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EGYPTE: Aucune sortie sûre pour les chefs militaires

    By Cam McGrath

    LE CAIRE, 17 sep (IPS) – Lorsque l’armée égyptienne était déployée pour rétablir l’ordre dans les rues lors du soulèvement qui a mis fin au règne du président Hosni Moubarak, début 2011, les Egyptiens ont accueilli les soldats comme des sauveurs.

    Mais au moment où les généraux ont remis le pays à un président civil en juin de cette année, beaucoup d’Egyptiens ont considéré les 16 mois de régime militaire de transition comme plus oppressifs que les 29 ans sous Moubarak.”L’armée a affirmé être le gardien de la révolution, et d’abord nous l’avons tous crue, mais au fil du temps, nous avons constaté que nous avons été trompés”, déclare Mohamed Abbas, un leader de la jeunesse.Les activistes accusent le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui a pris le pouvoir après avoir fait partir Moubarak en février 2011, de faire passer l’Egypte d’un Etat policier autoritaire à une dictature militaire. Ils affirment que les chefs militaires doivent être tenus responsables des violations des droits humains et des crimes commis durant la période transitoire, y compris les répressions répétées contre des manifestants non armés qui ont fait beaucoup de morts et de blessés.La plupart des crimes présumés proviennent des efforts de l’armée d’étouffer la dissidence durant son règne. Des manifestants disent avoir été torturés et humiliés pendant qu’ils étaient détenus par l’armée. Ils faisaient partie des quelque 12.000 civils ayant écopé de lourdes peines infligées par des tribunaux militaires kangourous.L’Initiative égyptienne pour les droits personnels (IEDP) affirme que des douzaines de manifestants ont été tués pendant que les forces armées dispersaient violemment une série de manifestations dans le centre du Caire, la capitale, à la fin de 2011.

    Elle accuse également le pouvoir militaire d’inciter les soldats et des bandes à attaquer un groupe de manifestants essentiellement chrétiens dans le quartier de Maspero, au Caire, en octobre 2011, tuant 28 manifestants et blessant des centaines d’autres.Le président Mohamed Morsi, qui a pris le pouvoir le 30 juin, a envoyé des chefs militaires supérieurs à la retraite et mis en place une commission d’information afin d’enquêter sur la responsabilité, pour les violations présumées, des militaires durant la période de transition. Cette commission, composée des représentants du gouvernement et des civils, devrait présenter ses conclusions et recommandations vers la fin de ce mois.Mais la décision de Morsi d’accorder les grands honneurs de l’Etat à l’ancien chef du CSFA, Hussein Tantawi, et à l’ancien chef d’état-major, Sami Anan, a inquiété les activistes, qui craignent que le nouveau président n’ait conclu un accord pour accorder l’immunité aux chefs militaires contre des poursuites.

    Une “sortie sûre” permettrait aux généraux de garder leur richesse et de bénéficier d’une amnistie pour les crimes ou erreurs quelconques commis pendant qu’ils étaient au pouvoir.Les activistes qui ont vu du sang couler lors des affrontements avec la police militaire, ne sont pas prêts à laisser partir les anciens dirigeants du pays si facilement.”Avant la révolution, les Egyptiens avaient peur de revendiquer leurs droits”, a indiqué Abbas. “Aujourd’hui, nous ne reculerons jamais”.Le Mouvement de la jeunesse du 6 avril, un groupe militant à la base qui a joué un rôle décisif dans l’organisation des manifestations ayant conduit à l’éviction de Moubarak, a annoncé des plans visant à porter plainte contre Tantawi et d’autres anciens membres du CSFA pour la mort de manifestants durant la période de transition. Le groupe a également accusé les anciens chefs militaires d’incitation à la violence contre des manifestants pacifiques.

    “Nous tenons pour responsables les chefs du CSFA du meurtre des manifestants dans les affrontements, de la mort de chrétiens à Maspero en octobre dernier, ainsi que des rumeurs et mensonges sur les manifestants (qui ont entraîné des violences à leur encontre)”, a déclaré Ahmed Maher, le leader du groupe.Cette affaire est l’un des nombreux cas. Des avocats et groupes d’activistes ont déposé plus de deux douzaines de plaintes auprès des procureurs militaires contre d’anciens membres du CSFA et d’anciens responsables supérieurs de la sécurité qu’ils accusent d’avoir trahi la révolution et d’avoir commis des crimes contre le peuple égyptien.L’autre obstacle, estiment les militants, c’est que la loi égyptienne accorde l’immunité aux officiers militaires contre des poursuites civiles. L’article 8 du Code de justice militaire stipule que les tribunaux militaires sont les seules autorités judiciaires capables de juger des militaires officiers en exercice ou à la retraite.”Les tribunaux militaires ne seraient ni crédibles ni transparents”, déclare Heba Hegazi, coordinateur de la campagne Hakemohum (“Poursuivez-les”), qui vise à déplacer les procès vers des tribunaux civils.Hegazi, un avocat spécialisé en droit des sociétés devenu activiste des droits, affirme que les enquêtes précédentes menées par le parquet militaire sur les violations des droits par l’armée ont démontré sa partialité. En mars, un tribunal militaire a acquitté un médecin militaire accusé d’obscénité publique pour avoir effectué de force des “tests de virginité” sur des femmes détenues en 2011.

    Dans une autre affaire, un tribunal militaire a condamné trois soldats pour homicide involontaire pour avoir roulé sur des manifestants coptes avec des véhicules de troupes blindés lors des affrontements à Maspero en octobre 2011. Cependant, aucun officier supérieur n’a été jugé, en dépit des preuves que le CSFA avait délibérément répandu la peur et des rumeurs afin d’attiser les violences et d’enflammer des sentiments sectaires.La campagne Hakemohum espère promulguer une loi qui priverait les anciens chefs militaires de leur immunité, autorisant leur jugement devant des tribunaux civils spéciaux dans les cas où des crimes contre la population sont impliqués. Un projet de loi soumis au parlement avant sa dissolution en juin décrit la compétence et les procédures de ces “tribunaux révolutionnaires de justice” qui se conformeraient aux normes internationales d’intégrité et de transparence.”Ces tribunaux seraient présidés par des juges choisis (sur une liste de candidats) examinés pour s’assurer qu’ils n’avaient aucune loyauté à l’égard de l’ancien régime”, explique Hegazi.

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