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EGYPTE: Les Frères musulmans acculés, pas écrasés

    By Analyse de Sam Kimball

    LE CAIRE, 29 août (IPS) – Alors que le soleil descendait vers l'horizon dans l’après-midi du 23 août, dans le quartier de Mohandiseen, au Caire, l'appel à la prière depuis la mosquée Mostafa Mahmoud résonnait sur une rue vide de tout sauf quelques soldats qui traînaient à côté de leurs tanks.

    Il y a une semaine, la place et les rues autour de Mostafa Mahmoud avaient connu un sit-in improvisé par des partisans du président déchu Mohamed Morsi et de son organisation, les Frères musulmans. Ce sit-in a été organisé à la hâte après leur expulsion violente de deux camps importants aux mains de l'armée égyptienne le même jour, qui avait fait au moins 600 morts et des milliers de blessés.

    Depuis lors, plusieurs centaines de leaders des Frères musulmans à travers l'Egypte ont été arrêtés pour des accusations allant de vandalisme à l’incitation à la violence. Pourtant, un appel de la confrérie visant à descendre dans les rues le "vendredi des martyrs" (23 août), pour protester contre la violence de l'armée, a seulement provoqué des manifestations éparpillées de quelques centaines de gens au Caire et dans quelques gouvernorats.

    Les massacres d’il y a une semaine et la rafle des leaders de l'organisation islamiste depuis ce temps n'ont pas anéanti la confrérie, mais lui ont porté un grand coup et ont laissé son avenir politique incertain.

    Debout à côté de la clôture délabrée et poussiéreuse de la mosquée Assad Bin Al Furat au Caire, fréquemment utilisée comme un point de rassemblement pour les marches des Frères musulmans au cours des dernières semaines, Amr Faraghani Numeri, un chauffeur de camion d’une cinquantaine d’année et plusieurs hommes âgés dressent un tableau sombre des Frères musulmans dans les affaires nationales.

    "L'avenir des Ikhwan (la confrérie) est terminé, fini", a affirmé Numeri. Il s'est empressé d'ajouter: "Cela ne signifie pas que l'islam est terminé. Les Frères musulmans ne représentent pas les musulmans. Ils n'ont pas un avenir politique ou organisationnel parce que les gens ne veulent pas d’eux".

    Numeri et des pans de la société égyptienne qui partagent ses points de vue représentent un nouveau type de défi pour les Frères musulmans. Selon Adel Abdel Ghafar, un chercheur au Centre des études arabes et islamiques à l'Université nationale australienne, "les Frères musulmans sont confrontés à un grave procès. C'est une période de grande adversité à surmonter".

    Jamais auparavant dans l'histoire de 85 ans des Frères musulmans, l’organisation n’avait atteint une telle influence politique publique, seulement pour la voir rapidement dérobée, déclare Abdel Ghafar.

    Isaam Shahid, un ancien membre du conseil de la choura dans le Parti de la liberté et la Justice (FJP) des Frères musulmans, semblait d'abord imperturbable par le trou dans lequel la confrérie s’est retrouvée. "Malgré les troubles qui ont eu lieu, je suis optimiste que cette situation ne se poursuivra pas pendant longtemps", a-t-il indiqué avec assurance.

    La "situation", a-t-il noté, c’était la répression violente des Frères musulmans par l'armée soutenue par le gouvernement. Il a vu peu de différence entre la masse du peuple égyptien et les partisans engagés des Frères musulmans, affirmant que "les gens continueront toujours leur manifestation pacifique contre l'armée".

    Shahid a déclaré que les récentes menaces d’interdire les Frères musulmans et de les renvoyer en arrière où ils avaient commencé avant que la révolution de 2011 ne leur ouvre l'espace de participer concrètement, étaient creuses: "Des juristes travaillant pour amender la constitution qui a été approuvée en 2012 ont indiqué que, sur la base d'une clause qui interdit la création de partis fondés sur des identités religieuses, le FPJ serait dissout. Mais cela ne va pas se produire. Le FPJ est un parti pour tous les Egyptiens".

    Mohamed, qui a refusé de décliner son nom, est un membre des Frères musulmans et un représentant du syndicat des étudiants à l'université Al Azhar, au Caire. Il affirme qu'il s’est présenté pour son poste dans le syndicat des étudiants ouvertement en tant que membre de la confrérie, et n’a été confronté à aucune critique sur la base de son affiliation. Il ne pense pas, cependant, que les Frères musulmans puissent rivaliser ouvertement comme ils le faisaient jusqu'à l'éviction de Morsi.

    "Je ne pense pas que le régime militaire autorisera désormais les Frères musulmans à entrer dans le gouvernement", a-t-il déclaré. Mais, a-t-il ajouté, l'organisation continuera de faire pression pour participer à la vie publique. "Considérant les 30 ans de manifestations pacifiques menées sous Moubarak, la confrérie retournera à cela – elle n'a pas d'autres choix".

    Pourtant, lorsqu'il a été pressé de s’exprimer par rapport à l'avenir politique des Frères musulmans face à l'hostilité accablante de l'armée soutenue par gouvernement, Shahid ne semblait pas si optimiste.

    "Les forces du coup d'Etat ont dépassé la démocratie et créé la 'tankocratie', alors je doute qu'elles permettent au Parti de la liberté et la justice de participer aux prochaines élections", a-t-il dit. "Ils [l’armée soutenue par le gouvernement] organiseront bientôt des élections qui seront sur leur visage démocratique, mais seront à l'intérieur pleines de tricherie. Mais qui parle d’élections dans ce genre de situation de toute façon?".

    Mohamed Elmasry, maître-assistant du journalisme et de la communication de masse à l'Université américaine du Caire, a déclaré que "Les Frères musulmans constituent une grande organisation, avec des centaines de milliers de membres engagés. Ils font partie intégrante de la société égyptienne depuis plus de 80 ans. S'ils sont interdits et contraints à la clandestinité, ils vont s'adapter".

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