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EGYPTE: Le delta du Nil disparaît sous la mer

    By Cam McGrath

    EL RASHID, Egypte, 31 jan (IPS) – Il suffit d'une petite inondation par l'eau de mer pour rendre la terre infertile; alors Mohamed Saeed observe attentivement la mer pendant qu’elle avance d’année en année vers son lopin de terre de deux hectares.

    Ce jeune agriculteur, dont le champ de trèfle se trouve juste à 400 mètres de la côte nord de l'Egypte, estime qu'il lui reste moins d'une décennie avant que son champ – et ses moyens de subsistance – ne soient inondés par la mer.

    Mais même avant ce temps, ses cultures flétriront et mourront puisque l'eau de mer s'infiltre dans l’aquifère local. Le processus a déjà commencé, déclare-t-il, ramassant une poignée de terre blanche séchée.

    "La terre est devenue malade", affirme Saeed. "Le sol est salin, l'eau pour l'irrigation est saline, et nous sommes obligés d’utiliser beaucoup d'engrais pour y cultiver quoi que ce soit".

    Etendu sur 25.000 kilomètres, le delta du Nil, densément peuplé, est la région céréalière de l'Egypte, représentant deux-tiers de la production agricole du pays et abritant 40 millions de personnes. Son flanc nord, sur une distance de 240 km depuis Alexandrie à Port-Saïd, est l'une des côtes les plus vulnérables au monde confrontée à la triple menace de l'érosion côtière, de l’infiltration d'eau salée, et de la montée des niveaux de la mer.

    Selon Khaled Ouda, un géologue à l'Université d'Assiout, une augmentation de 30 centimètres du niveau de la mer inonderait 6.000 kilomètres carrés du delta du Nil. Cette inondation créerait des îles sur 2.000 kilomètres carrés supplémentaires de terre surélevée, isolant des villes, routes, champs, et des installations industrielles.

    "La (superficie totale du delta) prévue pour être touchée par la montée d'un mètre du niveau de la mer au cours de ce siècle sera 8.033 kilomètres carrés, soit près de 33 pour cent de la superficie totale du delta du Nil", a expliqué Ouda à IPS.

    Dans un rapport publié en septembre 2013, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) prévoit une montée de 28 à 98 centimètres du niveau de la mer d'ici à 2100, plus du double de ses prévisions de 2007. Même par l'estimation la plus conservatrice, cela détruirait 12,5 pour cent des superficies cultivées de l'Egypte et déplacerait environ huit millions de personnes, soit près de 10 pour cent de la population.

    Mais ce n'est pas seulement la montée des niveaux de la mer qui menace la côte nord de l'Egypte, le delta lui-même est en train de couler.

    Avant la construction du haut barrage d'Assouan dans les années 1960, plus de 120 millions de tonnes de vase balayaient le Nil chaque année et s’accumulaient dans son delta. Sans ce flux annuel de vase pour le remplir de nouveau, le delta du Nil est en train de diminuer – à certains endroits, la côte recule de près de 175 mètres par an.

    Le gouvernement égyptien a tenté de ralentir la progression de la mer en construisant une série de brise-lames et des digues de terre le long de la côte nord et de ses cours d'eau. Des tas de blocs de béton aident à réduire l'érosion côtière, mais sans une nouvelle sédimentation, la terre du delta s’est compactée et des milliers d'hectares se trouvent désormais au niveau de la mer.

    "Vous pouvez construire tous les murs que vous voulez, mais ils n’empêcheront pas l'eau de mer d'avancer sous la terre", indique Osman El-Rayis, un professeur de chimie à l'Université d'Alexandrie. "L'eau salée détruit les champs à partir du sous-sol, tuant les racines des plantes et laissant derrière des sels (pendant qu’elle s'évapore) qui rendent le sol infertile".

    El-Rayis prévient que comme le substrat du delta devient plus poreux, l'eau de mer a commencé à s'infiltrer dans l’aquifère du delta du Nil, une source vitale d'eau souterraine étendue sur plus de 2,5 millions d'hectares.

    L’eau de mer a toujours été une menace pour les terres agricoles côtières, mais la salinité était traditionnellement maîtrisée par un flux constant d'eau douce qui couvre le sol et fait disparaît le sel. Puisque la population de l'Egypte a augmenté, la demande en amont pour l'eau s’est accrue, réduisant la quantité de l'eau du Nil qui atteint le delta. Ce qui coule goutte à goutte ces jours-

    ci est remplit d’eaux usées et de toxines industrielles.

    Face à la montée des niveaux d'eau et à l'augmentation de la salinité, beaucoup de fermiers ont abandonné leurs terres ou se sont tournés vers la pisciculture. D'autres ont fait recours à l'ajout de sable à leurs champs afin de les maintenir au-dessus de l'eau saumâtre.

    "La terre est très chère, alors beaucoup d’agriculteurs achètent un camion de sable et l'étalent sur leur champ puis plantent des cultures là-dessus", explique Saeed. "Mais il est difficile de cultiver quoi que ce soit sur le sable, alors les fermiers sont obligés d’utiliser beaucoup d'engrais".

    Le sable provient des dunes qui bordent une bonne partie de la côte nord de l'Egypte et agissent comme des barrières naturelles contre l’avancée de la mer. Le pillage de ces dunes pour des matériaux de construction et le remplissage a rendu le delta du Nil plus vulnérable à une montée du niveau de la mer.

    Des scientifiques ont proposé des mesures pour protéger les basses terres du delta de l'incursion de la mer. Ils disent que la priorité est de ralentir l'érosion des plages en préservant des défenses côtières naturelles telles que les dunes de sable, tout en construisant des digues le long de cette côte de 240 km qui sont assez forts pour contenir la Méditerranée.

    "Ces murs seront construits face à la mer dans les endroits où les écarts de faible altitude se produisent le long de la plage", indique Ouda.

    Il explique que pour être efficaces, ces barrières doivent inclure une infrastructure imperméable qui s’étend sur trois à 13 mètres sous le niveau de la mer qui empêche l'eau de mer de s'infiltrer dans les aquifères d'eau douce.

    La taille est aussi remarquable que le coût prévu. Une proposition soumise par Mamdouh Hamza, un ingénieur égyptien, a mis l'étiquette de prix à trois milliards de dollars. Ce plan prévoit la construction d’un mur en béton le long de toute la côte du delta et son contournement avec un diaphragme plastique pour empêcher l'infiltration de l'eau salée.

    Ouda affirme que ce mégaprojet serait rentable parce qu'il sauve les terres du delta du Nil, mais il est peu susceptible d'attirer les fonds nécessaires. Il doute que le gouvernement égyptien à court d'argent puisse couvrir les coûts, tandis que la communauté internationale semble indisposé à offrir une corde de sécurité.

    "Le plan visant à installer des murs côtiers est un projet de service … sans un avantage économique et, par conséquent, vous n’en trouverez pas un financier provenant des entreprises ou des gouvernements étrangers", déclare Ouda.

    Toutefois, certains ont affirmé qu’étant donné que les pays occidentaux sont les plus responsables du changement climatique, leurs gouvernements devraient payer l’addition au nom des pays en développement les plus touchés par ses conséquences.

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