Home » Afrique, Economie et Travail, Headlines, Internationale, Politique »

ECONOMIE-ZIMBABWE: Les entrepreneurs zimbabwéens n'aiment pas les investisseurs chinois

    HARARE, 08 janvier (IPS) – Les entrepreneurs zimbabwéens sont de plus en plus réticents à développer des contacts avec les investisseurs chinois. Profitant de la crise économique, les Chinois s'attaquent de plus en plus à nos emplois, estiment les Zimbabwéens.

    Alec Marembo a fait fortune dans la fabrication de briques à Dzivarasekwa, une banlieue densément peuplée dans le nord de Harare. Mais la crise économique des dernières années a largement affecté sa fortune. Finalement, il pointe du doigt la concurrence chinoise comme la principale cause de ses problèmes.

    « Je ne comprends pas comment notre gouvernement peut permettre aux Chinois de venir ici prendre nos emplois et racheter nos entreprises familiales tout en nous faisant croire qu'il s'agit d'investissement », réagit Marembo alors qu'il regarde au loin la construction de nouvelles usines de briques chinoises.

    Robert Mugabe

    Le gouvernement du Président Robert Mugabe a commencé dès 2004 à se tourner vers l'Est suite à l'imposition de sanctions économiques décidé par la Grande Bretagne, les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux à cause des violations des droits humains dans le pays.

    Le Président Mugabe a invité la Chine et d'autres pays asiatiques à investir au Zimbabwe. Initialement, les investisseurs chinois ont été accueillis à bras ouverts. Mais maintenant que la crise économique affecte le Zimbabwe, cette politique déclenche de plus en plus de critiques. « Les Chinois, comme d'autres investisseurs, restent les bienvenus mais ils doivent développer des industries qui créent des emplois dans le pays », estime Thulani Mkwebo, propriétaire d'un petit magasin dans le centre de Harare. « Si j'en avais le pouvoir, je les chasserai immédiatement ».

    Sentiment anti-chinois
    Partout dans le pays, le sentiment anti-chinois est en augmentation. Plusieurs sociétés chinoises doivent déjà faire face à des grèves. Le mois dernier, 600 travailleurs zimbabwéens de l'entreprise de construction chinoise Afecc ont arrêté de travailler pour protester contre les mauvaises conditions de travail. Ils protestaient en particulier contre les abus du management, les horaires irréguliers et les bas salaires.

    L'Afecc construit une académie militaire dans la périphérie de Harare, la capitale du pays. Ce chantier a été rendu possible grâce à un prêt chinois qui doit être remboursé en nature par du diamant.

    L'Afecc explore les mines de diamants dans l'est du Zimbabwe, en partenariat avec l'armée zimbabwéenne, d'après les données du ministère des Mines.

    Zhing-zhong

    Selon un récent rapport de l'unité de recherche et d'analyse des politiques économiques du Zimbabwe, les exportations du pays vers la Chine étaient passées de 100 millions de dollars (79 millions d'euros) en 2000 à 167 millions de dollars (131 millions d'euros) en 2003. Mais en 2009, les exportations ont chuté jusqu'à 140 millions de dollars (110 millions d'euros). Revanche, les importations depuis la Chine ont augmenté de 30 millions de dollars (24 millions d'euros) en 2000 à 197 millions de dollars en 2007 (155 millions d'euros).

    Le Zimbabwe exporte principalement des matières premières vers la Chine comme du tabac ou des minéraux. Le Zimbabwe importe des prêts et des produits finis de la Chine, habituellement appelé « zhing-zhong », soit un terme de l'argot du Zimbabwe pour les produits asiatiques de piètre qualité.

    Les Chinois n'hésitent pas non plus à créer des petites entreprises au Zimbabwe pour s'attaquer au marché local avec comme effet d'exclure les petits commerçants locaux incapables de concurrencer les produits chinois.

    Plus de transfert de technologies
    Mara Hativagone, ancien président de la Chambre de commerce et président de l'Autorité d'investissement du Zimbabwe, estime que les Chinois ne sont pas autorisés à concourir dans les industries qui sont destinés à des entrepreneurs locaux.

    « Nous voulons voir plus de transfert de technologie de l'étranger. Ils ne devraient pas être autorisés à faire toutes sortes de choses bizarres et abuser de la relation existante entre les deux pays. Les Zimbabwéens ne peuvent en aucune manière concurrencer les Chinois parce qu'ils utilisent de la main d'oeuvre à bon marché et font de la production en masse alors que nos propres industries n'ont la moitié du temps pas d'eau ou d'électricité pour produire. »

    Les Zimbabwéens accusent également les Chinois d'agir contrairement aux règles. « Parfois, l'autorité nationale d'investissement leur accordent des licences sous un certain nom mais en réalité ils ouvrent des restaurants avec des noms comme Wing Wah International Hotel ou Shangri-La."

    Produits à bas prix
    Chris Mutsvangwa, l'ambassadeur du Zimbabwe en Chine de 2002 à 2007, estime que la critique est injustifiée. Il conseille désormais les entreprises chinoises qui veulent s'établir au Zimbabwe. « Les Chinois sont venus ici investir dans les secteurs où nous avions des déficiences. Nous ne devons pas les désigner comme des boucs-émissaires mais plutôt examiner ce que nous pouvons faire de notre côté ».

    Au sein de la population aussi, il existe toujours des soutiens à l'égard des Chinois. « Les Chinois sont les bienvenus, nous les aimons, ils nous apportent des marchandises à bon marché. Ceux qui affirment ne plus les revoir devraient d'abord penser à créer des emplois pour nous », estime Zvikomborero Moyo qui travaille dans un magasin de vêtements à Harare. « Avec l'aide de la Chine, nous pouvons créer une affaire, nous pouvons leur acheter des produits à très bon marché afin de les revendre sur le marché local. De cette manière, nous pouvons gagner notre pain. »

    (FIN/IPS/2012)

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa