tous les biens et services de toutes origines, consommés ou utilisés en RDC, et perçu à chaque stade du circuit économique d’un produit et supporté par le consommateur final».Ingénieur en informatique, Bob Lubanga, déclare à IPS: «Le problème se trouve à un double niveau pour le gouvernement qui n’a pas préparé les hommes d’affaires à accepter et à comprendre cette nouvelle taxation et qui n’a pas les moyens techniques et informatiques nécessaires pour contrôler sa mise en œuvre face à un très grand nombre d’hommes d’affaires qui n’ont pas non plus une comptabilité informatisée».Selon Lubanga, «la perception de la TVA sera difficile à contrôler par l’Etat et pourra simplement relever de la bonne foi des commerçants dont malheureusement la tendance, pour eux, est de superposer la TVA à l’ICA».«Il est vrai que la TVA a été lancée avec quelques lacunes. Il s’agit d’une première expérience qui va cependant donner de bons résultats. Le gouvernement vient de mettre en place une commission… d’experts congolais pour accentuer la sensibilisation de la population et des assujettis – sur la TVA – et en contrôler l’application», indique le directeur général adjoint des douanes et accises, Gabriel Mwepu.

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