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ECONOMIE-TUNISIE: Les plans néolibéraux d’Ennahda inquiètent les Tunisiens

    TUNIS, 12 décembre (IPS) – La Tunisie a presque un nouveau gouvernement, mais Ennahda, le principal parti de la future coalition, est déjà sous le feu des critiques. Les partenaires de coalition et les partis d’opposition ne sont pas tellement préoccupés par les accents islamistes du nouveau pouvoir mais plutôt par ses plans économiques aux accents néolibéraux.

    La formation d’un gouvernement en Tunisie est presque terminée. Le parti Ennahda a décroché trois fois plus de sièges que son plus proche concurrent et il fournira donc logiquement un candidat au poste de Premier ministre ainsi que pour les principaux postes -ministériels du pays. Le succès du parti lors des élections historiques d’octobre dernier s’explique à la fois en raison de son caractère islamique modéré que par la résistance dont ses militants ont preuve durant ces dernières décennies contre le régime autocratique de l'ancien président Zine al-Abidine Ben Ali. Pour les électeurs tunisiens, Ennahda est donc aussi bien un parti islamique qu’un parti révolutionnaire.

    Les partenaires de la coalition d'Ennahda, Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR), sont des partis de centre-gauche et laïque. Grâce à sa modération affichée, Ennahda a permis à ses partenaires de surmonter leur résistance initiale. La promesse du parti de garantir la liberté personnelle et religieuse de tous les Tunisiens a également pu rassurer les entreprises, les gouvernements étrangers et d'autres observateurs du pays.

    Dans la ligne de Ben Ali

    Les plans socio-économiques d'Ennahda ont également été bien accueillis par les gouvernements étrangers et les investisseurs étrangers. Mais selon l'opposition tunisienne et les partenaires de la coalition Ennahda se contente à ce sujet d’imiter la politique néolibérale de Ben Ali.

    Une question importante est la dette extérieure de la Tunisie. Sous Ben Ali, la Tunisie bénéficiait de beaucoup d'argents en matière de développement du pays mais la corruption généralisée avait pour effet de transférer une partie de ces fonds sur les comptes bancaires des puissants partisans du régime. Le CPR, le plus grand des deux partenaires de la future coalition, souhaite une révision de cette dette publique accumulée. L’Etat tunisien ne devrait pas rembourser ces fonds engagés par l'élite de Ben Ali, estime le CPR. « Les financiers qui ont injecté de l’argent pour soutenir ce régime aurait dû être conscients des risques », estime Mabruka Embarak, un député du CPR.

    Ennahda met surtout l'accent sur le fait que le pays doit rester attractif pour les investisseurs étrangers. « Nous devons faire tout notre possible pour éviter de nous endetter davantage. Nous avons besoin d'investissements et nous avons besoin d’attirer les investisseurs », a répliqué Sayed Feyjani, un député du parti basé à Tunis.

    Pas de libéralisation radicale

    Cette position a été bien accueillie dans les milieux financiers en Tunisie. Fahdel Abdelkefi, le président de la bourse tunisienne a déclaré qu'il était impressionné par les plans "extrêmement libéraux" d’Ennahda. Il espère que ces points de vue l'emporteront face aux opinions des partenaires de coalition plus à gauche.

    Ennahda est considéré en Tunisie comme un parti de la classe ouvrière et beaucoup de gens de l'élite sont ennuyés avec le caractère islamiste du parti. Abdelkefi est également préoccupé par les mesures sociales que le parti pourrait prendre mais pour lui Ennahda est clairement le parti du moindre mal. C’est surtout le plaidoyer du CPR pour suspendre le remboursement de la dette extérieure qui lui donne la chair de poule. « C'est du populisme. Cela signifierait la plus grande catastrophe pour un pays comme la Tunisie », estime le gestionnaire. « Les investisseurs décideront d’abandonner le pays. Par ailleurs, la cessation des paiements n'est pas nécessaire. La dette publique tunisienne représente seulement 20 % du produit intérieur brut du pays ».

    Ennahda semble donc très attentif à ne pas heurter les intérêts de la communauté financière internationale. Le Fonds monétaire international (FMI) répète, par exemple, depuis un certain temps que la Tunisie devrait limiter ses dépenses publiques, y compris en supprimant toutes sortes de subventions. Mais pendant le régime de Ben Ali ces ajustements mineurs, même au prix du pain, ont mené à des protestations massives et violentes. Le parti n’entamera pas une politique de libéralisation radicale, a déclaré le porte-parole Feyjani d’Ennahda. « Tout ce qui sera conclu avec les investisseurs étrangers fera l’objet d’une négociation. Nous avons besoin du secteur public et nous n'allons certainement pas laisser les gens souffrir de la faim », conclut le porte-parole.

    (FIN/IPS/2011)

    Photo : Le prix du pain est un facteur politique majeur en Tunisie (Crédit : Jake Lippincott / IPS)

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